Tu apprendras la confiance : T1 - Red Room (French Edition)

Chapitre 15

 

Cali respira profondément, et se lança.

— O.K.

Le regard de Jake s’illumina brièvement, mais en un instant cette lueur avait disparu. Que signifiait-elle ? Plus que tout, elle voulait le savoir — et la voir de nouveau.

Jake s’écarta d’elle et traversa la pièce jusqu’à la salle de bains, d’où il revint avec un peignoir de soie noire qu’il lui tendit. Seigneur, elle était toujours nue et elle ne s’en était même pas rendu compte ! Voilà à quel point elle se sentait à l’aise avec Jake. Déjà.

Tout semblait si rapide. Mais si évident.

Trop évident.

Elle enfila le vêtement qu’il lui tendait, et il noua lui-même la ceinture autour de sa taille, caressant son ventre de ses mains puissantes. Il la prit dans ses bras, comme pour la protéger et s’abandonna à cette sensation de bien-être qui l’envahissait.

Jake l’embrassa une dernière fois dans le cou avant de lui prendre la main pour l’entraîner vers la sortie.

Soudain très consciente de sa nudité sous le peignoir léger et de l’aspect qu’elle devait avoir, Cali marqua un temps d’arrêt sur le pas de la porte. Avec une profonde inspiration, elle franchit le dernier pas qui la séparait du couloir et laissa Jake l’entraîner hors de la pièce. Le cœur battant, elle le suivit dans le couloir, à l’opposé de l’escalier qui redescendait vers le second étage.

Elle brûlait de lui demander où ils allaient, mais elle se retint. La confiance. Si elle avait assez confiance en lui pour se laisser attacher et fesser, elle pouvait lui faire confiance pour ne pas mettre sa sécurité en péril.

Quelque chose lui criait qu’elle se fiait trop, et trop vite, à quelqu’un qu’elle connaissait à peine. Mais elle avait attendu quarante-quatre ans avant de se sentir aussi… libre. Pour arrêter de s’inquiéter et simplement faire confiance à quelqu’un.

N’était-ce pas paradoxal ? C’était en abandonnant le contrôle qu’elle avait trouvé une forme de liberté.

Peut-être se brûlerait-elle les ailes, mais au moins elle pourrait dire qu’elle avait eu le cran d’essayer.

Pour une fois, elle avait plongé tête baissée, et elle se sentait plus vivante que jamais.

Plus heureuse qu’elle ne l’avait été depuis longtemps, elle sourit. Qu’importait l’avenir, elle profiterait au maximum de l’instant.

* * *

Mais qu’était-il en train de faire, nom de Dieu ? Il cherchait vraiment les ennuis.

Jake n’en revenait pas. Cela n’avait aucun sens, mais il était en train de déverrouiller la porte de son loft, où il s’apprêtait à emmener Cali.

Dans son espace privé. Là où aucune soumise n’était jamais entrée.

Merde.

Mais il n’avait aucune envie qu’elle en parte. Pas encore. Pas alors qu’elle pouvait encore fuir. Et même si la pièce qu’il avait réservée avait été parfaite pour leur Séance, elle n’avait pas de lit.

Et c’était dans un lit qu’il la voulait.

— C’est ton appartement ?

C’était une question innocente. Elle était assez douée en la matière.

— Oui.

Visiblement surprise, elle chancela.

— Oh.

Au moins, elle semblait saisir l’importance de l’événement. C’était déjà ça. Jake fit traverser à Cali son vaste salon, et la conduisit jusqu’à sa chambre. Il posa les vêtements de Cali, qu’il avait ramassés en sortant, sur sa commode, et en sortit une serviette de bain. Puis il entraîna Cali dans la salle de bains.

— Prends une douche, je serai là quand tu en sortiras.

Elle sembla légèrement surprise, et il se rappela que tout ce qu’ils venaient de vivre était encore plus nouveau pour elle que pour lui.

Il lui prit avec douceur le visage entre ses mains.

— Tu te sentiras mieux après une douche chaude. Tu auras sans doute des courbatures demain, et la chaleur les atténuera, murmura-t-il avant de déposer un baiser furtif sur ses lèvres. Je reviens.

Un sourire se dessina sur le visage de Cali, puis elle pivota sur elle-même et s’exécuta.

— Mets le peignoir quand tu auras fini, ajouta-t-il avant de sortir et de refermer la porte derrière lui.

Dès qu’il fut seul, Jake poussa un long soupir et passa la main dans ses cheveux.

Une bonne douche lui ferait sans doute du bien à lui aussi. Il en avait bien besoin s’il espérait remettre de l’ordre dans son esprit… Mais d’abord il devait envoyer un sms à Seth pour le prévenir de son absence. Il était rare qu’il ne soit pas au Red Room pendant les heures d’ouverture.

Parfois, il avait l’impression d’y avoir passé la totalité de son temps au cours des cinq dernières années…

Après sa douche, il passa dans la cuisine et disposa quelques snacks, du fromage et des fruits sur un plateau. Il observa quelques instants le festin qu’il venait de préparer. Bon sang, s’il ne faisait pas attention, il allait se transformer en véritable homme d’intérieur.

Avant qu’il n’ait eu le temps de s’appesantir sur la dimension dérangeante de cette réflexion, il entendit son téléphone vibrer et s’essuya les mains avant de lire le SMS qu’il venait de recevoir.

Seth : Qu’est-ce que tu fous ? T’es malade ?

Jake : Non. OQP.

Seth : A quoi ?

Jake : C pas tes oignons.

Il y eut un temps de pause avant le dernier message de Seth :

Va te faire foutre. J’attends tes explications

demain matin.

Jake soupira, reposa le téléphone, et se dirigea vers le réfrigérateur.

— Est-ce que tout va bien ?

La douce voix de Cali le fit sursauter. Elle se tenait dans l’embrasure de la porte de sa chambre. Ses cheveux mouillés formaient de jolies boucles autour de son visage angélique. Et elle avait suivi ses instructions. La soie noire du peignoir qui collait à sa peau humide enflamma aussitôt son imagination.

Il s’approcha d’elle.

— Tout va bien. Et toi ? Tu tiens le choc ? demanda-t-il en scrutant son visage, à la recherche d’indices.

Elle hocha la tête et esquissa un sourire peu convaincant. Il se pencha vers elle et l’embrassa, avant de s’éloigner pour l’observer de nouveau.

Une marque était apparue sur son épaule, à peine visible sous le revers du peignoir. Il écarta le tissu et passa le doigt sur l’ecchymose.

— Ça te va bien, dit-il, envahi par une certaine fierté à la vue de ce signe de possession.

Cali pencha la tête pour voir de quoi il parlait, mais la marque était trop proche de son cou pour qu’elle puisse la voir.

Il lui caressa doucement la joue, puis retourna dans la cuisine.

— Tu veux quelque chose à boire ? J’ai du vin, de l’eau, du soda, du thé glacé…

Elle fit quelques pas vers la cuisine, observant autour d’elle avec curiosité. Il avait toujours aimé son loft, composé d’un espace ouvert, de hauts plafonds et de poutres apparentes. La cuisine se trouvait dans un coin à l’écart, aménagée avec un équipement haute qualité et des plans de travail en marbre flambant neufs. Pourtant, devant le visage impassible de Cali, il se demanda avec une pointe d’inquiétude ce qu’elle pensait de l’endroit où il vivait… Avant d’effacer rapidement cette pensée stupide de son esprit : depuis quand se préoccupait-il de ce genre de choses ?

— Tu as du Coca ? demanda Cali d’une voix qui résonna dans le vaste espace.

— Oui.

Il sortit deux canettes de Coca-Cola du réfrigérateur à moitié vide et deux verres d’un placard. Lorsqu’il se retourna, Cali se tenait de l’autre côté de l’îlot central, un sourire aux lèvres.

— Qu’y a-t-il ? demanda-t-il.

— Tu me surprends, dit-elle.

Il mit des glaçons dans les verres et ouvrit les canettes.

— C’est tout ? Je suppose donc que tu n’aimes pas les surprises.

— Non, dit-elle en prenant le verre qu’il lui tendait. Je fais en général ce qu’il faut pour les éviter.

— Ce qui explique toutes les recherches que tu as faites sur internet avant de venir au club, dit Jake en plongeant le regard dans celui de Cali.

Elle sembla mal à l’aise, et prit un biscuit salé sur le plateau.

— Il n’y a rien de mal à être préparée.

Elle était sur la défensive, comme si elle luttait contre cet aspect de sa personnalité.

— Je suis d’accord. En fait, j’aurais été déçu si tu étais venue dans un club BDSM sans savoir où tu mettais les pieds.

Il vit ses épaules se décontracter, une sorte de soulagement envahir son corps tout entier. En fait, elle semblait épuisée et à fleur de peau. Les émotions de la nuit commençaient à la rattraper.

Jake saisit le plateau et son verre.

— Viens avec moi.

Seul le bruit des pieds nus de Cali sur le parquet lui indiquait qu’elle le suivait. Il ne se retourna pas pour vérifier : il était sous-entendu qu’elle serait juste derrière lui. Et il était satisfait qu’elle le soit.

Il entra dans sa chambre, posa le plateau sur le lit et son verre sur la table de nuit, puis il alluma une petite lampe qui diffusa une lumière tamisée dans la pièce. Prenant son verre des mains de Cali, il le posa près du sien, et s’assit sur le lit, adossé à la tête de lit. Sans un mot, Cali accepta sa main tendue et il la fit asseoir entre ses jambes, le dos contre lui.

Il sentit sa peau douce sous ses doigts tandis qu’il lui caressait les bras, avant d’attirer doucement sa tête vers lui, pour qu’elle repose contre son épaule. Les pointes humides des cheveux de la jeune femme lui caressaient la peau. Il laissa ses mains courir sur son corps, des caresses légères apaisantes et rassurantes.

Il aimait la sentir dans ses bras, à ses côtés. Le besoin vital de la garder là, près de lui, de la protéger s’imposa à lui avec une violence soudaine.

— Que fais-tu ? demanda Cali au bout d’un moment.

Elle se détendait sous ses caresses, se laissant aller au sentiment de sécurité qu’il lui offrait.

Il tendit le bras, saisit une grappe de raisin et porta un fruit aux lèvres de Cali, insistant jusqu’à ce qu’elle accepte son offrande et que sa bouche se referme sur ses doigts.

— Je m’occupe de toi, murmura-t-il dans un souffle contre le cou de la jeune femme.

La peau de Cali dégageait l’odeur de son propre savon, et cela lui plaisait. Un nouvel élan de possessivité l’envahit. Oui, il adorait sentir sa propre odeur sur elle. Il la respira de nouveau, avant de s’écarter un peu pour lui donner un autre grain de raisin.

— Je peux me nourrir par moi-même, objecta-t-elle.

Il appuya le grain de raisin contre ses lèvres jusqu’à ce qu’elle les entrouvre.

— Je sais, mais laisse-moi m’occuper de toi.

— C’est ce que tu es en train de faire ?

Il ne voyait pas son visage, mais sentit le doute percer dans sa question.

— D’après toi ? demanda-t-il d’une voix la plus neutre possible.

Elle se retourna pour voir son visage. Elle le scruta longuement, puis tandis la main vers lui pour lui dégager une mèche du front. Il y avait une telle douceur, une telle intimité dans ce geste qu’il en fut profondément remué.

— C’est ce que j’attendais depuis si longtemps, dit-elle enfin, tout en lui caressant la joue. Il est difficile de ne pas douter alors que je m’attendais à tout autre chose.

— A quoi t’attendais-tu ?

— A quelque chose de purement sexuel, rien de plus, dit-elle d’une voix qui laissait transparaître sa peur et ses doutes. Et je ne sais pas si je suis prête pour cela.

Lui non plus. Jake passa les doigts dans les cheveux humides de Cali, amusé par les petites boucles qui se formaient.

— Ce que nous faisons en ce moment fait aussi partie du BDSM, au même titre que les fouets et les paddles.

Elle se blottit contre lui, posant la tête sur son épaule, les seins appuyés contre son torse à travers le peignoir de soie.

— Je ne sais pas comment réagir à tout cela. Je n’y étais pas préparée.

— Alors, laisse-moi te guider, dit-il en la serrant plus étroitement dans ses bras. C’est mon boulot.

Et cette fois il espérait qu’il ne gâcherait pas tout.

Cali ne répondit pas. Peu à peu, il la sentit se détendre contre lui. Enfin, son épuisement eut raison d’elle, et il la sentit s’abandonner, corps et esprit, au sommeil.

Il la garda dans ses bras, respirant le parfum de son savon sur sa peau, heureux de son poids contre lui, de son souffle léger sur sa peau. L’instant était si parfait, si évident… Soudain, son cœur s’emballa et il fut pris de panique à l’idée de gâcher cet instant de paix.

Qu’était-il en train de faire ? Il tendit la main pour éteindre la lumière, plongeant la pièce dans l’obscurité. Mais son esprit refusait de lâcher prise. Il laissa sa tête retomber en arrière, comme si elle ployait sous le poids de ses pensées.

Bon sang, il n’aurait pas dû faire cela. Dans moins de deux mois, il serait parti. Il avait été contacté par des clubs situés sur la côte Sud, dans des lieux qui le mèneraient loin d’ici. Il ne pouvait se lier à Cali, et prendre le risque de souffrir.

Il se mentait à lui-même, tout comme il mentait à Cali. Parce que ce qu’ils partageaient — le fait qu’elle soit dans ses bras, dans son lit, était bien plus qu’un lien de maître à soumise. C’était ce que tant de gens cherchaient, sans jamais le trouver. Et ce n’était certainement pas ce que lui-même avait recherché au cours des cinq années écoulées.

Et pourtant elle était là, dans ses bras.

Et cela lui semblait si naturel.

Elle était sa soumise.

Cali Reynolds lui appartenait.

Mais qu’est-ce que cela voulait dire exactement ?

OceanofPDF.com