Mi-figue mi-raison T1

Fanny D.L · Chapitre 14 sur 65

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Mi-figue mi-raison T1

Chapitre 11

 

Je lisse impeccablement mes longs cheveux bruns, me maquille en

insistant sur les yeux et passe une belle robe marron très courte. J’adore le résultat, je me sens sûre de moi.

Je me fixe dans le miroir. Pourquoi me suis-je faite si belle ? Tu sais que c’est impossible Emi. Un arabe ? Manquerait plus que ça. Je crois que ma famille préfèrerait me voir finir seule, ou avec une femme à la limite ! Ma déception envahit tout mon corps, telle une angoisse. Il n’est peut-être pas musulman. Ce dernier petit espoir me fait du bien. Peu importe que ce ne soit pas possible, j’ai envie de lui plaire, j’ai envie de lui parler.

Mika passe me prendre comme à son habitude et nous arrivons

ensemble dans un pub un peu plus loin de chez moi cette fois. Je vais pour lui prendre le bras avant de rentrer mais me refreine au dernier moment.

Il est déjà là, accoudé au bar dans son jean foncé et un polo blanc.

C’est fou qu’il m’attire autant. Il m’observe attentivement rentrer et pour la première fois, il me regarde de haut en bas. Je suis contente d’avoir mis une mini-jupe, mes jambes ont l’air de lui faire de l’effet. Je salue mes collègues en leur faisant la bise. Sam est au bout du bar. En arrivant vers lui, j’hésite mais il me tend immédiatement la main. — Bonsoir Emilie.

— Bonsoir Samy.

Je lui souris en haussant les épaules. Il me rend mon sourire. — Alors Sam, c’est ton surnom ?

— Pas vraiment, mais tu m’as demandé de t’appeler Emi quand on s’est rencontrés alors j’ai fait la même chose.

Nous nous sourions. Il est beaucoup plus détendu, moins autoritaire avec moi. Comme s’il était soulagé d’un poids.

— Tu es de quelle origine ?

— Tunisien.

Il regarde autour de nous et certains collègues nous observent, dont Mika l’air étonné.

— Bon, amuse-toi bien Emilie.

— Alors le fait que tu sois Tunisien t’empêche de discuter avec une collègue ?

Il me fixe. J’imagine qu’il va m’envoyer bouler mais je ne peux pas m’en empêcher, j’ai envie de lui parler.

— Je te dis quand je pars et je te ramène chez toi. Ce n’est même pas une question, ça sonne comme un ordre. Et si je n’en avais pas envie ? Mais bien sûr que j’en meurs d’envie, il le sait. J’acquiesce et pars rejoindre Stella, assise de l’autre côté du bar. Elle me raconte sa relation avec Marc, le collègue qui l’a ramenée l’autre soir mais je ne pense qu’à une chose : quand va-t-on enfin rentrer ? Mika me parle à peine, je décide d’aller le voir : — Tout va bien Mika ?

— Ouais… je t’intéresse tout à coup ?

— C’est quoi ton problème au juste ?

— Laisse tomber Emi.

— Quoi, je ne pense qu’à moi c’est ça ? Excuse-moi de m’amuser, il me semble qu’on est en soirée pour ça.

— Ok continue de t’amuser alors, bonne soirée ! — Bonne soirée ! Au fait, je ne rentrerai pas avec toi ce soir, au moins tu es prévenu à l’avance.

Je suis plus qu’énervée, qu’est-ce qu’il lui prend tout à coup ? Je retourne au bar me prendre un verre. Samy me fixe, il a vu ce qu’il s’est passé. Il me fait signe de la tête en me montrant la porte d’entrée et j’acquiesce. Je finis rapidement mon verre et pars le rejoindre.

— Prends tes affaires, on se retrouve dehors.

Nous sommes dans la voiture en direction de chez moi, je romps le

silence :

— Alors le fait que je sois ta collègue de boulot te pose également problème ?

— Non, je ne voulais pas te parler devant tout le monde et avec tout ce bruit. Pourquoi tu tortures ton ami ainsi ?

— Je te demande pardon ?

— Mika, tu sais qu’il te veut.

— Pas du tout ! C’est un ami et il le sait.

— Tu lui as déjà dit ?

— Pas la peine de lui dire, il le sait très bien.

— Non, il ne le sait pas et ton comportement n’est pas clair. — Quoi ? De quel comportement parles-tu ?

— Tu sais très bien de quoi je parle.

— Tu sais quoi, laisse tomber, je ne suis pas rentrée avec toi pour parler de Mika ! Encore moins me disputer.

— C’est ça une dispute pour toi ?

Il ricane.

— Ok, c’est quoi ton problème avec moi ?

Il reste silencieux quelques secondes. Il finit par me répondre plus calmement.

— Tu es mondaine, Emilie.

— Mondaine ?

Je le fixe, outrée.

— Tu fumes, tu bois, tu es vulgaire, tu…

— Vulgaire ? C’en est trop, ça suffit !

Cette fois, c’est moi qui lui coupe la parole.

— Tu voulais absolument savoir quel était le problème. — Je ne t’ai jamais demandé la liste de mes défauts. Et je ne suis pas vulgaire !

— Ta robe est plus que vulgaire.

Je baisse les yeux et ma position assise fait qu’elle remonte très au-dessus de mes cuisses. Je tente de la baisser maladroitement tellement je suis énervée.

— Emilie, beaucoup de femmes sont comme toi et je m’en contrefiche, chacun son style de vie.

Je reste silencieuse tout en regardant par la fenêtre de mon côté. — Le problème est que tu me plais, Emilie.

Je me retourne vers lui pour le regarder. Je suis passée d’un état énervée à un état de bien être total. Cette simple phrase m’a fait un bien fou, je suis tellement soulagée de lui plaire. Pourtant, il vient carrément de m’insulter. Bref, je lui plais !

— Tu sais que tu me plais aussi ?

— Je sais, mais ce n’est pas possible.

— Pourquoi ça ? Tes origines ne me dérangent pas.

Bizarrement, y croyant à peine moi-même, je le pense. Je désire tellement le connaître plus, passer du temps avec lui, que je suis prête à faire cette concession. Après tout, les arabes ne sont pas tous pareils. C’est drôle, j’avais pensé tout le contraire il y a quelques temps.

On arrive devant chez moi et je cherche d’autres arguments avant

de me faire jeter une nouvelle fois.

— Désolé Emilie, ça va bien plus loin que ça. J’aimerais que tu laisses tomber maintenant.

— On peut au moins être amis ?

Je n’y crois pas du tout mais je me dis que c’est la seule solution pour qu’on continue de se voir.

— Je ne crois pas non. Rentre chez toi Emi.

Je reste figée, je ne veux pas rentrer et je sens une tension entre nous. — S’il te plait Samy, rentre cinq minutes, juste pour parler. Il soupire profondément.

— Emilie… dit-il en réfléchissant, je ne rentrerai pas chez toi, sors de ma voiture s’il te plait.

Son ton est dur, à la limite du violent. J’ai envie de pleurer mais j’y résiste. Je ne suis pas du genre à pleurer pour un rien, encore moins pour un homme. À part mon père, je n’ai jamais pleuré pour aucun homme. — Je suis désolée.

Je sors de sa voiture et avance lentement vers ma porte d’entrée. J’entends une portière claquer, je me retourne et le vois arriver rapidement vers moi. Il arrive assez violemment mais je n’ai bizarrement aucun réflexe de recul. Il prend mon visage entre ses mains et m’embrasse délicatement le coin de la bouche.

Mon Dieu, quelle sensation. Mon cœur bat la chamade et tout mon corps se met à vibrer. Son baiser est à la fois doux et intense, un vrai délice. J’essaie de coller mon corps au sien mais il m’en empêche. Seules nos bouches et ses mains sur mon visage se touchent. Il arrête lentement en finissant par un petit baiser sur le coin de ma lèvre, oh non ! — Tu as changé d’avis ? lui dis-je, le souffle coupé comme si j’avais couru un marathon.

— Je ne change jamais d’avis Emilie. Rentre chez toi maintenant. — Mais…

— On est déjà allé beaucoup trop loin.

— S’il te plait Samy, on peut juste en parler ?

— Pas ce soir, bonne soirée Emilie.

Il retourne rapidement dans sa voiture et repart en faisant un bruit pas possible avec son moteur.

Mes jambes tremblent et j’ai chaud. J’attends cinq minutes avant de rentrer chez moi. Je mets à nouveau une éternité avant de m’endormir mais cette fois je me sens bien. Je me repasse notre baiser en boucle dans la tête. Cet homme est un Dieu, mon Dieu !

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