Mi-figue mi-raison T1
Chapitre 36
— D’où l’importance de faire des graphiques à ce sujet, on pourra mesurer l’évolution. Emilie, vous êtes d’accord ?
Edward me sort de ma rêverie.
— Euh oui.
Déjà une bonne heure que nous sommes en réunion et je n’ai pas
réussi à écouter ne serait-ce qu’une phrase entière. J’attrape mon portable et je constate que j’ai deux messages dans la conversation de groupe avec Mina et Fanny. Elles me demandent si on peut se voir ce soir. J’hésite une minute, je ne sais pas encore si Sam comptait que l’on passe la soirée ensemble. Je ne peux pas ne jamais rien prévoir dans l’attente qu’il soit disponible. Surtout que ça fait un moment qu’on ne s’est pas fait notre petit resto avec les filles. Je leur réponds rapidement avant de changer d’avis: « ok pour ce soir ».
La réunion s’achève enfin et je suis l’une des premières à me
précipiter vers la porte.
— Emilie.
— Oui ?
Je me retourne vers Edward, un peu gênée de m’être précipitée comme une ado après un cours ennuyeux.
— J’ai lu votre projet hier. Continuez ainsi. Il se pourrait qu’on se revoie très bientôt…
— Merci…
J’aurais pensé être plus heureuse que ça. C’est comme si évoluer ne m’intéressait plus. Bizarrement, depuis que j’ai repris la photo et que Samy m’a parlé d’en faire mon métier, je ne suis plus aussi motivée au travail. Non pas que je crois qu’il ait raison, mais j’y pense tout de même. — Emilie ?
Edward me sors à nouveau de mes pensées.
— Nous avons des photos à faire pour notre book sur le nouveau projet marquet. Des photos de nos différentes boutiques installées dans Paris ainsi que les emplacements publicitaires. Monsieur Belaoui m’a parlé de vos talents de photographe alors j’ai pensé… enfin si vous êtes d’accord, j’aimerais que vous preniez en charge ce projet et fassiez les photos.
J’ouvre grand la bouche d’étonnement. Je sens une poussée
d’adrénaline en moi. Je ne sais pas si c’est le fait d’avoir ce projet ou que Sam ait fait ça pour moi qui me rend si heureuse et excitée. Je sautille légèrement puis tente de reprendre mon calme. — Avec plaisir Edward ! Je vous remercie de me confier ce projet, je promets de ne pas vous décevoir.
— Parfait, je regarde mon agenda et on se cale un rendez-vous pour reparler de tout ça.
Je sors de la salle de réunion sans pouvoir m’empêcher de sauter sur
place et de crier :
— Oui !
Heureusement, personne ne m’entends. Je n’y crois pas ! J’ai enfin un projet à moi et de plus dans mon domaine. Je n’arrive pas à arrêter de sourire. Je descends pour prendre ma pause cigarette en pensant à Samy, qui encore une fois a illuminé ma journée. Je pense qu’il faut que je me retienne de lui sauter dessus si je le croise aujourd’hui.
Mon sourire s’estompe tout à coup quand je le vois à la cafétéria en
grande discussion avec une fille. Mes mains se mettent à trembler et je passe de la joie à la colère en à peine quelques secondes. Mais c’est qui celle-là ? Je m’arrête et tente de me cacher discrètement derrière une poutre pour observer la scène. Samy est assis avec son café à la main et cette pétasse blonde est debout en face de lui avec des documents aux bras. Elle est élégante, elle porte une jupe crayon noire avec un chemisier rouge très serré et des talons d’au moins dix centimètres. Mais qu’est-ce qu’il peut bien lui dire pour la faire rire autant ? Ils cessent leur discussion et elle repart en direction des bureaux. J’ai le temps de voir Samy se retourner pour la voir partir. Oh mon Dieu, j’en ai la nausée. Je me doute bien qu’il regarde d’autres femmes, mais de le voir à l’œuvre est horrible. C’est comme si on m’enfonçait un couteau dans le cœur. J’ai mal à cette simple idée qu’il puisse être attiré par quelqu’un d’autre.
Je sors rejoindre Mika et Stella et j’enchaine deux cigarettes en
faisant semblant d’écouter leur discussion. Je me force même à rire à une blague de Mika que je n’ai même pas écoutée. Je n’arrive pas à me concentrer, je n’arrête pas d’imaginer cette scène où Samy matait cette blonde ! Et si elle lui plaisait ? S’il lui proposait le même compromis qu’à moi ? Non ! Je secoue la tête pour retirer cette idée.
Je retourne à mon bureau de plus en plus contrariée. Je tente
désespérément de me mettre au travail mais je reste bloquée sur cette image de lui avec cette femme.
— Bonjour Emilie.
— Euh salut.
Je jette un rapide regard vers Samy, debout devant mon bureau, avant de me remettre sur mon ordinateur en l’ignorant. Je m’efforce d’agir normalement mais c’est impossible. Je suis tellement énervée contre lui, même si je sais que c’est exagéré. Calme-toi Emi.
Il ne me dit rien et repart à son bureau en souriant. Je rêve ! Il n’essaie même pas de savoir ce que j’ai. Je suis de plus en plus en colère. Je ne peux pas rester comme ça, surtout que je ne le verrai pas ce soir. Je me lève sans réfléchir et rentre en trombe dans son bureau. Je porte une robe noire toute simple et il regarde mes jambes sans aucune discrétion. Il remarque que je suis énervée et ça le fait rire.
— Qu’est ce qui te fait rire comme ça ?
— Toi.
— Et pourquoi je te fais rire ?
Il tente de reprendre un air sérieux et me regarde dans les yeux. — Tu ne devrais pas être jalouse, Emi.
— Quoi ? Comment ça jalouse ?
— J’ai vu que tu m’observais tout à l’heure.
J’hésite à répondre puis je referme la bouche. Je ne sais plus quoi dire. — Je t’ai vue dès que tu es entrée dans la pièce, Emi. Je suis perdue. Est-ce qu’il m’en veut ? Est-ce que je lui en veux encore ? Je ne sais plus quoi penser et mes joues doivent être rouges de honte. — Bien et… tu as fait exprès de…
Il se colle au dossier de sa chaise avec un large sourire. — Peut-être bien.
Je n’arrive pas à croire qu’il ait essayé de me rendre jalouse. Il me dit peut-être bien, alors peut-être qu’il la regardait finalement ? Merde, mais qu’est-ce qu’il m’arrive ? Je n’aime pas être comme ça. Moi qui suis contre la jalousie et pour la liberté d’esprit d’habitude. Sam m’arrête dans ma réflexion personnelle.
— Retourne travailler maintenant.
J’ouvre la porte sans rien dire et avant de la refermer, il rajoute : — Emilie… je n’ai jamais aimé les blondes.
Je l’entends qui rigole en refermant la porte. Je souris nerveusement. Je suis soulagée qu’elle ne lui plaise pas mais un peu perdue d’avoir réagi ainsi.
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