Plan de carrière

Helen Wan · Chapitre 5 sur 28

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Plan de carrière

Chapitre 4

 

J’entrai dans ma cuisine en traînant les pieds et ouvris le réfrigérateur en acier brossé. Les étagères intérieures étaient vides, exception faite d’une brique de jus d’orange, d’une boîte à emporter avec un reste de poulet tikka masala, d’un vieux yogourt Chobani et – bingo ! – d’une bouteille de pinot grigio. Le garde-manger d’une femme qui n’avait dîné chez elle que trois fois en un mois.

J’avais beau avoir acheté l’appartement il y a deux ans, celui-ci ne semblait toujours pas habité ; il n’y avait aucune décoration sur les murs d’un blanc immaculé, aucun tapis sur le parquet, aucun rideau aux fenêtres.

— Mais… on dirait que personne n’habite ici ! s’était exclamée ma mère lors de sa dernière visite à New York.

Mon père s’était contenté de marmonner quelques remarques satisfaites sur le système de sécurité du bâtiment.

Je me servis un verre de vin et retournai dans le salon pour méditer au calme sur les événements de la journée. Je m’affalai sur le canapé – la seule folie que je m’étais permise, un petit cadeau pour fêter mon installation ici. Somptueux, bas de dossier, de coloris vert pistache et ridiculement cher, c’était le genre de canapé davantage fait pour être regardé que pour s’y asseoir. Ayant grandi dans une maison où le moindre meuble était acheté en solde et restait scrupuleusement couvert jusqu’au moment précis où des visiteurs entraient, je n’étais pas une habituée des achats compulsifs. Mais je m’étais tout de même offert ce luxe.

Je bus une gorgée de vin, m’installai contre les coussins et fermai les yeux en repensant à ce qui m’avait turlupinée tout l’après-midi – ce qui m’avait hantée, devrais-je dire, alors même que je passais un déjeuner très productif avec Ted Lassiter, suivi d’une réunion de stratégie non moins efficace avec Marty Adler au bureau.

Selon tous les critères objectifs, ç’aurait dû être une excellente journée.

Sauf que cela faisait mal, pour une adulte de trente-trois ans en passe de devenir associée d’un des plus gros cabinets d’avocats du monde, de se rendre compte qu’un unique mot stupide lancé dans la rue pouvait encore m’atteindre à ce point.

J’avais l’impression d’avoir de nouveau six ans, et que les autres gamins de l’école primaire de Ravenwood se tiraient sur le coin des yeux dans la cour de récréation en chantant devant moi :

Chinois,

Japonais,

Tout cracra,

Regardez-les !

Tout cela était pourtant censé être terminé, non ?

Ressaisis-toi, Ingrid. Qu’est-ce qui t’arrive ? me demandai-je. Pourquoi te mettre dans un état pareil à cause de ce qu’un pauvre type t’a dit dans la rue ? Tout se passe exactement comme tu le voulais dans ta vie. J’avalai une autre gorgée de vin, posai le verre sur la table basse et me pelotonnai sur mon canapé aussi luxueux qu’inconfortable pour essayer de dormir.

Je me rappelais parfaitement la première fois où j’avais découvert la magnificence de la ligne d’horizon de Manhattan.

C’était l’été, j’avais neuf ans. Ce week-end de juin, mes parents et moi avions pris la route depuis notre pavillon de banlieue du Maryland afin d’aller visiter New York, pour la toute première fois.

Nous allions rendre visite à un vieux collègue de mon père, un économiste respecté de Princeton nommé Robert Giles. M. Giles, un Américain, avait enseigné pendant une année à l’université de Taipei, à Taïwan, en même temps que mon père, et ils étaient restés en contact depuis tout ce temps. À chaque noël, ma mère recopiait scrupuleusement une phrase en anglais que j’avais rédigée pour elle – Toutes nos pensées à vous et votre famille, et meilleurs vœux pour l’année à venir ! – sur une carte achetée dans un lot à moitié prix le 26 décembre précédent et conservée pendant onze mois dans un tiroir. Chaque année, mes parents adressaient systématiquement leurs bons vœux à la poignée de connaissances non chinoises qu’ils s’étaient faites au cours de leurs vingt ans d’immigration aux États-Unis : quelques collègues ; ma professeure de piano, Mrs Johnson ; deux ou trois voisins qui nous avaient invités à une fête de quartier ou à un barbecue (ce n’était pas le cas de tous) ; et M. Giles.

Une fois retraité de Princeton, lui et sa femme s’étaient installés définitivement à New York, où ils invitèrent ma famille à venir leur rendre visite pendant des années. Après tout, avaient-ils ajouté d’une belle écriture au bas de leur carte de vœux annuelle, New York n’est qu’à trois heures de train de Washington ! Nous aimerions beaucoup voir comme votre petite Ingrid a grandi. Apparemment, c’est devenu une très bonne élève !

Mon père finit par accepter leur invitation après qu’un jour, j’étais rentrée de l’école en annonçant être l’une des seules de ma classe à n’avoir jamais vu le sommet de l’Empire State Building.

J’adorais faire de longs trajets en voiture avec mes parents. Comme je n’avais ni frère ni sœur avec qui me chamailler à l’arrière, le voyage était toujours paisible, et j’étais ravie de me trouver en compagnie des deux personnes que j’aimais et admirais le plus au monde dans notre petit vaisseau privé. Je m’y sentais bien, au chaud, rassurée, coupée du monde extérieur. Lorsque nous passions devant des usines, de vieilles maisons ou des magasins, mon père racontait des anecdotes amusantes – qu’il inventait – sur tous ces endroits. Ma mère mettait des cassettes dans l’autoradio et fredonnait sur des chansons de Connie Francis et d’Elvis que mon père et elle aimaient – ces mêmes chansons, disait-elle, que mon père avait utilisées pour lui faire du gringue quand ils étaient tous deux étudiants à Taïwan. Il n’était pas rare que ma mère me surprenne en employant correctement certaines expressions désuètes et peu courantes en anglais – « faire du gringue », par exemple.

Depuis le siège avant, ma mère ne cessait de se retourner pour m’expliquer que mon père avait été le meilleur étudiant en économie de M. Giles à Tai Da, l’université la plus prestigieuse de Taïwan, surtout parce qu’il parlait anglais beaucoup mieux que la plupart de ses camarades. Mon cœur s’était gonflé de fierté et d’affection. Les yeux sur la route, mon père avait murmuré que ma mère exagérait mais, à sa voix, je savais qu’il souriait. Alors que nous roulions sur l’autoroute à plus de cent kilomètres/heure, je me rappelle avoir éprouvé un sentiment de bonheur parfait comme je n’en ai jamais connu, ni avant ni après. Notre petite famille était pleinement heureuse et détendue dans cette voiture, en route vers un endroit nouveau.

Nous arrivâmes à New York vers midi. Cependant que mon père commençait à bougonner en cherchant une place où se garer dans Manhattan, ma mère me montra le Chrysler Building, la gare de Grand Central, le Carnegie Hall et Rockefeller Center.

Je ne pouvais plus détacher les yeux de ma fenêtre. Jamais je n’avais vu de ville comme celle-ci et jamais je ne m’étais sentie aussi petite – mais petite d’une bonne manière. Petite d’une manière qui n’impliquait ni malaise ni solitude. Tout me semblait vital et important ici. Mieux, plus grand, plus gros, plus rapide, plus tout. Comme si tout le monde y était essentiel, faisant partie du fonctionnement d’une énorme machine qui bougeait de toutes parts, et que le moindre de ces mouvements était justifié et capital. C’est à ce moment-là que je me suis promis d’habiter ici un jour – ce moment où New York m’a fait du gringue.

Pour commencer, et parce que j’en avais très envie, nous sommes allés au sommet de l’Empire State Building, où une dame accueillait tous les enfants sortant de l’ascenseur avec de grosses sucettes rouges enveloppées comme des pommes d’amour et ornées d’un ruban déclarant I ♥ NY. Mes parents me soulevèrent au niveau de la rambarde afin que je puisse voir jusqu’en bas, chacun me tenant fermement par un bras. Il y avait tellement de choses à voir, de là-haut ! Je voyais même la ligne où le bleu du ciel prenait fin pour céder le champ au gris de la ville.

Il y avait un autre enfant à côté de moi, d’à peu près mon âge. Son père le souleva et lui désigna un point précis du panorama urbain.

— Tu vois cet immeuble là-bas, Max ? Le grand avec le toit tout pointu à côté de celui qui a un toit rond et doré ?

— Oui, répondit le petit garçon d’un air ennuyé.

Je m’efforçai de distinguer l’endroit dont cet homme parlait.

— Eh bien, c’est là que papa travaille tous les jours, déclara l’homme fièrement. Qu’est-ce que tu dis de ça ?

— Je sais. On peut partir, maintenant ?

Le père posa l’enfant à terre et, tandis qu’ils s’éloignaient, je me rappelle m’être sentie très jalouse de ces deux-là, sans trop savoir pourquoi.

Mes oreilles se bouchèrent comme l’ascenseur redescendait. Une fois de retour dans la rue, mon père mit un pied sur la chaussée, leva un bras avec superbe et l’agita légèrement, me montrant comment héler un taxi. Sauf que le feu était au rouge et qu’aucune voiture ne passait. Il se tourna alors vers moi, m’adressa un clin d’œil et me demanda :

— Tu veux essayer ?

J’acquiesçai. Il me prit dans ses bras et redescendit du trottoir. Je levai le bras et l’agitai à mon tour. Le feu passa au vert, les voitures se ruèrent vers nous et, comme par magie, un taxi jaune s’arrêta juste devant nous. J’étais aux anges.

Le taxi nous déposa devant un gigantesque magasin de jouets près de l’entrée de Central Park. Nous y restâmes des heures, mais mes parents refusèrent de m’acheter quoi que ce soit. En revanche, j’eus droit à un cornet de glace commandé à un vendeur du parc, en dépit des protestations de ma mère arguant que nous étions proches de l’heure du dîner. Assise entre mes parents sur ce banc vert du parc, de la glace au chocolat gouttant sur mes genoux tandis que je regardais passer les chevaux et calèches, je me dis que New York était forcément le meilleur endroit du monde.

Lorsque les ombres des arbres commencèrent à s’allonger sur les pelouses, mon père consulta sa montre et annonça que nous devrions nous mettre en route pour rejoindre le quartier où habitaient M. et Mrs Giles. Pas question d’être en retard pour le dîner. Nous sortîmes du parc et nous arrêtâmes sur le trottoir. Ma mère suggéra que nous achetions une bonne bouteille de vin pour le repas, et une gentille dame âgée promenant le plus petit chien que j’aie jamais vu nous indiqua où nous pourrions trouver un caviste.

Après avoir acheté une bouteille de vin rouge, nous sautâmes dans un autre taxi. Mon père donna de brèves indications au chauffeur, qui démarra aussitôt. J’étais fière que mon père sache se repérer dans la ville sans avoir besoin d’une carte. J’avais encore l’âge de croire que mes parents savaient tout.

Nous remontâmes Madison Avenue, tournâmes à gauche vers un ensemble de grands immeubles majestueux, puis encore à gauche pour emprunter une large avenue où nous fîmes halte à un feu rouge. À ma droite, le trottoir donnait sur une vaste esplanade avec des bancs et des fontaines.

— Regarde, dit ma mère en pointant un doigt vers la fenêtre.

Je levai des yeux ébahis vers la splendeur du Metropolitan Museum of Art, avec son interminable volée de marches blanches et ses imposantes colonnes rondes encadrant deux gigantesques bannières colorées, où je pus lire : « L’ART OLMÈQUE DU MEXIQUE ANCIEN » et « LE RÉALISME REVISITÉ : LES CHEFS-D’ŒUVRE AMÉRICAINS. »

— On peut y aller ? demandai-je.

— Pas aujourd’hui, Ingrid, répondit mon père. Sinon, on arriverait en retard chez M. Giles et sa femme.

Voyant ma mine déçue, il ajouta :

— La prochaine fois, d’accord ? New York sera toujours là. Je te le promets.

Le taxi s’arrêta bientôt devant un grand bâtiment blanc à l’entrée duquel figurait une plaque dorée rutilante. Mon père vérifia le numéro sous l’auvent vert et blanc et déclara :

— C’est bien ici, ouf.

Il poussa la porte à tambour et nous pénétrâmes dans un hall en marbre comportant un espace séparé sur la droite, qui ressemblait au salon d’une maison. Chez quelqu’un de riche. Je me rappelle m’être soudain fait la remarque que les chaussures de ma mère faisaient beaucoup de bruit. Pour la première fois de la journée, je me demandai si nous étions bien habillés. Ma mère avait d’abord voulu emporter une tenue de rechange pour le dîner, après notre journée à crapahuter en ville, mais M. Giles nous avait dit de ne pas nous compliquer la vie, puisque nous n’irions pas dans un endroit chic.

Un homme rond aux joues roses vêtu d’un uniforme vert à passepoil doré aux manchettes et au col se tenait derrière un haut comptoir en bois, à quelques pas de nous. Il signait un document tendu par un jeune homme maigre en tenue marron, qui maintenait un gros colis contre sa hanche.

— Oh, j’ai oublié le vin ! s’écria mon père avant de détaler vers les portes en verre pour tenter de rattraper le taxi, lequel commençait juste à s’éloigner du trottoir.

Il fonça derrière le véhicule tandis que ma mère approchait du portier et lui disait :

— Bonsoir, nous sommes les Yung. Nous venons voir M. et Mrs Giles.

L’homme nous scruta de la tête aux pieds.

— Comment vous écrivez ça ? grogna-t-il.

— Y-U-N-G ? épela-t-elle avec soin.

— Un instant.

Il prit un téléphone vert et composa un numéro qu’il semblait connaître par cœur. Il nous annonça, écouta quelques secondes, puis raccrocha et dit :

— Oui, ils vous attendent. Les ascenseurs sont à droite, dans le couloir. 20-E.

Sur ce, il se tourna vers le journal à peine dissimulé devant lui.

— On va attendre ton père ici, me dit ma mère en mandarin en m’entraînant un peu à l’écart.

Quelques instants plus tard, mon père surgit des portes tournantes, le souffle court, brandissant le sac plastique qui contenait la bouteille de vin.

Le portier releva la tête et lança :

— L’entrée est sur le côté, pour les livraisons.

Mon père se figea un instant avant de passer devant lui.

— Non, je suis là pour…

L’homme en vert sortit de derrière son comptoir et se planta devant mon père, lui bloquant le passage.

— J’ai dit : l’entrée, c’est de l’autre côté, pour les livraisons. Vous ne comprenez pas l’anglais ?

Ma mère émit alors un petit bruit que je ne l’avais jamais entendue faire avant – une sorte de souffle étranglé.

Mon père resta coi un moment, avant de répondre posément :

— Nous sommes ici pour dîner avec le Dr Giles. Dites-lui que c’est le Dr Le-Wen Yung et sa famille.

Le portier nous toisa un peu plus prudemment cette fois, ma mère et moi. Ma mère redressa légèrement la tête en soutenant son regard. Je crus un instant que l’homme allait s’excuser – parce qu’il devait s’excuser, pas vrai ? Mais il se contenta de retourner derrière son comptoir et reprit son journal.

— C’est bon, lâcha-t-il. 20-E.

Mon père était rouge écarlate. Sans que mes parents disent un mot, nous empruntâmes le long couloir couvert de moquette qui menait aux ascenseurs. À leurs têtes, je savais qu’il valait mieux que je ne dise rien, moi non plus.

Je me souviens que j’ai eu envie de pleurer, mais pas de tristesse. De colère, plutôt. J’étais en colère contre cet homme en uniforme vert, et en colère contre moi-même, parce que je me sentais gênée pour mon père.

Nous arrivâmes enfin devant un ascenseur lambrissé d’un bois sombre et muni d’une rampe en laiton étincelant. Je fus surprise de découvrir un autre homme en vert à l’intérieur. Celui-ci nous sourit et demanda :

— Quel étage ?

Mes parents parurent étonnés eux aussi de cette apparition, et c’est moi qui répondis :

— Vingt, s’il vous plaît.

— Tout de suite, jeune fille.

Les portes se refermèrent et la cabine monta les vingt étages. L’ascenseur allait si vite que mes oreilles se bouchèrent encore, et je songeai qu’il devait être à la fois étrange et merveilleux de vivre si haut que vos oreilles se bouchaient chaque fois que vous rentriez chez vous !

Je risquai un regard vers mon père pendant l’ascension. La mine toujours sombre, il fixait résolument les numéros qui s’éclairaient en progressant jusqu’à vingt. Ma mère tira sur sa jupe et vérifia son reflet dans le miroir de poche qu’elle gardait dans son sac. Elle lissa nerveusement mes cheveux et je m’écartai, gênée et agacée, avant que l’ascenseur ne s’arrête enfin au vingtième.

Le dîner, où nous furent servis du rôti de bœuf et de la purée de pommes de terre, fut délicieux, quoiqu’un peu guindé. Mon père et ma mère ne parlèrent pas beaucoup, ce que je compensai en entretenant constamment la discussion avec les Giles à propos de tout ce que j’apprenais en classe de CM1. Le repas terminé, M. Giles nous proposa de passer au salon pour prendre ce qu’il appelait un « cordial ». Il faisait encore jour lorsque nous avions pris place à table, si bien que lorsque nous retournâmes dans le salon, avec ses immenses baies vitrées donnant sur la ville illuminée, ce fut un véritable émerveillement.

Mon père, ma mère et moi restâmes en admiration devant la vue. De là, nous pouvions voir la cime désormais sombre des arbres de Central Park et les tours et flèches grandioses de Manhattan, scintillant de rose et d’argent sous les lueurs du couchant. C’était le plus beau spectacle qu’il m’ait jamais été donné de voir.

— C’est quelque chose, hein ? lança joyeusement M. Giles tout en versant un alcool fort dans quatre verres de cristal. C’est cette vue qui a fini de nous convaincre d’acheter ici, Nancy et moi.

Je ne pouvais plus détacher mon regard de ce panorama, avec ce violet profond qui tapissait toute une bande du ciel. J’avais l’impression que les humiliations du jour étaient en train de quitter mon corps, et que je me réveillais fraîche et dispose. Jamais je n’avais éprouvé d’envie aussi forte que celle-ci : faire partie de ce paysage éblouissant de tours illuminées contre le ciel nocturne de New York. La moindre petite boîte de lumière – telle une pierre précieuse sur un collier – représentait à mes yeux une minuscule fenêtre pouvant s’ouvrir sur la réussite, l’acceptation, le respect, en d’autres termes une place dans le monde. Tout ce qui devait être bon, grand, et mériter qu’on se batte pour cela. Je songeai que derrière toutes ces petites boîtes de lumière, il devait y avoir un téléphone, un ordinateur, un clavier, un bureau, des diplômes accrochés au mur, des étagères remplies de livres. Le genre de choses que tout le monde désirait, probablement. À cet instant, je décidai de revenir ici et de contempler cette vue sublime quand je serai grande, un jour où je pourrais me dire que ces millions de petites boîtes brillantes et lointaines seraient à moi.

Je n’étais pas grande. Je n’étais pas forte. Je n’étais même pas un garçon. Mais les gens disaient que j’étais intelligente. Alors je décidai simplement de réussir – encore et encore et toujours –, parce qu’il le fallait. C’était la seule manière de protéger mes parents et de me protéger, moi, qui me vienne à l’esprit. Et c’était de cette façon que je justifierais ce que ma famille faisait ici. Je ne voyais pas d’autre moyen.

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