Mi-figue mi-raison T1
Chapitre 54
J’éteins mon téléphone et augmente le son de la télé. Déjà une semaine que je ne vais pas au travail sans donner signe de vie. Enfin si, j’ai envoyé un message à Edward pour lui dire que je ne pourrai pas venir. Depuis, il m’appelle tous les jours ainsi que Stella, Mika et Ethan. J’ai également reçu quelques messages de ma mère, Mina et Fanny. Il faudrait que je me motive et réponde avant qu’elles ne débarquent ici. Je n’ai vraiment aucune envie de voir qui que ce soit. Je regarde autour de moi et mon appartement est un vrai bazar. Il y a des vêtements, des livres et des photos un peu partout. Des boites de repas préparés s’accumulent dans la cuisine. J’ai honte mais je n’ai aucune motivation. Je me sens tellement seule et triste depuis… je ne veux même pas prononcer son nom dans ma tête. J’ai une migraine permanente depuis une semaine à force de pleurer. Je sais que je ne peux pas continuer comme ça. Je devrais commencer par démissionner. Je ne pourrai pas retourner au boulot et craindre de le croiser à longueur de journée. Je prends mon ordinateur pour rédiger ma lettre de démission. Quand je l’allume, la photo de lui et moi apparait sur l’écran d’accueil. Une photo de nous chez moi au lever du soleil. Je ferme immédiatement l’écran. Ça me fait tellement mal de le voir. Je n’arrive pas à le retirer de ma tête, il me manque tellement. J’ai l’impression de ne plus avoir de raison de vivre, quelle idiote ! Je n’aurais jamais cru être accro à quelqu’un à ce point-là. C’est vrai, qui l’aurait cru il y a quelques mois ? Il n’est pas question de me laisser aller de cette façon pour un mec. Je me lève, décidée, et range mon appartement puis fais le ménage. Je reste un long moment sous la douche chaude en réfléchissant. J’aurai beau faire ce que je peux, je n’oublierai jamais cet homme. Il est gravé en moi à vie. J’attrape mon pendentif dans la main et me remets à pleurer.
Quand je sors de la douche, je me sens tout de même un peu mieux.
Je reprends mon ordinateur portable, décidée à écrire cette lettre. Une fois ma lettre de démission imprimée, quelqu’un frappe à la porte. Oh non ! Je n’aime pas faire ça mais je décide d’ignorer. Je baisse le son de la télé et ne bouge plus. Ça frappe encore plus fort et j’entends crier au loin. — Emi c’est nous, on ne partira pas d’ici tant que tu n’auras pas ouvert cette porte !
C’est Fanny et Mina. Je n’ai pas la moindre envie de discuter mais je suis rassurée que ce soient elles et non pas quelqu’un d’autre. Je m’approche de la porte et hésite encore à ouvrir.
— Emi, on va défoncer cette porte si tu n’ouvres pas ! J’ouvre immédiatement la porte, je sais qu’elles en sont capables.
Après m’avoir forcé à finir tout mon repas japonais qu’elles m’ont
apporté, je finis par tout raconter en détail. Elles sont tellement bouches bée qu’elles ne savent pas quoi me dire. Surtout Mina qui n’était au courant de rien.
— Donc tu as revu ton père ?
Fanny n’en revient toujours pas.
— Oui, mais enfin c’est tout ce que tu retiens ? Elles baissent les yeux.
— Écoutez les filles, je suis consciente que je n’aurais jamais dû accepter une telle relation mais je n’ai pas réussi. Cet homme m’a tellement apporté. — Oui on voit ça mais il t’a apporté beaucoup de mauvais aussi, regarde toi !
Je regarde Mina qui ne dit rien depuis qu’elle est arrivée. — Je te déçois…
— Je suis surtout déçue de ce genre de personne… — Comment ça ?
— Il se dit croyant et pratiquant mais profite d’une non-croyante pour passer du bon temps !
Elle crie presque.
— S’il te plaît Mina. Je sais que ça semble tordu mais notre relation n’était pas ce qu’elle semble être.
Elles se regardent, pas très convaincues.
— Mais enfin, constatez vous-mêmes ! Je me suis remise à la photo, je vais démissionner pour en faire mon métier. La relation avec ma mère s’est améliorée et… je ne déteste plus mon père. Il m’a également appris à respecter la religion. Je n’ai plus du tout le même point de vue sur tout ça. Je comprends mieux votre dévouement.
Je me rends compte que malgré ma peine, cet homme m’a apporté que du bien.
Mina semble calmée mais reste sur sa position. — Je suis contente pour toi Emi, vraiment. Mais pour moi, cet homme n’est pas un bon musulman. Il devrait avoir honte.
— Mais enfin Mina, s’il est amoureux d’elle… — Non Fanny, je ne suis pas d’accord ! Il n’aurait jamais dû tomber amoureux d’elle. Il aurait dû couper court tout de suite. Elles arrêtent de se chamailler pour me regarder, les yeux écarquillés et la bouche ouverte.
— Emi ça va ?
— Vous avez dit amoureux ?
— Bien sûr qu’il est amoureux, répond Fanny sûre d’elle, tu crois qu’il a fait tout ça pour toi pour quelle raison ?
Je regarde Mina, partage-t-elle son avis ? Ça me fait du bien de penser qu’il a pu être amoureux de moi, même si j’ai du mal à y croire. — Même si je ne suis pas du tout d’accord avec ce qu’il t’a fait, je dois avouer qu’il était sûrement fou de toi pour faire tout ça. Je souris mais Mina se reprend :
— Ça ne veut pas dire que c’est un mec bien, Emi ! Tu dois passer à autre chose.
Je secoue la tête pour reprendre mes esprits.
— Je sais très bien. Et je n’ai pas le choix de toute façon. Il ne veut plus de moi.
Fanny se lève pour ranger toutes les photos de lui étalées sur la table du salon. Les seules choses que je n’ai pas osé ranger. — Tu vas te ressaisir maintenant et vivre une vie meilleure ! Tu vas chercher un nouvel emploi puis tu démissionneras. Je souris de son enthousiasme. Il a l’air contagieux et ça me fait du bien. — J’ai déjà écrit mon courrier, j’allais l’envoyer. Je prends la lettre de l’imprimante et la lui tend. — Quoi ? Tu ne peux pas faire ça Emi !
— Comment ça ?
— Tu ne vas pas démissionner sans rien avoir derrière.
Elle a raison, je n’avais pas pensé à ça. Comment je vais faire pour payer mon loyer et mes factures si je ne trouve pas de boulot tout de suite ? J’enfouis violement mon visage sur l’oreiller du canapé. — Oh non, je ne peux pas retourner au travail ! — Calme-toi Emi.
Fanny me relève pour m’asseoir face à elles.
— Tu vas appeler ton chef pour lui expliquer que tu prends quelques jours. Tu en profiteras pour chercher du boulot et tu y verras un peu plus clair ensuite.
Je regarde Mina qui hoche la tête pour montrer qu’elle est d’accord. — Très bien.
Je leur souris et elles ont l’air contentes de ma décision. — Je vous ai déjà dit que je vous aimais ?
J’ouvre les bras et elle s’approchent de moi en rigolant.
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