Mission haute tentation (French Edition)
CHAPITRE 7 - La belle et l’enfoiré
Malone
— Malone ? Tout est OK ? Tu es en connexion sécurisée, tu en es bien certain ?
Je souffle toute mon exaspération dans un soupir sans fin.
— Horn, enfin, tu me connais ! Hello ! Il s’agit de ton meilleur agent et informaticien ! Bien sûr que j’ai pris le temps de m’assurer que tout était sans risque ! Putain !
Au travers de mon écran, je ne manque pas de remarquer son air inquiet et ses sourcils qui se rejoignent presque, tellement ils sont froncés.
— Quelque chose ne va pas ? Tu sembles à cran ? interroge-t-il avec une hypocrisie telle qu’elle ajoute encore à ma contrariété.
— Ah, mais non ! Tout est génial ! À la limite de la perfection ! Tu veux que je te dresse la liste de ce qui ne pourrait pas mieux aller ? offré-je, les mâchoires comprimées et les dents serrées à en péter.
— Je t’écoute…, dit-il d’une voix incertaine.
— On commence par cette histoire de meuf qui déboule dans ma mission ? Pas un message de toi pour m’en aviser, aucune préparation, même sommaire ! Tu réalises ? Elle aurait pu, en un putain de battement de cils, nous faire abattre ! Tu sais qu’elle a débarqué au country club comme un cheveu sur la soupe pile à l’instant où je m’apprêtais à en apprendre plus de la bouche de Jefferson ? Qu’elle se la joue ultra-expérimentée alors qu’elle n’a qu’un fucking vingt-trois ans à tout casser ? Du boulot de débutant ! Merde ! Et on en parle, du fait qu’elle est partie ce soir, sapée à la façon d’une p…
Sa main se dresse et il profite de ce que je fais une pause pour trouver un mot plus adéquat, pour s’expliquer.
— Je n’ai pas eu le choix, figure-toi ! Disons que l’heure est grave et que les conséquences vont bien au-delà de nos simples petites existences. Je comprends à quel point cette mission compte à tes yeux. Je sais que tu y mets ton âme à titre professionnel et que c’est tout aussi personnel, mais envoyer Jefferson croupir en taule ne vaut certainement pas la vie de tous ces civils. Malone, Libras revendique une liste de tous les témoins protégés qu’ils prévoient de vendre au plus offrant.
— Tu as une idée de comment ils se la sont procurée ? Si ça se trouve, c’est du bluff. Ceux qui sont susceptibles de pirater les institutions américaines ne courent pas les rues.
— J’ai confirmé avec nos équipes, celle des SS, de la NSA et de la Sécurité intérieure. Nous avons tous, sans exception, découvert que nous avons effectivement partagé avec un tiers des données sensibles. Cette liste est aux mains des terroristes, les conséquences seront désastreuses si elle fuite réellement et nous ne disposons que de vingt-huit jours pour identifier l’auteur de ce délit et l’arrêter.
Je grogne toute mon exaspération. Je comprends ce qu’il me dit, j’en discerne toute la logique, mais je suis néanmoins incapable de m’en contenter.
— Il s’est passé quoi pour que tu sois si déchaîné ? Elle a merdé ? Parce que si c’est le cas, si tu peux me fournir des preuves, je m’adresse à ses supérieurs et on t’en débarrasse…
Je m’octroie quelques secondes de réflexion. Ce que j’aurais sans doute dû faire bien avant. La voir vêtue de façon si sexy, me plaçant devant le fait accompli alors que nous nous étions entendus pour le contraire le matin même m’a mis dans un état avancé de fureur. Je sais de quoi ça a l’air et il n’est nulle question d’attirance ou de jalousie. Non, ce sont les risques qu’elle prend au nom de son foutu instinct. Bordel ! On décide d’agir en team et sans un mot, elle se tire avec Lexie, pour aller, je le devine à leurs tenues, faire la fête en boîte. Comment je peux veiller sur elle et m’assurer qu’elle ne mette pas la mission en jeu en lâchant une seule révélation compromettante ? Elle ignore que les mondaines comme sa pote sortent et se paient les plus onéreuses bouteilles de champagne jusqu’à plus soif. Que j’ai entendu des histoires racontées par leurs époux, expliquant qu’ils avaient dû dépêcher des équipes de sécurité pour les récupérer discrètement tellement elles étaient déchirées. Pour s’en faire des copines, pour ne pas être à part, elle devra suivre le rythme et c’est là le plus grand des dangers. Mais tout ça, elle n’est pas au courant bien sûr, parce qu’elle n’a pas daigné m’aviser avant ! Je crève d’envie de l’étrangler, mais devant la mine sérieuse de mon boss, je mesure les conséquences de mes paroles. Est-ce que son escapade de ce soir vaut la peine de bousiller sa carrière ? De la dénoncer pour des trucs hypothétiques qu’elle n’a, jusqu’à preuve du contraire, pas encore commis ?
— Malone ? Tu es toujours avec moi ? Écoute, ça fait un moment que tu es dans la peau de Parker… Je comprends que tu aies peut-être de la difficulté à t’en dissocier… Peut-être que…
Lui si ferme, si assuré et habituellement si campé sur ses positions, se met d’un coup à chercher ses mots. Qu’il ne soit pas en mesure de me révéler le fond de sa pensée me laisse deviner ce qu’il s’apprête à me dire. Pour le coup, je n’ai pas plus envie de l’entendre que lui de le prononcer.
— Balance, nom de Dieu !
Comme soulagé que je l’y enjoigne, il aborde précisément ce que je redoutais.
— Je crois que sa présence te rappelle ce qui est arrivé avec Tania… On en a déjà parlé, ce n’était pas ta faute et chaque agent s’engage en connaissant les risques. Tu as fait passer la mission avant votre amitié et c’est exactement ce qu’on s’attend de vous…
Je bous intérieurement lorsqu’il débite ces mots. J’ai effectivement procédé de la façon énoncée et il n’y a pas un putain de jour où je ne le regrette pas. Ne pas avoir sorti mon arme et tiré sur tout ce qui bougeait avant que Tania ne reçoive une balle. Ne pas avoir été en mesure de la protéger comme aurait dû le faire un partenaire. Au nom de quoi ? Des résultats ? Des arrestations ? Ça ne valait pas sa vie et ça c’est un truc que Horn ne comprendrait pas.
Quand je regarde Charlie, c’est ce qui me heurte chaque fois : je n’aurai pas la capacité de laisser cela se reproduire. Je ne permettrai pas qu’une seconde personne trouve la mort dans une mission à cause de mon inaction. J’ignore comment faire autrement que de la préserver et vu sa propension à agir n’importe comment et de manière irraisonnée, ça risque de péter.
— Tu sais Mal…
J’appuie sur une touche qui brouille momentanément ma connexion. L’image se saccade et le son se distord. Puis je ferme le portable après avoir baragouiné « problème ». Horn ne sera pas dupe. Nos communications se font par satellite et sont hautement sécurisées, voire impossibles à pirater. Pour autant, je n’ai aucune envie de poursuivre cette conversation qui ne mène à rien. J’ai une mission, je dois la réussir, point. Je vais prier le ciel pour qu’elle ne gaffe pas ce soir et j’attendrai bien patiemment son retour. Si elle est dans un état lamentable, j’aurai la preuve qu’elle ignore ce qu’elle fout et la possibilité de le lui mettre sur la gueule. Je range le matos, éteins les lumières et sors de cette pièce qui lui est inconnue. Deux métiers, deux identités, deux lieux pour bosser. Elle est au courant, bien entendu, de l’existence de mon bureau aménagé, celui, officiel, dans lequel je reçois mes clients. Pour le second, je suis le seul à être dans le secret. Un endroit où je consigne toutes les données sensibles et le fruit de mes découvertes. Pour le mandat qui m’a été confié, et pour celui que j’ai entamé moi-même. Un dans lequel il est hors de question qu’elle fourre son nez.
Je m’enferme dans mon coin de travail plus normal et me penche sur la demande de Jefferson de lui créer un logiciel de traçage invisible à insérer dans les portables. En plus d’être totalement illégal, c’est un truc qui est déjà exploité. Pourquoi donc m’en passer la commande dans ce cas ? J’ai mis très peu de temps à capter que ce n’était pas ce que je lui livrais en lui-même qui lui importait, mais ma capacité à lui fournir la marchandise. Il n’a pas encore foi en moi à cent pour cent, il me teste donc. Je me souviens lui avoir demandé qui il souhaitait traquer et quels genres d’éléments il désirait obtenir. Il m’a répondu que c’était pour le boulot. Qu’il croyait qu’il lui serait utile de pouvoir veiller sur ses blindés et ses salariés pas à pas. Il pourrait alors exiger que ces derniers installent une appli basique pour faciliter la gestion de leur paie et pourrait ensuite surveiller leurs téléphones. Il connaîtrait ainsi les allées et venues de chacun d’entre eux et aurait accès à toutes les infos transitant par l’appareil. D’après lui, ça aidera l’identification de ceux qui sont à risque d’orchestrer des vols de fourgons. Tout ça me semblerait cohérent si je n’étais pas au fait de son business parallèle. Cette même appli, intégrée dans les portables d’employés du système gouvernemental par exemple, serait une mine de renseignements aussi précieux que dangereux. Jefferson est du type nerveux et ultra-organisé, Libras ne l’a pas choisi pour rien. Son affiliation avec eux n’est plus à prouver, et je ne peux affirmer qu’il n’est pas impossible que cette technologie leur soit destinée. Il sert de pute, mais je ne comprends pas ce qu’il y gagne réellement. Ma cible possède déjà un empire financier, une réputation, du pouvoir, alors pourquoi risquer de tout perdre ? Voilà la question qui me hante.
Je cogite toujours sur les éventualités et les raisons qui impliquent Jeffy, lorsque mon téléphone vibre sur le bureau en acajou. Je soupire fortement, mécontent d’être dérangé, mais m’en saisis tout de même. Je ne peux occulter le fait que ma « partenaire » est de sortie et qu’elle a peut-être besoin d’assistance. Je pose le regard sur l’écran et suis surpris de trouver un message de Lexie. D’autant qu’elle est dans un bar avec Charlie et qu’elle doit avoir foutrement mieux à faire. J’ouvre le fichier envoyé et instantanément, ma respiration se bloque dans ma trachée devant les images qui se profilent sous les deux fentes qui, quelques minutes auparavant, dévoilaient mes iris. Charlie, alias madame je-sais-ce-que-je-fous, auprès des autres aristos, des verres d’alcool portés aux lèvres. J’examine attentivement chaque cliché et inventorie avec facilité le nombre de boissons ingurgitées. Assez simple quand chaque photo montre une consommation avec une couleur de nectar différente. C’est ça le professionnalisme selon elle ? Et moi qui ai accepté de tenter d’avoir confiance en son jugement ! Se péter la face dans un bar avec la femme de notre cible ? Je n’ai qu’une envie, là, au moment précis où les demoiselles défilent sous mes yeux : poser mes mains autour de son cou pour l’étrangler, et pas métaphoriquement. Je m’enjoins de conserver mon calme, de ne pas laisser la colère devenir maîtresse de mes actes, et j’y parviens presque jusqu’à ce que j’arrive au dernier fichier partagé. J’ouvre la vidéo et regarde, impuissant et à bout de patience : Charlie se frottant sur un mec en costard. Je reconnais aussitôt Archibald Carlos, et dans la seconde qui suis, je suis debout, attrape à la va-vite les clés de ma Ferrari et franchis la porte, direction Charlie.
***
J’ai roulé comme un dératé, le pied enfoncé sur la pédale pour ne m’arrêter que devant la façade du Noctambule. L’endroit prisé de tous les riches dépravés. Je lance les clés à l’employé qui approche, lui indique d’en prendre soin et lui tends un gros billet. Je pénètre dans le bâtiment sans trop de mal, reconnu par le gardien à la stature de joueur de football américain qui me fait signe de passer d’un hochement de menton. Sans ralentir ou répondre aux œillades peu subtiles de ces dames, je franchis la zone VIP et rejoins la piste de danse. Je balaie la foule des yeux et repère aussitôt l’objet de ma fureur. Je dois me ressaisir, c’est capital. Ma rage est telle que je risque de cogner ce salopard, avec qui j’ai déjà eu des démêlés lors de mon ancienne mission. Ou plutôt avec qui Parker en a eu. Archibald est assurément un beau gosse riche et arrogant, mais c’était aussi la porte d’entrée de Tania pour atteindre notre dernière cible : Ron Carlos, l’oncle d’Archi. Le soir de sa mort, elle a discuté avec son amant dans un coin de la pièce qu’ils croyaient dissimulé aux regards. Ils m’ont semblé se prendre la tête et je m’étais promis de l’interroger à ce sujet quand nous rentrerions. Moins d’une heure après, elle n’était plus en vie… Depuis, je reste persuadé qu’il est lié à son décès d’une quelconque façon. Bordel ! De tous les salopards présents, Charlie ne pouvait tomber sur mieux que lui ? Je commande un bourbon, m’appuie près d’une des lourdes tentures rouges et j’observe, le temps de trouver un plan pour l’extraire d’ici, autre que de la jucher de force sur mon épaule.
Il lui souffle un truc à l’oreille. À la seconde qui suit, la gorge de la miss s’arque et elle éclate de rire. Elle laisse courir son index sur le torse que l’homme bombe aussitôt. Il lui répond de son rictus de charmeur et quand j’aperçois ses dents blanches, je n’ai qu’une envie, les lui arracher une par une avec une pince rouillée. Elle se frotte à lui comme une chatte en chaleur, basculant son cul arrondi moulé dans une jupe noire bien trop courte. Son top ivoire, serré au possible, dévoile son ventre plat et ses reins. Elle s’emmêle les pieds, manque de tomber et se rattrape à Archibald qui voit là l’occasion de jouer le rôle du preux chevalier. Une de ses paumes glisse du dos de ma sœur jusqu’à ses fesses et, trop déchirée, elle ne réagit même pas. Je suis dégoûté devant cette scène écœurante. Je dépose mon verre vide sur le comptoir, hésitant à en commander un autre, le premier n’ayant que moyennement réussi à me calmer. Du coin de l’œil. J’aperçois les doigts d’Archi saisissant le menton de Charlie pour lever sa tête dans sa direction. Il ricane puis approche sa bouche de la sienne. Je ne réfléchis plus. Si j’ai raison et qu’il est lié à la mort de ma première partenaire, je ne lui permettrai assurément pas d’être responsable de celle de la seconde. En moins de deux, je me téléporte à quelques centimètres du couple. Je pousse mon ennemi de toutes mes forces, les séparant instantanément. Charlie m’interpelle après avoir lâché un cri de surprise, mais je ne l’entends pas, toute mon attention ancrée à celui, qui, l’air furieux, fonce vers ma position. Il me charge et ne semble réaliser qui je suis que lorsque nos torses sont si près qu’ils arrivent à se frôler.
— Parker ! Mon « pote », souffle-t-il à voix basse et d’un timbre tout sauf amical. C’est ta nouvelle meuf ? La première était bonne, mais j’avoue que tu as trouvé de quoi bien te consoler, pas vrai ?
Les gens autour de nous ne bougent plus, hypnotisés par ce qui se passe sous leurs yeux. Je perçois quelques portables se lever dans notre direction. Ils sont prêts et à l’affût de la moindre vidéo qui pourrait s’avérer virale. Je dois éviter à tout prix de devenir une des têtes d’affiche de l’une de ces plateformes à likes.
— Il s’agit de ma sœur, enfoiré. Et si je ne t’ai pas buté quand tu t’es tapé ma femme, elle, je ne te laisserai même pas la regarder.
Il pouffe méchamment et sa bouche se tord dans un faux sourire suintant de toute sa condescendance.
— Parkeeeer ? souffle une voix aussi pâteuse qu’alcoolisée derrière moi. Pourquoi tu es ici ? Tu me ramènes à la maison, pleeease ?
— Ta frangine ? Wah, décidément, les femmes de ta vie m’aiment bien, tu ne trouves pas ? Surtout, mon ami, garde ta maman hors de ma portée, essaie-t-il de me provoquer.
— Parkeeeer ! J’veux rentrer maintenant…
D’un violent coup d’épaule, je me dégage de ma proximité avec celui qui me file des envies de meurtre et tire Charlie par le poignet. Elle titube, et sous le regard déçu de la foule, je glisse mon bras dans son dos pour l’escorter jusqu’à la sortie. Je suis trop en colère pour prononcer une seule parole à son égard et me contente de l’installer dans la caisse que l’employé s’est dépêché d’approcher. Je tente de boucler sa ceinture et remarque l’odeur forte de l’alcool imprégnant son haut en me penchant par-dessus elle. Pour me permettre plus de visibilité en m’entendant pester, elle s’appuie sur son siège et arque le cou. Mon visage à quelques centimètres du sien, je sens son haleine fruitée courir sur ma peau. Je réussis à l’attacher, mais un mouvement de sa part manque de me faire perdre l’équilibre et je pose ma main, bien involontairement sur son sein. Ça ne dure qu’une fraction de seconde, mais c’est suffisant pour instaurer un éclat de désir que j’aurais préféré ne jamais ressentir. Je l’observe en me redressant, constatant qu’elle n’a eu connaissance de rien puisqu’elle a les paupières closes. Elle me murmure d’une voix minuscule que « ça tourne » et je referme la portière dans un claquement avant de prendre place à mon tour du côté conducteur.
Je profite de ce qu’elle somnole pour lorgner dans sa direction et confirme ce que je pensais : elle ne porte pas de soutien-gorge. Ses mamelons dont les pointes dressées tendent le tissu se dévoilent à moi. Pas de push-up, pas de fioriture, nan, rien qu’une poitrine d’une rondeur naturellement parfaite, à la fermeté indéniable. Je déglutis laborieusement et mets le contact sans la lâcher des yeux.
— Du fauchage… du chau… P’tain j’ai froid, tu peux allumer le chauf-fa-ge, peine-t-elle à prononcer en frictionnant ses bras et d’un même coup en pressant ses seins en étau, au point où elle me révèle son décolleté vertigineux.
Elle veut de la chaleur ? Bordel ! Moi je me consume là ! Parker est un veuf éploré qui rejette les femmes, toutes les femmes. Avoir des baises d’un soir ne collerait pas avec mon rôle et je pratique donc l’abstinence depuis un moment. Bien trop long a priori. Elle grelotte et je pousse le bouton pour la réchauffer. Je conduis en silence jusqu’à la maison, ma fureur effacée au profit d’une étrange lassitude.
Je me gare sur le parking jouxtant la demeure et entreprends de réveiller l’ivrogne assise près de moi. Elle ne réagit pas comme je le souhaiterais. Pas du tout même. Je quitte la caisse, me rends de son côté et ouvre sa portière. Sa jupe a encore remonté, dévoilant entièrement ses jambes musclées. J’expulse bruyamment ma contrariété et me campe au-dessus d’elle pour atteindre la ceinture.
Je peste en me promettant de conduire ma voiture au garage pour qu’on me répare le mécanisme brisé et que ça ne prenne plus des plombes pour la déboucler. J’y parviens après un moment puis me redresse pour la regarder. Comment vais-je la sortir de là ? Elle est totalement saoule, ne répond pas lorsque je la nomme et se contente de produire des sons incompréhensibles.
Je me penche, glisse une main sous ses cuisses, et de l’autre essaie de me frayer un chemin derrière son dos. Elle lève finalement vers moi une paire d’yeux hagards.
— Nous sommes arrivés, tu peux marcher ? interrogé-je d’une voix neutre.
Elle fait signe que oui de la tête, l’air de ne pas trop saisir où elle est. Je la relâche, et l’aide plutôt à s’extirper du véhicule. Ses jambes la lâchent et en moins de deux, elle se retient à mon cou. Mon visage se tourne vers le sien, nos regards s’arriment alors que ni elle ni moi n’esquissons de geste pour nous séparer.
— J’ai ingurgité trop d’alcool, murmurent ses lèvres si proches des miennes que je goûte son haleine.
— Tu as fait bien pire que trop boire, relancé-je, aussi bas, conscient que je joue avec le feu.
— T’es fâché ?
On m’aurait posé la question il y a une heure, la réplique n’aurait pas tardé à être éjectée, mais là, je m’interroge. Je ne peux cautionner les risques encourus, pas plus que continuer à bosser avec une bombe à retardement, mais suis-je porteur de cette même fureur que plus tôt ? Non.
— Tu n’as que mis en lumière ce que l’on savait déjà, affirmé-je prudent.
— Et qu’est-ce qu’on savait déjà ?
Elle demande, mais alors que ses iris fixent mes lèvres et que ses dents s’enfoncent dans les siennes, j’ai l’impression qu’elle se fiche éperdument de la réponse.
— Que tu n’étais pas à ta place ici, pas dans ce boulot qui nécessite bien plus de préparation et bien moins d’instinct.
Elle resserre sa prise autour de ma nuque et je sens la moindre partie de son corps en contact avec le mien. Sa bouche m’effleure, et si je n’avais pas été certain qu’elle s’étalerait direct au sol dans la seconde, j’aurais rompu cette proximité il y a bien longtemps.
— Je peux te dire un secret ?
Bordel… Tu peux parler autant que tu veux, pas sûr en revanche que je décrypte un seul de tes mots puisque toute mon attention va vers cette protubérance dont j’essaie de calmer les ardeurs.
— Je t’écoute…
Ma voix rauque et caverneuse me trahit instantanément. Elle entrouvre les lèvres pour se révéler, mais s’arrête net et plonge ses prunelles dans les miennes. Leur expression, la lueur concupiscente qui y brille et cet éclat de désir que j’y lis… Putain ! Je ne suis pas un moine ! Et elle, elle est bien loin d’être une nonne puisque lorsque ma bouche s’écrase sur la sienne, elle ne tente pas de me repousser. Bien au contraire, elle surenchérit à son tour. Ses doigts, agiles, furètent dans mes cheveux. Sa langue trouve le chemin de la mienne et son corps, en ébullition, se presse contre ma virilité sur laquelle je n’ai plus aucune emprise. Impossible qu’elle parvienne à ignorer ma verge qui tend le tissu de mon jean à l’extrême. Son bassin ondule sur ma masculinité, preuve que ça ne lui a, en effet, pas échappé. Mes paumes explorent ses clavicules jusqu’à ses seins aussi arrondis et lourds que je l’aurais parié. De la pulpe du pouce, je titille ses mamelons dressés, obnubilé par mon désir de les aspirer entre mes lèvres.
Bordel ! Je devrais arrêter, reprendre le rôle de l’adulte de service et celui du protecteur de la mission envers et contre tout. Sauf que mon cerveau est momentanément HS et que son corps parle un langage que seule ma bite comprend. Baiser ma collègue sur le capot d’une Ferrari payée par l’État, ça va faire tache dans le dossier. Même si mes neurones beuglent que c’est bien trop risqué, mes mains, elles, s’aventurent sur son ventre, cherchant l’entrée qui me permettra de caresser ses rondeurs sans entrave. Sa bouche se distancie de quelques centimètres pour venir mordiller mon cou. Je laisse échapper un râle rauque et victorieux à l’instant où ma paume se referme sur son sein. La douceur de sa peau tranche avec la callosité de mon épiderme, mais le soupir extatique qu’elle lâche me permet de supposer que ce n’est pas un problème. Je coince son corps entre la voiture et moi, plaquant ma virilité sur son entrejambe, et crois défaillir en l’entendant gémir. Nous avons initié quelque chose que nous n’aurions pas dû commencer, et aucun de nous n’a assez de self-control pour y mettre un terme.
Je distingue ses lèvres remuant près de mon lobe et il me faut un moment avant d’identifier ce qu’elle me chuchote. Pourtant, à l’instant où ses aveux se fraient un chemin de mon conduit auditif à mes synapses, c’est violent.
— Mon secret ? Je suis à jeun comme un nourrisson…
Je me fige instantanément, recule afin de pouvoir darder mes iris dans les siens. Elle ne bouge pas d’un poil et se contente de me fixer, sa bouche toujours rougie par nos baisers et sa respiration désordonnée.
— Pardon ? Tu… Nan ! Je t’ai vue… Tu étais…
Je ferme ma gueule aussitôt que le sang quitte mon entrejambe pour irriguer à nouveau mon cerveau. Du moins suffisamment pour que je commence à capter.
— Oh, Malone, tu devrais savoir que dans notre métier, ce que l’on perçoit et la réalité, ça fait deux… Ce soir, c’est toi qui as fait irruption comme un taré en manquant de bousiller ma couverture. Si ça avait été pour adopter le rôle du grand frère protecteur, j’aurais applaudi, mais là tu as complètement perdu les pédales ! Tu me crois stupide, dangereuse, et tout sauf professionnelle, mais je ne t’ai qu’exaucé l’espace d’un instant. Toi en revanche, tu n’étais pas en contrôle, aussi bien dans le bar que sur le parking, alors dis-moi, de nous deux, le dieu de l’illusion, c’est celui qui maîtrise tout ou celle qui, en se fiant à son instinct, est parvenue à duper celui qui se prend pour l’expert ? Oh, et pour info, je ne prévoyais pas de jouer l’ivrogne avec toi, mais ta propension à me sous-estimer en permanence méritait de t’être remise dans la tronche.
Elle m’offre une moue exultante de satisfaction et je préfère me taire en la regardant onduler des fesses en direction de la porte menant vers la maison. Je ronge mon frein et me fais violence lorsqu’elle se retourne à demi et que par-dessus son épaule, elle pousse l’audace jusqu’à me souhaiter bonne nuit en me soufflant un baiser. Comment c’est possible ? J’ai vu les images ! J’ai senti son odeur alcoolisée ! Je l’ai aperçue saoule, putain !
Je crève d’envie de la rattraper et de lui demander comment elle a réussi à berner autant de monde, mais le peu de fierté qu’il me reste m’en empêche.
Je grimpe jusqu’à ma chambre, m’enferme à double tour, furieux d’être encore excité, et bien décidé à ne pas me soulager comme punition d’avoir été trop stupide.
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