Mission haute tentation (French Edition)

Manon Donaldson · Chapitre 11 sur 36

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Mission haute tentation (French Edition)

CHAPITRE 9 – Chien de garde

Malone

En silence, nous roulons en direction de l’opéra où se trouve tout le gratin ce soir. Ne pas y faire une apparition risquerait de mettre la puce à l’oreille. Nous n’avons pas reparlé de notre proximité et de cette étrange atmosphère qui nous enveloppait alors, nous contentant d’attendre que le surveillant ait quitté les lieux pour nous extraire discrètement. J’ai clairement démontré que je ne tenais pas à ce qu’on décortique le baiser échangé après sa pseudo-beuverie. C’était une erreur, un manque de professionnalisme, et ça ne doit pas se produire à nouveau. Ma voiture bouffe quelques kilomètres puis j’effectue un arrêt dans un cul-de-sac. Je sors de la caisse, fouille le coffre et attrape le complet de secours que je traîne en permanence dans ma bagnole. Je laisse le hayon ouvert et le revêts à la hâte. Je reviens à mon siège, une housse contenant une robe de soirée entre les mains. Je la tends à Charlie. Elle lève ses yeux céruléens vers moi et je remarque l’angle arqué de ses sourcils. Je ne lui octroie pas suffisamment de temps pour me servir une boutade et passe à l’offensive.

— Être prévoyant n’a pas que des désavantages.

Elle croise les bras, comprimant sa poitrine, et tord ses lèvres en une moue sceptique.

— Comment tu peux être certain que c’est la bonne taille ?

— J’ai l’œil affûté et avec notre « proximité » de la veille, je certifie que je ne me trompe pas. Maintenant, va à l’arrière et change-toi. J’ai la réputation de toujours arriver avec deux heures de retard, donc personne ne sera surpris.

— Deux heures après le début d’un opéra ? Ça vaut encore le coup de s’y présenter ?

— Si tu comptes les mondanités avant et après, oui. Tu ne vas pas y couper si c’est ce que tu demandes.

Elle ronchonne en soufflant un « chef, OK chef ! », mais s’exécute néanmoins en s’installant sur le siège de derrière et entreprend de se dévêtir et d’enfiler la tenue fournie. Je me retourne et l’entends pester sur le manque d’espace. Je remarque du coin de l’œil que ses habits de commando virevoltent par-dessus sa tête. Je m’enjoins avec beaucoup de force de ne pas zieuter dans le rétroviseur. Même si je dois admettre que la tentation a raison de moi après quelques secondes. Qu’est-ce que ça peut foutre que je la voie en sous-vêtements, après tout ? Elle se balade en minimaillot de bain dans la maison et adhère au type de bikini qui cache à peine son cul, finis-je par affirmer intérieurement. Mon œil droit dévie donc, sans culpabilité, dans le miroir. J’aperçois une épaule dénudée. Je me remémore la douceur de sa peau et notre contact de la veille. Elle grogne en plissant le nez, et avant de me faire prendre à l’espionner, je détourne la tête. Elle me tue, et dans le sens littéral du terme. Putain qu’elle me porte sur les nerfs, et que ma mission serait simplifiée sans son existence. Pour autant, il y a un petit quelque chose en elle qui ne me laisse pas de marbre. Peut-être qu’elle stimule la réalité ? Étrange façon de le dire, mais la vérité, c’est que je joue dans une pièce de théâtre éternelle et que j’en suis venu à occulter totalement le monde qui m’entoure.

— Tu es prête ? Parce qu’enfiler une robe ne devrait pas durer une éternité.

— Peut-être que si ton choix s’était porté sur un truc moins moulant, j’aurais plus de facilité à le mettre !

— Je t’offre une tenue de grand couturier et tu trouves à rechigner ? Décidément, tu te donnes à fond dans ton rôle d’aristo pimbêche et trop gâtée !

— Que sais-tu de moi, Malone ? Je veux dire, vraiment ?

Cette fois, j’affronte son regard en me tournant vers elle.

— Rien justement ! Tu es têtue, tu écoutes – beaucoup trop – ton instinct, tu n’as pas de plans la plupart du temps, mais c’est tout. J’ignore pourquoi tu fais ce boulot, si tu as une famille, ton domaine de prédilection ou dans quoi tu excelles. Je ne connais absolument rien te concernant. Comme si ta vie avait commencé sur le pas de ma porte, conclus-je, encore plus inquiet en réalisant que c’est le cas.

— Je suis mystérieuse, évoque-t-elle naturellement sans infirmer ou même confirmer.

Sur ce, elle m’annonce en avoir terminé et sans un mot revient sur le siège passager, manquant de me crever un œil avec son gros orteil.

— Utiliser la portière comme tout être humain n’aurait pas été plus simple ?

— Et rater une occasion de t’irriter ? relance-t-elle, les prunelles joueuses.

Je soupire tout mon désagrément, une fois de plus elle esquive mes questions, je crois que creuser sera nécessaire. Lorsqu’elle a appliqué une touche de mascara, enfilé les escarpins se trouvant avec sa tenue dans la housse et qu’elle est attachée, nous reprenons la route. Un saut éclair à une soirée, juste assez pour qu’on m’y aperçoive remettant un chèque, voilà qui me ressemble bien. Nous arrivons devant la gigantesque entrée du bâtiment dans lequel est organisé l’événement et j’attends que le portier tende sa main à madame pour quitter l’habitacle à mon tour.

— Monsieur Levon, quel plaisir de vous revoir, affirme le jeunot en s’emparant de mes clés.

D’un simple signe de tête, je lui donne mes consignes, et en habitué, il me devance :

— Je vais être très précautionneux, je vous l’assure.

Un sourire partiel se découpe sur mes lèvres et je rejoins Charlie qui patiente sur le trottoir. Sa longue robe couleur or miroite de mille feux. Les paillettes dorées capturent chacune des particules de lumière sur le tapis rouge que nous remontons l’un à côté de l’autre. J’ai eu tout bon pour choisir le modèle du vêtement qui est, je dois l’avouer, moulant à souhait. Ses escarpins dans les mêmes tons sont pourvus d’une lanière qui s’attache à la cheville, rappelant un look grec. J’ai opté pour une taille trop petite visiblement et ne manque pas de remarquer que ses foulées lui sont très inconfortables. Elle gravit l’escalier, et à chaque mouvement, la fente de sa tenue dévoile des jambes sans fin. Les minces bretelles posées sur ses épaules laissent ses omoplates dénudées, affichant son cou gracile. Oui, ma sœur est canon et je ne doute pas qu’elle va attirer l’intérêt de tous les hommes présents ce soir.

Être aperçu ici est nécessaire, mais je ne cesse de cogiter sur la teneur des documents trouvés dans le bureau de Jefferson. Des coordonnées pour des rendez-vous ou des livraisons ? Possible. Il n’est certainement pas assez stupide pour abandonner des preuves l’incriminant sur son propre lieu de travail. Surtout pas alors qu’il se sent surveillé depuis l’arrestation de son « ami ». J’ai mis des semaines à capter son attention lors de mon retour dans son monde. Bien que j’en faisais déjà partie, que nous nous connaissions et qu’il savait pourtant que Ron Carlos avait foi en moi. Pour autant, il s’est montré très méfiant à mon égard au début. N’empêche, les papiers correspondent à quelque chose et j’ai bien l’intention de découvrir à quoi. Si ça se trouve, c’est une connerie qui n’est pas digne d’intérêt, mais c’est mieux que rien. D’autant plus que le temps file.

Nous faisons une entrée pour le moins remarquée lors de l’entracte et je laisse Lexie venir quérir ma cavalière aussitôt qu’elle franchit le pas de la porte. Elle ne tarit pas d’éloges sur sa tenue et la félicite d’avoir opté pour la simplicité niveau coiffure, « très tendance » apparemment.

J’évolue jusqu’au bar, me commande un double scotch et réfléchis. Il y a dehors quelqu’un qui manœuvre toujours. Jefferson n’est pas capable de piloter un projet de cette envergure, je le sais depuis le début. L’éternelle question, c’est : qui gère, maintenant ? Peut-être que notre escapade nous apportera des réponses. Mes iris parcourent le lieu à la recherche de Charlie. Je la repère assez vite au travers de tous les autres trophées de ces messieurs. Elle rit et semble dans son élément auprès de Lexie et de sa horde. Je reste aux aguets, surveille involontairement les consommations de Charlie, en songeant que si son subterfuge de la veille a bien marché, ce ne sera pas le cas ici. Les employés sont tous à la botte de quelqu’un et une telle demande serait aussitôt rapportée. J’envisage de l’en aviser lorsque je traverse la salle et suis interpellé par un riche financier, assis au côté de Sam. Je ne peux me soustraire à leur discussion et m’y joins pour donner le change. Nous débattons un moment sur les hauts et les bas du marché sans que je perde une miette de ce qui occupe ma partenaire. Mes prunelles sont rivées vers la table où se tiennent les filles. Je ne manque pas de remarquer qu’Archibald s’est annexé aux femmes et est en grande conversation avec ma consœur. Elle arque le cou et rit comme si elle était la dernière des cruches. Je sais ce qu’il tente. Je devine qu’il est bien plus intéressant pour lui de me provoquer que de mettre la main sur la meuf, aussi sublime soit-elle. Notre passif n’a rien d’amical et notre dégoût mutuel est connu de tous. Je hais cet homme imbu de lui-même, riche d’un héritage pour lequel il n’a pas travaillé et qu’il ne mérite pas. J’exècre sa condescendance et sa capacité à croire qu’il est la meilleure chose sur terre. Néanmoins, il est peut-être un des acteurs principaux de la bande que je traque. Je ne peux occulter qu’il est un Carlos et le neveu de la dernière tête dirigeante.

Conscient de cet état de chose et parce que je ne peux l’approcher moi-même, je laisse à Charlie la latitude nécessaire pour s’approprier le cœur d’Archibald. C’est un bon plan, établis-je avec moi-même. Je déteste qu’il tourne autour d’elle, mais elle a tout pour l’hameçonner. C’est ma sœur, elle est, par ce statut, intouchable, elle est issue d’une famille riche, possède une beauté atypique à couper le souffle et est célibataire.

C’est la piste que suivait Tania avant sa mort prématurée… Elle ne doit donc pas être écartée.

Pour le coup, je passe le reste de la soirée à agir comme un vrai grand frère protecteur. Je surveille le moindre de leurs faits et gestes et grogne de fureur en le voyant attraper le portable de Charlie pour y rentrer son numéro.

Sa paume se pose sur les reins de celle-ci lorsqu’il se penche pour lui susurrer quelque chose à l’oreille. Lentement, elle relève la tête vers lui, et je jurerais qu’ils s’apprêtent à s’embrasser. Sans même que j’en ai conscience, je suis debout à leurs côtés et applique une main sur l’épaule nue de ma frangine.

— Tu m’avais mentionné que tu voulais partir à minuit, balancé-je sans un regard pour le Casanova.

Elle m’affronte visuellement et se pare d’une moue de défi.

— J’ai vraiment dit cela ? s’enquiert-elle avec un accent de nunuche.

Si son timbre joue la blonde de service, ses yeux me fusillent de colère. J’ai interrompu un aveu ou espérait-elle réellement faire mumuse avec ce connard ?

— Oui, c’est précisément une demande de ta part. Sois sûre que dans le cas contraire, je ne me serais certainement pas donné la peine d’approcher un périmètre dans lequel il se trouve aussi.

— Oh, Parker, c’est à cause de notre altercation d’hier ? Franchement, je te pensais plus civilisé.

— Ne pas t’éclater cette bouteille de champagne dans la gueule, le voilà le témoin de ma civilité, murmuré-je entre mes dents.

Une lueur de surprise traverse les iris de Charlie qui semble enfin mesurer les enjeux à présent.

— Je me souviens, maintenant ! s’exclame-t-elle en se plaçant entre nous.

— Dommage, j’aurais adoré poursuivre notre discussion. Peut-être pourrons-nous remettre cela très vite ?

Au timbre de la voix de l’homme, elle se tourne vers lui. Il se pare d’un air de connard arrogant et suffisant. Il se penche pour l’embrasser à la commissure des lèvres, darde ses yeux dans les miens comme pour me défier de l’en empêcher. Je ravale ma hargne et leur laisse quelques secondes d’intimité avant d’annoncer à Charlie que je vais récupérer la voiture et patienter à l’extérieur.

Je n’attends pas de réponse et disparais en direction de la sortie. Ma caisse arrive dans la minute et je m’y installe, voyant rapidement Charlie sortir de l’opéra à son tour. Elle descend les marches et s’arrête en plein milieu pour enlever ses talons en grommelant. Elle poursuit jusqu’à moi et prend place sur le siège passager en affichant un très haut taux de contrariété.

Je ne l’ai jamais vue fâchée, pensé-je aussitôt, en avouant que ça lui donne un air plutôt sexy. Et après le baiser échangé lors de sa beuverie, ce n’est pas sans me déstabiliser. On va devoir remettre des balises claires entre nous parce que ça va déraper et ça ne sera à l’avantage de personne.

Je roule pendant deux kilomètres en silence avant qu’elle ne tienne plus et me houspille, furieuse.

— Alors là ! Parker, Malone, Levon l’emmerdeur, qu’est-ce que tu as foutu ? Putain !

Je me pare d’un visage de marbre et rétorque d’un ton nonchalant :

— J’ai improvisé, suivi mon instinct… Ce n’est pas ce que tu prônes en permanence ?

Elle inspire profondément et se rembrunit quelques secondes avant de revenir à la charge.

— Malone ? interroge-t-elle d’une voix bien plus posée, après quelques secondes de mutisme.

— Hum ?

— C’est quoi l’historique entre toi et Archibald ?

Je réfléchis un moment afin de jauger de la pertinence d’une explication. Est-ce utile pour atteindre notre objectif ? La réponse est affirmative alors aussi bien foncer.

— Il était de nos cibles à Tania et moi. Nous essayions de déterminer qui gravitait autour de l’organisation et il s’est vite avéré qu’il en faisait probablement partie.

— Quelle organisation ?

— Celle de Ron Carlos.

— Et si tu m’en disais plus sur ta première couverture ?

— Tania et moi avions été missionnés pour enquêter sur un distributeur d’armes : Ron Carlos. Bien sûr, désormais il est identifié comme étant un membre Libras, mais au départ nous l’ignorions. À cette époque, le groupe terroriste existait déjà, mais ne possédait pas la même envergure qu’aujourd’hui. Nous ne les considérions que comme une milice non initiée qui menait des carnages dans un minuscule village du Moyen-Orient. Ils voulaient se montrer principalement comme de petites gens avec des revendications paysannes versus une politique abusive. Les agences les surveillaient, mais sans plus. C’est lorsque les journalistes et l’aide humanitaire ont commencé à disparaître que nous avons porté plus d’intérêt à leur cause. Et au moment où les attentats ont débuté, la menace a été prise bien plus au sérieux. Cela signifiait : d’un, que leurs réclamations ne connaissaient plus de limites, et de deux, qu’ils n’attendaient que d’avoir les ressources pour la mise en œuvre de leurs ambitions. Nous étions déjà infiltrés à l’époque, et quelques semaines après notre débrief, des armes de Ron Carlos ont été trouvées sur les lieux de leur dernier coup d’État. Les liens se sont établis d’eux-mêmes et c’est à nous qu’on a confié l’enquête puisque nous étions sur place. Notre mandat revu : prouver l’implication de Carlos dans Libras. Comme le nerf de la guerre passe irrémédiablement par le cash et la puissance de feu, les noms de Jefferson et d’Archi se sont ajoutés à ceux à surveiller. Pour annihiler un groupuscule et l’affaiblir, il fallait le priver de ces deux éléments. Ainsi, leur force de frappe et leur crédibilité ne seraient plus. Pour le pognon, toutes nos recherches conduisaient à la banque dont Jefferson est le directeur. Nous sommes parvenus à tracer les sommes non déclarées entrant dans son institution, mais pas les sorties. Des montants faramineux étaient décomposés, expédiés

vers diverses compagnies à numéro4 puis par la suite, reversés vers des comptes intraçables jusqu’à disparaître. Comme si ces transactions n’avaient jamais existé. Ron Carlos quant à lui était connu pour être un grand contrebandier d’armes qui non seulement les vendait, mais aussi les fabriquait. Cet homme intouchable et si confiant marquait les fusils d’assaut envoyés de son emblème. Il a donc été facile pour nous de trouver de quoi le relier à cette guerre. 

— Pourquoi ne pas avoir incarcéré Ron dès que vous avez eu ce dont vous aviez besoin ? Vous auriez pu lui soutirer des révélations après, non ? 

— Parce que je suis un expert en informatique et sécurité digitale, un pirate à mes heures perdues, et Parker est un créateur d’applis sur le papier, mais en réalité il est spécialiste dans le transfert d’argent. Avec l’avènement de la cryptomonnaie…

— Je t’en supplie, saute le moment où tu te transformes en geek et où tu me décris des manœuvres techniques, m’implore-t-elle.

— En gros, j’ai montré mes talents à Carlos qui a perçu tout de suite l’opportunité. Il a délocalisé des fonds considérables à la milice, nous permettant de retracer les membres un par un. Ma réputation s’est forgée et il m’a confié quelques boulots de sécurité après cela. Tous transitaient par un seul et même endroit.

— Tu t’es servi de lui pour remonter jusqu’à Jeffy !

— Bingo ! La loi oblige à transmettre toute opération dépassant les dix mille dollars à l’Autorité des marchés financiers, mais devine quoi ?

— Jefferson n’en a rien fait !

— Exact ! Arrêter la cible trop tôt nous aurait sans doute fait perdre notre lien avec le reste des hommes gravitant autour de lui. Tant que nous récoltions des éléments, nous ne voyions pas l’intérêt d’y mettre un terme.

— Oh ! Mais alors, une fois Ron Carlos en taule, tu penses qu’Archie a assuré la relève ?

— Ron s’apprêtait à être coffré, Tania a envisagé que son neveu prendrait d’emblée la suite et elle s’est rapprochée de ce dernier pour que nous soyons déjà prêts, le cas échéant.

— Mais votre couverture était d’être un couple marié, non ?

— Yep, c’est pour cela que Tania a tout orchestré en douce, ni vu ni connu. Il supposait qu’elle trompait son époux qui bossait trop. Il conseillait à son oncle de me donner de plus en plus de mandats pour que je sois submergé de boulot. Ça lui laissait tout le temps nécessaire pour sauter ma femme.

— Et ainsi tu gravissais les échelons en plus de continuer à récolter des éléments, pas mal. Qu’est-ce qui s’est passé après alors ? Il est dans le coup ou pas ?

— Tania m’a annoncé avoir des preuves à me transmettre quelques heures avant sa mort. Elle n’a jamais eu l’occasion de me les remettre, mais je crois que ça le concernait. Et comme la tête dirigeante a été emprisonnée et que le mouvement n’en a pas été ébranlé, voire a pris de l’ampleur, il est évident que Ron Carlos n’était qu’un pantin, la vitrine, même.

— C’est peut-être le cas de Jefferson aussi.

— C’est précisément le but que je vise. Trouver qui est le grand patron et le démasquer pour que tout cela prenne fin. Comme toutes les institutions, les nôtres y compris, portent une attention toute particulière à l’organisation, j’ai le sentiment que la liste aux enchères ne sert qu’à nous accaparer ailleurs. Alors oui, il m’apparaît clair que nos missions sont liées.

— Tu veux que je fasse comme Tania ? C’est ça ?

Je ne sens pas d’animosité ou de crainte dans son timbre. Elle agit comme une agente professionnelle et conçoit le sacrifice au nom de son devoir.

— Méfie-toi de lui, il aime bien adopter des allures de gigolo un peu con, mais je doute que ce soit réellement le cas. Si c’est lui le maître d’œuvre, il faut l’occuper le temps qu’on parvienne à coincer Jefferson, qu’on passe un deal avec lui et qu’il nous livre son équipe.

Ses traits se parent d’amusement lorsqu’elle brandit son portable sous mes yeux. Elle affiche le numéro de son nouvel objectif et c’est avec aplomb qu’elle me souffle : « Ça va être un jeu d’enfant ».

— Attention, Miss Instinct, vas-y doucement. Si tu fonces trop, il va flairer le piège. Si tu te donnes trop vite à lui, il va se lasser. Tu dois conserver son attention. Et comme j’ai affirmé que je le déteste et que je lui en veux toujours, il va prendre un malin plaisir à m’humilier en te mettant le grappin dessus, envers et contre tous.

— Je suis pro, Malone, je ferai tout ce qui sera requis pour sauver tous ces gens et empêcher la diffusion de la liste, m’assure-t-elle, presque illuminée d’une aura de détermination que je ne lui avais pas perçue jusque-là.

 

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