Mission haute tentation (French Edition)

Manon Donaldson · Chapitre 35 sur 36

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Mission haute tentation (French Edition)

CHAPITRE 33 – Menteur !

Charlie

Cette femme est le mal incarné et je ne parviens pas à comprendre comment Malone a pu être aussi épris d’elle. J’ai conscience que c’est la jalousie qui parle, car il est évident qu’elle ne lui a pas montré son vrai visage du temps où ils étaient ensemble. Mais quand je vois Tania avec son arme braquée sur celui qui remuait, jusqu’à peu, ciel et terre pour venger sa mort, je donnerais cher pour qu’elle crève de mes mains. Je lui voue une haine viscérale, mais je reste à l’écart de leurs retrouvailles, me contentant d’écouter et d’analyser leur discussion. Les zones d’ombre s’éclaircissent peu à peu dans mon esprit, et tous les liens se nouent, jusqu’à cette dernière phrase. Des mots lourds de sous-entendus qui ébranlent Malone suffisamment pour m’inquiéter : « c’est là que tu as tout gâché… »

C’est surtout sa réaction à lui qui m’interpelle et qui m’indique que c’est bien plus important que ça en a l’air. Il affiche ce même air coupable que dans la cabane. Il ne peut parvenir, cette fois, à le masquer derrière une hypothétique colère. Il est fragile en cet instant. Il est évident qu’il refuserait de l’admettre, mais je le lis comme jamais auparavant.

Je suis déjà au bout de mes neurones à essayer de mettre en place les morceaux du puzzle que nous donne Tania, mais j’en tire une conclusion : tous ceux qui ont eu un contact avec cette garce, de près ou de loin, ont été utilisés. Et Malone plus que tout autre.

Cela fait maintenant des heures que je suis là, que je capte des bribes d’informations tout en me conduisant en parfait petit otage. Pour une fois, je mets de côté mon instinct et mise plutôt sur l’élaboration d’un plan. Je crois toujours que s’adapter aux situations est la clé du succès, mais là, il ne s’agit pas que de moi. Non, chacune de mes décisions ou chacun de mes actes peut coûter la vie à mon partenaire. Il y a quelques minutes, j’étais encore dans l’ignorance la plus totale concernant l’état ce dernier, et cette salope de Tania se gardait bien de me tenir au courant. Mon ventre était noué par la peur et toutes mes interrogations étaient liées à Malone. Et si on l’avait tué dans la cabane ? Est-il en vie ? Sait-il que je suis ici ? Prendrait-il le risque de venir me chercher s’il l’apprenait ? Pour une raison inconnue, je savais qu’il ne me laisserait pas tomber, qu’il ferait tout ce qui est en son pouvoir pour me venir en aide. De la même manière qu’il s’est échiné à obtenir des réponses dans le but de venger la mort de Tania. Il lui a tout donné, a risqué sa propre vie, et tout ça pour une mascarade, songé-je avec un pincement au cœur. Je refuse de croire qu’il n’en aurait pas fait autant pour moi. Nous avons passé très peu de temps ensemble et les sentiments que j’ai développés pour lui sont plus forts que je ne l’avais imaginé. Si j’avais encore des doutes, ce que j’ai ressenti en le découvrant m’empêche désormais de le nier. Son visage est tuméfié et en sang, son haut est déchiré et taché, ses cheveux partent dans tous les sens, et sa barbe est bien trop longue pour un de ces pompeux du FBI. Eh ouais, je ne l’avais jamais vu aussi sexy. Je n’ai jamais été aussi soulagée, et même si j’aimerais me convaincre que c’est uniquement parce que j’aurai de l’aide pour me tirer d’ici, je sais que c’est faux. Je suis surtout rassurée de le savoir en vie.

— Tu es le créateur de cette liste qui a été mise en ligne… Tss-tss, franchement, Malone ! Ce n’est pas digne d’un vrai petit soldat du FBI.

Je suis sans mot. Je cherche dans son regard la preuve de son innocence, mais ne rencontre qu’un éclat de honte. J’attends que sa bouche contredise les paroles de Tania, mais il conserve un silence coupable.

— Oh, elle ne savait pas ? La pauvre chérie !

Elle s’approche de moi, dans une lenteur calculée, un air faussement désolé affiché sur son visage de vipère. 

— Ton petit agent ici présent est le premier à invoquer le sacro-saint code de conduite du bon agent, mais figure-toi que ça ne s’applique pas à lui !

Elle me donne deux petites claques sur la joue, comme si j’étais une gamine et qu’elle pensait sérieusement que je ne voie pas clair dans son jeu. Peut-être que c’est faux, que c’est moi qu’elle tente d’embrouiller et que Malone ne veut pas la provoquer ?

Ouais, bon, même en le prononçant mentalement, je n’y adhère pas. Putain ! Malone !

— Je voulais te venger ! Je savais que Horn attendait des résultats, qu’il envisageait d’écourter la mission et de coffrer Sam avec ce que j’avais déjà amassé. J’avais besoin d’un truc assez gros pour qu’il n’ait d’autre choix que de me garder sur le terrain ! Intégrer un nouvel agent dans leur cercle aurait été trop long à mettre en pratique, alors que Parker était déjà sur place ! J’ai alors piraté les bases de données, j’ai fait exprès de laisser des preuves de mon passage sans qu’on puisse remonter à moi et j’ai mis toutes les institutions dans le coup pour que Horn ne puisse pas enterrer l’affaire. Mais jamais cette liste n’aurait été diffusée ! Ils ne devaient que réaliser qu’elle existait, que des renseignements sensibles avaient été détournés, et craindre l’usage que quelqu’un de mal intentionné pourrait en faire.

— Et pourtant, elle s’est réellement retrouvée aux enchères sur le dark web… va savoir comment ? lance-t-elle faussement outrée. Lexie a tenté de te le dire depuis sa cellule, mais tu as tout capté de travers, encore… une… fois, appuie-t-elle exprès sur les mots.

— C’est toi ! Bordel ! Oui, c’est ça, ça ne peut être que ça ! Maggie Calvados, semble-t-il comprendre soudainement. Lexie ne voulait pas me signifier que tu étais en vie, mais bien l’endroit où tu t’étais procuré la liste ! s’exclame-t-il comme s’il venait d’élucider le plus grand des mystères alors que je ne parviens toujours pas, moi, à comprendre leur discussion.

J’ai du mal à suivre leur conversation. Elle l’accuse, il avoue, il l’accuse… Mais de quoi parlent-ils ?

— C’est toi, Malone ? C’est… toi qui as mis tous ces gens en danger pour retrouver le meurtrier de Tania, prononcé-je avec un dégoût marqué.

— Non ! Enfin, si, mais pas pour de vrai ! Tu me connais, merde ! Jamais je n’aurais risqué la vie de toutes ces personnes !

— As-tu, oui ou non, publié ce message sur le dark web ? insisté-je, déçue par ces dernières révélations, réalisant que la mission qui me tenait tant à cœur n’était qu’une vulgaire comédie. 

— Oh, je crois, mon cher, que ta petite chérie vient de comprendre que toi et moi ne sommes pas si différents que ça, finalement, se marre cette conne, ce qui fait gonfler un peu plus ma rage envers lui. J’étais si importante à ses yeux, dans sa vie, dans son cœur, qu’il n’a pas hésité à sacrifier des innocents pour me rendre justice, susurre-t-elle à mon oreille. Si tu connais un amour à moitié aussi fort que cela, tu pourras dire que tu as de la chance.

Elle voit ma colère, la ressent et s’assure de la nourrir de la plus vile des façons. Comment une femme que je n’ai jamais vue de ma vie peut-elle avoir si vite compris que j’étais amoureuse ? Avant même que cela soit une évidence pour moi.

— Rachel ! Je te jure que je ne l’ai que piratée, ce n’est pas moi qui suis responsable de sa mise en…

— TU ES UN GRAND MALADE ! UN HYPOCRITE ! UN FOURBE DE LA PIRE ESPÈCE ! TU NE CONNAIS PAS TA CHANCE QUE JE SOIS ATTACHÉE PARCE QUE JE TE DESCENDRAIS MOI-MÊME ! hurlé-je avec tant de rancœur que je me sens sur le point d’exploser.

Malone se décompose sous mes yeux. Il n’est plus que l’ombre de lui-même. Se sent-il coupable de ses gestes ou de s’être fait prendre ?

— Je t’en prie, Rachel… je voulais savoir, j’avais besoin de… jamais je n’aurais pensé que cette garce…

— Tu voulais savoir ? Ah, mais tu aurais dû me le dire avant, ça aurait tout changé ! Il est évident que ton besoin d’obtenir des réponses pour soulager ta culpabilité valait la MORT DE CENTAINES DE PERSONNES !

Je beugle et tente de gesticuler, étant tellement submergée par mes émotions que je ne me rends pas compte que la chair de mes poignets est à vif à force de frottements.

— Rachel, bordel ! Écoute-moi ! Je te jure que ce n’est pas aussi simple ! J’avais la liste, oui, mais jamais je ne l’ai publiée ! plaide Malone au bout de sa vie avant de se jeter au sol à mes pieds.

Tania lui balance un violent coup de pied et il se relève sans cesser de m’implorer de ses prunelles.

— Bon, ce n’est pas tout, mais je crains que nous n’ayons plus beaucoup de temps. Tu entends ces moteurs au loin ? Ce sont ceux de mes contacts qui viennent vous cueillir. Parce que, attends, tu vas apprécier le drama de la mise en scène, j’en suis certaine ! ricane faussement la folle. Je me suis dit que décapiter un agent du FBI et une agente des SS en live, vêtus comme les soldats de l’armée du pays dont nous essayons de prendre la tête, forcerait les USA à intervenir et à déclarer la guerre. Ils ne supportent pas une humiliation en direct, tu les connais. Et puis, tu sais, c’est plus facile de les laisser faire leur boulot et dégommer tout le monde. Et lorsqu’ils n’auront plus de force, d’armes et d’argent, nous serons libres de les chasser et de prendre le pouvoir ensuite. Les « libérateurs du peuple », ça sonne plutôt pas mal, non ?

Je la laisse blablater, monologuer et s’écouter parler. Elle s’autocongratule, et part dans un délire tellement bien rodé et plausible qu’il fait froid dans le dos. Nous devons agir vite si nous voulons avoir une chance de nous en sortir indemnes. Elle est si absorbée par son discours qu’elle ne se rend pas compte de l’odeur de plastique brûlé. Pas plus qu’elle ne s’est aperçue que Malone m’avait tendu un briquet en se jetant devant moi. Un plan de fortune se crée a compte-gouttes, chacun misant sur la réactivité de l’autre. Je libère mes poignets et suis enfin libre de me lever. J’escompte lui foutre un coup de poing qui la mettra K.-O., mais elle pivote d’un coup comme si elle m’avait senti me mouvoir dans son dos. 

— Je voulais buter deux agents en direct, mais finalement, un sera suffisant, siffle-t-elle en levant son bras armé vers moi.

Le bout du canon se dresse sous mes yeux. Dans ce métier, le danger est omniprésent et on s’imagine souvent la manière dont on va mourir. Mais je pensais sincèrement réussir à m’en sortir encore une fois. 

— Baisse ton flingue, ordonne Malone sans appel, en posant le sien sur sa tempe.

— Oh, tu trouverais enfin le courage de me flinguer ? Alors que tout à l’heure tu en as été incapable ? C’est elle, c’est cela ?

Elle pivote vers lui, le canon à présent en appui sur son front.

— Oh bon sang ! Tu t’es vraiment attaché à cette gamine ? Malone, je t’en prie, flingue-moi, je ne veux pas assister à cette scène où le couple se tombe dans les bras après avoir mis un terme aux desseins de la vilaine !

Un clic est audible, puis un second et encore un autre. Je fixe sans ciller l’index de Malone pressant la détente comme un forcené sans que le cerveau de Tania se retrouve partout sur les murs. Nos yeux s’écarquillent d’incompréhension tandis que le rire de la dingo résonne dans la pièce.

— Oh, j’ai oublié de te prévenir tout à l’heure, tu as tiré la dernière balle du chargeur sur ce pauvre Archi, tu aurais dû t’assurer…

Je ne lui laisse pas le temps de poursuivre sa phrase et je frappe son bras tendu dans ma direction. Je me décale sur le côté, pressentant que son premier réflexe sera de tirer, et pendant que Malone la pousse, je la désarme à la hâte et m’empare de son revolver.

Et je presse la détente sans aucune hésitation. Cette fois, elle n’aura pas le fin mot de l’histoire. Son corps s’échoue au sol dans un bruit sourd et je tire encore une fois, puis une troisième au cas où. Malgré l’horreur de mon geste, je ne ressens que du soulagement.

— Je suis désolée pour ton ex, mais je t’assure que ce n’est pas un acte dicté par ma jalousie, indiqué-je sans vraiment réfléchir à l’incongruité de mes paroles. 

— Rachel, lâche Malone d’un timbre grave.

Sans crier gare, il me déleste de l’arme avant de m’attraper par les épaules pour me forcer à pivoter vers l’immense fenêtre, d’où je perçois toute l’urgence de la situation. Les buggys qui arrivent créent des volutes de sable qui remontent dans le ciel. D’ici quelques minutes, nous serons encerclés.

— On n’a que ce flingue – et Dieu seul sait combien de balles il contient encore –, aucun véhicule pour quitter les lieux avant qu’ils ne soient là, et encore faudrait-il parvenir à traverser le désert jusqu’à une ville. Et avec un peu de chance, elle ne sera pas sympathisante des terroristes ! Bordel de merde ! s’énerve Malone en serrant les dents.

— Est-ce que tu as confiance en moi ? apostrophé-je mon coéquipier alors qu’il commence à faire les cent pas devant la vitre, tout en lorgnant sur les véhicules qui approchent à grande vitesse.

— Charlie, je sais que tu as foi en tes capacités, que tu crois te battre comme une pro et je n’en doute pas, hein ! Mais nous ne faisons pas le poids contre une milice armée…

— Malone ? Ferme-la ! Cesse de gueuler et songe que tu devrais être bien plus terrorisé par l’interrogatoire que je compte te faire subir que par des membres de Libras.

J’attrape sa main et le tire à ma suite sans prendre le temps de lui expliquer mon idée. Nous quittons la minuscule pièce, et courons sur le palier en métal qui résonne sous nos pas. Nous descendons l’escalier sans ralentir notre allure et je l’entraîne jusque dans l’avion.

— Je vais l’ouvrir, si tu permets, pour te dire que s’ils tirent sur l’avion, on va crever dans une explosion…

Je le laisse parler sans vraiment l’écouter et referme la lourde porte derrière nous avant de me planter face à lui.

— Tu peux prendre un siège et attendre tout en spéculant sur nos nombreuses possibilités mortelles, dis-je en me dirigeant vers le cockpit. Moi, je vais me contenter de suivre mon instinct de survie et nous sortir de là !

Je m’installe au poste de pilotage et Malone vient s’asseoir à mes côtés.

— Tu… sais… piloter ? interroge-t-il, l’inquiétude tapie dans le moindre de ses traits.

— Et si tu commençais à envisager que je suis bien plus qu’une jeune agente naïve, tête en l’air, coquine et trop confiante ? réponds-je sereinement tandis que je pose le casque sur mes oreilles et allume un à un, les boutons de commandes et vérifie le niveau de Kérosène.

Il semble être rassuré et se cale dans son siège en bouclant sa ceinture. 

— Ou peut-être que je mens et que je ne suis qu’une bonne actrice. Qui vivra verra, comme on dit, pas vrai ? ne puis-je m’empêcher d’ajouter, en allumant les moteurs.

 

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