Mission haute tentation (French Edition)

Manon Donaldson · Chapitre 33 sur 36

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Mission haute tentation (French Edition)

CHAPITRE 31 – Escapade au soleil

Malone

Je suis encore quelque peu égaré entre deux mondes. Mon cerveau peine à déterminer si toutes les images qui affluent sont la réalité ou des rêves. J’arrive à percevoir quelques sensations, comme le ronronnement d’un appareil à moteur et des voix floues, en arrière-plan.

Je sais qui je suis et je sais que je cours un danger, mais je ne parviens pas à en décrypter davantage. Tout n’est qu’une énigme dont il me faut décortiquer chaque indice. Putain ! Malone ! Réveille-toi !

Tout autour de moi recommence à se noircir et me replonge dans les ténèbres. J’ignore combien de temps je suis resté absent, mais ce jeu du chat et de la souris avec ma conscience est plus qu’irritant. Même si à chaque retour à la réalité, ce qui m’entoure devient plus net. J’ai récupéré ma capacité à bouger les doigts, à ressentir le contact d’un cuir quelconque sous la pulpe de mon index. Probablement que j’aurais la force d’ouvrir les yeux, mais je préfère éviter, histoire de récolter, discrètement, un max d’éléments sur mon environnement.

Je sais que mes chevilles ainsi que mes poignets sont entravés. Que je ne suis pas seul dans la pièce ou dans le véhicule. Que Tania est vivante…

Elle n’est pas morte… Bordel ! Cette révélation est une bombe atomique. Elle complique tant de choses et en explique tant d’autres à la fois. Suis-je soulagé après des mois de culpabilité et de deuil ? De jours à vivre avec ce sentiment intarissable de vengeance qui m’animait ? La réponse est non. Ce qui bout dans mes veines à présent, c’est la colère. Pas une contrariété mélangée à de la joie, nan, de la fureur pure. Elle s’est jouée de moi… Tania m’a fait croire que je l’avais laissée crever. Comment c’est possible ? Un million de questions se forment dans mon crâne. Chacun des mots de Lexie se rappelle à ma mémoire, générant des boucles sans fin de points d’interrogation derrière mes paupières closes. Je consigne tous les éléments, sons, paroles ou bruits que je peux distinguer au loin. Je recrée les divers événements menant à ma capture et d’un coup, je songe à Charlie… Non, Rachel, bordel, pourquoi mes neurones sont si lents à la détente ? La piqûre ! OK, ça commence à me revenir. Je me revois me réveillant et je me souviens de la panique que j’ai ressentie en fouillant la cabane. Où est ma coéquipière ? La vraie, j’entends. C’est à ce moment qu’une valve de mon cerveau s’ouvre et que tout afflue comme un tsunami de réminiscences. Est-ce que Tania a fait du mal à Rachel ? La simple évocation de cette idée m’est si violente que je me crispe instantanément, oubliant qu’il est impératif que mon enveloppe corporelle n’affiche aucun signe de reprise de conscience. C’est là qu’un son étouffé me provient depuis une distance que j’estime peu lointaine.

Je reste en mode statue et tends l’oreille.

Le bruit recommence, encore et toujours. Le tapotement de ce que je crois être un doigt m’est audible.

C’est du morse ? Bordel, qui est assez con pour connaître le morse et penser que je…

Aussitôt la réponse se dresse dans ma tête comme une pancarte en néon de Vegas : Rachel !

Lentement, j’entrouvre les paupières dans le but d’examiner l’environnement dans lequel je me trouve. Tout est flou, comme si j’avais dormi pendant des années et que mes globes oculaires s’étaient desséchés. Il y a face à moi ce que je devine être le contour d’un siège. Une personne dont je ne parviens pas à distinguer les traits remue et la bouffée de joie que je ressens à cet instant est indéfinissable. Elle est en vie ! Rachel n’est pas morte ! Plus rien à foutre de rester discret à présent. J’élargis grand les yeux et les cligne à plusieurs reprises afin de l’apercevoir. De répondre à ses messages, de lui confirmer que je suis là, de…

Sauf que plus ma vision se précise, plus je comprends que la silhouette ne peut lui appartenir. Je remonte le corps qui bouge devant moi essayant d’attirer mon attention, et note le pantalon de complet, le ventre proéminent, le diamètre des épaules, rien à voir avec la sublime plastique de ma belle espionne des SS.

Le tout se clarifie lorsque la brume se dissipe et que je réalise qui est assis et attaché sur le siège faisant face au mien.

Horn ! Horn ? Putain, qu’est-ce que fout le directeur du FBI ici ? Ou plutôt, pourquoi celui que je croyais être le salopard de l’histoire est-il installé, auprès de moi, pieds et poings liés ?

Il semble se taper une crise d’épilepsie à force de balancer sa tête sur les côtés. Je le fixe longuement, incrédule, et l’observe tentant de se défaire de son bâillon en frottant son menton contre sa clavicule.

Je teste mes entraves et comprends que Tania n’a rien laissé au hasard, aucune chance que je parvienne à les retirer. Contrairement à mon patron, rien ne couvre ma bouche et je suis donc libre de murmurer des interrogations à Horn qui réplique par des mimiques et des clignements d’yeux.

— Où est Rachel ? Elle va bien ? Elle est vivante ? m’emporté-je, obsédé par ce qu’elle a pu subir aux mains de Tania.

Je sais pertinemment qu’il ne peut satisfaire mon avalanche de questions. Alors, je recommence avec d’autres, fermées cette fois.

— Est-elle en vie ?

Hochement de tête qui me libère d’un poids dont je mesurais à peine la pesanteur sur mes épaules.

— C’est Tania ? Depuis le début c’est elle ?

Horn répond par l’affirmative avec une lenteur qui marque son découragement.

— Tu étais au courant ?

Il évite mon regard et s’acharne à se débarrasser du bout de tissu qui le maintient muet. Il y parvient après de longues secondes pendant lesquelles je passe en revue notre lieu de détention.

Un plafond pas très haut, des portes aux angles arrondis, des fenêtres circulaires. Un tapis luxueux et des sièges en cuir. Nous sommes dans un jet privé. Le cours de mon inspection est suspendu au moment où le timbre de Horn me provient, rauque et incroyablement grave.

— Malone, nous sommes dans une impasse…

— Où est Rachel ?

J’aurais sans doute pu lui poser cent autres questions plus pertinentes pour me garder en vie, mais c’est celle-là qui franchit mes lèvres en premier. C’est pour l’heure la seule qui ait de l’importance. Je ne supporterais pas de savoir qu’elle souffre ou qu’elle est en danger par ma faute.

— Je t’avais interdit de la mêler à cet interrogatoire, commence Horn, ne masquant pas sa colère, même s’il murmure. Tu as désobéi à un ordre direct, mettant son existence en…

— Tout ça, dis-je embrasant la pièce du menton, c’est parce que t’es un putain de traître !

Il revêt un air tout sauf rassurant, voire abattu par cette affirmation qui lui pèse.

— C’est très loin de la vérité…

— Où est-elle ?

— Je n’en ai aucune idée, ils l’ont emmenée après moi. J’étais dans le parking de l’agence et on m’a attaqué avant de m’obliger à grimper dans un de nos vans.

— Dans le sous-terrain du FBI ? m’étonné-je avec dégoût.

Bordel, mais il croit que je vais gober tout ça ?

Il ignore volontairement mon sarcasme et poursuit.

— Ils m’ont attaché et m’ont conduit sur un tarmac privé. Un garage y abritait leur avion et le pilote était déjà sur place. Malone, ce n’est pas un crime opportuniste, tout était planifié !

— Où est Rachel dans ton histoire ?

— Elle est arrivée après qu’ils m’ont installé dans ce siège. J’ai aperçu Archibald Carlos sortir d’un 4x4 noir et tirer à sa suite l’agente O’Maha. Il parlait au téléphone et semblait se prendre la tête avec quelqu’un au bout du fil. Puis il a ouvert la portière du véhicule et l’a poussée à l’intérieur. Il s’est écoulé quelques heures après cela. J’ignore où elle est en ce moment. Ils t’ont amené ici complètement inconscient et quelques minutes plus tard, on a décollé sans nulle trace d’elle.

— On vole depuis combien de temps ?

— Assez pour, je le crains, rejoindre un pays n’ayant rien à voir avec les USA.

Je me recale dans mon siège. Même en zieutant par les hublots, je ne distingue que des nuages à perte de vue.

— Où sont nos hôtes ?

— Je ne possède malheureusement pas cette information. Tu te doutes qu’on ne m’a pas fait le détail de notre planning, riposte-t-il sèchement.

— Ou, peut-être, es-tu de mèche avec eux ? Parce que je te soupçonne depuis un long, très très long moment. Mais ça, tu l’avais deviné n’est-ce pas ?

Si j’étais libre, je le maîtriserais et lui arracherais des confessions, en usant de tous les moyens imaginables et sans le moindre état d’âme. Il n’est pas lié à la mort de Tania comme je le croyais puisque, tadam ! elle est tout ce qu’il y a de plus vivante. Néanmoins, tout le reste lui est imputable et je le considérerai comme responsable s’il arrive quoi que ce soit à Rachel.

— Et moi, c’est toi que je pense être un traître ! scande-t-il, son visage tournant au rouge vif. J’avais la certitude et les preuves depuis tout ce temps que tu étais de mèche avec Tania !

— Attends, tu la savais en vie ?

Ma voix tremble de cette fureur que je contiens à peine. C’est une chance pour lui que je sois attaché parce que cette déclaration me donne envie de le jeter hors de l’avion.

— J’ai voué mon existence, mon corps, ma santé mentale à grimper les échelons ! J’ai témoigné maintes fois mon allégeance à cette institution ! J’ai tout mis de côté, me suis noyé dans ce putain de boulot ! Tu veux dire que tout ce qu’a dit Lexie est véridique ? Que tu as tenté de me piéger depuis le tout début ?

— Malone, c’est loin d’être ce que tu penses ! Tania n’est pas une agente qui a retourné sa veste pour bosser pour les terroristes, c’est l’une des leurs qui a intégré le FBI !

— FOUTAISE ! Jamais elle n’aurait…

Je n’ai pas le temps de compléter ma phrase qui se stoppe sur mes lèvres au moment où le moteur de l’avion change de résonnance. Nous amorçons un atterrissage. Vu l’échange de regards inquiets entre mon boss et moi, je devine qu’il pressent que le pire reste à venir.

J’observe au travers des épaisses vitres et remarque un fait pour le moins troublant qui confirme nos craintes : à moins qu’un désert ait poussé au milieu de la nuit, nous avons effectivement quitté le sol américain.

— Moyen-Orient.

J’approuve d’un hochement de tête. Des années que nous tentons de percer le mystère de ce groupe terroriste, il apparaît que nous obtiendrons enfin nos réponses. Ça c’est le point positif. Le négatif ? Nous serons sans doute décapités dans les minutes suivant la grande révélation finale.

— Malone, ce qu’il te faut savoir, c’est que tout ce que j’ai cru et ce dont je t’ai pensé coupable était mis en scène pour que ce soit le cas. L’inverse est aussi vrai. Et, oui, j’étais au courant que Tania était vivante.

— Et me l’annoncer ? BORDEL ! Ça ne t’a même pas effleuré l’idée ?

— Tu ne comprends pas…

— Alors je te conseille fortement de t’organiser pour remédier à ça ! vociféré-je entre mes dents et tirant sur mes liens comme une bête enragée.

— Presque tout au long de ta première mission, Tania m’a affirmé que tu étais un traître. Elle me fournissait des preuves que, depuis des mois après ton infiltration, tu avais basculé de l’autre côté ! J’y croyais tellement, Malone, que je me suis laissé manipuler par elle ! Je l’ai mandatée pour démontrer ta culpabilité et je me suis rendu condamnable de délit par la même occasion. Après son « décès », j’ai saisi qu’elle était un judas, je n’en ai pas déduit pour autant qu’elle m’avait menti à ton propos, mais plutôt qu’elle s’était simplement débarrassée de toi ! On m’avait leurré une fois, hors de question que je te permette de filer, et j’ai joué le jeu, attendant que tu me conduises à elle ou que tu te compromettes. Forcément, tu allais vouloir la vengeance et tu la retrouverais pour moi. Si j’arrivais à te faire tomber, toi l’autre criminel, je pouvais espérer me blanchir et tout te mettre sur le dos…

— La vérité t’importait peu au final, tu m’aurais poussé sous le train sans remords pour laver ta réputation ! Sale connard !

J’ai probablement eu tort sur bien des choses, mais j’avais raison au sujet de Horn, il ne bossait pas dans l’intérêt de la patrie ou de ses agents. Il est donc vrai qu’il a négocié avec Lexie dans le but de piéger Sam avant de retourner sa veste contre elle, exactement comme elle l’a affirmé. Oui, tout prend sens désormais.

— Qu’escomptais-tu en orchestrant ma rencontre avec Lexie ? Que je confesse un crime pour lequel je n’ai rien à voir ? Qu’avais-tu à gagner de cette rencontre sinon que j’apprenne la vérité ?

— J’avais passé un marché avec elle, elle devait t’accuser et ainsi te pousser à admettre toutes les illégalités que tu avais commis dans le cadre de ta mission. Un seul aveu de ta part, ne serait-ce qu’un simple piratage, et je te coffrais. En échange, je les libérais de toute inculpation, Sam et elle.

— Et tu t’es encore fait avoir, ricané-je en réalisant que l’assurance que j’avais qu’il était un ripou est finalement avérée.

— Après la conversation complète à laquelle j’ai assisté, j’ai compris ce que Lexie désirait que tu découvres et les conclusions qu’elle espérait que tu en tires. Immédiatement, je suis allé à ta rencontre, et c’est là que j’ai eu vent du subterfuge de Lexie et de votre fuite. Tout est devenu limpide. Si tu me voyais comme le grand manitou, c’est que tu ne l’étais pas toi-même ! Que j’avais eu tout faux et que Tania était la seule impliquée. Évidemment, j’en ai aussi déduit que tu allais tout faire pour que je paie pour mes crimes.

— Je ne voulais qu’élucider la mort de Tania ! Putain d’imbécile ! Si tu m’avais donné les infos la concernant dès le départ au lieu de protéger ton cul de gros bureaucrate salopard, tout ça aurait été évité !

La fureur pulse dans chaque parcelle de mon organisme. Je comprends sans comprendre ce que me confie Horn. Les effets de cette drogue injectée dans mon corps se font encore sentir. Recevoir autant de renseignements sans être en mesure de les traiter risque d’exploser mes pauvres neurones qui sont toujours en état de marche minimale.

— Tania ! C’est elle qui gère, et depuis le tout début. Malone, écoute-moi ! Elle m’a fourni des éléments comme quoi tu étais celui que nous cherchions ! Auprès de toi, elle avait mis sur pied une sous-mission avec mon aval ! Elle jouait votre relation, la vraie et la fausse, et récoltait tout ce dont j’avais besoin pour démontrer que le contact des terroristes, c’était toi ! J’ai des dossiers remplis de preuves, mais je refusais d’y croire au début ! J’ai donc aidé Tania à prétendre sa mort comme elle l’a proposé pour te piéger. J’ai arrêté tes collègues et la tête dirigeante, puis c’est à cet instant que j’ai découvert que je n’étais qu’un pion pour elle et qu’elle m’avait manipulé et floué. Pour autant, j’étais déterminé à te coincer pour m’amender aux yeux de tous. J’attendais bêtement que tu commettes une bévue. C’est à ce moment-là que j’ai dépêché Lexie de séduire Jefferson afin qu’elle soit celle qui te surveillerait lorsque tu y retournerais. Je me suis tant trompé Malone, je l’ai compris, mais malheureusement, beaucoup trop tard.

— Comment tu as su que Tania n’était pas une flic ayant viré sa veste, mais qu’elle était une infiltrée de Libras ? interrogé-je en fermant les paupières, espérant ainsi pouvoir mieux me concentrer.

Cette simple hypothèse, toutes ces vérités d’un coup… ça fait beaucoup à digérer. Et Rachel… que j’ai impliquée dans ce beau merdier qu’est ma vie.

J’entends Horn bouger, comme s’il tentait de changer de position. La seule réponse qui s’ensuit est un craquement. Un horrible son qui sème l’effroi dans tout mon être en moins d’une fraction de seconde. J’ouvre les yeux et n’ai le temps que d’apercevoir la tête de mon boss dans une posture improbable et physiquement impossible. Tordue dans un angle mortel. Puis un poing s’abat sur ma gueule avec une telle violence que je sombre à mon tour.

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