Tu apprendras la confiance : T1 - Red Room (French Edition)
Chapitre 20
Jake tenait Cali dans ses bras. Son exceptionnelle soumise qui lui faisait assez confiance pour avouer sa plus grande honte face à une foule d’inconnus. Celle qui se laissait toucher par un autre dominateur juste parce qu’il le lui avait ordonné.
Avec un pincement au cœur, il serra Cali contre lui.
— Je suis là, murmura-t-il de nouveau à son oreille, avant de l’embrasser dans le cou.
Il ne pouvait plus se passer du goût légèrement salé de sa peau.
Cali marmonna une réponse, mais elle n’était toujours pas en mesure de former des phrases cohérentes. Comprenait-elle l’importance des mots qu’il venait de prononcer ? Savait-elle à quel point sa totale soumission, sa confiance le comblaient ?
Non. Il arrivait à peine à le comprendre lui-même, comment aurait-elle pu ?
Un des maîtres du Donjon apporta un peignoir et le glissa sur les épaules de Cali. Jake ajusta le tissu pour couvrir le corps de sa soumise et la maintenir au chaud.
— C’est un vrai trésor, maître Jake. Elle est vraiment exceptionnelle.
Jake hocha brièvement la tête. Oui, il avait raison.
— Voulez-vous que je fasse livrer ses vêtements quelque part ?
— Dans mon loft.
Sa réponse fut accueillie par un très léger haussement de sourcils. Mais peu lui importait. Si l’homme tenait à son poste, il savait que cette information ne circulerait pas.
— Dans ce cas, je les livrerai moi-même, répondit le maître du Donjon avant de retourner à ses occupations.
Cali toujours emmitouflée dans ses bras, Jake quitta la salle sous le regard des dernières personnes qui s’étaient attardées.
— Elle est incroyable, maître Jake, s’extasia un des dominateurs sur leur passage.
D’autres hochèrent la tête en signe d’acquiescement. Il surprit des regards pleins de désir et d’admiration sur le visage de bon nombre d’entre eux… Et il serra Cali plus fort contre lui.
Juste avant de sortir, son regard croisa celui de Seth et Deklan. Côte à côte, ils le regardaient avec un air complice.
Jake détourna les yeux, pour se concentrer sur sa soumise. Cali était plus que sa seule soumise. Il l’avait prouvé ce soir. Exactement le contraire de ce qu’il avait prévu de faire. Merde. Il était totalement foutu.
Pouvait-il vraiment le faire ? Pouvait-il prendre le risque et faire ce que son cœur lui dictait si étrangement et si désespérément ? Il s’était pris au piège tout seul, sur un coup de tête. Quand il avait vu Marcus… Il avait perdu son sang-froid.
Jake chassa de son esprit la jalousie qui l’envahissait de nouveau à ce souvenir, et ouvrit la porte de son loft, Cali toujours étroitement blottie dans ses bras. Elle respirait de façon plus régulière à présent, mais elle était toujours inerte. Une fois dans sa salle de bains, il s’assit au bord du Jacuzzi, la cala sur ses genoux et fit couler l’eau. Elle bougea légèrement au bruit de l’eau qui coulait.
— Qu’est-ce que tu fais ? marmonna-t-elle contre son cou.
Il sourit. Sa voix était si douce et confiante. Même après ce qu’il venait de lui faire subir. Même après Marcus. Il déposa un petit baiser sur le haut de sa tête.
— Je prends soin de toi.
Elle émit un petit gémissement d’approbation et se serra contre lui. Et il banda. Il n’avait d’ailleurs pas cessé de bander depuis l’instant où il l’avait vue entrer au Red Room, parée de la tenue qu’il lui avait offerte. Mais ça n’était pas important. Maîtriser ses propres désirs faisait partie du rôle de dominateur. A cet instant, sa soumise avait besoin de ses soins, pas de son sexe.
Il vérifia la température de l’eau, et y ajouta un peu d’huile parfumée à la vanille. Encore un produit luxueux acheté pour Cali, sur un coup de tête. L’odeur apaisante ne tarda pas à envahir la pièce.
— Cali, murmura-t-il en lui caressant le visage, sans cesser de la maintenir contre lui pour l’empêcher de tomber. L’eau est prête.
Les paupières encore mi-closes, elle posa sur lui un regard sensuel et sourit en dépit de la fatigue qui se lisait sur ses traits.
— Je ne crois pas pouvoir rester éveillée assez longtemps pour prendre un bain, dit-elle doucement Je risque de me noyer.
Il lui caressa la joue, avant de l’asseoir sur le rebord du Jacuzzi, adossée au mur.
— Alors reste là pendant que je me déshabille, lui dit-il.
Elle sourit avec un air mutin.
— J’aime bien cette idée.
Quelques minutes plus tard, ils étaient tous deux plongés dans la chaleur du bain, dans les vapeurs vanillées. Cali laissa échapper un gémissement de satisfaction qui le bouleversa. Il passa les bras autour de sa taille, et elle se détendit contre lui avec un soupir d’aise.
— Moi aussi, répondit-il en se détendant à son tour.
Il la laissa se reposer un moment, content de simplement la tenir dans ses bras. De prendre soin d’elle. L’eau chaude détendrait ses muscles, atténuerait la brûlure causée par les coups de fouet. Il avait utilisé ce fouet aux lanières raides qui provoquaient une réaction intense pour pousser Cali à dépasser ses peurs. Pour détourner son esprit de ses pensées et qu’elle puisse se concentrer sur ce qu’elle ressentait.
Lentement, il la tourna dans ses bras, jusqu’à voir son visage. Des mèches de cheveux s’étaient échappées de sa queue-de-cheval sophistiquée, et encadraient son visage de jolies spirales humides. Il approcha les lèvres de son oreille, la mordilla, avant de lui murmurer :
— Parle-moi de ce qui vient de se passer…
L’espace d’un instant, elle se raidit avant de se détendre de nouveau contre lui.
— Est-ce un ordre de mon dominateur, ou une question de mon amant ?
Il sourit.
— Les deux. Il est temps que tu te débarrasses de tout ça.
— N’est-ce pas ce que nous avons déjà fait ?
— Si, dis-toi que c’était une façon de relâcher la pression. Maintenant, tu dois te débarrasser du reste une fois pour toutes. Les émotions que tu as gardées en toi depuis si longtemps ne vont pas disparaître si vite, ni si facilement.
Elle soupira.
— Je ne sais pas si je peux. Je n’en ai jamais parlé à personne.
— Tu dois juste parler. Fais comme si je n’étais pas là et laisse les choses sortir. Admets tes émotions, et laisse-les s’échapper.
— Tu es aussi mon thérapeute, maintenant ? demanda-t-elle avec un petit sourire narquois.
— Non, je suis ton ami. Quelqu’un en qui tu peux avoir confiance et à qui tu peux te confier.
Elle le dévisagea, puis finit par céder.
— Je pensais vraiment avoir réglé tout ça depuis longtemps, et avoir accepté que le problème venait de lui et non de moi, commença-t-elle d’une voix hésitante. Mais apparemment ce n’était pas le cas.
— Quand cela a-t-il commencé ?
Elle étouffa un rire amer.
— Avant même qu’on soit mariés ! Notre vie sexuelle n’a jamais été exceptionnelle. On n’a jamais fait l’amour de façon très rock’n roll, ni très fréquente, même quand on était à la fac, dit-elle, avant de détourner les yeux. J’ai fini par me dire que ça n’avait pas d’importance, que notre relation valait mieux qu’une vie sexuelle intense. Et que j’avais de la chance d’avoir un mari qui m’aimait, une vie agréable avec quelqu’un à qui je pouvais parler et qui me soutenait. Et cela m’a suffi pendant un moment.
Elle s’interrompit, laissant ses doigts jouer sur l’eau d’un air distrait. Elle se plongea dans la contemplation des vaguelettes à la surface, avant de continuer.
— Mais j’ai fini par souffrir de son manque d’attention. J’ai essayé d’en parler de très nombreuses fois. Je voulais vraiment trouver une solution à notre problème, j’ai tout fait pour qu’il se sente mieux. Mais il se débrouillait pour tout saboter, et au final c’était toujours ma faute. J’étais trop agressive, j’étais trop occupée avec les enfants. Je ne l’ai jamais contredit… jusqu’à ce qu’il soit trop tard et qu’il soit plus simple de renoncer, dit-elle avec un soupir vaincu. Et moins je me battais, moins il me touchait. Nous avons fini par nous éloigner et simplement cohabiter. En fait, nous avons élevé nos enfants comme deux amis vivant ensemble, pas comme deux amants qui partageaient leur vie. Et, quand nos enfants sont partis à l’université, nous n’avions plus rien à quoi nous raccrocher.
Sans un mot, Jake lui serra la main. Il n’arrivait pas à croire qu’un homme puisse repousser Cali. Quel salaud. Ce type ne savait pas à côté de quoi il était passé.
— Et tu sais ce qui est le pire, dans tout ça ? demanda-t-elle, penchant la tête pour le regarder. Le monde entier pense que c’est ma faute. Après tout, on n’arrête pas de nous répéter que tout ce que l’homme veut, c’est du sexe. Alors, s’il n’y a pas de sexe dans un mariage, c’est forcément la faute de la femme. Avec tous ces stéréotypes, comment veux-tu accepter l’idée que c’est ton mari qui n’a pas envie de toi ? Et, même dans ce cas, c’est encore la faute de la femme. Elle a forcément dû faire quelque chose pour le refroidir.
Il lui caressa le bras.
— Ce n’est pas ta faute, je croyais qu’on avait réglé ce point, en bas.
Elle rit doucement.
— Oui, c’est vrai. Et je commence à l’admettre. Mais c’est long, dit-elle avant de lui adresser un petit sourire malicieux. Enfin, je crois que ça commence à rentrer… de gré ou de force.
Il l’embrassa avec toute la douceur qu’elle lui inspirait en cet instant.
— Je voulais que tu voies ce qui est évident aux yeux de tout le monde, dit-il avant de la regarder dans les yeux. Tu crois que ton besoin d’être dominée a joué un rôle dans tes problèmes sexuels avec ton mari ?
— Non, répondit-elle en riant. Enfin, je ne sais pas, ou alors je n’en avais pas conscience, dit-elle en poussant un soupir. Je crois que j’ai toujours voulu qu’il prenne les choses en main à ce niveau-là. Et moins il le faisait, plus j’en avais envie. Il m’avait laissée contrôler tous les autres aspects de notre mariage, peut-être même m’y avait-il poussée… Alors, ne pouvait-il pas contrôler une seule chose, comme notre vie sexuelle ?
Sa voix était encore chargée de toute la frustration qu’elle avait dû endurer. Jake lui massa le cou pour la réconforter.
— Plus j’étais frustrée, reprit-elle enfin, plus j’ai commencé à savoir ce que je voulais, ce qui me faisait vraiment fantasmer. Ça a été un processus très lent, une prise de conscience progressive, née de l’isolement et de la solitude. En fait, je suis tombée un peu par hasard sur les concepts de domination et de soumission, dans des romans féminins, dit-elle en riant. Et depuis mes désirs n’ont fait que se confirmer, jusqu’à ce que j’aie le courage de passer à l’acte.
Elle tendit la main vers lui, lui caressa le visage, posant sur lui un regard plein de sincérité.
— Merci, Jake, de m’avoir donné cette liberté. Et de m’avoir laissée découvrir cet aspect de moi-même pour la première fois de ma vie. Et merci de m’avoir fait me sentir désirée.
Oh ! bon sang, il était vraiment fichu, cette fois. Cali était si innocente, si courageuse… et elle venait de lui asséner un coup fatal. Celui qu’il avait essayé d’éviter toute sa vie. Personne ne l’avait jamais remercié avant elle pour ce qu’il faisait. Maître Jake avait reçu des centaines de compliments, de remerciements, mais jamais ils ne l’avaient touché, lui, Jake.
— C’est uniquement à ton courage que tu le dois, dit-il. C’est grâce à lui que tu es venue ici. En dépit de tes peurs, tu as pris le risque. Tu aurais pu rester mariée et continuer de prétendre que tout allait bien. Et vivre une moitié de vie. Au lieu de cela, tu as choisi la voie la plus difficile et la plus risquée en espérant que tu finirais par trouver ce dont tu avais réellement besoin. Très peu de gens ont ce courage-là.
— Peut-être ne sont-ils pas assez stupides, dit-elle avec un petit rire.
— Non, ce sont eux, les idiots, insista-t-il, bien décidé à ne pas la laisser faire diversion. Choisir la sécurité au détriment du bonheur ? C’est une erreur. Mais ce n’est pas pour ça que ce n’est pas un choix délicat. Il n’est pas facile d’abandonner ce qu’on connaît dans l’espoir de trouver quelque chose de mieux. Et si tu n’avais jamais trouvé mieux ? C’est un risque que beaucoup de gens ne sont pas prêts à prendre. Quitte à ne jamais être totalement heureux.
— Es-tu heureux, Jake ?
Quelque chose en lui se figea, mais il n’en laissa rien paraître et garda une expression aussi neutre que possible. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas réfléchi à sa vie en ces termes. Pas depuis que Cali y était entrée, en tout cas.
— Je suppose que tout cela est relatif, n’est-ce pas ? dit-il dans une tentative d’esquiver sa question.
Mais il la connaissait trop pour croire qu’elle le laisserait s’en tirer si facilement.
— Etre un dominateur te rend-il heureux ? Est-ce que ça te plaît d’être propriétaire du Red Room ? Et d’être entouré par cet univers tout le temps ?
Il aurait pu ignorer ses questions. Il aurait dû le faire. Mais, après la sincérité avec laquelle elle s’était livrée à lui et la confiance qu’elle lui avait accordée, elle méritait mieux. Et il voulait faire mieux. Pour elle.
— Etre un dominateur, c’est ce que je suis profondément. J’ai compris très tôt dans ma vie qu’avoir le contrôle sur les autres m’excitait plus que ce qui était considéré comme normal. Je n’ai pas eu une enfance stable. Le contrôle que j’ai trouvé dans la domination m’a apporté la stabilité dont j’avais besoin. Et être un dominateur me permet d’être qui je suis, sans en avoir honte.
Ce n’était pas exactement une réponse à sa question, mais c’était plus que ce qu’il avait jamais avoué à quiconque. Plus qu’il n’avait pu l’admettre lui-même depuis des années. Incapable de faire face plus longtemps aux émotions qui l’envahissaient, Jake se leva.
— L’eau est en train de refroidir, et tu ne tiens plus debout.
— Mais il faut qu’on s’occupe de toi, dit-elle en désignant son sexe dressé.
Il sortit de la baignoire, et enroula une serviette autour de ses hanches.
— Ce soir, c’est toi dont on s’occupe, Cali. Pas moi, dit-il en l’aidant à sortir du bain.
Il la sécha, et appliqua avec délicatesse la crème qu’il avait achetée pour elle, sur ses tétons sensibilisés. Ils seraient douloureux pendant quelques jours après la punition qu’ils avaient subie. Il fit descendre ses mains le long de son corps, appliquant la crème sur chacune des stries laissées par le fouet. La vision de son œuvre réveilla toute sa possessivité. Il l’avait marquée. Certaines traces s’étaient déjà un peu effacées, et la plupart auraient disparu dans un jour ou deux. Par égard pour elle, il n’avait pas voulu prendre le risque de voir leurs activités révélées par des marques trop persistantes.
Il installa Cali dans son lit, puis alla fermer les portes du loft. Il trouva ses affaires pliées avec soin devant sa porte, et les rapporta dans sa chambre. La vision de Cali recroquevillée sur le côté, endormie la joue posée sur sa main, l’arrêta net dans l’embrasure de la porte. La lumière de la salle de bains dessinait une ligne régulière sur le lit, laissant le reste de la pièce dans l’obscurité.
Bien sûr, Cali était allongée en pleine lumière. Quel putain de cliché !
Il posa les vêtements sur la commode et éteignit d’un geste brusque la lumière de la salle de bains, plongeant la pièce dans le noir. Qu’était-il en train de faire, nom de Dieu ? Il resta debout dans l’obscurité pendant un long moment, incapable de se coucher auprès de Cali, et incapable de partir.
Il n’était qu’un foutu hypocrite. C’était bien beau de dire à Cali combien elle avait été courageuse de prendre le risque de trouver le bonheur. Et lui, il était là, trop effrayé pour saisir ce qu’il avait juste sous les yeux. Etait-il possible de pousser la relation qui les unissait un peu plus loin ? En tout cas, il avait envie d’essayer. Ne serait-il pas extraordinaire d’entendre son rire chaque jour ? De manger des plats à emporter et de s’endormir ensemble sur le canapé en regardant un film ?
Ce qu’il n’avait pas avoué à Cali, c’était qu’il était fatigué de n’être qu’un dominateur. Quelque part en chemin, il avait perdu l’autre partie de lui-même. La partie que Cali pourrait lui rendre si seulement il osait tendre la main.
S’il osait prendre le risque.
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