Plan de carrière

Helen Wan · Chapitre 20 sur 28

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Plan de carrière

Chapitre 19

 

 

Rachel avait raison, naturellement. Vivre comme l’Unabomber n’était pas une solution. Il faudrait bien que je me lève, un jour ou l’autre.

Le lendemain matin, je me forçai à prendre une douche ; j’enfilai mon jean préféré, un t-shirt blanc à col en V et des tongs ; je m’attachai les cheveux en une queue-de-cheval basse sans chichi ; et je pris l’ascenseur pour descendre les dix-neuf étages jusqu’en bas. Dennis était de service. Il m’offrit son plus large sourire dès qu’il me vit.

— Tiens, qui voilà !

Il me regarda de haut en bas, surpris par ma tenue décontractée et mon visage dénué de maquillage.

— Vous êtes en congé, ou quelque chose comme ça ?

J’eus un petit sourire triste.

— Quelque chose comme ça, oui.

Je pris une grande inspiration et poussai les portes tournantes pour gagner la lumière du soleil.

C’était une belle journée de juillet, chaude sans être étouffante. J’appréciai de me retrouver dehors et de pouvoir bouger mes membres. Mais la sensation avait également un je-ne-sais-quoi de bizarre – proche d’une impression de somnambulisme. Quelle étrangeté que de sentir qu’on ne m’attendait nulle part ! Margo n’attendait pas que je réponde à une série de messages griffonnés sur des Post-it jaunes en mon absence. Marty Adler n’attendait pas que je lui rende une énième version revue et corrigée du contrat en cours. Justin Keating n’attendait pas que je surgisse pour lui pourrir la vie.

Je n’avais pas de visioconférence. Pas de réunion. Pas de déjeuner. Pas de rendez-vous. Pas de deadline. Pas de séminaire. Rien.

Si je le voulais, je pouvais très bien mettre le même jean et les mêmes tongs tous les jours. Je possédais désormais toute une garde-robe inutile, remplie de tailleurs onéreux dont certains avaient encore l’étiquette Bergdorf accrochée à la manche. J’essayai de me rappeler si j’avais gardé certaines factures. Pourrais-je tout leur rendre ? À moins que je n’organise un vide-dressing, un genre de vente privée pour cause de liquidation personnelle. « VENTE EXCEPTIONNELLE. AVOCATE AU REBUT À SAISIR D’URGENCE. PRIX DÉFIANT TOUTE CONCURRENCE… »

Je dépassai un jeune papa du quartier, très séduisant dans son pantalon de survêtement Adidas et son vieux t-shirt Race for the Cure, qui tenait par la main son fils – son portrait tout craché – comme ils traversaient la rue. Le gamin, qui devait avoir cinq ans, trimballait une petite batte en plastique. De toute évidence, ces deux-là se rendaient au parc.

Juste après, je croisai une femme d’un certain âge très mince, aux cheveux presque rasés, qui fredonnait la chanson passant dans ses écouteurs.

Voilà donc à quoi ressemblait la ville pendant la semaine, au cours de toutes ces longues heures de travail que j’avais perdues à la firme. Je ne cessais de m’émerveiller en voyant tous les gens qui arpentaient le quartier au beau milieu d’un mardi matin comme les autres. Quel était leur secret ? Que faisaient-ils, dans la vie ? Ils ne pouvaient pas tous être retraités ou rentiers. Travaillaient-ils de nuit ? À moins que, comme Dennis l’avait présumé pour moi, ils n’aient simplement pris un jour de congé.

En poursuivant ma petite marche, je me rendis compte que j’étais affamée. Peut-être que le sandwich au fromage de Rachel, hier, m’avait sortie d’une sorte d’hibernation alimentaire. Ou peut-être était-ce dû au fait que je prenais l’air pour la première fois depuis quatre jours. Quoi qu’il en fût, mon corps me signifiait clairement que je n’avais pas prêté suffisamment attention à ses besoins. Et qu’il n’était pas content.

Je tournai les talons et partis en sens inverse, vers la boutique de bagels à trois pâtés de maisons de là. Ma faim était telle que je me mis presque à courir. Et c’était bon d’avoir un but, même si ma destination était seulement le Bagel Boat.

— Que désirez-vous ? me demanda l’homme derrière le comptoir en enfilant des gants en plastique.

Je ne l’avais jamais vu avant. Habituellement, je venais ici dans l’effervescence du week-end mais à cette heure, en semaine, le personnel n’était pas le même et l’endroit était calme, presque désert. Quelle joie de découvrir toute cette vie des jours de semaine sans bureau, dont je ne connaissais rien !

— Je vais prendre un complet grillé avec saumon et fromage frais, s’il vous plaît.

— Autre chose ?

— Oui, ceci, dis-je en prenant un exemplaire du Wall Street Journal dans le présentoir métallique.

En souvenir de ma vie d’avant. Et pour les offres d’emploi, aussi. À moins que… ? En fin de compte, je ne savais même pas s’ils publiaient encore ce genre d’annonces.

Pendant que l’employé préparait ma commande, le petit carillon sonna au-dessus de la porte et trois femmes entrèrent dans le magasin en bavardant et en riant, poussant chacune une poussette. Toutes trois étaient vêtues de la même manière, en jean, t-shirt et tennis ou tongs. Elles rangèrent les poussettes dans un angle et se dirigèrent vers un recoin près des boissons fraîches. Apparemment, le passage à la boutique de bagels faisait partie de leur routine.

Ces femmes étaient plus jeunes que moi – entre vingt et trente ans maximum, probablement. La plus grande des trois avait une superbe peau couleur caramel et, lorsqu’elle parla à ses amies, je perçus un léger accent des Caraïbes dans sa voix. Les deux autres étaient asiatiques, de peau plutôt mate, avec une expression ouverte, souriante. Des Tibétaines, peut-être, ou bien des Thaïlandaises.

Et chacune de ces trois jeunes femmes s’occupait d’un enfant blond aux yeux bleus.

Il y avait quelque chose de frappant dans le spectacle de ces trois femmes brunes avec leurs petits blondinets. Je levai les yeux vers la pendule au-dessus de la caisse : 10 h 18. Apparemment, c’était l’heure de rendez-vous des nounous de Manhattan. Les mamans qui les employaient devaient être parties de chez elles depuis des heures déjà, leurs doigts pianotant sur leur BlackBerry ou leur iPhone tandis qu’elles filaient vers un travail stressant ou un autre – un boulot avec un diplôme accroché au mur, des dossiers dans une armoire, une assistante, un téléphone avec haut-parleur, une fenêtre avec vue sur les rues, en bas. Ces mêmes rues où leurs nounous se promenaient chaque jour de la semaine, jusqu’à ce que les femmes actives courent chez elles prendre le relais, à la tombée de la nuit. Juste à temps pour lire une histoire à leurs enfants avant de dormir.

Je pris mon journal et m’assis à l’une des petites tables contre le mur.

« Quinze personnes tuées dans un attentat à la bombe à Kaboul. » « Le chômage en hausse de deux pour cent. » « Le Congrès dans une impasse partisane sur la réforme du forage. » « Un conseiller municipal démissionne dans le cadre d’une enquête sur des pots-de-vin. » Il n’y avait plus que des mauvaises nouvelles.

Pour me distraire un peu, je regardai l’enfant dans la poussette stationnée à côté de moi. Une petite fille aux joues roses, aux boucles blondes et aux cils incroyablement longs y était sagement installée. Elle devait avoir quatre ans – franchement, je la trouvais un peu grande pour circuler en poussette dans une ville comme New York, mais on ne pouvait nier qu’elle était adorable.

Le carillon tinta à nouveau, et une femme qui n’était clairement pas une nounou entra. D’abord, elle était seule. Ensuite, elle était dans mes âges, petite, jolie, avec des cheveux blond cendré et une allure générale extrêmement soignée, en dépit de sa tenue sportive – pantalon de yoga gris, débardeur noir moulant, chaussures de course. Une bouteille d’eau rose fuchsia, un sac banane compact et un iPhone étaient solidement harnachés à sa taille.

Elle s’approcha du comptoir, commanda un bagel au blé complet avec un œuf à la coque, puis se tourna vers moi. Je sentis son regard me scruter – ma coiffure approximative, mon jean et mes tongs, la poussette de luxe à mes côtés. Sans détour, elle avança et regarda dans la poussette.

— Oh là là, fit-elle avec de grands yeux émerveillés. Cette petite est ma-gni-fique.

Ce fut à mon tour d’écarquiller les yeux. Elle m’avait prise au dépourvu ; les gens n’avaient pas l’habitude de s’adresser la parole avec une telle spontanéité dans le monde des actifs du centre-ville. Mais peut-être en était-il autrement dans celui des gens étrangers à la vie de bureau ; on avait le droit d’aller parler à des inconnus. Je lançai un regard vers la nounou de l’enfant, essayant de croiser le sien, mais elle tournait la tête.

Mes yeux se posèrent sur la petite, puis sur la sportive du mardi. Ne voulant pas paraître impolie, je lui souris.

La femme se pencha au-dessus de la poussette et agita les doigts devant le visage de l’enfant endormie. Elle s’inclina alors davantage – révélant au passage le généreux décolleté qui pigeonnait sous son débardeur – et alla carrément chatouiller le nez de la petite fille.

— Hé, intervins-je en rapprochant instinctivement la poussette de moi. Je crois que vous ne…, commençai-je en regardant du côté de la nounou, désormais occupée à choisir quel jus vitaminé elle allait prendre.

La sportive se redressa et me sourit.

— Depuis combien de temps vous occupez-vous de ce petit ange ? me demanda-t-elle.

Mes doigts se refermèrent sur la barre de la poussette en un geste possessif.

— Euh, eh bien…

— Vous venez jusqu’ici du Queens, ou d’un autre quartier ? demanda-t-elle sans se départir de son sourire bienveillant.

— Non, je… en fait, j’habite juste à côté, répondis-je.

Mais qu’est-ce que je faisais ? Pourquoi est-ce que je ne lui expliquais pas simplement la méprise ? Qu’est-ce qui me prenait ?

— Vous savez, je trouve que c’est vraiment une excellente idée pour des parents d’embaucher une nounou parlant asiatique, à notre époque, s’épancha-t-elle.

Ah. Est-ce que je savais parler asiatique, moi ?

J’eus un petit sourire hésitant.

— Écoutez, continua-t-elle, vous avez l’air vraiment charmante. Permettez-moi de vous laisser mon numéro de téléphone.

Sur ce, elle pêcha une carte de visite dans son sac banane et leva le menton vers la poussette.

— Quand ce petit trésor ira à l’école, ce qui ne devrait pas tarder, j’imagine, vous aurez peut-être besoin d’un autre travail. Rob et moi avons des tas d’amis qui adoreraient avoir une nounou asiatique qui connaît déjà le quartier.

Elle me tendit sa carte.

— Merci, c’est gentil de votre part, dis-je, presque sincèrement.

Elle agita gaiement une main en l’air.

— Oh, ce n’est rien. Je suis comme ça, que voulez-vous. J’adore aider les gens !

— Bagel complet, saumon et fromage frais ! lança l’employé derrière le comptoir en brandissant un sac en papier.

— C’est pour moi.

Je me levai, embarquai mon journal et pris le bagel.

Il me semblait que je devais tout de même dire quelque chose à cette femme. Après tout, à sa manière un peu singulière, elle venait juste d’essayer de me trouver un travail.

— Eh bien, ravie de vous avoir rencontrée, dis-je en restant plantée là avec mon bagel, un peu gênée.

— Ne perdez pas mon numéro, hein ! lança-t-elle avec un sourire radieux. Si vous avez besoin d’une recommandation pour une autre famille, n’hésitez pas à appeler.

— Très bien, bredouillai-je en commençant à reculer en direction de la porte.

— Attendez ! s’écria-t-elle. Vous oubliez la petite !

Un demi-sourire sur les lèvres, je lui adressai un signe de la main avant de me retourner pour me précipiter vers la sortie.

Une fois dehors, sans savoir pourquoi, je me mis bientôt à trotter puis à courir, autant que mes tongs me le permettaient. Et, tout en courant, le fou rire me prit. Un vrai rire, libérateur. Tout cela n’avait aucun sens mais, tout à coup, je me sentis légère et euphorique. Étrangement libre.

Je courus ainsi sur une centaine de mètres avant d’avoir le courage de regarder derrière moi. Je m’arrêtai et me penchai, les mains sur les cuisses, pour reprendre mon souffle. Je m’attendais à moitié à voir la sportive surgir au bout de la rue, flanquée d’un officier de police et d’une troupe de nounous indignées me montrant du doigt. La voilà ! C’est une usurpatrice ! Arrêtez-la !

Je me remis à courir, cette fois en direction de l’est. Devant moi, je repérai bientôt une enfilade de vieilles cabines téléphoniques, quelques-unes des seules existant encore à Manhattan. Je ralentis et marchai en regardant prudemment autour de moi – sans savoir exactement qui aurait pu être susceptible de m’arrêter –, avant de me diriger vers la première cabine. Je ne savais même pas ce que j’allais faire. Ce fut automatique.

Mes doigts composèrent tout seuls le numéro de mon ancien bureau.

La curiosité l’avait emporté. Trois sonneries retentirent mais, au lieu du message habituel, j’entendis alors la voix de Margo : « Bonjour. Vous êtes sur le répondeur d’Ingrid Yung. Nous vous informons que Mrs Yung ne fait désormais plus partie du cabinet Parsons Valentine and Hunt, et qu’aucun message personnel laissé sur cette ligne ne lui sera transmis. Si vous avez une demande d’ordre professionnel, nous vous invitons à composer le zéro afin de joindre l’accueil, où nous vous mettrons en relation avec un autre avocat. »

Seul quelqu’un connaissant Margo aussi bien que moi aurait pu déceler le léger accent de tristesse qui teintait sa voix en fin de message. Cette chère Margo… Elle me manquait.

De retour chez moi, dans la relative sécurité de mon appartement dont le remboursement de l’emprunt serait bientôt au-dessus de mes moyens, je balançai mon journal et le sac du bagel sur le comptoir en marbre, m’assis face à la table de la cuisine et me pris la tête entre les mains. Bon sang, je perdais vraiment les pédales. Je venais de faire semblant d’être la nounou d’une petite fille ; et d’appeler mon propre répondeur.

Brusquement, l’idée me vint que j’étais devenue le genre de personne sur qui les autres s’apitoient. Moi. Ingrid Sabrina Yung. Après tout, c’était bien pour cela que la sportive du mardi avait voulu m’aider, pas vrai ? Parce qu’elle pensait que j’allais vite avoir besoin d’un travail.

Eh bien, oui, m’admonestai-je, tu as besoin d’un travail ! Et alors, être une nounou serait-il vraiment indigne de moi ? Rachel ne m’avait-elle pas toujours dit que j’étais formidable avec Isabel et Jacob ? Peut-être ne serait-il pas si absurde d’appeler la sportive, un de ces quatre.

Dans combien de livres et de films voyait-on des femmes dévouées à leur carrière vivre la même chose ? Un jour ou l’autre, nous avions toutes une sorte de révélation concernant notre travail, et nous finissions par envoyer balader nos chefs dominateurs une bonne fois pour toutes, en leur disant enfin ce que nous avions sur le cœur et d’aller se faire voir ; après quoi, le fait de quitter nos somptueuses tours de verre nous permettait souvent de nous découvrir un goût et un talent cachés pour faire des cupcakes, coudre des sacs à main, aller promener des chiens ou autre chose de ce genre. C’était cela, ou trouver et épouser Monsieur Parfait, en espérant que celui-ci ait un endroit décent où vivre. Pas vrai ?

Pour ma part, je ne savais pas cuisiner. Je n’avais jamais été forte en couture non plus. Et j’avais récemment essayé de m’engager sur le chemin d’un Monsieur Parfait, ce qui s’était terminé par un fiasco aussi monumental que douloureux.

Juste ciel… Je me sentis soudain très, très fatiguée. Je croisai les bras sur la table et y posai ma tête, qui me semblait affreusement lourde.

Voilà donc où tout cela m’avait menée. Après m’être tuée à la tâche pendant toutes ces années, je ne changerais pas le cours de l’histoire, finalement. Au lieu de quoi, j’appellerais la sportive pour trouver une place de nounou parlant une langue exotique.

Je restai là, affalée sur la table pendant un long moment, à écouter le bruit régulier de mon souffle, le son lointain de la circulation dix-neuf étages plus bas, et à réfléchir.

Je n’en revenais pas de la vitesse et de l’ampleur avec lesquelles j’avais été dépossédée des symboles et objets d’identification – mallette, BlackBerry, rubrique Affaires du Times – qui m’avaient immunisée pendant toutes ces années. Avec un sentiment proche de la culpabilité, je me rendis compte que j’avais passé une grande partie de ma vie à accumuler puis garder jalousement ce trésor personnel de signes d’immunité. Nous les amassions et les chérissions tous, nous autres enfants chéris des minorités qui étaient parvenus aussi loin socialement.

Nous amassions autre chose aussi, à l’insu des collègues avec lesquels nous riions et prenions un verre après le travail. Il s’agissait d’un compte méticuleux de toutes les injures et vexations encaissées au fil des ans – le regard surpris d’un nouveau client lors d’une première rencontre, les conversations soudain chuchotées ou interrompues quand nous entrions dans une pièce. En de rares occasions, quand nous étions en confiance, nous nous les racontions pour nous alléger, en leur conférant des allures de récits de guerre. Nous relevions nos manches et nous les révélions mutuellement, comme on se montrerait les blessures reçues sur le champ de bataille.

Je t’ai raconté la fois où une dame m’a tendu son linge sale quand je faisais la queue derrière elle au pressing ?

Ce n’est rien, ça. Je t’ai dit qu’un jour, un client avait utilisé le mot « nègre » au téléphone, avant d’apprendre que j’étais noir ?

Et la fois où le professeur Cahill m’a demandé si j’avais fait Stanford grâce à une bourse en athlétisme ?

Arrête. Moi, on m’a demandé si mes parents étaient des clandestins.

Etc., etc.

Je comprenais maintenant que j’avais passé le plus clair de mon existence à tenter de me mettre à l’abri de toutes sortes de blessures. Et cela avait presque fonctionné. Toutes ces années durant, j’avais presque réussi à vivre ma vie quotidienne en ignorant les différences qui existaient entre moi et n’importe quel autre cadre dynamique de cette ville, qui lisait le Times, portait un costume et était accro à son téléphone portable. Jusqu’à maintenant.

J’avais cru que le fait de devenir associée ferait de moi une femme accomplie et épanouie. Que je serais alors immunisée contre les mille petites humiliations que j’avais subies jusqu’ici. Seulement, ça n’avait pas marché. Et ça ne marcherait jamais. La course était vouée à l’échec dès le départ. Je le savais désormais. Je savais aussi exactement ce que cet échec faisait de moi à partir de maintenant : une décrocheuse de plus, une autre enfant chérie des minorités qui avait été tout près, tout près du but.

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