Poésie
II .................................................................................................
Ni l’un ni l’autre n’a paru me voir, et c’est seulement après m’être arrêté tristement derrière eux que je pénètre dans la troisième pièce.
Celle-ci est de beaucoup la plus grande, et les objets s’y trouvent un peu mieux en valeur : un fauteuil inoccupé de-vant la table paraît m’être destiné ; je prends place devant le papier immaculé.
J’obéis à la suggestion et me mets en devoir de compo-ser des poèmes. Mais, tout en m’abandonnant à la spontanéi-té la plus grande, je n’arrive à écrire sur le premier feuillet que ces mots : La lumière…
Celui-ci aussitôt déchiré, sur le second feuillet : La lu-mière… et sur le troisième feuillet : La lumière…
II
J’étais assis dans le métropolitain en face d’une femme que je n’avais pas autrement remarquée, lorsqu’à l’arrêt du train elle se leva et dit en me regardant : « Vie végétative ». J’hésitai un instant, on était à la Station Trocadéro, puis je me levai, décidé à la suivre.
Au haut de l’escalier nous étions dans une immense prairie sur laquelle tombait un jour verdâtre, extrêmement dur, de fin d’après-midi.
La femme avançait dans la prairie sans se retourner et bientôt un personnage très inquiétant, d’allure athlétique et coiffé d’une casquette, vint à sa rencontre.
Cet homme se détachait d’une équipe de joueurs de football composée de trois personnages. Ils échangèrent quelques mots sans faire attention à moi, puis la femme dis-
– 50 – parut, et je demeurai dans la prairie à regarder les joueurs qui avaient repris leur partie. J’essayai bien aussi d’attraper le ballon, mais… je n’y parvins qu’une fois.