Mission haute tentation (French Edition)

Manon Donaldson · Chapitre 27 sur 36

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Mission haute tentation (French Edition)

CHAPITRE 25 - Avec moi ou contre moi

Malone

— Et pourquoi m’interdit-on de procéder à ce débriefing avec ma partenaire ? relancé-je Horn, installé sur le bureau en face de moi.

Il ne cache pas sa grimace de surprise pour le mot employé et attrape son gobelet de café posé entre les piles de papiers devant nous.

— Ta partenaire ? manque-t-il de s’étrangler en plissant ses paupières et en me dévisageant.

— Je bossais avec elle en immersion, comment jugerais-tu convenable que je la nomme, riposté-je en perdant patience.

— Non, Malone, je n’émets pas de jugement sur votre lien. Je ne suis qu’étonné de t’entendre l’appeler autrement que l’« ennemie », la « foutue fille des SS » ou la « peste ».

— On me l’a imposée. Je suis pro et j’ai accepté sa présence, point barre. Maintenant, je t’ai tout relaté de A à Z, tu as les copies de tous mes rapports journaliers. Tu m’expliques ce que je fiche encore ici ? Douze heures de débrief, même les putains de criminels ont droit à plus d’égards que cela !

— Tss, cesse de te la jouer mélodramatique. J’ai des comptes à rendre aux patrons, je veux juste remplir tous les blancs afin que rien ne soit négligé.

— Tu as plus intérêt à trouver une parade sur la désastreuse « transmission d’infos », reprends-je ses mots, concernant deux agents attendant une extraction, mais qui sont finalement tombés dans un guet-apens, relancé-je, véritablement mauvais.

Je l’ai toujours en travers de la gorge et leurs justifications comme quoi un des hommes de Lexie, traître à ses heures, se serait trompé sur l’heure à laquelle elle prévoyait l’assaut qui nous pendait au nez. Je me repasse les paroles de Horn sur cet événement pendant le chemin de retour et franchement, ça ne colle pas. Ou si, ça correspond justement trop bien.

« Tu sais ce que signifie “ problématique transmission d’infos ” ? Ce n’est pas à toi que je vais expliquer que ce sont des choses qu’on déplore grandement mais qui arrivent tout de même. Nous avions infiltré son service de sécurité personnel en détournant l’un de ses employés qui nous a mal rancardés. Ni le FBI ni les SS n’auraient pu prédire que les informations données, notamment l’heure programmée de l’attaque, n’étaient pas les bonnes. Peut-être même que notre indic a avisé Alexia et que c’est pour cela que ça s’est produit avant l’heure ? À l’heure actuelle, nous l’ignorons, mais après l’interrogatoire des assaillants, possible que nous en apprenions davantage. »

— Je te l’ai dit et te le répète avant que tu ne requières l’exfiltration : notre mouchard nous avait certifié qu’ils étaient mandatés pour vous descendre à trois heures du mat’ le lendemain. Nous avons alors retardé votre récupération d’un jour, histoire de prendre les hommes la main dans le sac et avoir concrètement de quoi arrêter aussi Mme Jefferson.

— Et tu ne m’as pas contacté parce que tu ne faisais « pas confiance à Charlie ni à ses boss ». Lire entre les lignes que : tu avais peur qu’il te coiffe au poteau et s’approprie tout le crédit. Ma vie ne valant donc pas plus que les éloges de tes patrons. Ouais, j’ai tout compris, Horn, seulement je vois beaucoup de coïncidences.

— Malone, je crois que tu as vraiment besoin de vacances. Apparemment tu perçois des complots partout. Tu as été envoyé dans cette mission parce que tu es mon meilleur agent. Et tu n’es pas mort, que je sache ? Pareil pour ta consœur, et la coupable est en détention. N’est-ce pas exactement tout ce que nous voulions ?

— Et si on demandait au traître dans les rangs de Lexie pourquoi il a choisi de vous rallier ou pourquoi il ne vous a pas avisés que les heures avaient changé ? Ah, non, que je suis con ! Il ne peut rien nous en dire puisqu’il est décédé !

J’ironise à fond, mais ça fait précisément partie de tout ce que je trouve un peu trop « arrangé ».

— Oui, j’aurais bien aimé le questionner sur le sujet, mais on m’a appris qu’il avait trépassé, la jugulaire sectionnée par une lame. De ça aussi tu vas imaginer une façon de nous tenir responsables ?

Son ton commence à monter, presque au même rythme que ma patience, elle, s’amenuise. Je suspecte Horn ou un des boss, un de ceux ayant le bras long, mais ne peux le dire ouvertement. De même que cette conversation est loin de renforcer le bon soldat aveugle pour lequel je tente de passer. Je dois rattraper le coup avant que ça se finisse mal pour moi.

Je passe la main dans mon visage, témoignant à quel point je suis crevé, et soupire de fatigue avant d’atténuer mon timbre et de reprendre ma version officielle des choses. Ou du moins celle pour laquelle on me met la pression à y adhérer.

— OK, je recommence et avec plus de calme, mais j’ai une condition cependant.

Il souffle de contrariété avant de s’adresser à moi.

— Laquelle ?

— Je veux une foutue bière et j’espère que tu en prendras une avec moi. On doit fêter la fin de cette saloperie de mission !

Il s’esclaffe et fait signe à celui qui est derrière la glace sans tain de s’exécuter.

— J’étais là depuis un moment et je stagnais lorsque Charlie a rejoint mon équipe. Elle a fait copine-copine avec Lexie, distrayant assez celle-ci pour que je puisse accaparer Jeff.

— Jeff ?

Il sait de qui je parle bien sûr, mais pour le bien de celui qui consigne l’entièreté de mes déclarations afin de documenter tous les événements, je dois le prononcer en entier.

— Samuel Jefferson, premier de son putain de nom, nargué-je Horn qui grimace.

— Merci, murmure mon boss à celui qui dépose deux bouteilles devant nous.

Je lève la mienne pour trinquer et reprends où je m’étais arrêté.

— J’ai fait croire à M. Jefferson que son ordinateur était piraté et j’ai eu accès à sa confiance, ses transactions et ses comptes. Je les ai tous étudiés, fouillés, et n’ai absolument rien dégoté. Je vous ai donc transmis les coordonnées et nos gratte-papier ont déniché toutes les preuves pour l’inculper au sujet de son financement d’une bande de terroristes.

— Tu ne trouves pas ça étrange que toi, le spécialiste, tu n’aies rien découvert ?

Tourne ta langue, Malone, m’enjoins-je aussitôt mentalement. Il souhaite donner corps à son histoire et le mieux pour lui c’est que j’avoue mon incompétence.

— En fait, c’est le contraire qui m’apparaît encore plus étonnant. C’est-à-dire que ton équipe ait mis la main sur autant d’éléments. Je veux dire : ils ont soudainement levé le voile sur les malversations de Jefferson alors que ça fait des semaines que je tente de le prouver sans succès… Et doubles félicitations, parce que son épouse, en attentant à nos vies, s’est aussi fait serrer. Mais, bon, je n’oserai jamais sous-estimer le boulot phénoménal que tes agents ont fait là-dessus. Ils méritent même une promo…

— Ne t’égare pas, ordonne-t-il.

Je plisse les yeux et attrape ma bouteille pour en avaler une grosse gorgée. Bordel, bien qu’elle soit chaude, c’est la meilleure chose que mon gosier a ingurgitée depuis des mois.

— Par souci du détail, je demande que soit noté, en marge de cette affirmation, que nous avons réussi à prouver, ce jour, que tous les mouvements bancaires récents ont été faits par sa femme sur le compte de M. Sam Jefferson.

J’observe mon patron s’adressant à la personne derrière la fenêtre. Il manipule la vérité à sa guise, essayant de lui donner l’allure qui l’arrange.

— Elle a avoué ? Je veux dire : elle est interrogée depuis… quoi, au moins aussi longtemps que moi, elle a révélé qui est à la tête de Libras et son lien avec eux ?

— Bon, je crois que c’est OK pour ce soir. Tu es crevé et moi aussi. J’ai le reste des témoignages et je vais voir si je peux me débrouiller avec cela.

Sur ce, il se lève, m’invite à faire de même et je m’exécute volontiers, prenant tout de même le temps de vider ma bouteille jusqu’à la toute dernière goutte.

Étrange qu’il me congédie au moment précis où je demande ce qu’elle a craché. Quelque chose me dit que ça ne se passe pas de la façon qu’il souhaiterait. S’il escompte qu’elle suive la version qui coïncide avec ce que lui avance, ça risque de ne pas être simple.

***

Deux semaines se sont écoulées depuis que j’ai eu des nouvelles de Horn, de Charlie ou de Lexie. J’ignore ce qu’elle est devenue. Ce qu’elles sont devenues, parce que c’est valable pour l’une comme pour l’autre. Est-ce que Lexie s’est mise à table ? Horn lui a peut-être offert un deal ou une réduction de peine pour qu’elle accepte de coller à sa version ? J’ai eu beau retourner dans ma tête les motivations de mon boss d’être un ripou, je n’ai pas trouvé, même si ma certitude que c’est le cas ne s’est pas affaiblie.

J’étais déjà méfiant après la gestion de ce qui s’est passé avec Tania, mais alors là, on bat des records. On ne vous a pas avertis que vous alliez vous faire canarder parce qu’on croyait arriver à temps.

Je n’y adhère pas du tout.

On espérait qu’ils nous débarrasseraient de vous pour pouvoir invoquer

tout ce qui nous chante, sans témoins, me semble nettement plus plausible. Je me demande ce que Charlie en penserait. C’est une interrogation qui revient souvent dans mon crâne. J’ai bien essayé de ne plus songer à elle, de la balayer de mon esprit, mais j’en suis incapable. Que quelques jours à ses côtés finalement, mais elle aura marqué bien plus Malone que Parker. J’ignore comment c’est possible, d’ailleurs. Je réfléchis à la question qu’elle m’a posée le soir de l’attaque avant que l’on couche ensemble : crois-tu que ça aurait pu marcher entre Malone et Rachel ? Ce ne sont pas les mots exacts, mais c’est ce que ça signifiait. La réponse m’échappe toujours. Que sais-je vraiment d’elle ? Quelques éléments me viennent en tête, mais lorsque j’enlève tout ce qui concerne le boulot, je réalise que c’est très maigre. Est-elle une de ces filles de la ville accro au shopping et vivant dans un appart’ de luxe ? Se plairait-elle dans mon coin de paradis ou pesterait-elle contre les moustiques et l’absence de piscine creusée ? Quoique, pour l’apercevoir en minimaillot, je pourrais presque en forer une moi-même.

Je grogne, complètement découragé que ce genre de pensées parasitent mon cerveau. J’ai été seul si longtemps et d’un coup si accaparé, si envahi. Ça a dû me causer un syndrome de choc post-traumatique. Ouais, c’est ça ! Je dois me remettre du post-Charlie. Je suis de retour dans ma demeure ancestrale, chez moi, au Texas, vêtu en jean et en T-shirt ordinaire, sans oublier les baskets. Fini les cravates qui étranglent, les souliers cirés et les habits qui t’empêchent de te mouvoir normalement. Je n’habite pas un manoir, mais mon ranch, perdu au centre de nulle part, en périphérie de la ville de Fredericksburg. C’est le lieu que je juge être le meilleur endroit du monde. J’ai de la bière à profusion et une connexion satellite me permettant d’accomplir exactement tout ce que je désire. Comme, par exemple, pirater le dossier de la détenue PB-17290104 ou me brancher sur les vidéos de ses interrogatoires, pourquoi pas.

J’ai donné une chance à Horn de dissiper mes soupçons. J’ai tendu des perches, plusieurs, pour qu’il prouve sa bonne foi et son innocence, et jamais il n’a saisi l’opportunité. Pire, il a reproduit les mêmes erreurs de débutant. Parce que, le jour de la mort de Tania, nous étions à une soirée caritative chez Ron Carlos. Nous le tenions et avions tout ce qu’il fallait pour le cueillir. Horn avait invoqué qu’il ne serait pas le seul à être embarqué et qu’il valait mieux tous les rassembler et les coffrer au même instant. Qu’ils soient tous présents était parfait et assurait qu’aucun n’aurait le temps d’aviser l’autre qui risquerait de fuir. Vingt-deux heures, c’est l’heure à laquelle ils devaient passer à l’acte. Vingt heures trente, c’est l’heure à laquelle des gens armés ont pénétré dans la salle pour tirer sur tout ce qui bougeait. Les vilains devançant les flics. Le lieu devait être sous haute surveillance, mais ça a pris aux fédéraux exactement onze minutes avant d’intervenir. Sur les dix hommes qui avaient contre eux un mandat d’arrêt, quatre sont décédés. Un pseudo-traître à Carlos et trois de ses sbires. Une seconde fois, la « source » a trépassé dans l’opération. Déjà à l’époque c’était une couleuvre que je trouvais trop difficile à avaler. Alors, quand la même merde se reproduit presque à l’identique, il serait totalement stupide que je ne lie pas les événements entres eux. Tout est si semblable.

Ouais, à la différence que tu as réussi à t’en extirper indemne et avec ta partenaire cette fois, souffle ma conscience en me larguant illico une image de Charlie dans sa robe de style seconde peau. Encore et toujours elle… Quatorze journées qu’elle occupe mes pensées. C’est carrément plus que celles que nous avons passées ensemble. Je me rends au frigo et attrape une autre bouteille. Je sors sur l’immense véranda qui entoure presque l’entièreté de la maison et m’assieds sur la balancelle pour la siroter. Mon attention se disperse au travers des dernières lueurs du jour. Le désert, les dunes, tout devient si différent à la nuit tombée. Cette vue, ce calme, c’est ce qui m’avait le plus manqué durant mon immersion dans la vie de Parker. A contrario, à présent que j’ai tout ce que je désire, ce qui me démange le plus, c’est de le partager.

Charlie… son nom sonne si réel, si elle. Rachel… ce n’est pas affreux, mais je peine à l’associer à cette femme étonnante. Et si elles n’avaient rien à voir l’une avec l’autre ? Si j’ai un souvenir plutôt positif de Charlie, possible que Rachel me déplaise au plus haut point. Après cela, pas improbable que j’arrive à me la sortir de la tête. Je n’ai pratiquement aucun élément la concernant sur le plan personnel. J’ai songé à la contacter, mais comme je suis en mode parano, je crains que nos échanges fassent l’objet de surveillance. Je pourrais me présenter chez elle, mais je doute, étant donné sa propension à souhaiter nous garder à distance, que Horn ou même son boss à elle me donne son adresse. Néanmoins, j’ai tout de même une piste dans ma poche. Certes illégale, mais encore faudrait-il qu’on m’y coince, et ça, ce n’est pas près de se produire. « Alpha, zulu, foxtrot quatre-six-neuf-huit », soit le numéro d’agent de Rachel. Pirater la base de données des SS, voilà qui pourrait bien occuper ma nuit. Assurément ce ne sera pas du niveau de la dernière que nous avons passée ensemble, mais au moins, j’ai un objectif à présent.

Moins de trois heures plus tard, j’ai tout ce que je voulais et davantage. J’en connais déjà plus sur elle que tout ce que j’avais appris jusque-là. J’ai son adresse, son parcours et même les rapports de ses missions précédentes. Je devrais probablement m’inquiéter qu’il me soit si facile de pénétrer les serveurs des plus hautes institutions de mon pays. Pourtant, je considère que la forte probabilité que le directeur du FBI soit corrompu est nettement plus dommageable. Je suis en train de me demander comment je pourrais l’aborder de façon professionnelle, au moment où les planètes semblent s’aligner. Mon ordinateur est toujours ouvert sur le dossier de Char… Rachel, lorsque je reçois un appel satellite. Je devine de qui il s’agit puisque le seul à pouvoir me joindre de cette façon est Horn. Je m’assure que mon crime n’est pas visible pour mon interlocuteur et accepte la conversation vidéo.

Mon patron apparaît sous mes yeux. Je remarque aussitôt comment il a vieilli depuis notre dernière rencontre. Ses traits sont tirés, ses orbites entourées de cernes noirs et profonds. Sa barbe de quelques jours ombrage son menton et sa cravate nonchalamment dénouée pend à son cou. Franchement, je n’ai pas souvenir de l’avoir déjà trouvé aussi négligé.

— Malone ! Comment est le retour à la vie normale ? s’enquiert-il d’un ton enthousiaste, qui résonne si faux compte tenu de son faciès neutre.

— Horn. Je semble aller nettement mieux que toi, affirmé-je, ne masquant pas mon demi-sourire. Je devine que cet appel n’a pas pour but de vérifier l’état de ma santé mentale ?

Il laisse échapper un rire de gorge ressemblant presque à un hoquet.

— Toujours concis à ce que je vois. Je suis presque soulagé de constater que tu n’as rien perdu de ton mordant.

— Je t’écoute, balance.

— Deux semaines que Mme Lexie Jefferson est dans nos locaux et que nous passons des journées entières à l’interroger sans parvenir à lui soutirer le moindre aveu.

— Et ? D’ailleurs, vous espériez qu’elle vous révèle quoi ? Je croyais que vous aviez balayé du revers de la main son implication au sujet de la liste ?

— Notre autre cellule s’est occupée de trouver qui avait publié cette liste. Je t’assure que c’est un problème réglé et que le responsable s’apprête à être traduit en justice.

— Je vois, ça ne répond pourtant pas à ma question.

— Nous voulons les noms des personnes à la tête de Libras et connaître leurs intentions vis-à-vis des États-Unis. S’ils sont une menace pour nous, etc. Elle se refuse à prononcer le moindre mot, sauf ceux qui répètent inlassablement une phrase qui est sur le point de tous nous envoyer en prison pour meurtre !

— Et quelle est cette succession de mots qui vous rend si dingues ?

— Je ne parlerai à personne d’autre qu’aux agents Malone et Rachel, alias Parker et Charlie. Écoute, j’ignore comment elle sait qui vous êtes, mais après quatorze jours de vaines tentatives, j’ai eu l’approbation de mes patrons pour que tu l’interroges tel qu’elle le requiert.

— Tu veux que Rachel et moi venions sur place pour lui arracher des aveux alors qu’elle a essayé de nous faire taire à jamais ?

Je récapitule parce que sa demande ne convient pas à l’étiquette de ripou que je lui ai collée. Il ne devrait pas souhaiter que je fasse la lumière sur un plan dont je le soupçonne d’être l’instigateur. Qu’elle ne souffle mot devrait l’arranger, au contraire. De ce fait, il y a définitivement un truc qui ne tient pas la route dans sa sollicitation. C’est assez pour que j’aie envie d’accepter.

— Pas Rachel et toi, juste toi.

Je ne trouve rien à redire dans la seconde. Mon faciès inexpressif laisse même croire au boss que la connexion s’en est allée.

— Malone ? Je te perds ! Malone ?

— Je suis toujours là, Horn. J’essaie de démystifier la raison valable qui justifierait que Rachel soit écartée de l’interrogatoire. De nous deux, elle était celle dont Lexie était le plus proche.

Horn soupire fortement et détache complètement sa cravate, qu’il balance sur son bureau d’un geste rageur.

— Ne peux-tu pas simplement obéir comme les autres ? Me demander quand, où et quelles sont mes attentes envers toi ?

— Bien sûr, je pourrais obtenir des résultats aussi médiocres que ces « autres » dont tu parles. Nous savons tous les deux que si tu fais appel à moi, c’est parce que je suis ce que tu as de mieux sous la main, relancé-je, arrogant à souhait. Sois au moins honnête, tu ne veux pas que les Secrets Services s’en mêlent, qu’ils y fourrent leur nez et te volent l’affaire. Voilà pourquoi tu n’approuves pas ma requête. Lexie a tenu deux semaines sans flancher, tu crois qu’elle acceptera de se mettre à table en ayant été à demi accommodée ?

— L’agente Rachel O’Maha sera présente si son organisation, à qui j’en ai déjà fait la demande, le permet, annonce-t-il, son aplomb retrouvé.

— Bien, mens-je, en devinant qu’il me raconte des conneries, qu’aucune demande en ce sens n’a été faite.

Si je suis seul, il aura encore une fois tout le loisir d’adapter les confessions de notre détenue.

— Je t’envoie un avion qui arrivera dans une heure tout au plus.

— Non, je viens par mes propres moyens, je serai sur place demain en fin de journée, affirmé-je, inflexible.

— Malone…

— C’est à prendre ou à laisser. Je te rappelle que j’ai donné ma démission et que je n’ai plus de comptes à te rendre.

— Demain ! Sans faute ! ordonne-t-il avant de fermer la caméra d’un clic presque brutal.

Ouais, mon pote, nous serons bel et bien là.

 

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