Plan de carrière
Chapitre 15
Justin laissa échapper un bâillement.
— Je crois que c’est bon.
Nous étions tous deux assis à la longue table de la salle de conférences 3201-A, au milieu d’une mer de chemises cartonnées rouges, jaunes, vertes et bleues, que nous venions de disposer harmonieusement sur toute l’étendue de la surface en acajou. Cela me paraissait parfait. Nous étions prêts.
Comme à l’accoutumée, j’étais restée tard la veille au soir pour relire les documents et m’assurer que tout était irréprochable. À mon grand étonnement, Justin avait fait ces heures supplémentaires à mes côtés. Il n’était pas parti. Et il ne s’était même pas plaint de rester tard. Comme quoi, même lui pouvait me surprendre.
Justin et moi étions arrivés de bonne heure ce matin ; après avoir imprimé de nouveaux exemplaires des documents à montrer aux clients, nous les avions montés dans la salle de conférences. Ted Lassiter et Mark Traynor seraient là à 11 heures, et ce serait à moi de leur expliquer l’agenda de clôture du dossier.
Fidèle à son habitude, Adler n’avait rien préparé lui-même. Il semblait se satisfaire pleinement de me laisser prendre les choses en main.
Le cabinet Stratton & Thornwell nous avait fait parvenir ses commentaires la veille. En gros, ils disaient non à tout. Ils demandaient encore une réduction des frais de rupture et voulaient toujours inclure une ribambelle d’exclusions à notre clause MAC. Nous étions au point mort. C’était ce que Marty Adler voulait que j’explique à Lassiter.
Ce dernier, comme toujours, me salua comme si j’étais un vieux pote de l’armée.
— Comment ça va, championne ? demanda-t-il en me décochant une bourrade sur l’épaule.
— Bien, merci, Ted. Contente de vous voir.
Adler nous contempla avec un sourire de père empli de fierté.
Chacun prit place autour de la table, Justin dans une chaise un peu en retrait sur ma droite. Adler commença en entrant dans le vif du sujet :
— Bien, alors, Ingrid va nous dérouler chaque élément des conditions du contrat, un à un. Elle a relevé quelques points délicats que Binney voudrait imposer, et je souhaite que vous entendiez directement de la bouche de l’experte les risques potentiels que cela pourrait comporter.
L’experte, c’était moi. Je me sentis rougir, flattée.
— Merci, Marty. Ted, Mark, si vous voulez bien aller à la page huit du contrat, je vais vous exposer la première des exclusions que Binney…
— Avant ça, Ingrid, qu’est-ce que je vois ici, à la première page ?
Ted Lassiter regardait de près le document devant lui.
Marty Adler s’empressa de chausser ses lunettes pour scruter son exemplaire.
— De quoi parlez-vous, Ted ?
— Ici, regardez, à « Prix d’achat ». Il y a une coquille. C’est écrit 990 milliards de dollars. Au lieu de millions.
Il se tourna vers Mark Traynor, qui paraissait surpris et faillit en rire. Mais il était clair que cela n’avait rien de drôle.
— Ce n’est tout de même pas rien, comme erreur.
— Ah. Oui, en effet, désolée, Ted.
Adler me fit les gros yeux.
— Ingrid ? Tu peux rectifier ça immédiatement ?
Je restai un instant bouche bée, avant de vite la refermer. Il était impossible qu’une telle erreur ait figuré dans la version que Justin et moi avions relue hier soir. Impossible. J’avais scrupuleusement tout vérifié, ligne par ligne. Je regardai Justin en biais. Il avait l’air aussi ébahi que moi.
Mais la règle voulait que jamais on ne discute ou tente de se justifier devant un client.
— Navrée, messieurs. Franchement, je ne sais pas comment cela a pu se produire. Mais nous allons corriger ça tout de suite, dis-je.
— J’y compte bien, répondit Lassiter en feuilletant les pages. Alors, Ingrid, que vouliez-vous que nous regardions ensemble ?
— Euh, si vous voulez bien vous rendre à la page…
Je me perdis dans mes papiers, cherchant la partie que j’avais au bout des doigts la minute précédente. L’incident m’avait ébranlée. Je n’étais déjà plus crédible.
— Page huit, chuchota Justin à ma droite.
— C’est ça. Merci. Page huit. Conditions du vendeur.
Bruit de pages tournées comme chacun se rendait à cette section.
— Ah, voilà, repris-je. C’est ici. Comme vous pouvez le voir, nous voulions stipuler dans la clause MAC que…
Marc Traynor se racla la gorge et me regarda, l’air presque gêné.
— Pardon de vous interrompre, mais il me semble qu’il y a une autre coquille ici, en haut de cette partie.
Adler me jeta un regard noir. Très, très noir.
— Ah bon ? fis-je d’une voix bien trop aiguë.
Dans des circonstances aussi catastrophiques, j’avais tendance à réagir en parlant de manière anormalement enjouée.
— Où ça ?
— Là, juste en dessous des frais de rupture.
— Oui, nous allons y venir. C’était justement une de leurs demandes : ils veulent les faire passer à cinq pour cent, dis-je.
— Cinq pour cent, ça irait encore. Sauf que là, c’est écrit cinquante pour cent, poursuivit Traynor. Un taux de frais de rupture du contrat à cinquante pour cent du prix d’achat, c’est bien ce que je lis, Ingrid ?
Lassiter me dévisagea.
— Ingrid, c’est une blague, ou quoi ? Qu’est-ce que c’est que ce foutoir ?
J’avais l’impression de rêver, d’être à côté de moi-même. J’avais envie de partir en courant, mais mes jambes ne répondaient pas. J’essayai de prendre une profonde inspiration pour me calmer. Ce n’est pas possible.
Je regardai la page. Mark Traynor avait raison. Là où il devait être indiqué cinq pour cent – et où il était indiqué cinq pour cent hier soir encore, quand j’avais tout revérifié –, on lisait maintenant cinquante pour cent. Noir sur blanc.
— Messieurs, je suis vraiment navrée. Il doit y avoir un problème technique avec notre système de traitement de texte, l’informatique ou autre chose.
Adler tentait de les amadouer, mais il me toisait durement.
— Nous tirerons cela au clair après cette réunion. Veuillez nous excuser, messieurs.
Le visage de Ted Lassiter était maintenant de marbre.
— Je ne m’attendais pas à cela de votre part, Ingrid.
— Je comprends, Ted, et j’avoue que je ne sais pas quoi vous dire. J’ai vérifié ces documents moi-même, hier soir encore, et je vous assure que tous ces chiffres étaient alors corrects.
— Ne perdons pas de temps à essayer de trouver un coupable, intervint Traynor. L’important est que tout cela soit corrigé avant de partir chez Binney.
Le reste de la réunion se déroula sans encombre, mais je restai profondément déstabilisée et hésitante pendant tout ce temps. Même Justin me jeta un regard dépité avant de disparaître dans son bureau.
Dès que nous eûmes raccompagné les clients aux ascenseurs, Adler se tourna vers moi et aboya :
— Dans mon bureau. Tout de suite.
Je le suivis dans le couloir, les poings moites et serrés.
— Qu’est-ce que c’était que ce bordel ? jeta-t-il sitôt qu’il eut fermé la porte.
— Je ne sais pas, Marty. Tout ce que je peux te dire, c’est que je suis restée jusqu’à minuit pour vérifier chaque ligne de ce contrat. Ces erreurs ne figuraient pas dans la dernière version que j’ai sauvegardée.
— Es-tu sûre d’avoir vraiment sauvegardé la dernière version ?
— J’enregistre mon travail toutes les trente secondes.
Il poussa un grognement dubitatif.
— Et puis, tu me connais, Marty, ajoutai-je en m’efforçant de parler à l’octave normale. Tu connais la qualité de mon travail.
Il me fusilla du regard.
— Je le croyais, en tout cas.
C’était la pire chose qu’il pût me dire. J’avais l’impression d’être une lycéenne rentrant à la maison avec une mauvaise note ou une voiture accidentée, et qui devait encaisser le « tu me déçois terriblement » d’un parent révéré. Seulement, Adler n’était ni mon père ni ma mère. Son amour comportait des conditions.
— Tu sais bien qu’une erreur aussi grossière ne pourrait pas m’échapper.
— Eh bien, force est de constater que c’est pourtant arrivé, Ingrid.
Je réfléchis quelques instants.
— Et si quelqu’un d’autre avait eu accès au document et l’avait saboté ? suggérai-je. C’est possible, n’est-ce pas ?
Adler retira ses lunettes et les pointa vers moi.
— Mais de quoi est-ce que tu parles ? À qui penses-tu exactement ?
— Je… je ne sais pas. Mais enfin, à part ça, je ne vois pas comment…
Il secoua la tête et passa derrière son bureau.
— Inutile de te lancer dans des accusations, Ingrid. C’est très simple. Je ne veux plus jamais entendre parler de ce genre d’erreurs.
— Cela n’arrivera pas. Je suis désolée, Marty, dis-je, oubliant déjà que je m’étais promis de ne plus m’excuser pour des choses qui n’étaient pas de ma faute.
Je marchai tel un zombie jusqu’à mon bureau, le cerveau en surchauffe et la poitrine serrée, prête à exploser. Lorsque j’arrivai, Margo enfilait son manteau.
— Ah, tu es là, dit-elle. Est-ce que tu avais besoin d’autre chose avant que je parte ?
— Non, non, merci. Bonne soirée, Margo, répondis-je d’une voix abattue.
Elle se figea, son manteau à moitié enfilé, les coudes en l’air.
— Tout va bien ?
— Oui, oui, ça va.
— Tu es sûre ? Tu es pâle comme un linge.
— Non, ça va, je t’assure. À demain, Margo.
Elle se tourna pour me suivre du regard comme je m’engouffrais dans mon bureau et refermais la porte. Quelques instants plus tard, une fois que le bruit des pas de ma secrétaire se fut évanoui dans le couloir, je pris mon téléphone et appelai le fixe de Justin. Pas de réponse. Évidemment. J’aurais dû m’y attendre. Je laissai un message après le bip :
— Justin, c’est Ingrid. Tu peux venir dans mon bureau dès que possible ? Il est 17 h 40. Merci.
Je m’assis dans mon fauteuil et laissai mon regard se perdre par la fenêtre.
Je ne faisais pas ce genre d’erreurs.
Cela ne signifiait pas que je n’en commettais jamais – bien sûr qu’il m’arrivait d’en faire, comme tout le monde. Seulement, je ne me laissais concrètement aucune chance de commettre des erreurs de ce genre. Pas quand j’étais allée aussi loin, en travaillant aussi dur. Pas quand j’étais si près du but.
Je me remémorai le déroulement de la soirée de la veille. C’était tout bonnement impossible. Justin Keating et moi étions restés à travailler jusqu’à minuit dans mon bureau. Ensemble, nous avions passé à la loupe la moindre ligne de ce fichu document avant de partir. J’avais éteint mon ordinateur et verrouillé la porte de mon bureau derrière moi. J’avais vérifié tout cela deux ou trois fois pour avoir l’esprit parfaitement tranquille. En huit, presque neuf années en tant qu’avocate, je n’avais jamais – pas une seule fois – laissé sortir un document comportant une erreur aussi grossière.
Non que je m’estime parfaite. Simplement, je ne m’accordais jamais le luxe de pouvoir me tromper et échouer. Quand d’autres échouaient, ils échouaient seuls. Si moi j’échouais, j’avais l’impression de laisser tomber tous ceux qui comptaient sur moi.
Et j’en avais assez de ce fardeau. Je croulais littéralement sous son poids.
J’en avais assez de dire oui à tout le monde sauf à moi-même.
ASSEZ.
Je fis pivoter mon fauteuil pour revenir face à mon écran et cliquai sur l’icône de la base de données des documents internes de la firme. Une fois mon identifiant et mon mot de passe entrés, je cherchai « Contrat provisoire Projet Solaris ». Le Projet Solaris était le nom de code interne que nous avions donné au dossier SunCorp. Tel était le protocole imposé pour toutes les grosses transactions, à des fins de confidentialité.
Le fichier apparut à l’écran. Je cliquai sur « Historique du fichier » et consultai les noms des derniers utilisateurs en retenant mon souffle. Comme si… Comme si quoi ? Qu’espérais-je trouver, en fin de compte ? Je ne le savais pas vraiment. J’étais à la fois un personnage et un auteur de polar, attendant le moment de la grande révélation. La musique allait s’envoler, le mystère se dissiper. Une fois encore, je serais l’héroïne de ma propre histoire. J’en avais l’habitude. N’était-on pas venue me chercher pour ce premier rôle ?
Lorsque vous faisiez partie depuis des années d’un milieu aussi dysfonctionnel et friand de ragots que Parsons Valentine, et que vous vous battiez comme moi pour vous y faire une place au soleil, de nombreuses personnes étaient susceptibles de vous en vouloir ou de vous jalouser. Peut-être que Justin m’en voulait de l’avoir traité en subordonné pendant tout l’été. Peut-être que Hunter n’appréciait pas que je fasse partie de l’Initiative diversité, et que cela ait attiré l’attention sur son sketch raciste. Qui sait ? Mais je n’étais guère adepte des théories du complot.
Je vérifiai l’historique de mon document et découvris – avec autant de consternation que de soulagement – qu’en tout état de cause, il avait été ouvert la dernière fois par l’utilisateur isyung, hier soir, à 23 h 44.
Personne n’avait trafiqué mon fichier. Personne ne cherchait à me nuire. J’étais la seule et unique responsable de ce fiasco.
Il ne me restait plus qu’à me remettre en cause… et à me demander si, au fond, j’avais réellement envie d’être ici, à faire tout cela.
Je fermai les yeux et m’adossai dans mon fauteuil. Une pensée extrêmement désagréable et contrariante venait de germer dans ma tête, que j’essayai de refouler, refusant de la voir en face. Mais en dépit de cet effort, elle ne tarda pas à s’imposer : aurais-je plus ou moins fait cela contre moi-même ?
Il était hors de question que je laisse mon subconscient m’autosaboter. Entre maintenant et l’annonce des nouveaux associés élus la semaine prochaine, il était crucial que je ne fasse plus le moindre faux pas. J’étais tellement près du but. Et je ne pouvais pas me payer le luxe de baisser les bras.
Mon téléphone sonna. Je vis sur l’écran que c’était Murph, et décrochai avant la fin de la première sonnerie.
— Salut.
— Salut. Alors… Ça y est, c’est la fête ? On va prendre un verre ? Je peux partir dans cinq minutes.
Le contraste entre le désastre ambiant avec SunCorp et la voix enjouée de Murph me fit un pincement au cœur.
— La fête, ce ne sera pas pour tout de suite, dis-je d’une voix éteinte. En fait, ça ne s’est pas très bien passé aujourd’hui.
— Comment ça ? Ça va quand même ? s’enquit Murph, l’air inquiet.
— Ça va, soufflai-je d’un ton qui disait le contraire.
— Bon, j’arrive tout de suite.
Quelques minutes plus tard, il entrait dans mon bureau et refermait la porte derrière lui.
— Eh bien alors, qu’est-ce qui se passe ? Tu avais l’air… bizarre, au téléphone.
J’étais plantée face à la fenêtre, le front et les mains contre la vitre. Murph me donna un petit coup de coude.
— Ne fais pas ça, murmura-t-il. Tu as encore plein de belles choses à vivre.
Je fis semblant de sourire, sans me sentir mieux pour autant. Pendant un temps qui me parut assez long, Murph et moi restâmes silencieux, les yeux baissés vers le chapelet sans fin de taxis jaunes circulant sur Madison Avenue.
Il finit par poser une main sur mon épaule.
— Alors, que s’est-il passé ? À moins que tu n’aies pas envie d’en parler… Comme tu veux.
J’exhalai un soupir.
— C’était un naufrage total, voilà ce qui s’est passé.
— Arrête. Je suis sûr que tu exagères.
— Non. Je t’assure, Murph.
— Je parie que tu es la seule à avoir trouvé que quelque chose n’allait pas.
Je me tournai vers lui.
— Le prix d’achat déconnait de trois zéros.
— Oh, putain ! lâcha-t-il.
— C’est le moins qu’on puisse dire.
Il émit un petit sifflement.
— Mais comment est-ce que ça a pu arriver, bordel ? Tu crois que c’est le petit Keating ? Tu m’avais déjà dit qu’il ne t’était d’aucune aide, mais de là à imaginer qu’il puisse faire une bourde pareille…
Je haussai les épaules.
— Je ne sais pas. Je ne crois pas. De toute façon, au bout du compte, c’est toujours l’avocat qui est responsable, pas l’assistant juridique.
Murph secoua la tête.
— Quelque chose ne va pas, dans cette histoire. Ça ne te ressemble pas.
— Écoute, je n’ai pas envie d’en parler, lui dis-je. C’est fait, c’est fait.
Je posai à nouveau mon front contre la vitre et fermai les yeux. Lorsque je sentis Murph s’approcher de moi, je me tournai et me dressai sur la pointe des pieds pour l’embrasser. Ce n’était nullement un baiser du bout des lèvres, juste pour le remercier d’être venu me réconforter ; non, c’était un baiser à pleine bouche, ardent, humide et profond. Il parut d’abord surpris, puis se laissa entraîner et me serra contre lui en me plaquant contre la fenêtre. Je n’avais qu’une envie : que Murph et moi partions ensemble quelque part, loin d’ici, loin de Marty Adler, Jack Hanover, Justin Keating, Hunter Russell et Gavin Dunlop, des élections d’associés et des sorties d’entreprise, des parodies de morceaux de rap et des quotas de softball, des consultants en diversité et des réunions professionnelles, et de tout le reste. Tout ce que je voulais – comme tout le monde ici –, c’était pouvoir travailler dur et réussir par mes propres moyens, à ma manière. Était-ce vraiment beaucoup demander ?
Dans l’obscurité croissante de mon bureau, Murph m’embrassait maintenant avec fougue. Je guidai une de ses mains autour de ma taille, puis plus bas. Un frisson me parcourut.
— Allons ailleurs, murmurai-je. La suite R&R ! Tu crois qu’elle est libre ?
S’abstenant de répondre, il sortit de ma jupe le bas de mon chemisier en soie. Au travers de la fine étoffe, je sentais dans mon dos le froid et la dureté de la vitre, et sur mon buste la chaleur du corps de Murph. Le contraste était formidable. Jamais je n’avais vécu quelque chose d’aussi excitant au bureau. Pourquoi ne l’avions-nous pas fait plus tôt ? me demandai-je avant de partir à rire. À rire vraiment. Cela le fit rire aussi, un peu, avant qu’il ne me plaque davantage contre la vitre et se penche pour m’embrasser sauvagement dans le cou. Mes paupières se fermèrent. Nos respirations étaient assez bruyantes pour que ni lui ni moi n’entendions la porte s’ouvrir.
Murph s’écarta brusquement, se heurtant une jambe contre mon bureau.
Justin nous regardait, bouche bée. Il s’était figé en plein mouvement, un pied devant l’autre, l’air pétrifié. En d’autres circonstances, j’aurais jubilé d’être enfin parvenue à le choquer. Pour une fois, le petit rictus suffisant et je-sais-tout avait disparu de son visage.
Maladroitement, Justin fit quelques pas en arrière et percuta la porte, assez violemment.
— Pardon, je… je voulais juste… Je reviendrai plus tard, bredouilla-t-il.
Et il disparut.
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