Mi-figue mi-raison T1

Fanny D.L · Chapitre 31 sur 65

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Mi-figue mi-raison T1

Chapitre 28

 

Devant mon miroir, je me rends compte que je n’ai rien fait de la soirée à part me préparer. Je mets surtout un temps fou à choisir ce que je vais bien pouvoir porter. J’opte pour une jupe assez sexy mais pas trop courte. Sam avait l’air un peu énervé aujourd’hui, je ne préfère pas l’irriter encore plus. Et voilà que je m’habille en fonction de son humeur maintenant ! J’ai du mal à y croire moi-même.

J’arrive chez lui un peu en avance. Je frappe doucement à sa porte,

il met quelques secondes à ouvrir. Je regarde ma montre et constate qu’il n’est que vingt et une heure quarante, je me demande si je n’aurais pas mieux fait d’attendre qu’il soit vingt-deux heures avant de frapper. Quand il m’ouvre avec un large sourire, je suis tout de suite rassurée. — Bonsoir Emi, entre.

Je profite de cette bonne humeur pour lui voler un baiser au coin de la bouche en rentrant. Il a, comme à son habitude, un petit réflexe de recul mais j’ai été trop rapide pour qu’il puisse l’éviter. Il referme la porte tout en souriant et faisant non de la tête. Je pose mes affaires dans l’entrée et, à peine arrivée dans le salon, je l’agrippe par derrière afin de le serrer dans mes bras. Il tente de les retirer.

— Emi…

Je le serre encore plus fort.

— Je crois que je ne t’ai pas remercié pour vendredi. Il se dégage complètement et part s’assoir sur son canapé. Il n’est pas désagréable comme il a déjà pu l’être mais il m’évite. — Tu m’as déjà remercié Emi.

— Oui, mais pas comme il se doit.

Je lui fais un petit clin d’œil accompagné de mon sourire le plus coquin. Après notre soirée de vendredi, Samy m’a raccompagnée et n’a pas voulu aller plus loin, ce qui a rendu la soirée encore plus appréciable. Un moment passé ensemble sans sexe. Un moment à nous deux. Il sourit également et me fait signe de m’assoir près de lui en tapotant son canapé avec sa main. Je me mets près de lui et descends ma jupe qui est remontée.

— Si tu portais des jupes correctes, tu n’aurais pas à te soucier de ça. — Tu la trouve trop courte ?

Il répond à ma question en fixant mes jambes, les yeux écarquillés. — Attends, c’est la jupe la plus longue que j’aie ! Et puis je ne l’ai mise que pour toi…

— On n’a pas du tout la même conception du court. Et puis même si ce n’est que pour moi, tu as fais le trajet comme ça donc d’autres ont pu te voir.

— Quel est le problème Samy ?

Son regard et son ton se durcissent.

— Laisse tomber, nous n’avons pas la même conception de la vie de toute manière.

Ça y est, il est agacé. J’en ai marre de toujours essayer d’arrondir les angles et son agacement a déteint sur moi.

— Samy, je ne comprends pas.

Il tente de me couper la parole mais je ne le laisse pas parler et lève légèrement le ton.

— Tu me fais passer la plus belle soirée de ma vie vendredi, ensuite tu m’ignore totalement au travail, puis tu me demandes de venir chez toi et m’accueille avec le sourire pour ensuite critiquer ma tenue vestimentaire. Tu es incroyable, tu es….

Il lève un sourcil en attendant la suite.

— Tu es mi-figue mi- raisin !

Je crie presque. Mon énervement à l’air de l’amuser, ce qui n’est à plus rien comprendre encore une fois. Je croise les bras en le fixant pour montrer que j’attends une explication de sa part.

— Mi-figue mi-raisin hein ?

Il penche la tête sur le côté en souriant, c’est à en tomber par terre ! Je suis partagée entre l’envie de continuer notre explication et celle de lui sauter dessus pour l’embrasser. Plus il me regarde comme ça et plus je penche pour la deuxième option mais j’essaie de tenir bon. Je veux savoir pourquoi il est comme ça avec moi alors je croise mes bras encore plus haut et fronce les sourcils. Il rigole.

— Tu n’es pas crédible Emi…

Je reste ainsi quelques secondes puis éclate de rire avec lui. — Viens par là…

Il me tend la main que j’attrape instinctivement et je le chevauche en posant mes mains derrière sa nuque. Je vais pour l’embrasser mais il tourne légèrement son visage sur le côté afin que j’embrasse ses joues, son cou. Le fait de ne pas pouvoir l’embrasser me rend folle mais rend notre relation encore plus intense.

Je lèche délicatement son cou et je sens que ça lui fait beaucoup d’effet. Il m’attrape par les fesses et se lève en me portant vers la chambre. J’enroule mes jambes autour de sa taille et continue de lui embrasser le cou.

Je suis, comme à chaque fois que nous finissons de faire l’amour, allongée à côté de lui, la tête sur son épaule en train de lui caresser les poils du torse. Il me caresse délicatement les cheveux. Nous restons comme ça plusieurs minutes et il finit par rompre le silence en parlant tout bas. — Pourquoi tu n’as jamais essayé d’être photographe ? Je soupire, ce n’est pas un sujet dont je raffole mais ça ne me dérange pas de lui en parler à lui. Je relève mon visage et pose mon menton sur son torse pour le regarder.

— Je… je ne sais pas Sam… je ne me trouve pas assez douée je pense. — Non, quelqu’un t’a fait croire ça un jour, mais c’est faux. Il se dégage de mon étreinte et se positionne sur le côté face à moi. — Emi, tu fais un travail qui ne te plait pas réellement et je pense que tu réussirais plus dans la photo.

Il est si calme et si doux. J’aime quand il est comme ça. J’aime ce Samy là. — Je n’aime pas parler de ça…

— Je sais.

— Pourquoi ça t’intéresse ?

— Je trouve ça dommage que tu n’utilises pas tes talents, c’est tout. C’est pour ça que je t’ai aidée vendredi dernier.

J’ai un petit pincement au cœur. J’aurais aimé qu’il y ait une autre raison à cette soirée.

— C’est juste une passion que, grâce à toi, j’ai pu développer. Je me rapproche un peu plus de lui.

— Je t’ai juste aidée à te mettre à l’aise. La musique peut faire des miracles. — La musique ?

— Oui. Tu ne connais pas encore sa puissance. Elle peut te rendre heureux et joyeux mais elle peut aussi rendre une situation encore plus triste qu’elle ne l’est déjà. Elle fait ressortir les sentiments, même les plus profonds. Ce qu’il vient de dire est si beau, si intense.

— Oui, j’avoue que la musique m’a beaucoup aidée mais c’est ta présence qui…

— Emilie…

Il se relève pour s’assoir contre la tête du lit.

— Je n’y suis pour rien crois-moi.

Je n’insiste pas mais je sais que c’est grâce à lui. Il ne sait pas l’effet qu’il a sur moi. Sa simple présence m’a poussée à photographier comme je ne l’ai jamais fait.

— D’où sors-tu cette chanson ?

Il se masse doucement la nuque. Est-ce un sujet sensible ? Pourquoi ? Il hésite avant de répondre.

— Elle parle de photographie, j’ai trouvé qu’elle te correspondait. — Je ne pensais pas que c’était ton genre de musique. Je le sens un peu gêné mais c’est vrai, je ne l’imaginais pas du tout écouter ce style, je ne sais pas pourquoi. Je sens que j’ai mis un froid alors je passe à autre chose.

— Bon et toi, tu as une passion ?

— Non, pas vraiment.

Je me redresse pour m’assoir à côté de lui.

— Allez, il y a bien quelque chose que tu aimes faire ! Il m’attrape le menton et me colle un petit baiser sur le coin de la lèvre. — Oui… un tas de choses…

Il sourit. Sa façon délicate de changer de sujet ne m’a pas échappée mais semble fonctionner. J’ai envie d’en savoir plus sur lui mais il n’a pas l’air décidé à se dévoiler pour l’instant et je n’ai pas envie de l’énerver. — Samy, j’aimerais savoir…

— Oui ?

Il se lève et met son pantalon.

— Vendredi soir… je veux dire avant qu’on se voit…avec cette femme… Il passe un t-shirt blanc et je me dis que c’est la première fois que je le vois avec autre chose qu’une chemise.

— C’est personnel Emilie. Rhabille-toi, je te ramène chez toi. — Mais attends…

Il part en direction du salon sans me prêter attention. Je me lève, enroule le drap autour de moi et fonce le rejoindre dans le salon. Il est assis sur le canapé, penché en avant en train de mettre ses chaussures. — Samy !

Il lève un regard étonné vers moi et je continue sans qu’il ait le temps de me répondre :

— La photographie c’est également un sujet personnel pour moi. Tu ne t’en rends peut-être pas compte mais c’est un sujet intime que je ne partage avec personne !

Il va pour ouvrir la bouche mais je poursuis :

— Et puis même si on n’est pas vraiment ensemble, on couche ensemble et je pense avoir le droit de savoir s’il y a une autre femme dans ta vie ! Il me regarde quelques instants et un petit sourire en coin réapparait. Moi qui m’attendais à l’avoir complètement énervé. — S’il n’était pas si tard, je t’ôterais bien ce drap, c’est terriblement sexy. Il tente à nouveau de faire diversion et le pire c’est que ça marche. Ses paroles provoquent des papillons dans mon ventre et je ne peux m’empêcher de lui rendre son sourire. Mais comment fait-il cela ? — Très bien !

Je fais la moue et retourne dans la chambre pour m’habiller. Il me suit et s’appuie contre l’encadrement de la porte.

— Emilie, la femme que j’ai rencontré vendredi ne me convenait pas. — C’est vrai ?

Je ne peux m’empêcher de sourire mais je tente rapidement de cacher cette joie.

— Oui et je veux que tu saches que quand je rencontrerai la femme qui me convient, tu seras immédiatement informée. Je t’ai dit que je ne continuerais pas à faire ce que je fais si je rencontre quelqu’un. — Oui, je sais mais…

— Je ne t’en ai pas parlé car je pensais que tu avais compris. Je m’assois sur le lit.

— Donc, tu continues à chercher une femme ? — Bien sûr, c’est mon but.

Je sens comme un poignard dans le cœur. Un retour à l’abominable vérité : cet homme ne sera jamais à moi. Je ne suis pas du tout ce qu’il veut. Bien sûr, il n’est pas non plus le type d’homme que j’espérais. C’est vrai quoi, il est Tunisien, une culture que je n’ai jamais apprécié. Il croit en Dieu, un concept que je n’arrive pas à comprendre. Nous sommes si différents et pourtant, je ne peux pas me passer de lui. Je baisse les yeux sur mes doigts entremêlés.

— Si ça devient dur pour toi, on peut arrêter là Emilie. — Non je… j’arrive à nouveau à vivre ma passion grâce à toi alors… j’ai besoin de toi.

— Emi, tu n’es pas qu’une diversion pour moi. Je peux être ton ami et continuer de t’aider.

— Tu crois à l’amitié homme/femme maintenant ? Il sourit.

— Tu marques un point ! Oui je pense qu’on peut être ami, tout est clair entre nous depuis le début.

Je me lève en faisant mine d’être contente. Je n’ai pas du tout envie d’être son amie. Je veux être plus, je veux beaucoup plus. — Ça me va… et on garde les extras !

Je lui fais un clin d’œil et m’approche de lui pour lui déposer un petit baiser sur la joue. Il sourit et recule légèrement, me faisant comprendre que ça n’ira pas plus loin ce soir.

— Allez, il est tard, je te ramène.

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