Tu apprendras la confiance : T1 - Red Room (French Edition)
Chapitre 3
Le rythme saccadé de la musique battait à tout rompre à travers la salle, les vibrations la portaient sur ses talons aiguilles. Cependant, dans l’air vibrait quelque chose de bien plus substantiel, et pourtant invisible.
Un appel au sexe. Au désir. A la luxure.
C’était partout. Dans le balancement et le déhanchement des corps sur la piste de danse, dans les regards et les contacts enflammés entre les couples et dans le désir évident qu’on lisait sur tant de visages. Cali n’était jamais allée nulle part où le sexe était si ouvertement affiché et échangé sans rien révéler en réalité. Elle sentit son pouls s’accélérer.
Maître Jake la dirigea sans effort à travers les méandres de l’étage principal. La foule semblait s’écarter sur son passage dans une marque de respect de son autorité. Elle aperçut quelques regards étonnés ou inquisiteurs, et même quelques airs envieux. Elle se concentra pour garder un visage neutre et la tête haute.
La piste de danse était la première salle par laquelle on entrait dans la partie privée du club, et elle était remplie de gens dont la tenue allait du simple string à la combinaison de cuir. Les colliers et les laisses n’étaient pas en reste, comme pour témoigner de la grande diversité de la clientèle du Red Room.
Malgré ses efforts pour dissimuler sa surprise, Cali ne pouvait empêcher son regard de parcourir tout ce qui l’entourait. Il y avait tant à observer. Et elle savait que ce n’était que la première salle…
Plus elle s’enfoncerait dans le club et plus les salles deviendraient explicites. Les grandes portes rouges du fond marquaient une séparation avec les salles du dessous, consacrées au voyeurisme et à l’exhibitionnisme. Un donjon occupait la moitié du deuxième étage et le troisième étage abritait des salles privées réservées par les membres.
Cela aurait dû l’impressionner mais, grâce à la légère pression de la main de maître Jake au creux de ses reins, elle se sentait bien. Près de lui, elle se sentait en sécurité. Tout semblait un peu moins impressionnant lorsque sa carrure imposante était là pour la protéger.
Oui, elle était protégée. C’était exactement ce qu’elle ressentait. Une sensation si lointaine qu’elle ne se souvenait pas de la dernière fois qu’elle l’avait éprouvée auprès de son mari.
— Tu as envie de boire quelque chose ? lui murmura maître Jake à l’oreille.
La chaleur de son souffle vint lui caresser le cou. Cali tenta de rassembler ses esprits, dans l’espoir de formuler une pensée cohérente. N’en fallait-il pas plus pour lui faire perdre la tête ? Un souffle chaud dans le cou ? Etait-elle tellement en manque de sexe pour qu’un geste innocent suffise à lui faire trembler les genoux de désir ?
Elle plongea son regard dans les yeux gris de Jake.
— On ne sert d’alcool que dans cette salle, si tu veux un verre, lui rappela-t-il. Si tu ne veux rien, on peut continuer la visite des autres salles du club.
— Non, merci, répondit-elle.
Pourtant, une dose de courage liquide n’aurait pas été de trop. Mais elle voulait avoir toutes ses facultés pour la suite de la soirée, quoi qu’il advienne. C’était une nuit qu’elle ne voulait pas oublier, et qu’elle ne voulait pas mettre sur le compte de l’ivresse. C’était un choix, et un choix de taille, et elle refusait de se cacher derrière une excuse.
— On continue ?
Continuer. Y était-elle prête ?
— Oui.
— Cette salle est exactement ce qu’elle semble être, expliqua Jake. Les relations sexuelles et la nudité n’y sont pas autorisées. C’est pourquoi l’alcool y est permis.
Il la guida vers la porte rouge située au fond de la salle. Un simple signe de tête et l’homme à la stature imposante posté devant la porte l’ouvrit et les laissa entrer.
— Une personne en état d’ébriété n’est pas autorisée à entrer dans les autres parties du club, tant pour notre sécurité que pour la sienne.
Ils se tenaient au milieu d’un long couloir comportant un grand nombre de portes closes, et au bout duquel elle discernait l’escalier qui devait mener au deuxième niveau. Un couple s’envoyait en l’air au bas de l’escalier, totalement indifférent à ce qui se passait autour de lui. Leurs corps enlacés, leurs gémissements… Cali sentit son imagination s’emballer.
— As-tu envie de commencer par un endroit en particulier ? demanda Jake.
Il la dévisageait intensément, comme pour percer à jour toutes ses pensées.
La gorge sèche, elle hésita, cherchant à se donner du courage. Puis elle se rappela que c’était pour cela qu’elle était là. Elle avait envie de sexe. Tout simplement.
Mais « simplement » n’était peut-être pas le bon mot.
Elle sourit à cette pensée et retrouva sa voix.
— Je pense que j’aimerais regarder un moment.
Du dos de la main, Jake lui caressa le visage, tandis qu’un sourire approbateur se dessinait sur ses lèvres.
— Très bien.
La chaleur provoquée par l’encouragement de Jake se répandit dans l’ensemble de son corps.
— As-tu toujours confiance en moi ?
— Oui, monsieur.
— Alors, laisse-moi décider.
Sans un mot de plus, il la guida au bout du couloir, jusqu’à la dernière porte.
* * *
Jake entraîna la séduisante Cali Reynolds jusqu’à un espace libre, le long d’un mur, tout contre la scène. La salle était bondée, et les quelques sièges encore libres étaient situés vers le fond. Or il voulait que Cali soit près de la scène. Soudain, il prit conscience qu’il était en train de la tester. Il testait ses limites — des désirs inavoués, et peut-être méconnus.
Il ne chercha pas à savoir pourquoi il agissait ainsi, ni pourquoi il avait pris la décision d’être le guide de Cali, tâche qu’il n’avait pas accomplie depuis l’ouverture du club. Cette femme était tout simplement trop fascinante pour être confiée à Marcus, ou à un autre dominateur.
Sans qu’il parvienne à s’en expliquer la raison, il voulait définir et modeler ses désirs lui-même. Cela faisait trop longtemps qu’une soumise aussi captivante ne lui avait été offerte. Tous ses instincts les plus primitifs s’éveillaient à la perspective de la dominer. Un instinct protecteur, mais aussi un désir de possession. Un désir qu’il n’aurait jamais dû éprouver. Il était un dominateur professionnel. Il procédait par contrats uniquement. Le besoin de possession n’entrait pas dans le cadre de ses attributions.
Alors pourquoi son ventre se nouait-il à l’idée de garder Cali pour lui seul ? De la soumettre à ses seuls ordres ? Il y avait quelque chose en elle qui cherchait désespérément à être libre. Et qu’il soit damné s’il laissait un autre que lui le découvrir.
Il était adossé au mur et tenait Cali contre lui, la colonne vertébrale de la jeune femme reposant contre son torse. Une douce odeur de savon, mêlée à celle d’un parfum musqué, parvint jusqu’à lui. Il fit glisser son bras sur le ventre de Cali, l’attirant contre lui, jusqu’à ce que son sexe soit lové au creux de ses reins.
Elle se raidit à ce contact.
— Détends-toi, lui souffla-t-il à l’oreille. Profite simplement du spectacle, et ne réfléchis pas. C’est une question de sensations.
Elle hocha doucement la tête, mais ses muscles conservèrent une certaine tension.
— Aie confiance en moi, ordonna-t-il. C’est toi dont il est question. Je ne tromperai pas la confiance que tu as mise en moi. Ne l’oublie pas.
Le corps de Cali se détendit imperceptiblement, elle tourna la tête vers lui et rougit légèrement.
— Oui, monsieur, murmura-t-elle.
Cette réponse était si parfaite que Jake sentit tout son corps se tendre. Il dut faire appel à toute sa volonté pour résister à l’envie de l’attirer hors de la pièce et de lui demander de se soumettre à lui. C’était trop tôt. Elle n’était pas prête.
Il attendrait.
Sinon, elle s’enfuirait.
La scène s’illumina, révélant un homme et une femme étroitement enlacés. Jake reconnut aussitôt l’un et l’autre. Paul et sa femme, Trisha, étaient membres du club depuis plus de trois ans. Ils approchaient la trentaine et aimaient s’exhiber en public. Le spectacle qu’ils offraient était sensuel et érotique sans devenir trop extrême. La salle était bondée, à la hauteur de leur réputation.
Ce serait une parfaite entrée en matière pour Cali.
La respiration de la jeune femme s’accéléra, et il sentit toute son attention concentrée sur le couple. La robe de soie de Trisha glissa le long de ses épaules, avant de tomber à ses pieds. Les pointes de ses seins étaient dressées sous la fine dentelle rose de son soutien-gorge. Trisha avait un corps musclé mais sensuel, aux belles courbes. Ses boucles auburn retombaient en vagues sur son corps magnifique au bronzage intégral. C’était une très belle femme qui comprenait parfaitement le pouvoir que son corps exerçait sur autrui.
Paul enfouit son visage entre les seins de sa femme et prit un de ses tétons entre ses dents. Elle gémit et sa tête bascula en arrière tandis que son mari lui ôtait son soutien-gorge, avant de reprendre son sein dans sa bouche avide.
Jake sentit Cali se détendre contre lui. Que ce soit intentionnel ou non, il s’en fichait. Il s’imprégna de l’odeur de son corps et caressa son ventre ferme à travers la soie de son haut noir.
— Comment te sens-tu ? demanda-t-il.
Elle inspira profondément, et sa poitrine se souleva, lui offrant la vision de la naissance de ses seins à la lisière de son haut.
— Bien, murmura-t-elle.
Sur scène, Paul était peu à peu descendu jusqu’au ventre de sa femme. Il lui ôtait à présent sa culotte en dentelle, la mordillant et la léchant à mesure que le fin tissu glissait le long de ses jambes. Un deuxième homme entra alors sur scène. Il avança derrière Trisha, qui s’appuya contre son torse nu tandis que Paul finissait de lui ôter sa culotte.
Jake sentit Cali retenir son souffle. Les fesses de la jeune femme frottèrent imperceptiblement contre son sexe qui commençait à bander, comme si elle n’avait pu s’en empêcher. Jake sourit et lui effleura le lobe de l’oreille du bout de la langue.
— Cela te plairait, Cali ? D’avoir deux hommes en adoration devant toi ?
Elle frémit, mais ne s’écarta pas de lui.
Sur scène, Paul lécha avidement le sexe épilé de sa femme. Une des jambes de Trisha était en appui sur l’épaule de son mari, tandis que le haut de son corps était soutenu par l’autre homme, qui lui caressait les seins, et lui pinçait les tétons. Les gémissements de Trisha résonnèrent à travers la salle. Elle avait plongé les doigts dans les cheveux de son mari, tandis qu’elle lui tenait la tête contre son sexe.
Brusquement, Cali lui agrippa l’avant-bras, mais elle ne cherchait pas à interrompre les lentes caresses sensuelles qu’il esquissait sur son ventre. C’était plutôt comme si elle cherchait quelque chose à quoi se raccrocher. Et c’était lui qu’elle avait choisi. Très bien…
— Tu trouves ça excitant ? souffla-t-il à son oreille.
Il fit lentement glisser sa main vers le haut de sa cuisse, observant sa réaction, mesurant sa soumission.
— Oui.
Le mot, à peine un murmure, s’était échappé d’entre ses lèvres.
Son profil révélait ses yeux chargés de désir, ses lèvres humides et entrouvertes. Elle commençait à respirer avec difficulté, comme si elle faisait un effort pour garder le contrôle de l’excitation qui montait en elle. Ses boucles blondes indisciplinées formaient comme un halo autour de son visage qui lui donnait un air terriblement sexy. Elle était si différente de sa photo de profil avec sa coupe lisse au carré. Si passionnée.
Elle portait une jupe courte et moulante et des talons hauts qui mettaient en valeur ses longues jambes. Il vit ses seins pointer sous le fin tissu de son haut. Comme il avait envie de les pincer. De les tirer, de les tourmenter jusqu’à ce qu’elle le supplie de continuer.
Exactement ce dont elle avait envie elle aussi, il le savait.
Sans perdre une seconde de plus, il se redressa et l’entraîna vers la sortie. Elle tourna la tête pour suivre ce qui se passait sur la scène, visiblement captivée.
— Pourquoi partons-nous ? demanda-t-elle une fois dans le couloir, en le dévisageant intensément.
Troublé par le désir et la curiosité qui perçaient dans ses grands yeux verts, Jake adossa Cali au mur, approchant ses lèvres à quelques centimètres de celles de la jeune femme. Son regard se troubla, ses lèvres s’entrouvrirent sous l’effet de la surprise, mais elle ne lui opposa aucune résistance.
Merde. Il devait reprendre le contrôle de lui-même.
— Ce n’était qu’une seule salle, Cali, dit-il, s’écartant d’elle, le regard hypnotisé par sa poitrine qui se soulevait sous l’effet de sa respiration saccadée. Nous avons encore beaucoup de choses à découvrir avant la fin de la nuit.
— Oh ! fit-elle, s’éclaircissant la gorge. Que suggères-tu à présent ?
Bon sang, cette femme allait avoir sa peau. Et elle n’avait même pas conscience du pouvoir qu’elle avait déjà sur lui. Cali était un mélange grisant d’innocence et de désir. De timidité et de force.
Il lui prit la main, et l’entraîna dans le couloir. Il s’arrêta devant la porte qu’il cherchait et l’ouvrit d’un geste brusque. A peine entrés, ils furent accueillis par un long gémissement dont l’origine ne faisait aucun doute.
Cali s’arrêta net, levant la main pour couvrir ses lèvres lorsqu’elle vit un couple en train de faire l’amour sur scène.
Jake sourit.
Se charger de l’apprentissage de Cali Reynolds allait être un réel plaisir.
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