Mission haute tentation (French Edition)

Manon Donaldson · Chapitre 8 sur 36

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Mission haute tentation (French Edition)

CHAPITRE 6 - Que l’alcool coule à flots !

Charlie

Les yeux fermés, j’adopte une respiration lente et sereine, me transportant dans un état semi-comateux. L’eau me porte, m’emmène aux quatre coins de la piscine au gré des légers mouvements exercés par mon corps. La tête plongée à moitié dans le liquide chloré, je profite de ce silence sourd pour me concentrer sur la suite de la mission. Malone se consacre à se rapprocher de Jefferson par le biais du travail, et de mon côté je dois obtenir la confiance de sa femme. S’il l’a choisie délibérément jeune et naïve, ce n’est pas pour rien. Une potiche à exhiber à son bras lors des soirées mondaines, un trophée de chasse que l’on accroche fièrement au-dessus de l’imposante cheminée. Un objet qui finit par briller par sa transparence dans le temps. Il voulait une beauté presque juvénile pour affirmer son pouvoir comme tous les hommes d’affaires quinquagénaires en mal de reconnaissance. Mais le « sois belle et tais-toi » n’empêche pas d’entendre des discussions ou de surprendre ce qu’il se passe à l’abri des regards. Et Lexie, sans le savoir, possède probablement des indices cruciaux. Je me redresse et regagne le bord du bassin pour en sortir. Fini de barboter, il est temps de passer à l’action. Je m’enveloppe dans une grande sortie de bain et m’empare de mon téléphone pour l’inviter à une soirée en extérieur qui va me permettre de mettre mon plan à exécution dans les meilleures conditions. 

Je jette un coup d’œil furtif dans les pièces que je traverse en espérant croiser Malone, en vain. Depuis notre retour du resto, il s’est enfermé dans son bureau sans en ressortir. Notre mise au point était nécessaire, et plutôt bien accueillie, donc je ne pense pas que son enfermement soit contre moi. Malone comme Parker sont des mordus du boulot, il doit être en train de bosser sur je ne sais quel projet. Je suis curieuse de le connaître davantage, pour savoir si Parker est une facette de lui ou s’il ne s’agit que d’un rôle dont il a du mal à quitter la peau. J’avance à pas de loup jusqu’à l’étage et lorsque j’arrive à hauteur de son bureau, la porte à demi-fermée m’empêche de discerner quoi que ce soit. Aucun bruit ne se dégage de la pièce, pas même le cliquetis d’un clavier d’ordinateur ou une respiration. J’en suis à me demander s’il ne s’est pas fait la belle pendant ma baignade pour reprendre la mission en solo, lorsque le bip d’un message me fait sursauter et accélérer mes pas. Lexie accepte mon invitation et indique qu’elle va venir me chercher dans l’heure pour profiter au maximum de notre soirée. Autant dire qu’il faut que je me speede si je veux être prête avant son arrivée. Mes interrogations sur mon collègue attendront.

Je suis en train d’enfiler mes boots noirs lorsque la sonnette de la porte d’entrée retentit ; je prends le temps d’admirer une dernière fois le reflet que me renvoie le miroir pour vérifier ma tenue du soir. Bien que je prenne plaisir chaque jour à profiter des ensembles haute couture qui regorgent dans mon armoire, j’aspirais à quelque chose qui me corresponde davantage. J’aime m’habiller comme les femmes de ce monde parce que j’ai rarement l’occasion de porter ce genre de toilettes, mais je n’ai aucune idée de la manière dont va se passer notre soirée et, comptant pousser Lexie hors de ses limites, il me faut donc des fringues qui ne craignent rien. C’est la raison pour laquelle j’ai opté pour des vêtements de mon dressing personnel. Un crop top blanc et ma jupe fétiche noire. Des bas résille de la même couleur ainsi qu’un Perfecto passe-partout. Un look rock qui s’accorde à la perfection avec mes cheveux séchés à l’air libre, ce qui leur confère un air sauvage, et mon maquillage discret, seulement relevé par mes lèvres colorées de carmin. C’est le style qui m’accompagne lors de mes virées dans le civil, je mets toutes les chances de mon côté. Je fourre à la hâte mes effets personnels dans mon sac et dévale l’escalier pour rejoindre mon collègue en pleine conversation avec son « amie ». Un large sourire fend mon visage quand je réalise qu’elle-même a troqué ses habits habituels pour quelque chose de plus léger. Pas à mon niveau et toujours dans du tissu griffé. 

— Tu ne comptes quand même pas y aller habillée comme ça ? m’apostrophe mon coéquipier en mode grand frère protecteur.

Voilà donc la voie qu’il a choisi d’emprunter ? Celle du frangin-flic-contrôlant ? Bien sûr je ne lui ferai pas remarquer qu’il a employé une de mes idées. Quoique…

Les sourcils froncés et les bras croisés sur son torse, il me dévisage avec une pointe d’irritation, jouant son rôle à la perfection. Je tourne sur moi-même, remuant du popotin exagérément pour le laisser profiter de la vue dans son intégralité.

— Va te changer, Charlie, tu ne peux décemment pas sortir dans cette tenue, grogne-t-il une nouvelle fois.

Je prends la même posture que lui.

— Je ne suis plus une gamine, Parker ! Tu as loupé mon adolescence dans ton pensionnat à l’autre bout du pays, alors il est trop tard pour jouer le grand frère moralisateur.

Malgré mon timbre de voix tranchant, je ne parviens pas à retenir mes lèvres de s’incurver en un rictus malicieux. Dieu qu’il est sexy lorsqu’il prend son air bourru. Lexie le réprimande d’une tape sur l’épaule, me couvrant d’un regard approbateur.

— Ça suffit, Parker, elle est magnifique ! 

— Je te retourne la politesse, cette robe donne l’effet qu’elle a été créée sur toi, la complimenté-je.

Et je comprends à la lueur de ses pupilles que ce n’est pas qu’une impression. Décidément, la vie de riche doit tellement être facile à vivre…

— Bon, c’est pas que l’on s’ennuie avec toi, frérot, mais on a des choses à faire. 

— Comme ? m’interroge-t-il en me détaillant de la tête aux pieds une nouvelle fois.

Je me penche vers lui comme si j’allais lui chuchoter un secret au creux de l’oreille et attrape la poignée de porte pour mieux m’éclipser. 

— Plein de choses excitantes qui ne te regardent en rien ! lui annoncé-je toutefois avant de refermer le battant, Lexie dans mon sillon.

— Je le découvre un peu plus chaque fois depuis que tu es arrivée. Parker protecteur et paternaliste, c’est une nouveauté, ricane mon acolyte de la soirée.

Elle se dirige vers un gros SUV noir aux vitres teintées, lorsque le chauffeur qui y était assis en sort pour nous ouvrir la portière arrière. Étonnée, je ne peux m’empêcher de questionner Lexie, qui prônait sa liberté pas plus tard que ce matin.

— Tu as accepté de te balader avec un traceur pour la soirée ?

Alexia s’installe, non sans mal à cause de cette robe pailletée qui la colle comme une seconde peau, en se marrant. 

— Par la force des choses, j’ai appris qu’il était plus judicieux de me faire conduire dans ce genre de sortie, alors maintenant, je prends mes précautions. Si tu savais le nombre de fois où j’ai quitté la boîte à quatre pattes parce que je n’étais plus capable de marcher, tu comprendrais pourquoi il me faut un garde-chiourme, me confie Lexie dans un éclat de rire.

Moi aussi je ris - jaune - et tape des mains comme une excitée pour donner le change. Moi qui pensais qu’elle était principalement accoutumée aux galas, aux vernissages et autres tralalas mondains, je réalise un peu tard que je n’avais pas tous les éléments. Les riches se prennent des cuites tout autant que la basse classe ! Mais pour le coup, je ne vais pas y aller avec le dos de la cuillère, c’est en vomissant ses boyaux qu’elle va me faire ces putains de révélations.

— Et où est-ce que l’on va faire la fête ?

— Chérie, ici il n’y a qu’une seule adresse où les gens comme nous peuvent se permettre de se lâcher. C’est la boîte branchée où l’élite du coin se retrouve, et je peux te promettre que tu vas en avoir pour ton argent, ponctue-t-elle d’un clin d’œil plein de concupiscence.

J’avale difficilement. C’est mon boss qui va payer l’addition, alors en effet, il vaut mieux que j’aie de quoi leur mettre sous la dent, au vu du nombre de billets verts que je vais dépenser. Pendant le trajet, Alexia me rancarde sur l’établissement où nous nous rendons, du propriétaire au style des clients qui le fréquentent. Mais lorsque l’on arrive, et malgré la description qu’elle m’en a faite, je suis subjuguée par la beauté du décor. Avec la femme d’un des hommes les plus influents du pays, je suis rentrée sans difficulté. L’extérieur en briques rouges ressemble à n’importe quel autre lieu de débauche, mais une fois la grande porte métallique passée, on en prend plein la vue. Une hauteur de plafond vertigineuse, un sol entièrement composé de verre laissant entrevoir la magnifique cave à vins en dessous et des miroirs hors norme disséminés un peu partout, donnant l’impression que nous sommes prisonniers d’un de ces labyrinthes de glaces que l’on peut trouver dans une fête foraine. J’adore danser. J’aime cette sensation de lâcher prise qui nous transporte au rythme du son que crachent les enceintes puissantes, ainsi que les vibrations qui stimulent tout notre corps. J’en ai écumé des boîtes avec mes amies, mais jamais une qui égale ce que j’ai sous les yeux. J’essaie de rester stoïque pour ne pas donner l’impression à Lexie que je n’ai pas l’habitude de cet étalage de luxe, mais je ne peux empêcher mon attention de virevolter aux bruits et mouvements qui m’entourent. Mais elle ne fait pas vraiment cas de moi, fonçant droit vers un groupe de femmes, qui, si je me fie à leurs airs pincés, presque psychorigides, ne sont pas très à l’aise d’être ici. Tandis que l’on s’installe à leur table, mon amie se charge des présentations. À l’annonce de mon frère, de grands sourires enfiévrés apparaissent sur leurs visages bien trop maquillés. Il fait des ravages auprès des dames, seule celle de Jefferson semble hermétique à son charme. 

— J’ai invité quelques amies pour agrandir ton cercle de connaissances, ça ne te dérange pas ? me glisse Lexie discrètement. 

Je secoue la tête doucement en arborant un léger sourire. Un peu tard pour poser la question, cela dit. Je n’avais pas envisagé que nous ne serions pas seules, mais finalement c’est plutôt une bonne chose. Les discussions vont se croiser, se rythmer et j’ai encore plus de chances d’obtenir des infos. Mais pour que les langues se délient, il faut ajouter un de mes meilleurs amis dans ce genre de situation : l’alcool. Je repère rapidement le serveur chargé du secteur et me lève pour aller à sa rencontre. 

— Tournée générale, mesdames ! m’exclamé-je pour attirer leur attention. Je vais chercher le serveur, nous discuterons mieux autour d’un bon cocktail. 

Étape 1 : faire sauter leurs filtres. 

***

Plus de trois heures que l’alcool inonde peu à peu leurs veines. Je suis à bout de souffle, en sueur et totalement hilare sur le dance floor. Le dernier DJ à la mode est derrière ses platines, à nous faire danser comme des adolescentes éprises de liberté. Mes jambes ne me portent plus. Sous l’œil amusé de mes copines de soirée, je titube jusqu’à mon fauteuil où je me laisse choir comme si j’étais au bout de ma vie. Mon verre garde encore les traces de la condensation extérieure, signe qu’il est toujours bien frais, et j’en avale de longues rasades pour me désaltérer. Lexie me rejoint et en fait autant, une légère grimace déformant sa bouche. Faut dire que lors des dernières tournées, les bulles des cocktails aux noms improbables ont laissé la place aux alcools plus forts. 

— Hey, tu sais que le serveur te reluque beaucoup ?

— J’ai cru le deviner, en effet, répond-elle de façon anodine, a priori peu flattée qu’un homme aussi beau que lui s’intéresse à elle.

La fortune avant tout, me rappelé-je instantanément. 

— Mais que vous êtes sérieuse, madame Jefferson ! Je suis impressionnée, parce qu’à voir tes amies, elles ne diraient pas non malgré l’alliance accrochée à leur annulaire. 

— Parce qu’elles ne sont pas aussi heureuses en mariage que je peux l’être ! Sam a beau avoir de l’âge, il a une sacrée endurance au lit et me fait prendre mon pied comme j’ai rarement eu l’occasion avant, me nargue-t-elle. J’ai trente ans de moins, et pourtant je suis épuisée bien avant lui ! Les seules fois où il me laisse me reposer, c’est quand il reçoit un appel tard dans la nuit et qu’il déserte le lit pour « régler » des problèmes qui ne peuvent attendre. 

Face à mon haussement de sourcils, elle m’explique plus en détail. 

— Le boulot ! Quand ça arrive, il s’enferme dans son bureau pendant des heures. Si je devais lui attribuer une maîtresse, ce serait son fichu téléphone professionnel.

— Mais qu’est-ce qui peut bien presser autant au beau milieu de la nuit ? Je veux dire : le boulot c’est bien beau, mais la nuit, quoi ! J’ai aussi un work-addict à la maison, crois-je bon de mentionner pour établir un nouveau point commun aux nombreux autres déjà identifiés. Comme pour ton mari, les clients de Parker l’appellent à toute heure du jour ou de la nuit, se foutant bien de le réveiller. Mais j’y pense, la banque est fermée la nuit, non ? Que peuvent-ils bien attendre de lui qui ne pourrait être traité au matin ?

Elle hausse les épaules, avale une gorgée puis se penche vers moi comme si elle s’apprêtait à me dire un secret. Toute mon attention est concentrée sur sa prochaine phrase.

— Quelques-uns de ses clients sont ailleurs dans le monde, et avec le décalage, il doit parfois se mettre à leurs fuseaux horaires. J’ai piqué une crise une fois, mais il m’a expliqué que ces clients en particulier sont ses plus importants et les plus lucratifs, qu’il se doit de leur donner un service VIP.

— En concurrence avec le service client… dur ! me moqué-je gentiment, tout en ayant la satisfaction d’avoir un indice sur lesdits clients. Oui, Lexie dispose de renseignements sans en être consciente.

— Tu devrais savoir qu’on ne rivalise pas contre une femme en colère. Qu’il travaille à la maison est une chose, qu’il ramène son job jusque dans la chambre, j’en peux plus. J’en ai marre de passer au second plan ! 

Son amie Lesly, qui nous a rejointes en cours de conversation, apporte davantage de précisions intéressantes. 

— D’autant plus que pour leurs petites magouilles entre amis, ils se voient sur le green. 

— Magouilles ? répété-je en jouant la naïve de service.

Elle opine du chef et je remarque que ses amies acquiescent aussi de leur côté.

— Ma jolie, tu sais que l’argent ne pousse pas dans les arbres. Toutes ici, y compris toi, vivent avec des hommes qui manigancent en permanence. Porte attention au prochain rassemblement, tu verras ces messieurs s’éclipser ou se mettre à part pour parler « boulot » en privé, explique-t-elle en finissant son verre d’une traite.

Je me penche sur la table en tapant du plat de la main pour accentuer mon mécontentement. 

— Nooon, Parker aussi ? En fait, sans me l’avouer, je viens de prendre ma carte dans le club de femmes délaissées par leur entourage de magouilleurs ! 

Kim, la petite rousse plantureuse qui est assurément la plus bourrée de nous toutes, se glisse sur son fauteuil avec un grave manque de dextérité. 

— Pas un club, mais une secte ! Être simplement la sœur ne suffit certainement pas pour ton adhésion ! Les désavantages doivent être équivalents. Par contre, on t’accueillerait avec plaisir si tu étais mariée toi aussi. Ou en couple tout du moins… mais tu n’as même pas daigné porter le moindre regard aux hommes qui ont essayé d’attirer ton attention de toute la soirée. 

Elle lance une œillade perverse à Lesly, avant de reprendre. 

— Même si je dois avouer qu’ils n’arrivent pas à la cheville de Parker. J’arrête pas de l’imaginer nu… il doit être renversant ! 

Les deux copines poussent un long soupir de fantasme, tandis que Lexie hausse les épaules en finissant son cocktail à base de vodka. 

— Beurk, si je vomis, c’est à cause des images qui s’infiltrent dans ma tête et non à la quantité de verres que j’ai ingurgitée, m’insurgé-je, jouant le rôle de la petite sœur dégoûtée, en mimant avec deux doigts dans la bouche mon écœurement, alors que je me suis déjà fait la même réflexion qu’elle. Bon… je me vois dans l’obligation de me trouver un malhonnête futur mari si je veux être acceptée dans cette secte alors ! 

Les filles exultent. Je passe la salle au crible, plissant les paupières pour mieux appréhender mes possibles proies. 

Soudain j’en repère un sur la piste de danse, son attention rivée vers notre table. Nos regards s’accrochent. Je ne sais pas laquelle de nous il détaille ainsi, mais lorsque Lexie m’indique que celui-là serait parfait, je me l’approprie direct. Je fais signe au serveur pour une autre tournée, ne pensant plus vraiment à la crise cardiaque que la note va provoquer à mon patron, et me donne du courage avec le verre qu’il pose devant moi avant de rejoindre à mon tour la piste. À mesure que je m’approche du grand blond, son sourire s’élargit jusqu’à dévoiler une belle rangée de dents blanches. Ses yeux d’un vert émeraude me scrutent, me détaillent sans une once de pudeur, me confirmant ainsi que mon choix était judicieux.

Draguer un riche et beau jeune homme, qu’est-ce que je ne ferais pas pour le bien de ma mission ! 

 

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