Tu apprendras la confiance : T1 - Red Room (French Edition)
Chapitre 18
Cali était tranquillement en train de discuter avec ses voisines, Allie et Kendra, quand un colis arriva de la part de Jake. Elle jeta immédiatement le paquet sur son bureau avec nonchalance en expliquant à ses amies que c’était pour le travail.
— Pour le travail ? demanda Allie d’une voix suspicieuse. Ce doit être important pour être envoyé un samedi.
— Vous reprendrez du café ? demanda Cali dans l’espoir de faire diversion.
Les deux femmes déclinèrent son offre. Affichant son plus beau sourire, elle se tourna vers Kendra.
— Comment se passe ton nouveau boulot ? Tu t’adaptes bien ?
Dieu merci, personne ne sembla trouver le changement de sujet suspect. Elle ne pouvait pas parler avec elles de ce qui se trouvait dans ce colis. Au cours du mois écoulé, depuis qu’elle avait accepté de devenir la soumise de Jake, elle recevait régulièrement des livraisons de ce genre. Elles contenaient toujours quelque chose qu’elle était supposée porter le soir même, pour aller le retrouver. Elle avait maintenant plusieurs tenues et accessoires qu’elle ne pouvait porter qu’au club : des pinces à seins, des boules de geisha vibrantes dont lui seul détenait la télécommande, des cuissardes à talons aiguilles et toute une collection de lingerie sexy.
A tel point qu’elle avait dû dédier une partie de son dressing à ses cadeaux — plus précisément, le fond d’un tiroir, caché sous des vêtements plus conventionnels.
— Cali, fit la voix de Kendra, la tirant de ses pensées, est-ce que tu m’écoutes, au moins ?
— Je suis désolée, dit-elle, le visage rouge de honte. J’étais perdue dans mes pensées de boulot. Que disais-tu ?
Kendra la regarda d’un air soupçonneux.
— T’inquiète… Tout va bien au boulot, laissa-t-elle tomber avec un geste pour clore le sujet. Comment va Stephanie ? Ça fait un moment que je ne l’ai pas vue.
— Oui, c’est vrai, renchérit Allie. Je ne l’ai pas vue depuis la fête de fiançailles de Paul et Lacey. Je suppose qu’elle doit avoir beaucoup de boulot à la fac, hein ?
Cali but une gorgée de café pour masquer sa peine.
— Elle va bien. Elle est juste occupée avec ses cours. Et rentrer à la maison voir sa maman n’est pas une de ses priorités. Vous vous souvenez comment c’était, la fac.
Allie émit un petit rire sarcastique.
— Dès que j’ai été en âge d’aller à la fac, je ne suis jamais rentrée chez moi, à moins d’y être vraiment obligée !
Cali retint un soupir. Si seulement ça pouvait être la raison pour laquelle sa fille l’évitait… Mais en vérité Stephanie lui avait à peine adressé la parole depuis le matin où elle l’avait surprise revenant de chez Jake. Elle avait reçu quelques SMS et e-mails, le simple minimum pour savoir qu’elle allait bien, mais aucun appel, ni aucune visite.
Le silence de Stephanie était une sorte de punition, elle le devinait. C’était en tout cas comme ça qu’elle le prenait. Elle n’avait d’autre choix que d’attendre que sa fille fasse un pas vers elle, quand elle y serait prête.
Kendra jeta un coup d’œil à sa montre et se leva.
— Je dois y aller.
— T’as un rencard ce soir ? demanda Allie avec malice.
— Non, répondit Kendra un peu trop rapidement. Il faut juste que je rentre, dit-elle en repoussant sa chaise, avant de se diriger vers la baie vitrée. Passez une bonne semaine, les filles. On se voit à la même heure samedi prochain ?
— Bien sûr, répondit Cali.
Elles avaient entamé leurs séances de bavardage hebdomadaire quelques mois plus tôt de façon totalement improvisée et c’était devenu une sorte de routine qu’elles attendaient toutes avec plaisir. Du moins en ce qui la concernait.
Kendra leur fit un petit signe de la main et sortit, laissant derrière elle un silence gêné.
— Alors, que lui arrive-t-il, d’après toi ? demanda Allie en observant leur amie traverser la cour pour regagner son appartement. Elle est toujours si secrète sur sa vie privée.
— Je ne sais pas, répondit Cali avec un haussement d’épaules.
Les secrets n’étaient pas toujours bons à révéler. Elle en savait quelque chose.
— Peut-être a-t-elle encore du mal à s’adapter au quartier, ajouta-t-elle. Il n’est pas facile d’emménager dans une nouvelle ville quand on est seule.
Plongée dans une profonde méditation, Allie se cala dans son fauteuil. A cet instant, Cali vit que, derrière le visage d’ange de son amie, son esprit analytique d’avocate était à l’œuvre.
— Je trouve juste cela étrange. C’est comme si elle avait peur de quelque chose.
— N’avons-nous pas tous peur de quelque chose ?
La question lui avait échappé et Allie posa sur elle un regard pénétrant.
— Oui, je suppose que tu as raison.
Cali se leva et commença à ramasser les tasses à café vides et les assiettes à dessert, le tintement sourd de la porcelaine l’apaisait. Elle fit glisser une mèche de cheveux derrière son oreille, et se dirigea vers la cuisine, les mains pleines de vaisselle sale.
— Alors, de quoi as-tu peur, Cali ?
La question la fit tressaillir. La vaisselle résonna avec fracas dans l’évier. Elle tenta de s’en tirer par un rire léger.
— Des araignées ! Et toi ? demanda-t-elle en se tournant vers Allie, qui l’avait suivie jusque dans la cuisine américaine.
Allie la regarda attentivement des pieds à la tête, puis haussa les épaules.
— Des souris. Je ne supporte pas ces horribles bestioles, dit-elle en se dirigeant, elle aussi, vers la sortie. Appelle-moi si tu veux parler de ce qui te fait vraiment peur.
Sur ces mots, Allie sortit furtivement par la porte-fenêtre et disparut dans l’obscurité de la nuit tombante.
Cali reprit son souffle et s’appuya contre l’évier. Etait-elle si transparente ? Impossible. Sinon elle n’aurait jamais réussi à garder ses secrets pendant si longtemps. Allie était juste un peu trop futée !
Mais la crainte de voir ses secrets exposés ne l’avait jamais autant effrayée qu’en cet instant. C’était une chose que les gens découvrent que son mari n’avait plus envie de coucher avec elle. C’en était une autre qu’ils apprennent qu’elle était la soumise d’un des propriétaires d’un club libertin de renom.
Oui, le risque de voir ce petit secret exposé la terrorisait au plus haut point.
* * *
— Tu vois quelque chose qui t’intéresse ?
Jake ignora la question et scruta la piste de danse, mais il résista à l’envie de regarder sa montre.
— Non, répondit-il enfin à Seth, qui venait de le rejoindre sur le petit balcon qui surplombait l’étage principal.
La musique résonnait à un rythme frénétique.
— Elle vient ce soir ?
— Qui ?
Seth haussa les épaules.
— Ta soumise. Tu pensais que c’était encore un secret ?
Jake se raidit légèrement, puis se tourna vers Seth.
— Qu’est-ce qui te fait croire que j’ai une soumise ?
Seth le scruta de son regard perçant et Jake subit son examen sans broncher, parfaitement immobile.
— Ce n’est sûrement pas la séduisante Mme Reynolds que tu retrouves dans des salles privées depuis un mois ? Sans parler du fait que tu as confié toutes tes clientes à d’autres dominateurs… Et que penses-tu de la voiture qui est dans notre garage privé certains matins ?
Oui, qu’en pensait-il ? Jake détourna les yeux, incapable de soutenir le regard pénétrant de son ami. Pourquoi avait-il gardé sa relation avec Cali secrète pendant tout ce temps ?
Seth se tourna pour observer la foule et Jake l’observa de profil. Si Dek, Seth et lui avaient été frères, Seth aurait été un parfait cadet. Celui qui essayait d’arrondir les angles et de maintenir la cohésion dans la fratrie. Quel rôle cela lui laissait-il, à lui ? Celui du petit dernier, rebelle et irresponsable ? Bien sûr.
Leurs relations étaient devenues plus tendues depuis qu’il avait annoncé son départ.
— J’ai attribué mes clientes à d’autres dominateurs pour assurer la transition avant mon départ, tu le sais très bien.
— Très bien. Et tu vas faire la même chose avec elle ?
— Non.
Pour toute réponse, Seth haussa légèrement les sourcils, puis regarda de nouveau la foule. La tension était palpable entre eux, vibrant au rythme de la musique et des non-dits.
— Je vois que Mme Reynolds est arrivée, dit Seth d’une voix si basse que Jake l’entendit à peine.
Il tourna brusquement la tête vers l’entrée. Elle était là, portant la tenue qu’il lui avait fait livrer dans l’après-midi, celle qu’il avait choisie pour la séduire. Et qui avait le même effet sur lui.
Son téléphone se mit à vibrer. C’était le message qu’il attendait. Il avait laissé des instructions au videur sur ce qu’il devait faire à l’arrivée de Cali.
Seth rit doucement et secoua la tête.
— Est-ce qu’elle sait que tu vas partir ?
Jake se raidit.
— Qu’est-ce que ça peut lui faire ?
Cela sonnaît faux, même à ses propres oreilles.
— Parce qu’elle mérite mieux que d’être entraînée dans cette vie pour que tu l’abandonnes ensuite. Tu devrais te rappeler ce qu’on ressent dans cette situation.
— Va te faire foutre, lâcha Jake, les poings serrés. C’est pas ton problème.
— Ça l’est si c’est moi qui dois recoller les morceaux après ton départ.
Seth lui jeta un regard cinglant, puis dévala l’escalier d’un pas lourd, avant de claquer la porte une fois arrivé en bas.
Merde. Il n’avait pas besoin de ça. Jake se passa la main dans les cheveux. Le plaisir de voir Cali, ce moment qu’il avait attendu toute la semaine, venait de se dissiper sous le poids de la colère et de la culpabilité.
Seth n’avait aucun droit de lui balancer son passé à la figure. Ils n’agissaient pas ainsi entre eux. Ils se disputaient sans arrêt, mais il existait une règle tacite entre eux : le passé foireux qui les avait réunis n’était jamais évoqué, et ils ne s’en servaient pas les uns contre les autres. Deklan lui avait asséné un coup bas un mois plus tôt, et maintenant c’était au tour de Seth.
Et ils se demandaient pourquoi il voulait partir…
Son passé n’avait rien à voir avec Cali, bon sang. Et en l’occurrence son avenir ne regardait personne, excepté lui-même. Il n’avait pas besoin des leçons de morale de Seth. Merde, il n’avait besoin de rien de tout ça. Il allait rappeler le club de Savannah et accepter leur offre dès le lendemain. Cet endroit valait un autre pour disparaître.
Jake posa de nouveau son regard sur la foule. Merde. Il s’appuya contre la rambarde, la serrant si fort qu’elle lui laissa des marques sur la peau.
Que faisait-il avec Cali, bon sang ? La seule idée de la laisser lui échapper, de laisser un autre dominateur poser les mains sur elle décupla sa colère de façon totalement irrationnelle.
Elle lui appartenait.
Il secoua la tête. Pas s’il partait. Seth n’avait pas tout à fait tort sur ce point.
Ce soir, il allait leur prouver qu’ils avaient tort. Ce soir, il leur montrerait à tous qu’elle pouvait être sa soumise sans qu’il soit dévoré par la possessivité viscérale qui l’animait à cet instant.
Fier d’avoir trouvé la solution à ses problèmes, il s’écarta de la rambarde. Ce soir, il amorcerait le processus qui consisterait à confier Cali à un autre dominateur.
Même si cela devait être une torture.
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