Mi-figue mi-raison T1
Chapitre 44
Il pleut des cordes depuis que je suis rentrée du travail. J’ai donc
passé la soirée à la maison devant un film. Je m’apprête à aller me coucher quand je reçois un message de Samy. J’inspire profondément avant de le lire. Je n’ai pas eu de ses nouvelles depuis le mariage, il n’est pas venu au travail depuis et je n’ai pas osé revenir vers lui. Il a été trop dur avec moi cette fois. Il m’a clairement dit qu’il s’en foutait de moi. En réalité, c’est Fanny qui m’a fait me rendre compte que je ne pouvais pas revenir vers lui après ce qu’il m’a dit.
« Tu fais quoi ? »
Je ne sais pas quoi lui répondre. En temps normal, je lui aurais proposé que l’on se voie mais il serait plus judicieux de ne pas le faire. Malgré tout, je ne peux pas résister à cette tentation qui brûle en moi. Je réfléchis quelques minutes avant de répondre.
« Rien, tu veux passer ? »
Je suis pitoyable ! Il arrive en tenue décontractée, jean basket et polo noir. Comment fait-il pour être toujours aussi classe en toute circonstance ? C’est sûr, je ne pourrai jamais lui résister. Il rentre sans m’embrasser ni retirer sa veste.
— Tu ne restes pas ?
Je suis déçue rien qu’à cette idée. Toutes mes bonnes résolutions ont disparu depuis qu’il est rentré. Je veux être avec lui, je veux qu’il me prenne dans ses bras. Il me tend une enveloppe. — Je suis juste venu te déposer ça.
Je lève un sourcil et attrape l’enveloppe. Je reste bouche bée quand je vois une dizaine de gros billets. Je m’approche de lui pour lui caresser la lèvre. — Non ne t’inquiète pas, c’est gratuit ce soir ! Je rigole mais il continu d’éviter mon regard.
— C’est pour le mariage.
Je reprends mon sérieux avec une petite angoisse. — Oui je me doute, c’est beaucoup trop.
— C’est ta part, les mariés étaient ravis. Merci pour tout.
— Merci à toi. Etre payée à faire ce que j’aime, il n’y a pas mieux. Il ne me répond pas.
— Tu étais où cette semaine ?
— Le mariage a duré jusqu’à dimanche soir, j’ai pris quelques jours pour me reposer et j’étais en déplacement ensuite.
Ah oui c’est vrai, leurs mariages durent trois jours. Pourquoi ne m’a-t-il donné aucune nouvelle ?
— Tu restes un peu ?
— Non, je dois y aller.
Finalement, c’est lui qui me résiste. Il a l’air décidé et je ne peux pas le laisser partir, pas comme ça. J’ai l’impression qu’il n’y a plus rien entre nous et mon angoisse monte de plus en plus.
Je me précipite devant ma porte d’entrée pour l’empêcher de sortir.
J’attrape sa main pour la poser sur ma joue, il se laisse faire mais évite mon regard.
— Tu es sûr de ne pas vouloir rester ?
Je commence à sucer son pouce qu’il retire immédiatement. — Non Emi !
Il retire sa main d’un coup sec.
— Je vais y aller.
— Non ! Attends ! Pourquoi tu es comme ça ? — Pourquoi je suis comment ?
— Si froid d’un coup ! Je ne comprends pas ce que j’ai bien pu faire pour te rendre en rogne comme ça !
— C’est toi ! Ta façon de faire ! Ne suce pas mon doigt comme ça, ce n’est… pas mon style !
— Quoi ? Je ne comprends pas, qu’est-ce que…. — C’est bon Emilie, j’y vais !
Il me tourne le dos et sort de chez moi en claquant la porte. Je reste
quelques secondes figée sur place puis une rage monte en moi. Comment peut-il me traiter ainsi ? Qu’est-ce qu’il a voulu dire par « ce n’est pas mon style » ? Je ne pourrai pas rester comme ça sans réponse, je décide de lui courir après.
Je me rappelle en sortant qu’il pleut. Je n’ai pas pris ma veste, merde tant pis ! Je cours jusqu’au parking et l’arrête avant qu’il ne monte dans sa voiture.
— Samy, attends !
— Emi ? Tu es folle, rentre chez toi tu vas attraper froid ! — Non !
Nous sommes tous mouillés et plus qu’énervés. — Rentre immédiatement Emilie !
— Je ne rentrerai pas tant que tu ne m’auras pas expliqué ! J’hurle encore plus fort du fait que la pluie s’ébruite. Il sert les dents et sa mâchoire se crispe.
— Ok, monte dans la voiture.
— Non Sam ! Non, j’en ai marre !
Il essaie de m’attraper les bras.
— Ne me touche pas !
Il écarquille les yeux. Il est choqué de me voir lui parler ainsi. — Pourquoi tu es comme ça avec moi? Pourquoi tu es gentil et méchant la seconde d’après ?
Je m’arrête pour reprendre mon souffle et j’hurle encore plus fort : — Mi-figue mi-raisin !
Il se calme et baisse les yeux sans ne me dire aucun mot. Je reprends sans crier, la voix triste et tremblante :
— Samy si je ne suis pas ton style, si rien ne te plait en moi… alors pourquoi ?
Il hésite, recule et avance vers moi, puis recule à nouveau d’un pas. — Emi…
— Pourquoi Sam… ?
Il se prend la tête mouillée dans ses mains puis éclate en criant : — Je n’aime pas la façon dont tu me plais Emi ! Je n’aime pas le fait de ne plus me maîtriser quand je suis avec toi. Je n’aime pas te voir habillée court car je ne supporte pas de savoir que quelqu’un d’autre que moi peut te désirer. Je n’aime pas te voir embrasser ou même juste discuter avec d’autres hommes, je n’aime pas te voir fumer et détruire ta santé. Je déteste te voir pleurer, Emi. Je ne supporte plus de penser tout le temps à toi. Je passe mes soirées à imaginer ce que tu es en train de faire quand je ne suis pas avec toi. Je n’arrive même pas à te retirer de ma tête quand je parle à ces femmes que je rencontre. J’aime ta peau, tes cheveux, tes cheveux sont si beaux et sensuels, ils devraient être cachés. J’aime ton tatouage et la signification qu’il a pour toi. J’aime ta façon de me regarder, ta façon de me répondre. J’aime tout chez toi Emi…
J’ai du mal à digérer tout ce qu’il vient de me dire. J’ai l’impression que je vais m’évanouir tellement mon cœur bat vite. La chaleur monte en moi alors que nous sommes sous la pluie gelée.
— Samy…
Il continue de regarder le sol. Je m’approche de lui et prend sa tête entre mes mains.
— Sam…
Je colle mes lèvres sur les siennes. Il ne bouge pas. J’attrape ses bras avec mes mains et je tente d’introduire ma langue dans sa bouche mais il me repousse violement au bout de quelques secondes, ce qui me fait reculer de quelques pas.
— Non Emi… non, tu ne comprends rien ! Mon côté mauvais avec toi est la raison.
— Sam, j’ai compris laisse-moi…
Je refais un pas vers lui et il m’arrête avec son bras tendu vers moi et ses yeux continuent de fixer le sol.
— Non Emi… mes sentiments ont beaucoup trop pris le dessus depuis que je t’ai rencontré mais ma raison est plus forte.
Il lève les yeux vers moi.
— Elle le sera toujours.
Mes yeux se remplissent de larmes mais il ne peut pas le remarquer tellement mon visage est mouillé par la pluie.
— Samy non…
— Emi… entre nous ce n’est pas possible, on le sait depuis le début. Je m’attends au pire, je sens arriver la pire chose que je craigne depuis notre rencontre. Il me fixe l’air triste et me dit tout bas : — C’est terminé.
J’hurle à l’intérieur de moi. Je n’arrive même pas à le supplier de ne
pas me quitter. Je reste figée, les bras le long de mon corps. Je n’arrive plus à dire ou faire quoi que ce soit. Je n’arrive même plus à pleurer. Je reste là, sur place, mouillée de la tête au pied, le cœur totalement brisé, à le regarder partir.
OceanofPDF.com