Mission haute tentation (French Edition)

Manon Donaldson · Chapitre 24 sur 36

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Mission haute tentation (French Edition)

CHAPITRE 22 – fouille au corps

Malone

Allongé sur le dos, les mains derrière le crâne en mode post-baise et encore nu, je réfléchis. La tête de Charlie toujours posée sur ma poitrine. Je songe à la soirée, à ma vie en tant que Parker, au retour à mon existence selon les modalités fixées par Horn à qui j’ai parlé durant la nuit. À moins que ce ne soit le matin ? Je l’avoue, j’ai perdu la notion du temps dans cette pièce sans aucune fenêtre pour laisser filtrer la lueur du jour. D’autant plus sous les draps avec ma consœur, ce sont beaucoup d’éléments pour arracher un homme à sa réalité. Sa respiration est douce et profonde. Je crois qu’elle dort. Je ne bouge pas d’un pouce, de peur de l’extirper du sommeil. Ou alors elle est dans le même état que moi et cogite sur la suite des événements.

Ce moment, je le savoure sans trop savoir pourquoi. Cette fille est une peste. Elle a été l’équivalent de l’ouragan Katrina dans mon existence, pourtant, quand, en visio, mon boss nous a assuré que nous serions récupérés dès la nuit prochaine, mon cœur s’est tordu d’une étrange manière. Mon visage devait être connecté à mon cerveau à cet instant précis puisque sur son front est apparue une ride d’inquiétude. Il m’a aussitôt questionné.

— Malone, tout va bien ? Tu parais à bout de nerfs.

— Des années dans la peau d’un autre et l’obligation de collaborer avec l’ennemi pour identifier la cible. Et se faire dépouiller de tout à un poil de cul de la réussite ? Tu ne serais pas légèrement contrarié, toi ?

— Malgré tout, vous semblez avoir plutôt bien travaillé tous les deux. Vous êtes parvenu à avancer l’enquête, c’est digne de professionnels, et on n’en attendait pas moins de votre part, déclare-t-il, presque solennel.

— Avancer l’enquête ? répété-je sans cacher mon dégoût pour son choix de mots.

— Tu devais confirmer ou infirmer l’implication de Sam Jefferson dans le financement d’un groupe de terroristes. Au cours des derniers jours, les données perçues par l’application que tu as installée dans ses appareils nous ont permis de déterminer que les transactions passent bien par ses comptes. Il est véritablement le pourvoyeur de ce groupe armé que nous traquons. Que veux-tu de plus ?

— Et pour la liste avec l’identité des témoins protégés  ? surenchéris-je, désireux de changer de sujet avant qu’il ne détecte mes suspicions.

— Une autre de nos cellules a bien progressé sur le terrain, nous avons un nom et ce n’est plus qu’une question d’heures avant que nous bougions, annonce-t-il, la fierté imprimée sur ses lèvres.

Je ne savais pas trop quoi répondre. J’avais déjà signifié que même si toutes les preuves pointaient vers Jeff, j’avais la certitude qu’il n’était que le pion d’un tiers. J’ai ajouté que je mettrais ma main à couper qu’il s’agissait de sa femme. La jolie et futile Lexie… Simplement l’évoquer résonne comme un non-sens d’ailleurs. Imaginer qu’elle soit en mesure de tout orchestrer, dont la rémunération d’un mouvement de rebelles, tout en parlant robes de soirée et vernis à ongles me dépasse. Je ne peux le convaincre sans éléments réels ni balancer d’accusations non fondées, mais j’ai vu Jeffy derrière un ordinateur et j’ai l’assurance qu’il n’a pas le cerveau d’un geek. C’est comme si tous nos arguments et nos doutes étaient sciemment ignorés. Tout pointe vers l’épouse, mais il semble que nous soyons les seuls à le comprendre. Cet aveuglement volontaire me rend d’autant plus suspicieux.

— Jefferson est le pourvoyeur de fonds du groupe terroriste, c’est possible, mais je la pense aussi impliquée. Elle savait pour les caméras cachées, elle a réussi à intercepter le signal et à placer des indices partout dans les comptes de son mari pour l’incriminer. La tête, c’est elle ! L’appel, les menaces, la caméra dont elle connaissait l’emplacement. Si on compile le tout, ça signifie qu’elle possède probablement les compétences pour mettre en ligne le document !

— Malone, ta mission primaire était de prouver la complicité de Jefferson dans le financement. Tu y es arrivé avec brio, souffle mon boss sans cacher pleinement son irritation.

— Et la liste ? Je suis certain qu’on tient la coupable ! Les deux bossent pour Libras et si tu m’octroies la chance de…

— Suffit, Malone, je te dis que nous avons une équipe sur le dossier et que c’est en passe d’être aussi réglé. Il est possible que nous interrogions sa femme, mais ça ne me semble pas être une priorité vu le peu d’éléments dont nous disposons. Elle restera sous surveillance et nous sommes parvenus à retourner un de ses hommes qui nous fournit des infos. Crois-moi, si l’on en cumule assez pour la chopper, on le fera. Tu ne peux pas mener toutes les batailles et récolter toutes les victoires.

J’ai fermé ma gueule. J’avais compris que le convaincre était vain, pourtant, j’entends bien trouver une façon de démontrer que Lexie est impliquée.

Il y a beaucoup de trucs trop beaux pour être vrais. Lorsque j’ai sondé les avoirs ainsi que les appareils de Sam, et que j’ai réussi à obtenir la moindre des données le concernant, il n’y avait rien de détectable nulle part. Comme par magie, au moment où j’ai commencé à le surveiller plus étroitement, les preuves se sont matérialisées. Il se serait dissimulé comme un pro jusque-là et d’un coup, il se serait mis à laisser assez de traces risquant de l’inculper ? Dans notre métier, si c’est trop facile c’est qu’il y a un piège et que vous n’êtes plus le chasseur, mais bien la proie.

Horn, habituellement si pointilleux, si prudent, semble très empressé de fermer le dossier et ce n’est pas pour me rassurer. J’ai besoin de temps, pour faire le point. De me décoller le nez de la fenêtre et de prendre un pas de recul pour regarder les choses depuis une autre perspective.

J’ai validé avec lui l’heure de notre récupération, puisqu’il jugeait plus sage de nous extraire à la nuit tombée, puis ai raccroché en étant plus persuadé que jamais que ça n’allait pas. Tout se règle naturellement, aussi bien en termes de timing qu’au niveau pratico-pratique. C’est trop propre, trop parfait, tranché-je mentalement.

— Ton truc d’instinct, ça t’a déjà fait défaut ?

Je parle doucement pour ne pas la faire sursauter, mais le timbre clair de sa voix m’indique qu’elle ne dormait pas et qu’elle cogitait sans doute de son côté.

— Une seule fois…

— C’est indiscret de te demander quand ?

— Lorsque je t’ai rencontré, avoue-t-elle en se tournant vers moi, appuyant son menton dans sa paume.

— Et qu’as-tu pensé qui se soit révélé erroné ?

Je hausse un sourcil interrogateur et attends qu’elle se confesse sur sa première impression à mon égard.

Elle laisse échapper un son entre ricanement et gloussement. Un son si naturel, probablement le genre de rire que Rachel utilise dans la vraie vie. Comme si elle commençait tranquillement à enlever sa fausse peau de Charlie.

— J’ai jugé que tu étais réellement comme Parker, un beau gosse sexy, arrogant, imbu de lui-même. Et avant que tu ne me sortes un truc pourri tel que « tu me trouves sexy ? », souffle-t-elle en grimaçant, oui, tu l’es et tu en as conscience.

Je rigole à mon tour.

— Donc je ne suis pas arrogant et je ne sais plus quoi ?

— Imbu de toi-même, spécifie-t-elle avant de reprendre. Tu as une incroyable prestance, tu as de l’assurance à revendre et ça peut sembler tête enflée, mais la vérité c’est que tu contrôles tout, jusqu’à l’impression que tu laisses aux gens.

— Je n’étais pas aussi « freak » avant, murmuré-je presque en m’apprêtant à me dévoiler à elle.

Elle se redresse, tout ouïe, ne se rendant sans doute pas compte que sa poitrine dénudée pointe dans ma direction. Je déglutis et me défais à regret de ce spectacle qui ne me laisse absolument pas indifférent.

— C’est de Tania que tu vas me parler ?

Son visage affiche une expression étrange, il se teinte de mécontentement, voire d’une pointe de jalousie. Étonnement, ça me plaît. Je ne le souligne pas et réponds par l’affirmative en opinant du chef.

— Elle et moi c’était… compliqué…

— Oui, je le conçois, puisque tu étais amoureux d’elle.

Je réfléchis un moment, voulant offrir une explication véritable, mais sans la certitude que ce soit le cas.

— J’ai longtemps pensé que Parker l’aimait et je crois que je me suis laissé prendre au jeu. C’était si naturel entre nous que je n’avais pas l’impression de devoir jouer un rôle comme avec tout le reste.

— Vous…

— Si ta question est : est-ce que vous couchiez ensemble et entreteniez une véritable relation ? Ouais. Nous étions un couple aussi bien en public que dans l’intimité.

— Finalement, tu es comme James Bond, tu mets toutes les filles dans ton lit, affirme-t-elle en faisant semblant de rigoler, alors que je décrypte tout le contraire.

— En même temps, je sais que tu es du même avis que moi. Nous n’avons aucun avenir, nous avons profité, nous sommes amusés, et ce soir, chacun de nous continuera son chemin.

— Nous ne serons bientôt l’un pour l’autre qu’un lointain souvenir d’une mission achevée, poursuit-elle, lisant dans mes pensées.

Elle ouvre la bouche pour ajouter un truc, mais se ravise dans la seconde.

— Oui ?

Elle hésite un moment, me surprenant par son contrôle soudain, elle qui expulse les questions sans jamais y réfléchir.

— Si Malone et Rachel s’étaient rencontrés dans la réalité, sans tous ces objectifs, sans le côté ennemis au boulot, sans Archi et la fausse richesse, tu crois qu’ils se seraient plu ?

Je médite longuement sur cette interrogation avant d’avancer une réplique. J’aurais d’emblée affirmé que non. Qu’une fille excentrique, assumée, exubérante dans son genre m’aurait rebuté, aussi sexy soit-elle. Mais si l’idée de la quitter me pique autant, c’est peut-être une réponse en soi. Je ne veux pas d’attache, j’ai passé des mois à prétendre être Parker et c’est lui qui l’attire, de même que c’est Charlie qui me touche. Il me faut me réapproprier ma vie, et la vérité c’est que Charlie n’y a pas sa place.

— Je l’ignore, murmuré-je d’une voix rauque. Je n’ai pas envie d’analyser une situation qui n’existe pas et je ne souhaite que profiter de notre relation incestueuse encore un moment, annoncé-je en caressant le bout de ses mamelons tentateurs qui se dressent dans ma direction.

Elle ne rajoute rien et si ma réponse évasive n’est pas celle escomptée, elle ne le laisse pas transparaître. Il n’y a désormais que son corps qui s’exprime. Je la force à basculer sur le dos, et m’installe sur elle. Mes yeux, voilés du désir qu’elle plante en moi, évoquent mon intention bien plus qu’avec des mots. Mon érection effleure délicatement son épiderme hypersensible. Ses mains remontent mon flanc et s’attardent sur mes pectoraux. Elle affiche même un rictus sadique lorsqu’elle presse le bleu sur mon torse et que je grogne de douleur. Elle s’en amuse, la peste. Ses doigts explorent la moindre parcelle de ma peau, glissent le long de mon bras jusqu’à mon épaule, mon cou, ma mâchoire. Une aura de défi se forme sur ses lèvres quand elle agrippe ma barbe pour me conduire à elle. Elle fait mumuse avec moi, lèche de façon suggestive le pourtour de ma bouche avant d’y insérer sa langue pour taquiner la mienne. Je lui permets de jouer avec mes nerfs quelques instants, mais bientôt, je ne tiens plus. D’un geste brusque, je me redresse, écarte ses cuisses et m’introduis en elle d’un puissant élan de bassin. Elle gémit, ferme les paupières et cherche de ses mains à s’ancrer quelque part. J’attrape ses aisselles, la place à ma hauteur, la maintenant assise sur ma queue bandée. Ses bras enlacent ma nuque, ses ongles grattent mon dos. J’empoigne ses hanches et, d’une poigne ferme, la fais coulisser sur mon membre. Mon visage s’enfouit entre ses seins rebondissants, humant son odeur, lapant sa délicate peau de pêche. J’aspire un mamelon qu’elle arrache de ma bouche au moment où elle accélère elle-même la cadence. Elle se serre contre moi et prend élan de ses genoux sur le matelas pour se donner plus d’essor. Sur le point de jouir, je l’encercle de mes bras, écrase son torse contre le mien pour essayer de la ralentir. C’est à quelques centimètres de mon oreille que je l’entends haleter les prémices d’un puissant orgasme. Ce son, excitant au possible, vient à bout de ma volonté de me contenir. Je la rejoins quelque part dans cette bulle d’intimité que nous nous sommes permise.

Étrangement, j’ai le sentiment que nous laissons tranquillement – et tous deux – nos alter de côté. Je ne parviens pas à statuer si c’est une bonne ou une mauvaise chose. Mais pour une fois, j’accepte de n’avoir ni le besoin ni l’envie de décortiquer ce qui m’entoure. Il ne nous reste que quelques heures et je fais le pari de ne rien contrôler. Après, elle ne sera plus qu’un vague souvenir.

Je m’endors près d’elle presque apaisée, loin de me douter que le fantasme est littéralement sur le point d’exploser.

 

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