Mission haute tentation (French Edition)

Manon Donaldson · Chapitre 2 sur 36

Pages du PDF

Mission haute tentation (French Edition)

Prologue

 

Les réunions de crise sont exceptionnellement rares. En tout cas suffisamment pour qu’une légère angoisse s’empare du responsable du FBI lorsqu’il s’installe sur le fauteuil qu’on lui désigne, autour de la table ovale. La grande pièce, entièrement sécurisée, regroupe les dirigeants des plus grosses organisations gouvernementales : CIA, FBI, Service secret, ainsi que la Sécurité intérieure. Toutes ont répondu présentes à l’appel de cette dernière. Pour le moment, aucune information n’a été donnée sur la raison de leur rassemblement, mais une pointe d’excitation miroite dans chacun des regards qui se croisent. Presque dix ans à la tête du FBI, à la veille de sa retraite, et c’est la première fois que le directeur Horn est convié à une telle réunion extraordinaire. Ce qui ne peut vouloir dire qu’une chose : ce qui s’annonce est du lourd. Ils en ont tous conscience, ce genre de dossier brûlant n’arrive qu’une fois dans une carrière. Les chuchotements se tarissent dès que la porte se verrouille et qu’elle devient opaque. 

Ça y est, ce qui va se dire dans les prochaines minutes relève du secret-défense. Horn se redresse sur son siège et resserre son nœud de cravate dans un geste nerveux, son attention totalement focalisée sur l’homme d’une cinquantaine d’années qui prend place à son tour. M. Barns, le responsable

de la NSA 1, se racle la gorge, et les observe un par un avant de se lancer sans préambule.

— Je sais que vos agendas sont chargés, alors on ne va pas y aller par quatre chemins. Si je vous ai tous réunis, c’est parce que nous sommes tous concernés par cette affaire et que nous avons très peu de temps. Stanley, démarre la diffusion, grogne-t-il gravement en direction du type resté debout dans un coin à l’écart.

Le maigrelet en costard sombre tamise les lumières et les premières images s’affichent sur le moniteur blanc devant le projecteur. Les directeurs y découvrent une jeune femme, jouant avec son enfant dans un parc, le sourire aux lèvres. La vidéo défile pendant de longues secondes sans que les convives en comprennent l’utilité. La date indiquée dans le haut démontre qu’elle a été prise il y a deux jours, c’est tout ce qu’ils retiennent. Soudain l’écran devient noir, puis un homme cagoulé apparaît. Un frisson parcourt l’échine de Horn quand une voix robotisée se répand dans les enceintes autour d’eux.

— Voici Lisa Clarks, connue désormais sous le nom de Elisa Carlson. Cette femme est une délatrice protégée par le gouvernement des États-Unis pour avoir témoigné contre Carl Max lors de son procès. J’ai en ma possession la totalité des données concernant sa vie, ses habitudes, sa famille, et tout autre renseignement qui peut être jugé important. Je l’expose en signe d’exemple, car je détiens la liste de tous les dénonciateurs des audiences à venir, en cours et passées du pays. Je sais que pas mal de monde ici rêverait de se la procurer, c’est pourquoi je la mets aux enchères. Dans un mois l’acquéreur le plus généreux en bénéficiera dans son intégralité, libre à lui d’en disposer comme bon lui semblera. Il est grand temps que le gouvernement américain goûte à sa propre médecine ! Qu’il cesse de jouer aux donneurs de leçons ! S’avérera-t-il aussi proactif quand il y va de ses citoyens ?

La vidéo se coupe en les laissant tous stupéfaits. Comment des éléments si sensibles ont-ils pu se retrouver entre les mains d’un mercenaire ? Plusieurs grosses affaires en cours risquent d’être compromises si leurs témoins ne sont plus en sécurité. Et tout l’investissement de leurs agents gâché par un connard opportuniste… 

— Cette vidéo a été postée il y a quelques heures sur le dark web. Bien évidemment la source est intraçable, mais nous savons que c’est un acte revendiqué par le groupe terroriste Libras. Un bain de sang se prépare et des années de missions sont en voie d’être ruinées. Si nous n’agissons pas très rapidement, les plus grands criminels du pays seront relaxés. Celui qui se procurera cette liste pourra à son tour la mettre en circulation. Nous devons y faire face ensemble, tonne le chef de la NSA.

— C’est absurde, si nous avions été hackés, je serais au courant ! Nos pare-feu sont inviolables, alors que votre sécurité soit remise en cause est une chose, nous sommes d’accord, mais cela ne nous concerne en rien, s’insurge Diego Capaldi, haut dirigeant de la CIA. 

Celui-ci s’accoude négligemment sur le bord de la table et pousse un long soupir comme si cette entrevue était une mascarade. De son côté, le directeur Horn est sur la réserve, il connaît Barn de réputation, et il n’est pas du genre à avancer des faits sans preuve. D’ailleurs, le rictus moqueur qu’il adresse à son compère vaut déjà une réponse.

— Mes équipes sont en ce moment même en train d’évaluer l’étendue des données compromises, vous devriez avoir de leurs nouvelles dans les minutes qui suivent. Il a fallu une poignée de secondes au hacker pour déjouer notre système et se servir, et tout ça sous notre barbe. Je ne vais donc pas me lancer dans de grandes explications et vous laisse seuls juges. 

Barns déverrouille la sécurité de la pièce à l’aide du bouton de contrôle situé devant lui et les premières sonneries se font entendre. Horn extrait de la poche de sa veste son téléphone qui vibre en continu. Un tressautement d’appréhension l’envahit à la lecture des messages du responsable de la cybersécurité du FBI. Sa confirmation est lourde de sens. Putain de merde… des milliers de personnes protégées par le FBI sont prises pour cible. Il devine que les autres organisations présentes en comptent tout autant. Une sueur froide coule le long de son échine lorsqu'il pense à la petite Judy de tout juste huit ans, spectatrice directe du meurtre de son père par Juan Luis, un mafieux colombien qui est encore en attente de son procès. Horn relève la tête de son écran et fait face à la pâleur de ses collègues. 

— Je peux renforcer la couverture de mes indics les plus sensibles, mais je ne suis pas en mesure d’effectuer des changements d’identité et encore moins de tous les déplacer en si peu de temps, confesse-t-il malgré lui. Quelles sont nos options ?

— Dévoiler le nom de vos témoins dans un premier temps nous permettrait de…

— Hors de question, coupe net Capaldi, certaines de nos affaires peuvent se croiser. Divulguer ce genre de renseignements les mettrait déjà en danger. 

Tous ici présents savent qu’il a raison. Malheureusement les agences ne protègent pas que des innocents. De nombreux criminels les aident à coincer plus redoutables qu’eux. Barns scelle ses mâchoires à s’en faire péter les dents, pourtant il garde son calme et reprend d’un ton posé.

— Je me doutais que vous seriez contre, alors disons que la préservation des sources relève de chacune des entités. En revanche, les hackers capables d’accéder à nos infrastructures sont rares et sont suivis de près par nos services, tout comme les individus affiliés à des groupuscules comme Libras, et c’est là que nous pouvons intervenir ensemble.

— Stanley ! interpelle-t-il son sous-fifre.

Celui-ci fait le tour de la table, distribuant au passage une pochette cartonnée à tous les gens présents. À l’intérieur, ils découvrent la liste des hackers et sympathisants potentiels à la cause de Libras basés sur le territoire américain, mais aussi certains terrés en Europe et au Moyen-Orient.

— Comme vous le savez, leurs fortunes leur confèrent un pouvoir qui nous freine lors des enquêtes, sans parler des délais bureaucratiques. Il faut donc investiguer à travers des missions de terrain déjà en cours. Nos meilleurs espions vont devoir les infiltrer et collaborer sous couverture pour débusquer la personne qui se cache derrière tout cela. Nous devons garder en tête que le hacker n’agit fort probablement pas en son nom, mais pour un tiers.

Horn tourne les pages en silence, connaissant la plupart des individus répertoriés, lorsqu’une fiche en particulier attire son attention : Sam Jefferson, directeur financier d’une des plus grosses banques nationales.

— Jefferson est présentement sur notre radar. Nous le surveillons étroitement puisqu’il était proche de Ron Carlos, un homme arrêté pour avoir vendu des armes à la cellule Libras. Un de nos agents est déjà sur place depuis plusieurs mois. Nous récoltons actuellement des preuves afin d’établir les liens entre lui, son entourage et Libras. Ce n’est qu’une question de semaines avant qu’il plonge pour sa contribution auprès d’un réseau terroriste, les avise Horn.

Soudain aux aguets, Barns se lève et plaque ses larges paumes sur le bois de la table en se penchant vers lui. 

— Vous avez toute notre attention, directeur Horn. Il semblerait que son enquête et la nôtre convergent dans la même direction. Votre gars est-il capable d’adapter ses objectifs ? l’interroge-t-il avec intérêt.

— Les plus grosses missions du FBI de ces dernières années reposent sur lui. Alors oui, je peux affirmer qu’il pourra prendre en charge cette mission. Malone est de loin mon meilleur élément. 

 

OceanofPDF.com