Poésie

André Breton · Chapitre 30 sur 48

Pages du PDF

Poésie

Clair de Terre 1923 ........................................................ 46

CLAIR DE TERRE

 

 

1923

 

La terre brille dans le ciel comme un astre énorme au

milieu des étoiles.

Notre globe projette sur la lune un intense clair de

terre.

« LE CIEL »

Nouvelle astronomie pour tous .

 

– 46 –

– 47 –

 

Au grand poète

 

À ceux qui comme lui

s’offrent

 

LE MAGNIFIQUE

 

plaisir de se faire oublier

 

CINQ RÊVES

 

À Georges de Chirico.

I

Je passe le soir dans une rue déserte du quartier des Grands-Augustins quand mon attention est arrêtée par un écriteau au-dessus de la porte d’une maison. Cet écriteau c’est : « ABRI » ou « À LOUER », en tout cas quelque chose qui n’a plus cours. Intrigué j’entre et je m’enfonce dans un couloir extrêmement sombre.

 

– 48 –

Un personnage, qui fait dans la suite du rêve figure de génie, vient à ma rencontre et me guide à travers un escalier que nous descendons tous deux et qui est très long.

Ce personnage, je l’ai déjà vu. C’est un homme qui s’est occupé autrefois de me trouver une situation.

Aux murs de l’escalier je remarque un certain nombre de reliefs bizarres, que je suis amené à examiner de près, mon guide ne m’adressant pas la parole.

Il s’agit de moulages en plâtre, plus exactement : de moulages de moustaches considérablement grossies.

Voici, entre autres, les moustaches de Baudelaire, de Germain Nouveau et de Barbey d’Aurevilly.

Le génie me quitte sur la dernière marche et je me trouve dans une sorte de vaste hall divisé en trois parties.

Dans la première salle, de beaucoup la plus petite, où pénètre seulement le jour d’un soupirail incompréhensible, un jeune homme est assis à une table et compose des poèmes. Tout autour de lui, sur la table et par terre, sont ré-pandus à profusion des manuscrits extrêmement sales.

Ce jeune homme ne m’est pas inconnu, c’est M. Georges Gabory.

La pièce voisine, elle aussi plus que sommairement meublée, est un peu mieux éclairée, quoique d’une façon tout à fait insuffisante.

Dans la même attitude que le premier personnage, mais m’inspirant, par contre, une sympathie réelle, je distingue M. Pierre Reverdy.

 

– 49 –