Mi-figue mi-raison T1

Fanny D.L · Chapitre 32 sur 65

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Mi-figue mi-raison T1

Chapitre 29

 

Je vais en direction de chez de ma mère mais j’hésite encore à faire demi-tour. Samy m’a proposé de passer chez lui ce soir et j’ai refusé. C’est la première fois depuis que l’on s’est rencontré que le refus vient de moi. Je mets toujours nos soirées en priorité car je n’arrive pas à faire autrement. Mais cette fois, ce n’étais pas possible. Cela fait plusieurs semaines que je n’ai pas vu ma mère et je ne pouvais pas annuler une fois de plus. Je mets mon kit mains libres et lui passe un coup de fil. — Allo ?

— Bonsoir…

— Ne me dis pas que tu as changé d’avis ?

— Peut-être bien.

— Hors de question Emi, tu passes la soirée chez ta mère, on se verra demain.

— Non mais je me disais peut-être qu’après… — Emi, on va encore se coucher tard et tu es épuisée en ce moment. Il s’inquiète pour moi ou il ne veut pas me voir ? Je ne sais pas si je dois être vexée ou flattée.

— Ne t’inquiète pas pour….

— Pas ce soir Emilie.

Son ton s’est durci, merde ! Je ferais mieux de laisser tomber. — Ok ok…

— Tu comptes y aller pour quelle heure ?

— Je suis déjà en chemin.

— Quoi, tu es en voiture ?

— Euh….. Oui.

— Emilie ! C’est dangereux, je raccroche.

— Attends !

— Quoi ?

— Passes une bonne soirée, je t’embrasse…

Je prends une voix de coquine et je sens qu’il sourit. — Bonne soirée bébé.

Il raccroche. Oh mon Dieu, j’ai bien entendu ? Je sens que je frôle la crise cardiaque ! Mon cœur bat la chamade et je souris comme une idiote. Samy m’a appelée bébé ! C’est la première fois qu’il m’appelle autrement qu’Emi ou Emilie… C’est dingue, il vient d’illuminer ma journée avec ce simple mot. J’arrive chez ma mère avec un sourire jusqu’aux oreilles.

Maman m’a préparé des spaghettis à la bolognaise comme je les

aime. J’ai déjà presque fini mon assiette sans avoir dit un mot. — Eh bien, tu as de l’appétit aujourd’hui, ça fait plaisir à voir ! Je lui souris et finis mon assiette. Je sens qu’elle a quelque chose à me demander mais elle n’ose pas.

— Oui maman ?

— Non rien, juste je me demandais si… tout se passait bien avec Mika. Je fais tomber ma fourchette dans mon assiette, ce qui la fait sursauter. — Maman, je t’ai déjà dit qu’il n’y avait rien entre Mika et moi ! — Bon très bien, ne t’énerve pas !

Elle se remet à sourire.

— Alors c’est qui ?

— Comment ça, c’est qui ?

— Qui est la personne qui te rend si heureuse ? Je lève les yeux au ciel.

— Désolée de te décevoir mais il n’y a personne. Elle jette sa serviette sur la table.

— Bon Dieu Emi, quand est-ce que tu vas enfin me parler ? Je lui jette un regard interrogateur.

— J’ai vu ton appareil photo dans ton sac à l’entrée. — Hein ? Et alors ?

— Emilie ne me prends pas pour une imbécile ! Tu souris bêtement, tu ne lâche pas ton téléphone et… tu t’es remise à la photo ! — Maman…

— Emi, pourquoi tu ne me dis rien ?

Ma mère ne comprend pas que je sois toujours célibataire. Je ne sais pas pourquoi, ça l’a toujours obsédée. À l’époque où je sortais avec Pablo, elle m’avait presque suppliée de retourner avec lui malgré que je ne ressente plus rien. Je pense à Samy qui a déboussolé ma vie et qui est à l’origine de tous ces changements mais je ne peux pas lui parler de lui. Je n’ai pas envie de lui parler de Sam sans préciser ses origines. Et puis, elle insisterait pour le rencontrer ce qui est impossible.

— Écoute maman, je t’assure, il n’y a personne. Je perçois la déception dans son regard. Je ne devrais pas rentrer dans cette discussion mais je ne peux pas m’en empêcher. — Qu’est-ce qu’il y a maman ?

— Emi, ça fait plus d’un an que tu n’es plus avec Pablo et… Je n’écoute même pas la suite et je plonge dans mes pensées. Ça fait déjà un an ! Cela me ramène à une autre réalité : cela fait déjà plusieurs mois que j’ai rencontré Samy et que nous avons cette… relation ? — Emilie, tu m’écoutes ?

— Euh oui maman, excuse-moi.

— Donc je te disais, ton père n’a pas la moindre… — Mon père ?

Je me lève et pose mes mains sur la table.

— Attends, qu’est-ce que mon père vient faire là-dedans ? Elle sait que je ne parle jamais de mon père. Surtout pas avec elle. Je sens déjà une rage profonde monter en moi.

— Emi, tu sais très bien que tu es comme tu es à cause de ton père ? — Comment ça, je suis comme je suis ?

Je crie presque.

— Je veux dire, ta relation avec les hommes, tu… Je lui tourne le dos et elle se met également à hausser le ton. — Ne me tourne pas le dos Emilie ! Je t’avais dit à l’époque de voir quelqu’un mais tu es tellement têtue !

— Comment ça, voir quelqu’un ? Ton putain de psy, c’est ça ? — Emilie…

Elle tente de se calmer.

— Tu ne vois pas que tu as un problème ? Tu n’as aucune relation stable, tu ne parles plus à ton père, tu n’as pas de petit ami, tu es en perpétuel conflit avec ta mère, tu…

— Ça suffit !

J’ai hurlé tellement fort que ça l’a fait sursauter. Elle me fixe, les yeux écarquillés.

— J’en ai assez entendu.

Je me précipite dans l’entrée, elle me suit sans rien dire. J’attrape

mes affaires en vrac dans mes bras et sors en claquant la porte. Je démarre rapidement afin qu’elle ne puisse pas me rattraper et j’éteins mon téléphone. Il est hors de question que j’en entende plus. Je m’étonne moi-même de ne pas craquer. Les larmes ont vite tendance à monter quand il s’agit de mon père – et de Samy maintenant.

J’allume la radio pour tenter de m’apaiser et j’entends une magnifique chanson jouée au piano que je ne connais pas. À peine quelques secondes et je me mets à sangloter derrière mon volant. Plus j’écoute cette musique, plus j’ai du mal à retenir mes larmes. Sam a raison. La musique fait sortir ce qu’il y a au plus profond de moi.

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