Poésie
Couleur D’heure ................................................................ 35
COULEUR D’HEURE
Avant qu’au seul éclat du rêve qui la dore, Galère sans rameurs ou nef sans gouvernail, Dans le brumeux oubli cette heure sombre encore, Si tu veux, ravisseur de clartés au Vitrail Qui pour la figurer un instant se colore, Je vais distraitement te peindre un éventail Pour que le souvenir des paradis quittés Entretienne en ton cœur une mystique flamme Et qu’alors du vitrail tu sentes les clartés S’épandre doucement en reflets sur ton âme.
Regarde :
J’ai voulu que demeurent
Des feuilles, un peu d’or parmi les branches d’arbres Telles, avant le crépuscule de l’heure, De clairs instants qu’on garde.
D’autres ont jonché les allées, Si souvent caressées de beau soleil que, mortes, Elles sont comme des minutes en allées Qu’un vent poussa devant la porte. De cet amas de feuilles mortes,
Tout contre un arbre,
J’ai fait le socle mouvant
D’un marbre
Et pour que la déesse nue
Dont, au moindre souffle de vent, Peut se briser
La statuette
Ne soit par d’Autres reconnue,
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J’ai de son nom sur le marbre effacé Les lettres.
Ce n’est ainsi pour Eux qu’une déesse nue Dont le regard se désespère
Vers la lugubre vasque de bronze vert D’où ne s’élance plus
Le jet d’eau fier
Qui, las d’avoir tenté l’impossible ascension, Retombait comme une désillusion Pour rejaillir
En gerbe claire
Vers l’azur tendre, aux matins d’hier, Blanc comme une âme qui aspire ! – … Après,
En harmonie
Avec un suprême et vague regret
Et les ors éteints
Que l’automne sème,
Le bronze terni
Et le marbre blême,
J’ai fardé les lointains
D’autres nuances d’agonies…
Vois comme j’ai, de bleus fanés, De pâlissants lilas,
Su farder les lointains du parc abandonné ; Puis, encore au-delà,
Vois se dégrader, au jour finissant, Presque irréel,
Le ciel que j’ai voulu d’un mauve essentiel.
Pardon, chère, de m’être en mon rêve exilé Et de t’avoir, sans craindre assez qu’il ne te plaise,
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