Mission haute tentation (French Edition)
CHAPITRE 15 – Don't panic
Malone
Pas sûr que je m’en remette. De quoi exactement ? De tout ce qui a trait à Charlie ! Cette fille a le don de me retourner comme une crêpe. Cette lecture est sa dernière tentative en liste d’ailleurs. J’ignore ce qu’elle cherche à créer entre nous, mais on peut dire qu’elle est d’une ténacité à toute épreuve. La veille dans la chambre, elle a implanté en moi un genre de fantasme dont je n’arrive plus à me débarrasser. Pas un truc doux et mignon à l’instar de ce putain de livre dont elle a lu un passage à voix haute. C’était chaud, voire bouillant, de l’entendre prononcer tous ces mots et de laisser sa voix me souffler chacune des images en tête. Pour autant, elle éprouve tellement mes nerfs, épuisant le peu de résistance que je possède, que mon envie est loin d’être aussi mesurée.
Comme elle captivait son auditoire de pimbêches au plus haut niveau, pas une n’a eu conscience que je me tenais dans l’embrasure de la porte. Aucune ne s’est rendu compte que c’était pour moi qu’elle lisait. C’est un jeu dangereux qu’elle amorce entre nous et ça ne peut que mal finir. Avec Tania, ma couverture était d’être son époux, le désir, la convoitise, les effleurements, tout cela avait du sens pour quiconque nous croisait. Évidemment, la même chose avec Charlie serait un désastre. Je doute que, même si leurs ancêtres se mariaient entre cousins, les aristos voient d’un bon œil un cas d’inceste flagrant.
Heureusement, le jeu de ma partenaire a pris fin au moment précis où Lexie m’a bousculé en revenant dans la bibliothèque et qu’elle m’a refermé la porte au nez avec cet air de « tous les hommes sont des connards. »
Grâce à la diversion de Charlie, j’ai eu tout le loisir d’être seul dans le bureau de ma cible et donc, j’ai pu poser dans son antre deux autres caméras, couvrant ainsi l’intégralité de la pièce. Vingt-trois jours, c’est tout ce qu’il nous reste avant que la liste ne soit mise en ligne… Et encore, cela uniquement si le hacker ne décide pas de changer les règles du jeu en cours de route. Cette putain de liste ! Elle vient chambouler tous mes objectifs immédiats.
Il faut aussi que j’identifie si Archi et Jeff sont de mèche, et si je réussis à coincer Sam avec son jetable, j’aurai ma réponse. Je ne l’avouerai jamais à Charlie parce que je n’ai pas suffisamment confiance en elle, mais j’ai bel et bien un lien avec tout ça. J’ignore toujours comment c’est possible et ce qu’il s’est produit, mais ça s’ajoute aux trucs que je dois élucider. Tout ce que je sais, c’est que ce pirate est aussi qualifié que moi, sinon plus. J’ai vendu à Jefferson l’idée de réformer tout son système bancaire, la façon d’effectuer des transactions en lui exposant en les termes les plus vulgaires comment faire transiter l’argent illégal par le plus d’endroits envisageables. Je lui ai expliqué qu’il devait fracturer les montants en de plus petites sommes – moins de dix mille dollars – pour éviter d’attirer l’attention des hautes instances auxquelles il doit les déclarer. Puis de les déplacer de compte en compte sur des compagnies à numéro créées pour lui. Il ne semblait pas tout saisir, renforçant mon intuition qu’il n’est pas notre homme. Il m’a tout de même remercié, m’a dit qu’il cogiterait sur ma solution. Lire entre les lignes : je soumets la proposition à mes associés. Avec un timing impeccable, sa femme est arrivée dans son bureau avec le rictus le plus mauvais qui soit : celui de l’épouse en colère. Elle lui a enjoint de quitter la pièce pour « discuter ». Il a jeté un coup d’œil inquiet dans ma direction, mais a bien compris qu’il valait mieux ne pas la contrarier davantage. J’ai affirmé « clore les sessions de façon sécuritaire », il est sorti et j’ai installé mon matos en deux temps, trois mouvements.
***
— Donc, tu as une vue sur son bureau ? résume grossièrement Charlie après que je lui ai exposé mon instant passé chez les Jefferson.
— C’est ça, confirmé-je en pénétrant dans notre maison.
— Et tu n’as pas peur qu’il les découvre et qu’on se fasse griller ?
— Oui, mais non. Disons que c’est un risque calculé. Les laisser sur place de façon prolongée serait dangereux. D’autant plus qu’à un moment, il va certainement réaliser que son brouilleur ne fonctionne plus. Je dois trouver une parade pour retourner chez lui d’ici quelques jours, maximum. Plus tôt, si on obtient les renseignements convoités. J’ai prévu de coordonner avec la cellule du FBI une saisie d’un de ses comptes offshore. Il sera inquiet et voudra protéger le reste de ses acquis en urgence, et qui sera tout désigné pour y remédier ?
— C’est beaucoup de remue-ménage…
Elle semble réfléchir à une autre solution et me répond en ayant l’air perdue dans ses pensées.
— Tu en as une meilleure ? balancé-je, presque sur la défensive pour être ainsi remis en question.
— Bah oui justement !
— Je t’écoute ?
— Et si Lexie organisait une de ses soirées caritatives dont elle est si friande ? Disons… samedi qui vient ?
— Et tu comptes la convaincre comment ?
— J’ai ma petite idée, rétorque-t-elle, l’œil brillant qui me fait craindre le pire.
Une inquiétude confortée par un rictus pour le moins démoniaque tendant ses lèvres charnues.
— Une que j’approuverais ?
Elle laisse échapper un bruit de gorge ressemblant à un rire étouffé et se contente de me lancer :
— J’essaie de savoir si je suis agacée ou si je trouve presque mignon que tu imagines que j’aie à cœur d’obtenir ta validation pour quoi que ce soit…
Je lève les yeux au ciel et me tais, préférant éviter un débat que nous avons eu trop souvent. Il m’apparaît plus sécuritaire de dévier sur un tout autre sujet qui, je le sais, lui permettra momentanément d’oublier tout le reste. Je n’avais pas prévu de le lui montrer, mais je crois que ça confirmera que je tente à tout le moins de faire preuve de bonne foi.
— Prête à découvrir mon QG ?
— Ton… oh ! Ça signifie que j’aurai enfin le privilège d’apercevoir cette pièce supra secrète où tu gères toutes tes combines et dans laquelle tu disparais sans cesse ?
— Précisément celle-là.
Son enthousiasme atteint des sommets en moins de quelques secondes. Elle effectue même ce qui me semble être une espèce de danse du conquérant. Rien d’étonnant venant de ce petit condensé d’énergie excentrique sur pattes.
— Ça veut dire oui ?
— Mouuui !
Je me retourne et lui fais dos, peinant à cacher mon amusement de la voir ainsi. Dire qu’il y a quelques jours à peine, j’aurais jugé cela complètement puéril. Là, je ne sais pas… Je la trouve mignonne ? Elle parvient à mettre un peu de couleur dans mon monde aux nuances de gris et je me surprends à apprécier cela. Je monte l’escalier avec elle sur les talons, n’ayant nul besoin de l’inviter à me suivre, et la fais pénétrer dans la pièce me servant de bureau principal. Je poursuis ma route alors qu’elle examine le lieu comme si elle allait découvrir le secret par elle-même. Je la laisse observer le moindre centimètre carré et me poste dans un coin, silencieux. Ses longs cheveux blonds sont retenus par une pince installée à la va-vite. Une coiffure qui lui confère presque des allures bohèmes. Quelques mèches, aussi rebelles qu’elle l’est, cherchent à s’en échapper et retombent sur sa nuque. Son haut, un T-shirt classe à manches courtes, est légèrement moulant et lui va à ravir. Rien de bien extravagant, mais qui met en valeur sa taille et sa poitrine. Une fine chaîne en or se balance à son cou, m’offrant un prétexte pour lorgner là où ne le devrait pas un frère. Son fessier bien rebondi se dandine dans un jean coûteux créé, on le dirait, sur mesure. Elle possède un corps à se damner, il faut bien l’avouer. Ce qui ne me facilite pas la tâche en termes de retenue d’ailleurs. À cela on ajoute sa manie de me provoquer à chaque minute de chaque putain d’heure de la journée.
— Bon allez, je donne ma langue au chat, annonce-t-elle après quelques minutes durant lesquelles j’ai profité sans vergogne de la vue.
Une moue suffisante se forme sur mon visage et elle s’étire encore lorsque je perçois son agacement.
J’avance tout au fond de la pièce vers le miroir d’époque imposant, et sous ses yeux ébahis, le fais coulisser.
Elle me pousse presque pour cheminer dans le petit corridor qui nous apparaît alors. Avec la poignée située à l’arrière du faux mur, je referme derrière nous. Puis la rejoins en face de la deuxième porte. Je tape le code sur la tablette prévue à cet effet et, devant nous, de façon automatisée, la salle secrète se dévoile.
— Rien de moins qu’une putain de panic room !
Je commence à lui expliquer le fonctionnement, mais je m’arrête après quelques mots seulement puisque déjà, elle est entrée et inspecte le moindre recoin. Elle s’arrête devant le bureau installé dans un angle, où siège mon matériel marchant indépendamment de tous les autres services de la maison. Puis se rend tout de suite après vers l’espace cuisine minuscule, établi pour permettre de subsister un long moment en ces lieux. Elle ouvre chaque placard et y trouve plusieurs boîtes de conserve ou de la nourriture en sachet, de type militaire. Ses doigts caressent la surface de la cloison alors qu’elle évolue vers le salon où est posé un sofa-lit. Elle s’y assied, semblant plus qu’à son aise, mais se relève dans la seconde lorsque j’allume l’écran géant devant elle qui se scinde en des points de vue multiples couvrant chaque centimètre carré de la pièce.
Elle exhibe une mine faussement déçue en constatant qu’il n’y a pas de salle de bains. Sans un mot, j’avance vers elle, le regard sérieux, rivé dans le sien. Je la sens se tendre au moment où je place mes mains de part et d’autre de sa tête en appui sur le mur. Sa respiration se bloque d’un coup. Je ne manque pas de remarquer le mouvement que produit sa gorge lorsqu’elle déglutit, ses billes bleues obscurcies par ce que je reconnais comme du désir. Le même regard qu’elle affichait après notre baiser. Ma bouche s’approche, dans une lenteur calculée, de la sienne. Notre proximité est telle que son parfum exotique m’est perceptible. Jouer avec ses nerfs, aussi satisfaisant cela soit-il, me perturbe encore plus qu’elle, je le crains. Ses lèvres s’entrouvrent assez pour que j’aie le temps de ressentir son haleine s’infiltrant dans mes narines. Sans crier gare et toujours au ralenti, je bifurque, mon nez frôle la ligne de sa mâchoire jusqu’à son oreille au creux de laquelle je murmure :
— Juste là.
— Juste ? Quoi ?
Je n’ai à répondre qu’en toquant dans le mur à quelques centimètres d’où elle se trouve. Aussitôt un pan de celui-ci bouge et dévoile des toilettes et une douche. Elle est plus impressionnée par la dissimulation que par l’installation qui est plutôt sommaire. Une cabine tout ce qu’il y a de plus basique et un W.-C. conventionnel, sans bidet, contrairement à toutes les salles de bains dans la maison.
Elle retourne au frigo, attrape une bière qu’elle décapsule sur le coin du comptoir, et pose ses fesses, que je ne songe qu’à agripper à pleines mains, sur le sofa.
— Dis-moi tout à propos de cet endroit, souffle-t-elle en tapotant la place à ses côtés.
Je l’imite, prends une bouteille à mon tour et obéis même si je crois que cette proximité est une très mauvaise idée. Parce que si elle est capable de jouer les séductrices et de rester maîtresse d’elle-même, il s’avère que je n’ai pas ce talent. Elle ramène ses jambes qu’elle replie sous elle et s’installe confortablement.
— J’ai fait construire cette pièce avant d’emménager. Vu comment s’est soldée ma dernière mission, je voulais m’assurer d’un plan de repli en cas de problèmes.
— Le FBI était d’accord ?
Je perçois aussitôt qu’avec sa perspicacité redoutable, elle a compris.
— Ils n’en connaissent pas l’existence…
— Pourquoi la leur cacher ? interroge-t-elle en avalant une gorgée, mine de rien.
— Parce que je soupçonne une pomme pourrie dans l’organisation, avoué-je, étant le premier surpris de lui révéler, surtout à elle qui est mon ennemie naturelle, la vérité.
— C’est à cause de la mort de Tania, c’est cela ?
J’opine du chef et me cale dans le canapé, ressassant les images de cette nuit-là.
— Les fed devaient débouler dans la soirée pour neutraliser Carlos et ses hommes. Nous avions su que le passage d’un convoi était prévu au même instant, à la frontière mexicaine. Un blindé rempli d’armes au sceau de Ron. Il devait contenir du pognon et quelques vivres aussi. J’avais fait intercepter et installer dans ce dernier un traceur caché dans les applications du véhicule. Nous devions apprendre de cette façon chacun des arrêts, de la destination de départ jusqu’à l’endroit où il serait récupéré. Tout était orchestré de façon à ce que nous puissions frapper pile au moment où il atteindrait la fin de son parcours. Peu importe qui le déchargerait ou l’endroit où il aboutirait, nous aurions eu tout ce qu’il nous fallait. Nous aurions alors pu prouver l’implication des Carlos dans le financement d’une guerre sur des territoires hostiles au gouvernement américain. Nous savions déjà comment cela fonctionnait, il ne nous restait plus qu’à trouver le lieu de réception et y cueillir Libras. Sauf que, devant obligatoirement être de la soirée, j’ai remis à mes supérieurs les clés du paradis. Un accès à mes comptes, à tout ce que j’avais installé, piraté, ainsi que la traque du camion. Ils pouvaient donc suivre la progression de l’acheminement et intervenir au moment propice. Dès son arrivée à destination, une frappe était prévue. Les équipes qui pistaient le convoi à distance attendaient l’immobilisation du véhicule pour agir. Le plan était simple et efficace. La fourgonnette se stoppe, est ouverte, et tous ceux qui en sont proches sont arrêtés. Pendant ce temps, ici, en territoire américain, ils auraient procédé à la capture en simultané afin que personne de l’organisation n’ait le temps d’être prévenu et de se faire la malle.
— Mais ce n’est pas ce qu’il s’est produit, avance-t-elle plus qu’elle ne le demande.
— Non, soupiré-je en me remémorant le déroulement véritable des événements. Nous avons été agressés durant la soirée, en pleine réception. Si j’étais soulagé quand j’ai vu débouler des gens armés, au moment où j’ai réalisé qu’ils n’étaient pas des nôtres, mon enthousiasme s’est évanoui dans la seconde. En moins de deux, tous ceux qui étaient présents étaient sur le pied de guerre. Les agents de Carlos ont brandi leurs flingues et le carnage a débuté. Tania a été prise à partie dans des tirs ennemis et lorsqu’elle a sorti son revolver personnel et s’est mise à faire feu comme une pro sur les attaquants, tu te doutes bien que ce n’est pas passé inaperçu. Je me suis battu avec un homme cagoulé et à l’instant où j’ai reposé mon attention sur elle, elle tenait son ventre, essayant d’endiguer le flot de sang qui en jaillissait d’entre ses doigts.
Revivre cela m’est pénible et j’attrape ma tête entre mes mains en me penchant vers l’avant. J’entreprends de redevenir maître de mes émotions. J’y parviens en moins de deux et me tourne alors vers elle. Je ne distingue aucune pitié dans ses iris couleur de mer. Que de la compréhension et un silence qui évoque tellement plus que tout ce qu’elle aurait pu essayer de prononcer.
— Qu’est-ce qui te laisse croire que c’est l’un des tiens qui s’en est mêlé ?
— Déjà, l’assaut de Libras précédant celui des fédéraux. Ensuite, ce qui a achevé de me convaincre, c’est que lorsqu’ils ont frappé le convoi, ce dernier était vide… Quelqu’un avait donc prévenu les terroristes sur tout le déroulé des opérations. Ils ont orchestré la petite attaque pour nous distraire uniquement.
— Et la cargaison ?
— Elle n’a jamais été retrouvée et mes indics m’assurent que selon les traceurs installés dans le véhicule, la milice ne l’a jamais réceptionnée. C’est signe qu’un tiers s’en est chargé et les seuls ayant eu les moyens et les connaissances pour y parvenir, ce sont mes collègues.
— Ron Carlos a tout de même été capturé, j’imagine que vous disposiez de tout ce dont vous aviez besoin pour procéder, évoque-t-elle, ayant tout compris.
— Exact, on espérait mettre la main sur ses contacts, mais ça ne s’est jamais présenté. Après cela, tous, moi inclus, avons été arrêtés. Même à ce stade, ma couverture ne devait pas être bousillée. Ils croyaient que Tania et moi étions des leurs et ça ne devait pas changer. On m’a assuré qu’elle serait conduite à l’hôpital, mais je ne m’y suis jamais rendu. Je n’étais pas auprès d’elle à ce moment, contraint de débriefer avec mes chefs.
— Elle aurait compris et t’aurait pardonné. Qui de mieux placé qu’un agent pour savoir que la mission doit passer en priorité, au-dessus de tout ?
— Si seulement c’était aussi simple…
— Tu… l’aimais vraiment ? Je veux dire… Toi, Malone, et pas Parker. Tu étais amoureux d’elle ?
Sa voix est calme et m’enveloppe avec une douceur qui étonnamment me fait du bien. J’ai été bien plus loin que prévu dans mes révélations, comprends-je sans néanmoins m’expliquer pourquoi. Je ne suis pas à une confession près, calculé-je avant de répliquer :
— Parker avait des sentiments pour elle. Malone, je l’ignore… Quand tu interprètes une vie qui n’est pas la tienne pendant si longtemps, les limites si claires au départ finissent par devenir floues. Tu en viens à dissocier de plus en plus difficilement celui que tu es réellement, et à terme, je crois que ton rôle et ta vraie personnalité fusionnent.
— Vous avez…
Elle hésite. Parce qu’elle a peur de la réponse ou parce que cette idée lui déplaît, je ne saurais pas le départager.
— Oui. Enfin, officiellement, c’est Parker, et non pas moi…
Comment parvenir à lui expliquer quelque chose que je n’arrive pas à définir moi-même ? C’est la première fois depuis que je suis Parker que j’ai l’impression d’être à deux doigts de me rompre. Je présume que lorsque la digue cédera, ce sera une déferlante d’une violence inouïe. Quelque chose de presque inhumain crépite dans mes veines depuis ce jour-là.
— Et si je te disais que Parker ne présente aucun intérêt pour moi ? Que c’est Malone qui capte toute mon attention ?
Sa voix, son timbre sulfureux devrait normalement alerter tous mes sens. Me pousser à instaurer une distance de sécurité entre nous. Ce que, étonnamment, je n’initie pas. Sa main atterrit sur ma cuisse, ferme, déterminée. Elle se lève, se place à genoux, devant moi qui n’émets pas le moindre geste. Je soulève le menton dans sa direction, sachant que c’est une très mauvaise idée, avant même de déceler dans ses yeux l’étincelle du désir qu’elle ne cherche pas à masquer. Non, elle l’affiche fièrement. C’est un piège dans lequel j’ai de plus en plus envie de sauter. Ses deux paumes remontent sur chacune de mes jambes, son regard rivé au mien, me révélant sans fioritures son plan. Elle chemine sur chaque versant de mes cuisses dans une lenteur calculée jusqu’à ce que ses doigts se rejoignent en mon centre, sur l’érection monstre qui distend le tissu de mon pantalon.
— Charlie, grondé-je sans supplier cette fois.
Je ne veux pas qu’elle arrête, la mettre en garde, être le plus sage de nous deux.
— Rachel, me reprend-elle dans un souffle. Ce soir, pas de Parker et de Charlie, rien que Malone et moi, de simples civils. Qu’un homme et une femme qui s’octroient du plaisir.
Je la jauge un instant, et le suivant, ma langue pénètre sa bouche en fracassant toutes nos défenses. J’agrippe ses cheveux de chaque côté de sa tête, l’empoignant pour la maintenir contre moi. J’avale ses gémissements comme s’il s’agissait de mon oxygène. Ses bras encerclent mon cou et dès que je suis libre de mes mouvements, j’ai l’assurance qu’elle va continuer de m’embrasser comme si sa vie en dépendait. Je laisse glisser mes mains le long de ses épaules fermes, de son dos arqué. Et je saisis son cul à pleines mains. Elle crie de surprise, mais ne tente pas de s’y soustraire, puis je malaxe aux creux de mes paumes l’objet de tous mes désirs refoulés. Deux pommes d’une dureté à déclencher une jouissance à un énuque, putain ! Je m’arrache avec peine de ma séance de pétrissage et attrape le bas de son T-shirt que je passe par-dessus sa tête, envoyant valser la pince retenant ses cheveux blonds qui maintenant cascadent sur ses omoplates. Mes doigts enfoncés dans le creux de ses reins la font se cabrer, mettant son décolleté juste sous mes yeux. La dentelle de son soutien-gorge m’émoustille bien moins que ce que je devine sous le textile diaphane.
— On ne devrait pas, grondé-je dans son oreille.
Puis, contredisant mes propres affirmations, ma langue longe la ligne de sa mâchoire jusqu’à se frayer un chemin dans son cou que je mordille, satisfait des hoquets que je lui extirpe. J’étends mon exploration à sa clavicule, puis sur sa poitrine, dessinant les pourtours de ce soutien-gorge brodé, me permettant d’apercevoir la délimitation de ses mamelons roses. Au travers du tissu, je les hume, les caresse du bout de mon nez, les empoigne de mes mains, soupesant leur lourdeur. Je prends plaisir à nous torturer de la sorte tous deux.
Je sens son empressement à retirer l’entrave de cette délicieuse poitrine. Ses doigts s’insinuent dans son dos, cherchant à le dégrafer à tout prix. D’une poigne ferme, j’emprisonne ses poignets. Ses seins en avant-plan, son ventre plat, ses épaules reculées, ses iris me lançant des éclairs. J’ai rarement, si ce n’est jamais, observé un tableau plus érotique que celui de cette femme se livrant volontairement à moi. Toujours entravée, elle me laisse évoluer, ma barbe rêche frottant sa peau de velours. Mes dents affranchissent sa poitrine. Elle rebondit doucement, et sans tergiverser, j’attrape la pointe que je suce avec avidité. Elle ne peut se mouvoir autant qu’elle le voudrait, mais épouse de son corps de nymphe le moindre de mes gestes. Ondulant comme si elle était un roseau se soumettant au rythme de la tempête que je suis. Obéissant à ma pulsion de caresser son entrecuisse, j’utilise ma main libre pour me frayer un chemin entre son ventre et sa culotte.
— Malone, libère-moi, implore-t-elle presque.
— Non, réponds-je autoritaire. C’est moi qui contrôle et je te plierai à ma volonté.
A-t-elle compris mes dernières paroles ou mon index longeant son pubis en direction de sa féminité lui a-t-il fait perdre le fil de ses revendications ?
— Je suis déjà à toi, échappe-t-elle entre deux soupirs hachés d’un plaisir anticipé.
Mon attention complète et totale est absorbée par la façon qu’a son corps d’onduler sur cette main qui s’insinue centimètre par centimètre dans son sous-vêtement détrempé. J’effleure son bouton de chair et remarque qu’elle retient son souffle dans l’attente de bien plus. De la pulpe de mes doigts, je découvre chacun de ses replis et me délecte de tous les sons qu’elle produit.
— ARRÊTE DE JOUER AVEC M… ouuuu…. ahhhh…, conclut-elle dans une plainte s’étirant à l’infini au moment où je m’introduis de mon majeur en elle.
Je jouirais presque simplement en la regardant éprouver son désir. Elle est entière, sans concession. N’y tenant plus, je retire ma main, étouffant ses protestations en baisant sa bouche de ma langue. Je veux la labourer, la pénétrer d’un coup. Je souhaite qu’elle perde ses repères entre douleur, plaisir et assouvissement. Qu’elle oublie qui elle est et qui elle a été avant que je la prenne. Je la tourne dos à moi sans même que ça me demande un effort, baisse son pantalon et sa culotte, libérant sa croupe que je crevais d’envie d’entendre claquer sous mes paumes. L’empreinte vive marque sa chair délicate et c’est avec cette image en tête que je détache mon jean et que je le descends sous mes fesses. Elle regarde par-dessus son épaule et dévoile une moue satisfaite en constatant que je suis prêt. Elle appuie ses bras sur le haut du sofa, cambre son dos et bouge son cul comme si elle cherchait à m’y convier. L’invitation est tentante, mais ce n’est pas l’entrée qui m’intéresse au moment où j’attrape ses hanches et la fais coulisser sur mon membre bandé. Elle émet une plainte qui me comble plus qu’escompté. Elle apprécie donc cette brusquerie que j’essayais de brider ?
Je ne retiens pas mon deuxième assaut, visant à tester son seuil d’endurance. Je la pourfends d’un coup de reins, ma queue se loge au fond de son intimité brûlante. Elle gueule, comprenant ce que je veux. Non seulement elle me l’offre, mais elle semble éprouver le même penchant pour la brutalité des pénétrations. Je donne tout ce que j’ai pour son plus grand plaisir. Mes doigts s’impriment dans sa chair et elle coordonne ses gestes aux miens, me rejoignant à mi-chemin avec fracas. Le son de nos corps se claquant l’un contre l’autre résonne comme la plus sexuelle des mélodies. Je grogne telle une bête sur le point de crever, et j’avoue qu’à cet instant, c’est ce que je me sens devenir.
Je suis à deux doigts de tout lâcher lorsqu’elle se tend comme un arc et qu’elle ne parvient plus à synchroniser ses allers-retours. Elle est aussi muette qu’elle était expressive et je devine qu’elle est sur le point de jouir. J’accentue mes va-et-vient et pense pouvoir tenir encore un peu quand sa voix de cristal perce le silence. Elle utilise mon nom comme s’il s’agissait d’une prière, d’une supplique et d’une sentence en même temps. Ce son… me fait perdre toute volonté et je me répands dans son ventre au moment où je remarque sa main égarée entre ses cuisses, se caressant pour que nous atteignions l’éden de façon simultanée. Si je croyais que la baiser me débarrasserait de mon obsession pour son corps, je ne comprends que trop tard à quel point je me suis fourvoyé.
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