Mi-figue mi-raison T1
Chapitre 53
Je me réveille avec les images de Samy et moi en train de
s’embrasser et tout mon corps se raidit de plaisir. J’attrape mon téléphone pour vérifier qu’il ne m’a pas appelée. Je vais attendre tranquillement qu’il le fasse.
Je n’arrive pas à avaler quoi que ce soit tellement mon estomac est
noué. Je décide de faire quelque chose afin de m’occuper l’esprit. Je prends mon appareil photo pour charger les clichés dans mon ordinateur. J’en profite pour faire un tri et admirer toutes celles de Samy. Il n’y en a aucune qui ne me plaît pas de lui. Je n’en supprime pas une seule et décide de toutes les garder. Il est tellement beau. Mon téléphone sonne en fin d’après-midi et je me précipite sur lui. Enfin un message de Samy ! Je sautille sur place de bonheur. Après le baiser que nous avons échangé, j’ai hâte de le voir seul à seul. J’ai besoin qu’il me prenne dans ses bras. « Tu me fais confiance ? »
Mon cœur s’emballe déjà. Toutes les fois où il m’a dit ça c’était pour me faire vivre quelque chose d’intense. Je réponds oui sans réfléchir. « Alors prépare-toi et rejoins moi devant chez toi » Waouh ! Je sens mon cœur battre plus fort rien qu’à l’idée de le voir. Je prends mon appareil photo et ma veste et je descends rapidement. — Bonsoir.
Je monte dans sa voiture et l’embrasse sur la joue. Il a l’air nerveux. — Tout va bien ?
Il s’efforce de sourire.
— Oui. Et toi ?
— Ouais.
Il a la tête ailleurs. Au bout de quelques kilomètres, il se gare dans un endroit qui m’est familier. Il serre son volant et parait de plus en plus nerveux.
— Sam qu’est-ce qu’il y a ? Ou est-ce qu’on est ? Je me sens nerveuse à mon tour sans réellement comprendre pourquoi.
— Emi, je veux que tu saches que si je fais ça c’est pour toi. Ne m’en veux pas.
— Quoi ?
Je regarde à nouveau autour de moi un peu paniquée. Je me prends la tête dans les mains. Mince, pourquoi cet endroit me dit-il autant quelque chose ? Je n’arrive pas à gérer mon stress. Sam regarde en direction d’un homme qui sort d’une boutique. Cet homme est en train de sortir les poubelles de sa chocolaterie. C’est mon père. Je pose mes mains sur le pare-brise comme pour me rattraper d’une chute.
— Sam, qu’est-ce que….
Il me prend la main que je dégage d’un grand coup sec. — Lâche-moi !
Je tente d’ouvrir la portière bloquée.
— Emilie arrête !
Il m’attrape les bras afin que je ne puisse plus bouger. Je me débats autant que possible jusqu’à ce que je n’y arrive plus.
— Comment oses-tu ? j’hurle de rage.
— Emi calme toi, écoute-moi. Il ne sait pas que tu es ici. Tu n’es pas obligée d’aller le voir.
Il me parle calmement mais impossible de me calmer. — Tu souffres à cause de lui Emi. Tu ne lui as jamais pardonné et tu n’arriveras jamais à passer à autre chose. Tu dois me faire confiance. Que les choses se passent bien ou mal, tu as besoin de lui parler. Je le supplie de me lâcher, des larmes coulent sur mon visage. — Je sais qu’il t’a fait souffrir. Ce qu’il a fait est très moche. Mais pas au point de ne plus voir la personne qui compte le plus pour lui. Je lève les yeux vers lui.
— Tu ne sais pas de quoi tu parles.
— Je te demande de me faire confiance.
— Je ne peux pas !
Je n’arrive même pas à le regarder au loin dans sa boutique. Je pose
mes mains sur mon visage.
— Pourquoi tu me fais ça ?
— Emi… entre toi et moi c’est vraiment fini cette fois. Je lève mes yeux remplis de larmes.
— Non Sam, ne fais pas ça.
— Tu penses m’aimer car je ressemble à quelqu’un qui te manque. — Mais non !
J’hurle de toutes mes forces. Je suis comme une junkie en manque de drogue.
— Emilie, je te remercie pour tout ce que tu m’as apporté car crois-moi, tu m’as apporté bien plus que ce que j’ai pu t’apporter. Mes larmes m’empêchent de rajouter quoi que ce soit. Je suis bloquée par la présence de mon père pas loin et en même temps que ce soit terminé avec Samy. Je sais que cette fois c’est vraiment fini. Je tente de reprendre mon calme.
— Sam… j’ai besoin de toi.
— Tu as besoin de ton père Emi. Tu m’associe à lui et tu penses m’aimer… — Mais je t’aime !
Je recommence à hurler et ma déclaration semble lui faire mal car son visage se crispe comme s’il souffrait physiquement. — Non, s’il te plaît Emi.
— Alors c’est fini, cette fois c’est sûr ?
— Oui, je suis désolé.
— Et notre voyage à Rome ?
— C’est un cadeau, vas-y avec qui tu veux.
Je tourne la tête vers la vitre en soufflant.
— Mais c’est avec toi que je voulais y aller.
— J’aurais dû te préciser que je ne comptais pas y aller mais tu étais si heureuse et je ne voulais pas te peiner le jour de ton anniversaire. — Qu’est-ce que ça peut te foutre, tu ne fêtes pas les anniversaires ! Son visage se durcit et il écarquille les yeux.
— Laisse tomber Sam, je peux parler comme je veux maintenant ! Il respire profondément, sûrement pour se concentrer à ne pas me hurler dessus.
— Je vais te ramener chez toi maintenant.
Je continue de regarder par la fenêtre de ma portière, les bras croisés sur ma poitrine.
— Oui merci.
Mon ton est dur et méchant mais je n’arrive pas à contenir ma colère. — Avant d’y aller je vais te demander une chose Emi, une seule. Je me tourne vers lui, le regard assassin.
— Regarde dans cette boutique Emi. Regarde ! Je reste plusieurs secondes les bras croisés, refusant de faire ce qu’il me dit. — Je ne partirai pas tant que tu n’auras pas fait ce que je t’ai demandé.
Je sais qu’il ne cédera pas alors je détourne le regard vers la
boutique de mon père en faisant mine d’être indifférente. Je le regarde en train de ranger des choses derrière le comptoir. Je suis surprise de voir qu’il a autant de cheveux blancs. C’est normal, après toutes ces années. Il aura fini par l’avoir cette boutique de chocolat qu’il voulait temps. Mon père a toujours aimé le chocolat et il disait qu’un jour il ouvrirait sa boutique dans Paris. Je souris légèrement à cette idée. Finalement, ça me fais du bien de le voir. Enfin, ça ne me fait pas aussi mal que je l’avais imaginé. Je détourne le regard pour que Sam ne voie pas les larmes revenir. — Ramène-moi maintenant.
Nous ne nous adressons pas la parole de tout le trajet. Une fois arrivés devant chez moi, il rompt ce silence.
— Ta guitare est dans le coffre.
Je pose ma main sur la poignée de la portière et me tourne vers lui. — Alors tu ne m’as jamais aimée ?
Il regarde la route face à lui puis se tourne vers moi. — Emilie, j’ai laissé aller les choses trop loin entre nous, comme je n’aurais jamais imaginé. Peut-être que ça a créé des espoirs en toi mais il faut que tu saches une chose.
Il inspire profondément.
— Je ne laisserai jamais mes sentiments aller au-delà de ma raison. — Mi-figue mi- raison.
Mon ton est calme et beaucoup plus serein. Il sourit légèrement. — Ce que je ressens n’importe pas. Sois heureuse Emilie. J’ai envie de lui demander de nous laisser une chance mais à quoi bon. J’ai tout essayé, j’ai même parlé de l’éventualité de me convertir. Il n’y a vraiment aucun espoir pour nous deux. Je ne veux pas que la dernière image de moi soit mauvaise alors je sors calmement de sa voiture. Je le regarde partir et une fois sa voiture disparue, je m’assois sur le trottoir et fonds en larmes.
OceanofPDF.com