Mi-figue mi-raison T1
Chapitre 24
Je tape plusieurs fois sur mon réveil afin qu’il s’arrête de sonner.
J’ai vraiment du mal à sortir du lit ce matin. Je repense à ma soirée et ressens un léger mal être quand je repense à ce qu’il s’est passé avec Mika. Puis, je me mets à penser à Samy et je me sens tout à coup beaucoup mieux. Nous avons encore passé une nuit géniale. Enfin quelques heures, il est parti à trois heures du matin. Je me lève avec le sourire aux lèvres et fonce me préparer. Je suis déjà en retard.
En arrivant à la cafétéria, je perçois tout de suite Mika, debout avec
son café à la main, le regard dans le vide. Bon tant pis, je prendrai mon café plus tard. L’idée de devoir passer ma vie à l’esquiver m’exaspère, mais il ne me laisse pas le choix. Je pars vers l’ascenseur quand je sens une main m’attraper par le bras.
— Emi…
— Mika ?
Je dégage mon bras délicatement. Son regard est rempli de tristesse et de fatigue, ça me fend le cœur !
— Écoute….
Il passe sa main derrière la tête, très embarrassé. — Je suis désolé pour hier soir. J’aimerais qu’on oublie tout ça… que l’on redevienne amis.
J’ai envie de lui sauter dessus et d’accepter mais je reste calme. — Tu es sûr que c’est possible ?
— Oui, bien sûr que oui ! Tu sais, je ne vais pas très bien en ce moment, je crois que j’étais perdu. Je te promets que j’ai compris et que ça ne se reproduira plus ! En plus, j’ai besoin de tes conseils d’experte pour trouver chaussures à mon pied.
Il essaie de sourire mais on perçoit que sa bonne humeur est hypocrite. — Emi, je ne veux pas te perdre.
Je lui souris également, bien évidemment que je veux toujours être son amie.
— Ok on oublie tout Mika, je ne veux pas te perdre et mon meilleur ami me manque.
— Toi aussi ma belle, sourit-il, rassuré.
Il s’approche et me serre délicatement dans ses bras. Je le serre quelques secondes et me dégage délicatement de son étreinte. — Bon, à tout à l’heure à la pause-café alors ! — Avec plaisir !
Je lui fais un petit signe de la main et pars au bureau avec le sourire. Je suis rassurée et heureuse. J’adore Mika et j’espère vraiment que cette histoire est finie. Je lève les yeux en sortant de l’ascenseur et tombe sur Samy qui sort de son bureau tout en lisant un document.
— Bonjour.
Il me fait un demi-sourire et continue son chemin en lisant ses feuilles. Merde alors, qu’est-ce que j’ai encore fait?
— Sam…
Il se retourne l’ai étonné en attendant la suite de ma phrase sans rien dire. Il est tellement beau ! J’ai du mal à me concentrer, je ne sais même pas quoi lui dire.
— Tout va bien ?
— Oui…
Son regard étonné persiste.
— Euh…Est-ce que…. On se voit ce soir ?
— Ok si tu cuisine.
Il sourit. Mon Dieu ! Ma peur s’efface pour faire place à la joie. — Ok, je vais essayer…
— À ce soir Emilie, je vais être pas mal occupé au boulot aujourd’hui. — Ok… je t’envoie un message pour l’heure.
— Pas besoin, vingt heures chez toi sera parfait. Je reste bouche bée par son manque de politesse mais il ne me laisse même pas le temps de riposter qu’il est déjà reparti, le nez dans ses documents. Il ne remarque même pas mon étonnement. Peu importe ! Je passe la soirée avec cet homme et ça c’est le plus important. Je sautille discrètement sur place avant d’aller à mon bureau.
Je passe à la boucherie près de chez moi avant de rentrer. Je n’ai aucune idée de ce que je vais bien pouvoir cuisiner mais j’aimerais vraiment l’impressionner !
Sur les conseils du boucher, j’opte pour un filet mignon ! En rentrant, je me mets directement en cuisine pour préparer le repas. Ça n’a jamais été mon truc de cuisiner mais j’avoue que ça ne me déplaît pas de le faire pour lui. Je vais pour sortir mon plat du four et je constate avec horreur qu’il est déjà vingt heures ! Oh non, je ne suis pas du tout prête et avec mon manque de savoir-faire en cuisine, j’en ai partout sur les vêtements. J’entends tout à coup qu’on frappe à la porte. Il ne peut pas me voir comme ça.
Je cours me regarder dans le miroir de la salle de bain et tente désespérément de me refaire une beauté rapide mais ça frappe encore plus fort. Si je n’ouvre pas maintenant, il risque de partir. Tant pis, je traverse rapidement l’appartement et lui ouvre sans à peine le regarder. — Bonsoir.
— Rentre, installe toi, j’arrive !
Je retourne rapidement à la salle de bain. Je me fixe dans le miroir et le vois apparaitre derrière moi. Il se place derrière mon dos et me coince en posant ses mains sur le plan de travail du lavabo. Il me regarde dans le miroir et embrasse mon cou. J’ai des papillons dans le ventre, cet homme me fait un effet de dingue.
Je ferme les yeux puis les ouvre à nouveau quand il arrête de m’embrasser pour me dire doucement à l’oreille :
— Reste comme ça, allons dîner je meurs de faim. Il sort de la salle de bain et je le suis, encore déboussolée de notre rapprochement. C’était si intense et sexy !
Quand j’arrive dans la salle à manger, il est déjà assis à table que je n’ai pas eue le temps de dresser.
Je me dépêche et je sens son regard sur moi.
— Désolée, je n’ai pas eu le temps…
— Tu vas t’habituer.
Je m’arrête une seconde pour le regarder. Je ne comprends même pas pourquoi je ne suis pas en colère avec toutes ces réflexions. Je me concentre plutôt sur les traits de son visage. Ils sont vraiment parfaits. Et un regard à couper le souffle !
— Je n’ai pas fini de t’impressionner…
Je ramène le plat chaud à table, toute fière de moi, et je constate que son sourire s’efface.
— Qu’est ce qui ne va pas ? Tu n’aimes pas le filet mignon ?
— Emi… tu sais ce que c’est comme viande ? Il a à peine le temps de finir sa phrase que je comprends immédiatement la boulette que je viens de faire. Je me tape la main sur le front. — Oh non ce n’est pas vrai !
Je viens vraiment de préparer du porc à un musulman ? Quelle idiote ! — Ce n’est pas grave, tu le sauras pour la prochaine fois ! — Je suis vraiment désolée Sam…
Je suis déçue et me sens vraiment bête d’avoir fait une telle gaffe, mais le fait qu’il me parle d’une prochaine fois me rassure. Il y aura une prochaine fois, c’est ce qu’il veut.
— À vrai dire, j’étais persuadé que tu ne cuisinerais pas, je suis impressionné. Ce n’est rien, on va commander quelque chose. Son sourire me rassure. Je vais pour attraper mon téléphone tout en rigolant de moi-même.
— Putain, quelle conne je suis !
Son sourire s’évapore tout à coup.
— Ne parle pas ainsi.
Son ton est dur, il a l’air énervé.
— Quoi ?
— Ne sois pas vulgaire.
— Vulgaire ? Je ne comprends pas… excuse-moi pour le repas, ça ne sert à rien d’être désagréable.
Il se lève et s’approche de moi en retirant un bout de pomme de terre de mes cheveux, la honte ! Il me dit tout bas :
— Emilie, je m’en fiche du repas, je m’en fiche que tu ne sois pas préparée ce soir.
Il marque une petite pause avant de reprendre. — Mais je ne pourrai pas accepter qu’une femme parle comme ça, aussi mal. Ça ne te va pas du tout.
J’ai envie de lui répondre que je parle comme je veux, qu’il n’est pas mon père. J’aurais dû m’énerver, j’aurais dû lui répondre ! Mais en réalité, je n’en ai pas envie. Je prends ce qu’il me dit comme un compliment. « Ça ne te va pas du tout ». Je colle ma bouche contre la sienne sans qu’il ait le temps de me repousser. Il ne me rejette pas mais n’ouvre pas la bouche. Je continue mes baisers en descendent dans son cou tout en ouvrant sa chemise. Il me la laisse lui ôter puis m’attrape fermement les poignets pour me stopper. Il se baisse pour m’attraper par les cuisses et me soulever. Il se dirige vers ma chambre et me pose délicatement sur mon lit. Nous restons allongés un long moment, ma tête sur son torse. L’un des moments que j’aime le plus.
— C’était si bon…
Il rigole mais ne répond pas.
— C’est vrai, tu es un Dieu !
Il se lève délicatement en m’écartant sur le côté. — Ne dis pas ça.
Il commence à se rhabiller. Merde, ça y est je l’ai énervé. — Excuse-moi, c’est juste une expression.
Il s’arrête net de reboutonner sa chemise :
— Peu importe, ne dis plus jamais ça.
Il sort de la chambre.
— Allons manger.
Ouf, il reste !
Nous mangeons notre pizza au saumon sans rien dire puis il part s’installer sur le canapé pendant que je débarrasse et range la cuisine. Une fois terminé, je m’installe à côté de lui et lui tend son café. Il le prend sans me regarder en fixant la télé.
— Sam… je suis désolée pour le repas et tout ce que j’ai pu dire… — Laisse tomber, ne recommence pas c’est tout. Son autorité habituelle ne m’agace même pas. Je pose ma tête sur l’assise du canapé et le regarde. Il se tourne vers moi.
— C’est quoi tout ça ?
Il me montre deux tableaux accrochés au mur de mon salon. L’un représente la tour Eiffel, l’autre l’arc de triomphe en plein soleil. — Ça … ce sont des photos… des photos de monuments. — Pourquoi tu es gênée ?
— Je ne suis pas gênée. Tu veux voir un film ? — Emilie.
— Oui ?
— C’est toi qui as pris ces photos, n’est-ce pas ? Je le fixe, abasourdie.
— Oui, dis-je en baissant les yeux sur mes mains, tu as remarqué le manque de professionnalisme.
Je me mets à rire doucement mais il continue de me regarder sérieusement. — Non, ils sont très beaux. J’ai vu ton appareil photo professionnel dans la chambre.
— Samy… je n’aime pas trop parler de ça.
— Pourquoi ?
— C’est que… c’est juste une passion. Je ne suis pas du tout bonne photographe.
— Une passion ? Plutôt un don. Raconte-moi. — Que je te raconte quoi ?
— Qu’est-ce que tu aimes photographier ? Pourquoi tu en as honte ? Je soupire et m’adosse totalement sur le canapé sans le regarder. — J’ai toujours aimé les photos, depuis toute jeune. J’avais à peine dix ans je crois. J’aime surtout photographier les paysages et les monuments. Mon rêve serait de photographier la ville de Rome, notamment la fontaine de Trévi que je trouve magnifique. Voilà, tu sais tout ! Et toi, tu as bien une passion ?
— Tu n’as pas répondu à l’autre question.
Je lève les yeux au ciel et poursuit :
— Mon père m’a dit un jour que je n’étais pas douée et qu’il ne valait mieux pas en faire mon métier, que je n’irais pas loin. Alors j’ai arrêté, ou du moins j’ai arrêté de montrer… Je fais signe d’ouvrir les guillemets avec mes doigts… mes œuvres.
J’éclate de rire mais Samy ne sourit même pas, il me fixe. — Dis-moi juste une chose. Pourquoi la fontaine de Trevi ? Je soupire et regarde mes photos contre le mur sans répondre. — À Rome, il y a le Colisée, l’une des merveilles du monde. Pourquoi la fontaine Emi ?
Il se penche vers moi en attendant ma réponse. — Je la trouve magnifique. C’est à la fois son style baroque et sa signification.
Il continue de me regarder sans rien dire.
— Tu sais pourquoi elle s’appelle ainsi ?
Il fait non de la tête en souriant.
— Eh bien, une femme dénommée Trevi aurait révélé l’emplacement de cette source à des soldats romains afin de sauver sa virginité. Il remarque mon enthousiasme et se met à rire.
— C’est nul hein ?
— Pas du tout Emi. Continue.
— Au fil du temps, cette fontaine devint le rendez-vous par excellence des amoureux et des couples désirant un enfant.
— Tu es une romantique, finalement.
J’éclate de rire.
— Pas du tout, mais j’adore cette histoire.
Il me regarde quelques secondes en souriant, puis se lève. — Je dois y aller.
— Non, reste !
— J’ai une dure journée demain…
Il met sa veste. Je n’ai pas du tout envie qu’il parte. — S’il te plaît, il est encore tôt.
Je me rends compte que je suis limite en train de le supplier mais je n’arrive pas à faire autrement.
— Bonne nuit Emilie.
Il se dirige vers l’entrée et ramasse ses affaires. Bizarrement, je le sens triste.
— On se voit demain soir?
— J’ai déjà quelque chose demain soir.
— Attends !
Je me mets en face de lui, dos contre ma porte d’entrée. Il s’arrête et lève un sourcil.
— Demain c’est vendredi, on peut peut-être se voir après ce que tu as de prévu ?
— Non, je ne pense pas.
Il détourne le regard sans rien ajouter, il parait désorienté. Tout à coup, je comprends immédiatement.
— C’est demain ton rendez-vous avec cette femme. Je me rends compte que mon ton est agressif. Il acquiesce en hochant la tête et je sens les larmes remplir mes yeux. Il recule d’un pas et pose ses mains derrière sa nuque.
— Emilie, non…
— Je suis désolée.
— Écoute, j’ai été très clair avec toi dès le début… — Je sais mais…
— Il n’y a pas de « mais » Emilie. On arrête là. Il me tourne le dos et pose sa main sur la poignée de la porte. Oh mon Dieu non ! Mon cœur se mets à battre à cent à l’heure, la peur monte en moi. Samy n’est pas du genre à revenir sur ce qu’il dit. Vite, je dois trouver rapidement une solution.
— Non attends ! Écoute-moi s’il te plaît… Je cris presque, mon ton est suppliant. Samy me regarde une seconde puis détourne immédiatement son regard vers l’entrée. Il sent la peur dans mes yeux, ça l’énerve encore plus mais je n’arrive pas à faire semblant. — Sam je… c’est mon père !
Il se retourne pour me regarder, l’air étonné.
— Tu as touché un sujet sensible ce soir, c’est pour ça que je suis dans cet état. S’il te plaît, on n’arrête pas. Fais ce que tu as à faire demain, il n’y a pas de problème, ok ?
Je le fixe, le regard suppliant.
— Tu es sûre ?
— Oui, je te le promets.
Ma voix se calme.
— Aucun sentiment Emilie, c’est l’une des règles. Tu te souviens ? Il reste ferme et sûr de lui mais moins autoritaire que d’habitude. — Oui, bien sûr !
Il sourit légèrement.
— Très bien, alors je te dis à lundi. Je suis en déplacement demain. Il m’embrasse sur le front et s’en va. Je referme la porte derrière lui et m’adosse contre celle-ci. Je me mets à pleurer comme une madeleine, à pleurer comme jamais. Je ne sais même plus à quand remonte la dernière fois que j’ai autant pleuré. Impossible de calmer ma crise de larmes et je ne sais pas pourquoi. Mais en fait si, je sais parfaitement pourquoi. Ce sentiment fort que je ressens envers cet homme, un sentiment que je n’avais jamais éprouvé auparavant. Je suis horrifiée à cette idée qui me frappe de plein fouet. Cet homme qui ne veut pas de moi, cet homme dont la relation est impossible. Cet homme dont je suis éperdument amoureuse.
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