Tu apprendras la confiance : T1 - Red Room (French Edition)
Chapitre 9
— Je porte un toast, s’écria Evan en levant son verre, à Lacey et Paul.
Avec un sourire poli, Cali leva son verre en même temps que tout le monde. Le sourire de l’amour sans tache et de l’espoir infini qui se peignait sur les traits des heureux fiancés faisait plaisir à voir.
— Que votre vie soit remplie d’amour, et vos rêves, de bonheur, reprit Evan. Félicitations pour vos fiançailles.
Par petits groupes, chacun vint féliciter le jeune couple. Lacey était rayonnante, le rose aux joues et le minuscule petit diamant brillant à son doigt. Paul, son fiancé, la tenait contre lui, un bras enroulé en signe de possession autour de son épaule. La fierté et l’attachement se lisaient sur son visage.
Cali détourna le regard, en prenant soin que personne ne la remarque. Elle ne voulait pas gâcher la fête par son cynisme. De légères notes de musique s’élevèrent et un éclat de rire se détacha dans le murmure des conversations.
— Ne sont-ils pas charmants ?
Cali sursauta, mais plaqua un sourire en se tournant vers Allie, sa voisine.
— Un nouvel amour est toujours charmant, convint-elle en jetant de nouveau un bref coup d’œil vers le couple heureux.
Ils se touchaient avec la fraîcheur du nouveau couple qui éprouve encore le besoin de sentir le contact de l’autre…
— Et ce sont les paroles de la femme qui m’a dit tout récemment que l’amour était une illusion qui ne tarde pas à voler en éclats au contact de la réalité, répliqua Allie d’un air amusé.
La jeune femme s’affala sur une chaise vide et fit une petite moue sardonique qui s’accordait bien avec l’éclat de ses yeux bruns.
— C’est vrai, reconnut Cali. Et je le pense toujours. Mais un nouvel amour est si beau à voir. Et, qui sait, peut-être que la réalité sera plus tendre avec eux.
— Bien sûr, répondit Allie d’un ton sarcastique en saisissant une bouteille de merlot sur la table pour remplir son verre.
Agée de trente-sept ans, Allie était avocate, et elle avait sa propre opinion sur l’amour et le mariage. Une opinion qui n’était pas très éloignée de la sienne. Allie regarda le verre d’eau qu’elle tenait à la main.
— Tu ne bois pas aujourd’hui ?
— Non, je dois travailler tout à l’heure.
— Un dimanche ?
— La propriétaire de la librairie doit quitter la ville, et elle veut vérifier les comptes avant son départ, expliqua Cali.
Son activité de comptable pour certains commerces de la ville lui plaisait. Elle avait commencé dix ans plus tôt pour rendre service à un ami et cela s’était transformé en entreprise rentable. C’était toujours étonnant de voir le nombre de gens qui pouvaient créer et faire tourner une entreprise sans avoir la moindre idée de la façon de gérer leurs comptes.
— La vie d’indépendant n’est pas aussi glamour que les gens se l’imaginent, dit Allie en secouant la tête.
Même si elle aimait l’autonomie et le contrôle que lui procurait son statut d’indépendant, Cali acquiesça.
— Bien sûr, poursuivit Allie, la voix toujours pleine de sarcasme. La vie d’une avocate qui rêve de devenir associée n’est pas rose non plus.
— Ils te font toujours courir dans tous les sens ? demanda Cali.
Allie haussa les épaules et but une gorgée de vin.
— Inutile de se lamenter. Je ne peux pas y faire grand-chose, excepté partir et recommencer ma carrière de zéro. Hé, je te rappelle que nous sommes à une fête et que nous sommes supposées nous amuser par cette belle journée.
Cali observa le beau ciel bleu et sourit avec mélancolie. Un week-end d’octobre où il faisait 20 °C était une chance exceptionnelle que les gens du Minnesota appréciaient à sa juste valeur. Elle passa la main sur les plis de sa robe verte ajustée qu’elle n’avait même pas eu le temps de repasser avant le début de la fête. Elle avait prévu de le faire, mais elle était en retard et avait promis à Evan et Edith de les aider à tout installer dans la cour. C’était exactement ce dont elle avait besoin à ce moment-là pour éviter de penser à ses propres problèmes.
Emménager dans cette résidence avait été la meilleure chose qu’elle ait faite après son divorce. Mettre un terme à son mariage n’avait pas été facile. Personne n’avait compris pourquoi elle avait divorcé de son mari. Mais personne non plus n’avait compris à quel point elle s’était sentie seule et vide derrière cette façade de mère de famille parfaite dans son pavillon de banlieue.
Comment expliquer à ses voisins que son mari si parfait ne l’avait pas touchée en plus de sept ans ?
Impossible. Il était bien moins honteux de les laisser croire qu’elle était en pleine crise de la quarantaine. Et peut-être était-ce le cas, après tout. Mais elle préférait envisager la situation comme un changement de cap.
En parlant de changement de cap… c’était un virage plutôt drastique qu’elle avait pris deux nuits plus tôt ! Un changement dont elle ne savait que penser. Elle se leva pour ramasser quelques assiettes et verres vides pour se distraire de ses pensées.
— Tu as besoin d’aide ? demanda Allie.
— Non, tout va bien.
— Parfait, parce que je suis presque assez soûle pour aller faire des avances au beau M. Montgomery, qui est là-bas, déclara Allie en penchant la tête pour observer l’homme en pleine conversation.
Cali se mit à rire et suivit le regard de son amie. Oui, Carter Montgomery était un bel homme. Il était grand, mystérieux et sexy. Ses cheveux noirs, ses yeux d’un bleu profond, alliés à un corps sculpté par de longues heures au club de gym, faisaient de lui un homme tout à fait agréable à regarder.
Et il donnait l’impression de savoir y faire avec les femmes. Enfin, elle était bien placée pour savoir qu’un beau physique n’était pas une garantie de performance sexuelle. Et la garantie d’être comblée, c’était ce qu’elle avait recherché… et obtenu deux nuits plus tôt. A cette pensée, Cali sentit son visage s’enflammer. Rien n’aurait pu la préparer à la nuit qu’elle avait passée au Red Room. Avec Jake.
Soudain sur ses gardes, elle jeta un coup d’œil vers Allie. L’avait-elle vue rougir ? Dieu merci, la jeune femme semblait perdue dans ses propres pensées. Un regard de convoitise sur le visage, elle ne quittait pas Carter Montgomery des yeux. Etait-ce l’expression de son propre visage lorsqu’elle avait aperçu Jake ? Jusqu’à ce soir-là, elle avait enfoui ses désirs sous le poids des responsabilités, de la maternité, et de tout ce qu’on attendait d’elle.
— Bonne chance, dit-elle à Allie en riant tandis que celle-ci se levait pour fondre sur sa proie.
Cali se faufila entre les tables avec sa pile d’assiettes en carton, le sourire toujours vissé aux lèvres. Elle jeta l’ensemble à la poubelle, avant de se diriger vers le buffet pour commencer à y faire le ménage.
Evan, qui s’était approché d’elle, lui glissa un bras autour des épaules.
— Cali, ma chérie, arrête de ranger et amuse-toi pour une fois. Mêle-toi à la fête et viens rigoler avec nous.
Il l’attira loin de la table.
— Tout va bien. Je rangeais juste un peu.
— Et le bazar sera toujours là quand la fête sera finie.
— C’est exact, mais il y en aura moins si tu me laisses ranger un peu maintenant.
— C’est hors de question, ma chérie. Madame parfaite va s’amuser aujourd’hui, au lieu de se cacher dans les coulisses et d’œuvrer pour que chaque détail soit parfait.
— Je ne me cache pas.
Il s’arrêta et lui jeta un regard incrédule.
— Je te mets au défi de rester assise pendant une heure et de t’amuser.
Elle sourit faiblement.
— Mais je m’amuse. J’essaie juste de ranger au fur et à mesure pour ne pas qu’on se retrouve à tout devoir faire à la fin. Ce n’est pas si grave, si ?
— Calme-toi, jeune fille, dit-il en la prenant affectueusement dans ses bras. Ce n’était pas une critique. Je veux juste que tu arrêtes de jouer à la maman pour être la belle et séduisante jeune femme que tu es.
Déstabilisée malgré elle, Cali ravala les larmes qu’elle sentait monter en elle. Evan, à sa façon douce et directe à la fois, venait de résumer sa vie en quelques mots. Mais il ne savait pas à quel point il était proche de la vérité, ni combien elle avait du mal à faire ce qu’il suggérait.
— Je crois que Richard te cherche, dit-elle pour changer de sujet.
D’un signe de tête, elle désigna le compagnon d’Evan qui lui faisait signe de le rejoindre.
Evan et Richard vivaient dans l’appartement adjacent au sien, et l’avaient accueillie chaleureusement dès qu’elle avait emménagé au printemps précédent. Les deux hommes avaient une trentaine d’années, ne se cachaient pas d’être gay et formaient un couple très uni.
Ce qui en faisait des hommes à qui elle pouvait facilement se lier, sans rien avoir à craindre d’eux.
Evan secoua la tête pour écarter les mèches blondes qui lui tombaient en permanence dans les yeux, se mêlant à ses cils époustouflants, que toutes les filles lui enviaient. Une étincelle s’alluma dans ses yeux bleus quand il croisa le regard de Richard et un sourire se dessina sur ses lèvres, le genre de sourire qu’on réserve à quelqu’un de cher. Il fit un petit clin d’œil à son compagnon, puis se concentra de nouveau sur Cali.
— Tout ira bien pour lui. La question que je me pose, c’est : et pour toi ?
Elle le regarda avec étonnement.
— Bien sûr que oui.
Elle s’en sortait toujours. Mais la véritable question était : irait-elle un jour mieux que juste bien ?
— Quand te remettras-tu à sortir avec quelqu’un ?
Sortir avec quelqu’un ? Cette seule pensée lui donnait un haut-le-cœur. La seule personne avec qui elle était sortie était son ex-mari, vingt-cinq ans plus tôt. Ils s’étaient connus à la fac, et ils s’étaient mariés juste après avoir obtenu leur diplôme. Y repenser la rendait malade. Les relations amoureuses, c’était fait, et terminé pour elle.
— Evan, dit-elle en poussant un soupir. Je sais que tu ne veux que mon bien, mais, honnêtement, sortir avec quelqu’un est la dernière chose dont j’ai envie. Je viens juste de mettre un terme à vingt-deux ans de mariage. Si je voulais un homme dans ma vie, je serais restée avec mon ex.
Que penserait Evan si elle lui disait que tout ce qu’elle voulait à présent, c’était une vie sexuelle épanouie ? Une vie sexuelle intense et interdite avec maître Jake, pour être plus précise.
A cette pensée, Cali faillit éclater de rire. Mais elle se reprit bien vite. Inutile de rêver : cela ne se produirait plus.
— Alors peut-être que tu as besoin d’une femme, dit Evan, dans un éclat de rire, en lui adressant un petit clin d’œil, signe qu’il plaisantait. Mais promets-moi de ne pas passer tout l’après-midi à nettoyer derrière tout le monde.
— Promis, dit-elle en lui déposant un petit baiser sur la joue. Et merci de t’inquiéter pour moi.
— Serais-tu en train d’essayer de me voler mon homme ? demanda Richard, qui venait d’arriver près d’eux.
Avec un sourire de connivence, il embrassa Evan.
Cali se mit à rire.
— Aucune chance, il t’aime trop ! Même si c’est le plus bel homme de la soirée.
Evan rougit, ce qui fit redoubler les rires de Cali et Richard. Il était réellement beau, mais il avait l’air innocent d’un jeune garçon rangé.
— Arrêtez ça, dit-il en leur lançant des regards faussement menaçants. Allez, toi, va t’amuser, dit-il en désignant Cali du doigt. Et toi, dit-il à Evan en lui prenant la main, viens avec moi avant de te laisser distraire par ces deux éphèbes qu’Edith a invités à la fête.
Cali rit en regardant ses deux amis s’éloigner, puis elle se retourna pour voir de qui ils parlaient. Soudain, son cœur s’arrêta de battre. Elle était incapable de bouger. De penser.
Elle ne parvenait plus à respirer. Plus du tout.
Avançant au bras d’Edith Jennings, il y avait deux hommes élancés d’une beauté à couper le souffle. Tous deux vêtus de jeans et de T-shirts, ils dominaient largement Edith, ce qui la faisait paraître plus petite encore.
Et l’un d’eux était, sans l’ombre d’un doute, maître Jake.
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