Mi-figue mi-raison T1
Chapitre 45
Ce matin, je me sens comme tous les matins de ces derniers jours :
triste. Je me lève difficilement et constate dans le miroir de ma salle de bain les traits de ma déprime. J’ai le visage pâle, les yeux et les lèvres gonflés. Et le regard vide. J’ai mal au cœur rien que de repenser cette scène. Malgré mes efforts, je n’arrive pas à chasser ces paroles de ma tête : « C’est terminé ».
Je ne le croise pas de la matinée, tous comme ces derniers jours. Il
faut dire que je ne cherche pas non plus à le revoir. Je prends mon café du matin à la maison et évite un maximum les pause cigarettes. Je décide de prendre une pause avant le déjeuner car mon corps et en manque de nicotine. Je ne préviens pas Mika car je n’ai envie de parler avec personne. Je me rends compte que je n’ai parlé à personne ces derniers jours.
Quand j’arrive dehors, Stella est au téléphone en train de fumer sa
cigarette. Je me mets un peu plus loin mais elle raccroche dès qu’elle me voit et cours me rejoindre. Oh non !
— Salut ma belle !
Elle me fait une bise, toute excitée.
— Salut Stella, comment ça va ?
Je sais qu’avec cette simple question elle va me raconter toute sa vie, mais je préfère ça plutôt qu’elle me pose des questions sur moi. Je fais semblant de l’écouter en hochant la tête.
— … et donc il a pris mon numéro et on se revoit sûrement la semaine prochaine, enfin comme tu sais, je le laisse me rappeler le premier ! Elle éclate de rire en me tapant sur l’épaule.
— Bon et sinon, prête pour ce week-end ?
Je tire une tafe sur ma clope tout en l’interrogeant du regard. — Tu n’as pas oublié notre super week-end à Lille tout de même ?
Ce n’est pas possible j’ai complètement oublié le week-end
organisé par l’entreprise avec ce qu’il s’est passé avec Samy. J’ai un gros pincement au cœur rien qu’à ce souvenir. Il faut dire que je ne pense qu’à ça dernièrement.
— Non, bien sûr que non, c’est juste que j’avais la tête ailleurs. Excuse-moi…
Je m’attends à ce qu’elle me demande ce qu’il y a mais rien. Elle
reprend son monologue mais cette fois en parlant de son planning prévu ce week-end. Je ne l’écoute plus du tout et cherche une excuse à inventer pour ne pas y aller. Je sais qu’Edward va être déçu, j’avais déjà donné une réponse positive et tout le monde sait l’importance de ces réunions organisées à l’extérieur. Je crois que personne ne sait que tous mes grands-parents sont déjà décédés, je peux peut-être leur dire que je viens de perdre ma grand-mère. Mon Dieu, quelle horreur ! Je secoue la tête pour me remettre les idées en place. Non, trouve autre chose Emi ! Je pense à la possibilité d’y aller mais je n’y arriverai pas. Dernièrement, tout ce que je veux c’est me morfondre dans mon lit. J’arrive à peine à venir travailler, alors passer un week-end à faire semblant est au-dessus de mes forces.
Je cherche une autre excuse dans ma tête quand j’entends le nom de Samy dans la bouche de Stella.
— … et du coup, le dimanche on partira vers dix-sept heures je pense… — Attends, tu as dit quoi ?
Elle me regarde, étonnée.
— Je te disais que si on partait de là-bas vers dix-sept heures, on pourrait profiter de la journée pleinement au lieu de…
— Non je veux dire, tu as parlé de Samy, non? Je me rends compte qu’elle n’a sûrement pas parlé de lui et que mon obsession devient très grave.
— Oui, je disais qu’il avait proposé de nous emmener étant donné que sa voiture est plus spacieuse.
J’écarquille les yeux mais elle ne remarque rien. — Du coup on se donne rendez-vous devant le boulot, il nous récupère tous samedi matin.
Je sens un frisson qui me parcourt tout le corps. Samy y va aussi finalement et il a proposé de nous emmener. Je ne sais plus quoi penser, en tout cas il est hors de question que j’y aille avec eux.
— Mais attends, tu es sûre que…. Enfin, il t’a parlé de moi ? — Oui, on discutait de comment faire avec Mika à la cafet’ et il s’est proposé de nous emmener, nous trois et Mélissa.
— Mélissa ?
— Oui tu sais, la blonde à la compta.
Oh oui je vois très bien, cette pétasse qui passe ses journées à lui faire les yeux doux. Je n’y crois pas ! J’ai envie de débarquer dans son bureau et d’hurler contre lui mais je sais que ça ne serait pas une bonne idée. Tout est fini entre nous après tout, j’ai encore moins le droit qu’avant de lui faire la morale. Rien qu’à cette idée, mon cœur me fait mal. Il n’est plus du tout question de chercher une excuse à présent. Je sais déjà que ça va être dur de passer le week-end avec Samy mais je n’ai pas le choix. Je ne peux pas le laisser avec cette Mélissa.
Ma colère a réussi a dépassé ma tristesse, ce qui n’est pas plus mal.
Je retourne à mon bureau et pour une fois depuis quelques jours, mes pensées ne tournent plus autour de cette scène où Sam me quitte, mais plutôt de Sam avec Mélissa. Et si elle avait pris ma place ? Cette idée me donne la nausée et je tente, sans grande réussite, de la chasser de mon esprit.
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