Méli-mélo de romances

Anaïs Mony · Chapitre 23 sur 34

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Méli-mélo de romances

Je tente pour la centième fois de…

Samedi 9 février

Je tente pour la centième fois de retirer ces traces noires qui zèbrent mes joues. Saleté de maquillage ! Passer presque deux heures à se faire une « beauté » pour un homme, qui finalement n’a pas daigné se montrer. Et finir en larmes dans les chiottes du centre commercial.

Un SMS. Cet enfoiré m’a juste envoyé une putain de SMS ! Je le relis afin d’enfoncer le couteau un peu plus loin.

Re. Écoute laisse tomber pour ce soir, ça ne collera pas toi et moi.

Grande classe ! Cela dit, Monseigneur Salopard a dû ressentir un souffle de pitié puisqu’il a ajouté :

J’espère que tu n’es pas déjà partie de chez toi !

Comme il est mignon, il s’inquiète !

Je vais lui faire bouffer ses dents... Dès que je ne ressemblerais plus à Bozo le clown, je fonce chez lui et je tape ce minable !

Pfff arrête Fanny, c’est toi qui es pitoyable là. Ça faisait à peine deux mois et vous ne vous êtes pas vu tant de fois que ça. Tu es juste vexée. C’est tout. D’habitude c’est toi qui les jettes ! Pas l’inverse... Ta fierté en a pris un coup. Tu t’en remettras va !

Cette conscience me gonfle, mais elle a raison. J’enchaîne les histoires un peu foireuses depuis quelques années maintenant. Depuis que celui que je croyais être l’amour de ma vie m’a littéralement arraché le cœur en piétinant au passage ma confiance et mon estime de moi-même.

Ma psy pense que je choisis volontairement des partenaires médiocres pour avoir une bonne raison de ne pas aller trop loin avec un homme et une bonne excuse pour rompre avec lui. Elle a raison... Je ne vais pas perdre mon temps et me ridiculiser en allant le voir. Ça ne mènera à rien et avec un peu de chance dans une semaine je l’aurais oublié. Pour ne pas dire remplacer...

Oh là ! attention Fanny, tu deviens sensible ! C’est l’âge ça !

— Ta gueule ! Je hurle devant cette putain de glace qui me rappelle à quel point je suis lamentable.

Allez ! On va dire que c’est bien. Ça suffira le temps de rentrer me glisser dans un bon bain chaud. Je jette le dernier morceau de papier toilette noirci de mascara. J’inspire et expire profondément en me regardant dans le miroir quand je vois, dans le reflet, la porte des toilettes s’ouvrir derrière moi. Un homme entre calmement.

Merde ! J’avais oublié que j’étais dans ceux des hommes ! Il n’y a jamais personne dans les toilettes publiques des hommes alors que ceux pour les nanas sont toujours occupés ! Et dégueulasses en plus... Étonnamment, je trouve ceux des hommes bien plus propres. Cela dit, personne ne m’a demandé de me justifier, je vais pisser ou je veux, point barre. En tout cas, en ce moment, je suis simplement hypnotisée par celui qui se tient derrière moi. Je l’observe sans aucune retenue.

Un très bel homme et plus encore. Brun, une bonne trentaine d’années, les cheveux en bataille avec un effet décoiffé, certainement bien étudié. Il regarde autour de lui avec surprise. Ce type charmant se demande sûrement si c’est lui qui s’est trompé de porte. Il finit par capter mon regard dans le miroir. Je rougis qu’il m’ait grillée en train de l’admirer, ce qui visiblement l’amuse. Il me fixe plus intensément encore. Ses yeux brillent de bonne humeur, de malice. Son regard est chaud, pénétrant. Je ne détourne pas les yeux. Son insistance associée à la lueur dans son regard auquel s’ajoute un adorable et charmant petit sourire en coin commence à allumer une petite mèche gênante dans mon bas ventre. Je ne sais pas combien de temps nous restons ainsi à nous dévorer du regard, mais je me sens me liquéfier secondes après secondes.

Que m’arrive-t-il ?

Reprend-toi chaudasse, tu as déjà fait dans l’insolite, mais les chiottes du centre commercial avec un inconnu, c’est limite glauque.

Je saute de mon nuage sensuel, soupire et secoue la tête afin de faire taire cette emmerdeuse de petite voix.

— Excusez-moi je sors tout de suite, dis-je la voix chevrotante. Il y avait trop de monde dans les toilettes des femmes, rajouté-je en souriant.

Je romps notre échange silencieux. Je dois me donner une contenance, ne pas me laisser berner, je me dirige vers le sèche-mains pour faire diversion.

— Aucun problème, me répond-il sans me quitter des yeux.

Je sens son regard sur moi comme une douce et agréable chaleur. Sa voix grave et suave chante à mes oreilles et me fait frissonner. Il semble hésiter un instant puis ajoute :

— Vous vous sentez bien ? Ça n’a pas l’air d’aller.

Je me retourne vers lui, surprise de sa proximité. Je parviens à humer son parfum, légèrement boisé. Du musc. Je me surprends à fermer les yeux pour tenter de deviner la note de cœur. Déformation professionnelle. Et attirance non conventionnelle.

Reprends-toi Fanny !

— Oui merci. Un mauvais moment. C’est déjà presque oublié il semblerait, lui réponds-je. Mon sourire faussement timide laisse peu de doutes quant à mes sous-entendus. Je ris intérieurement de mon audace.

Il y a moins de dix minutes, tu pleurais comme une abrutie pour Mister Patate et te voilà à minauder devant ce demi-dieu vivant. Ridicule !

Je plaide coupable ! Ridicule est mon second prénom aujourd’hui.

Je colle un coup de pompe à ma conscience et me dirige vers la sortie non sans effleurer le bel inconnu au passage. À présent, il se tient vraiment très près de moi. Je ne l’ai ni vu ni entendu bouger ! Au moment où j’atteins la porte et appuie sur la poignée, je le devine derrière moi. Avec calme, il pose sa main sur la porte au-dessus de ma tête pour la refermer. Je sens son souffle sur ma nuque. Je panique.

Est-ce un psychopathe ? Un violeur ? Si je m’en sors vivante, je promets de ne plus aller dans les toilettes des hommes. Je ne sais pas à qui je m’adresse, mais j’espère qu’on m’entend !

Ne fais pas ta mijaurée. Certes, tu es inquiète, mais dans le fond ça t’émoustille !

Quelle garce celle-là. Ma respiration se coupe lorsque mon inconnu canon, qui est peut-être un tueur en série, se décide à rompre le silence :

— Je sais que ma demande va vous paraître étrange et incongrue, mais pour moi cette journée entière l’est déjà, depuis mon réveil. Elle se termine par notre rencontre ici, dans de lugubres toilettes publiques. Vous avez les yeux rougis et l’air triste… il semble réfléchir un instant puis se rattrape :

— Non ! Pas triste ! Plutôt blessé alors qu’égoïstement j’enchaîne les bonnes nouvelles. J’ai envie de partager ma belle journée avec vous. Si vous avez un peu de temps, bien entendu ? J’aimerais que nous passions un moment ensemble. Vous décidez de ce que l’on fera, du temps que cela durera. Tout ce qui vous plaira. Je souhaite être votre bonne nouvelle, finit-il de me proposer comme une caresse.

Je me positionne face à lui, pose ma main sur sa joue. De nouveau, je plonge dans son regard pour juger de sa sincérité. Tout cela est tellement étrange, mais si évident. Je lui réponds dans un souffle :

— Je souhaiterais que pour sept jours et sept nuits vous me montriez ce que l’on ressent lorsque l’on a un homme attentionné, affectueux et respectueux dans sa vie, en seriez-vous capable ? dis-je craignant sa réponse.

Il pose son front sur le mien et soupire. Il entrouvre les lèvres, une odeur mentholée mélangée au tabac me caresse les narines, il me murmure à l’oreille :

— Je te promets que durant ces sept jours, tu ne pleureras plus.

 

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