Tu apprendras la confiance : T1 - Red Room (French Edition)

Chapitre 19

 

Cali sourit au videur dont le regard s’illumina d’une lueur d’appréciation lorsqu’il l’aida à ôter son trench-coat. C’était toujours surprenant de constater combien ces simples marques d’intérêt de la part des autres hommes pouvaient alimenter son excitation. Une excitation qu’elle pouvait s’autoriser à ressentir sans risque, car elle n’avait rien à craindre de ces signes.

Parce qu’elle appartenait à Jake.

Elle passa une main sur son cou nu. Même si elle ne portait pas de collier, personne ne pouvait la toucher en ce lieu sans la permission de Jake. Et cela la faisait se sentir protégée et forte.

A vrai dire, elle ne savait même pas si elle voulait porter le collier de Jake. Elle avait vu d’autres soumises du club en porter, mais elle n’était pas sûre d’être attirée par ce niveau d’appartenance. Porter un collier pouvait sans doute être considéré aussi bien comme valorisant que dégradant, selon le point de vue.

Cali passa une main moite sur l’ourlet de son bustier sans bretelles. Le contact du cuir souple était agréable contre sa peau. Le vêtement la comprimait, l’empêchant de prendre la profonde inspiration dont elle avait tant besoin. Mais il lui rappelait aussi la raison pour laquelle elle le portait. Parce que Jake le lui avait demandé.

On la conduisit dans un petit bureau où il lui était déjà arrivé de patienter et, comme chaque fois, son regard fut attiré par le mur d’écrans qui dévoilait toutes les salles du club. Dans les moindres recoins. Toutes ces images, si explicites, livrées à sa vue l’avaient choquée dans un premier temps… avant de l’exciter. La variété des Séances et des images faisait voler en éclats son côté encore un peu fleur bleue. Bâillons et fouets, bondage, couples, trios, hétéros, homos — tout ce qu’on pouvait imaginer était là, étalé sous ses yeux dans les détails les plus crus. L’étendue et la variété de tout ce que l’on pouvait faire étaient ce qui l’avait le plus choquée les premières fois. Elle n’aurait jamais pensé que le club pouvait proposer autant de possibilités.

Jake avait-il participé à toutes ces activités ?

Lui ferait-il faire tout cela un jour ?

Cette pensée l’effrayait autant qu’elle la troublait.

Une musique assourdissante envahit la pièce et elle se détourna aussitôt des écrans, les joues brûlantes de la honte d’avoir été surprise en plein voyeurisme. Jake s’arrêta sur le pas de la porte. Sous la caresse de son regard qui la détaillait des pieds à la tête, elle sentit ses jambes trembler.

— Tu es superbe, dit-il enfin.

Elle avait suivi les instructions incluses dans le colis dans les moindres détails. Elle avait envie de lui plaire, et de le satisfaire.

— Merci, dit-elle en joignant les mains devant elle pour s’empêcher de tirer sur sa jupe en cuir incroyablement courte.

Jake entra dans la pièce, et le rythme frénétique de la musique s’interrompit lorsqu’il referma la porte. Seul le claquement de ses bottes sur le sol tandis qu’il s’approchait d’elle résonnait encore dans la pièce. Il était vêtu de noir, comme toujours, mais ce soir il portait une chemise de soie qui lui donnait un air très élégant.

Il lui caressa le cou du bout des doigts, et elle frémit d’anticipation. Elle avait relevé ses cheveux, ce soir, révélant sa nuque. Le regard de Jake suivait les mouvements de ses doigts sur sa peau. Il avait l’air songeur, comme s’il était indécis à propos de quelque chose. Une expression qu’elle n’avait jamais vue chez lui.

— Est-ce que ça va ?

Toujours concentré sur son cou, Jake ne croisa pas son regard.

— Pourquoi me poses-tu cette question ?

— Tu sembles… je ne sais pas, dit-elle, hésitante. Inquiet, ajouta-t-elle en caressant du doigt un pli inhabituel sur le front de Jake.

Il s’écarta, et elle resta la main en l’air, embarrassée.

— Ça va, répliqua-t-il d’une voix sèche qui retomba sur elle comme une gifle. Allons-y.

Il saisit sa main et l’entraîna derrière lui hors de la pièce.

Surprise, elle le suivit dans le long couloir en chancelant, essayant de marcher aussi vite que possible compte tenu de la hauteur de ses talons et de la taille de sa jupe. Que lui arrivait-il ? Il ne l’avait jamais traitée ainsi. Elle s’arrêta brusquement et lui lâcha la main.

Jake se retourna aussitôt, le regard brillant de colère, et la plaqua contre le mur, les mains fermement maintenues au-dessus de la tête. Soudain envahie par la peur, elle sentit son cœur s’emballer.

— Tu doutes de moi, Cali ?

Oui. A cet instant, elle doutait de lui. Mais elle avait confiance aussi. Quelle que soit la raison de son comportement, elle savait que Jake ne lui ferait pas de mal.

— Non, répondit-elle enfin, le regard obstinément fixé sur son torse.

Il reprit son souffle et elle regarda les pulsations désordonnées de la veine de son cou.

— Bien, dit-il, en s’écartant, mais sans lâcher sa main. Tu me paieras cet acte d’insubordination. Maintenant, allons-y.

Tête baissée, elle le suivit tandis qu’il l’entraînait au milieu de la foule qui emplissait peu à peu l’étage principal. Etait-ce un nouveau test ? Pour voir si elle allait remettre en question son autorité devant des tiers ? Elle n’en était pas sûre, mais elle en savait suffisamment pour ne pas faire ce genre de chose. Sa seule préoccupation était de ne pas attiser sa colère. Et de calmer l’angoisse qui montait en elle. C’était la première fois qu’elle avait cette sensation depuis qu’elle avait accepté d’être sa soumise.

— Bonsoir, maître Jake, dit quelqu’un sur leur passage.

— Maître Jake, ronronna une autre voix.

— Monsieur, monsieur, prenez-vous de nouvelles clientes ?

Jake les ignora tous.

Il finit par s’arrêter lorsqu’ils atteignirent le deuxième étage. Il parcourut la salle des yeux, et son regard s’arrêta sur un équipement libre. Un sourire s’afficha lentement sur ses lèvres, un sourire presque perfide qu’elle ne lui avait jamais vu. Une peur nerveuse s’empara d’elle lorsqu’elle le vit se diriger vers le Donjon, l’espace ouvert destiné aux exhibitions en public. La salle qu’elle n’avait vue qu’une seule fois.

Avait-il vraiment l’intention de se livrer à une Séance ici ?

Jusqu’à présent, ils n’avaient fait ensemble que des Séances privées. Elle ne pensait pas être capable de le faire face à d’autres gens.

Là où tout le monde pouvait la voir.

Préoccupée par les intentions de Jake, elle trébucha. Soudain, elle se retrouva dans ses bras. La chaleur de Jake l’enveloppait. La protégeait.

— Tu peux le faire, dit-il pour la rassurer, son souffle caressant son oreille. Je veux que tu le fasses.

Cali ferma les yeux, intimant à son cœur de ralentir sa course folle. Les cris et gémissements qui emplissaient la pièce se mêlaient aux bruits sourds des équipements, aux claquements des différents accessoires, à l’odeur de l’excitation et de la sueur.

— Fais-moi confiance, souffla Jake en lui caressant doucement le dos. Tu as besoin de cela.

La confiance, encore et toujours.

Cali inspira profondément. Une fois, puis une deuxième. Elle n’était pas du tout calme, mais c’était déjà mieux.

Jake recula, suffisamment pour lui relever la tête et qu’elle le regarde dans les yeux.

— Les règles sont les mêmes que d’habitude. Tu prononces ton safeword et on arrête immédiatement.

Cette information la rasséréna un peu. Elle pouvait tout arrêter quand elle le voudrait.

— D’accord, dit-elle, soutenant son regard. Vert.

Dès qu’il eut son approbation, Jake entreprit de préparer la Séance. Paralysée par la peur, Cali l’observait. Tout cela semblait si irréel, comme si cela arrivait à quelqu’un d’autre… Et pourtant, en l’espace de ce qui lui parut être quelques secondes, elle se retrouva attachée bras et jambes écartés sur une croix de Saint-André, totalement exhibée à tous ceux qui se trouvaient dans la salle.

— Ouvre les yeux, ordonna Jake. Concentre-toi sur moi, Cali.

Elle obéit.

— Oui, Jake.

Il se tenait debout face à elle, jouant avec le Zip de son bustier. La chaleur de son regard contrastait avec la surface froide de la barre de métal qu’elle sentait dans son dos et avec la rigidité des menottes en cuir sur ses poignets et chevilles.

Elle avait le souffle court, tant sa respiration était comprimée par le vêtement qu’elle portait. Le Zip que Jake descendait lentement lui griffait légèrement la peau, ce qui l’empêcha de percevoir la fraîcheur de l’air. Elle sentit le regard de Jake sur elle, comme s’il observait sa réaction quand ses seins furent exhibés au public. Délivrée de son corset, elle put respirer. Ses muscles se contractèrent contre les chaînes qui lui liaient les poignets.

— Magnifique, murmura Jake avec une pointe d’adoration dans la voix.

Du bout des doigts, il caressa ses tétons, enserrés dans les pinces à seins qu’il lui avait demandé de porter sous son bustier. Il les resserra d’un cran pour rendre ses seins plus sensibles encore.

— Tu as parfaitement suivi mes instructions.

Il tira sur la chaîne reliant ses seins. La douleur fut comme une décharge électrique, directement reliée à son sexe.

— Les safewords, Cali.

— Rouge : stop. Jaune : attention. Vert : O.K., dit-elle d’une voix haletante.

— Et où nous situons-nous ?

— Vert.

— Parfait.

Jake lui avait ôté sa jupe avant de lui attacher les chevilles. Elle ne portait plus qu’un shorty minimaliste en dentelle qui ne cachait rien de son intimité. Elle était totalement exhibée, et pourtant elle se sentait capable de continuer. Le lieu où elle se trouvait ne changeait rien à la façon dont son corps réagissait lorsqu’elle était attachée. Elle était excitée comme jamais. Elle était entre les mains de Jake.

Il prendrait soin d’elle.

Alors, elle s’abandonna.

— Je vais utiliser un fouet ce soir. Il laissera des marques bien rouges sur ta peau. Tu les regarderas demain, en pensant que c’est moi qui te les ai faites.

Il promena la lanière de cuir le long des cuisses de Cali. Instantanément, le désir lui noua le ventre. Son sexe était brûlant de plaisir anticipé et son esprit s’était déjà échappé pour s’installer dans cet espace calme et lointain de l’acceptation.

— Tu vas me supplier de te laisser jouir. Mais tu ne jouiras pas tant que je ne t’y autoriserai pas. Tu ne douteras pas de moi, et tu ne me résisteras pas, dit-il avant de se pencher vers elle pour lui murmurer directement à l’oreille : rends-moi fier, Cali. Montre à tout le monde quelle bonne soumise tu es.

La brûlure mordante du fouet s’abattit sur la chair tendre de ses cuisses, et elle eut un mouvement de recul. Jake avait déjà utilisé le fouet avec elle, cette douleur ne lui était pas inconnue. Mais la brûlure provoquée par celui-ci était plus vive et intense.

Jake recula, et Cali vida son esprit, se laissant absorber par le monde de sensations dans lequel elle glissait. C’était plus facile à faire qu’elle ne l’aurait imaginé. Se laisser engloutir par la douleur, lâcher prise, était devenu un besoin.

— Pourquoi es-tu venue ici ?

La question l’avait brusquement tirée de l’espace dans lequel elle s’était évadée, la ramenant à l’instant présent.

— Réponds-moi, ordonna Jake, tandis que la lanière du fouet venait lui mordre les seins.

Elle sursauta. Il lui avait posé une question. Et elle était censée répondre.

— Pour trouver un dominateur, souffla-t-elle.

— Mais pourquoi ? Pourquoi voulais-tu un dominateur ?

Le fouet s’abattit de nouveau sur la pointe sensible de ses seins.

Pourquoi lui posait-il cette question ?

— Parce que je voulais être dominée ?

— Mauvaise réponse. La lanière s’abattit sur son ventre. Je veux la véritable raison.

Cali essaya de croiser le regard de Jake pour voir ce qu’il attendait d’elle, mais il ne la regardait pas. Il était totalement concentré sur son corps, sur les stries roses dessinées sur sa chair. Que voulait-il ? Un nouveau coup fusa, et la douleur s’intensifia, rendant toute pensée plus difficile encore.

— Je ne sais pas, gémit-elle d’une voix faible.

Elle parcourut la salle du regard, dans l’espoir d’y trouver une réponse. Mais tout ce qu’elle vit fut une série de visages absorbés… tous concentrés sur elle. Sur la Séance dont elle faisait partie. Oh ! mon Dieu. Elle sentit la panique la gagner, la peur d’être exposée la ronger. Que faisait-elle là ?

Instinctivement, elle tira sur les liens qui la retenaient. Mais, déjà, Jake était là, s’interposant entre elle et la foule. Et il la regardait dans les yeux. L’intensité de ce regard se grava en elle, l’aidant à retrouver son calme.

— Concentre-toi sur moi. Tu connais la réponse, dit-il en déposant un baiser brûlant sur ses lèvres, avant de reculer, et de lui asséner un nouveau coup cinglant sur le ventre. Réponds.

Répondre. La douleur lancinante se répandit en elle, aiguisant ses nerfs. Répondre. Pourquoi était-elle venue ici ?

— Pour être touchée.

C’était vrai. Cela sonnait vrai dans son esprit confus.

— Bien. Pourquoi voulais-tu être touchée ?

Le sifflement du fouet sonna comme un bref avertissement avant d’atteindre son ventre nu.

Elle se mordit la lèvre — par peur de la vérité ou de la douleur ? Elle n’en était pas sûre. Pourquoi faisait-il cela ? Il connaissait la réponse. Elle le lui avait dit le premier soir.

— Cali !

Son nom résonna comme un ordre.

Elle laissa sa tête retomber en avant. Etait-ce la honte de l’aveu qu’elle s’apprêtait à faire ou parce qu’elle était à bout de forces ? Elle n’aurait su le dire.

— Parce qu’il ne me touchait pas, murmura-t-elle.

— Qui ?

Qui ? Mais qu’il aille se faire foutre. Jake savait qui il était. Il savait tout cela.

Clac — une autre morsure sur une cuisse, puis sur l’autre. Une vague d’endorphines afflua en elle, se mêlant à la douleur pour créer cette délicieuse sensation de flottement. Elle voulait juste flotter, pas répondre à des questions.

Soudain, son menton fut relevé d’un coup sec, et elle ouvrit aussitôt les yeux. Jake la regardait droit dans les yeux avec une expression de sombre colère.

— Tu me désobéis, lâcha-t-il d’un ton déçu.

Cali sentit les larmes lui piquer les yeux. Comprendre qu’elle était la cause de la colère, de la déception de Jake, était pire que la morsure du fouet.

— Désolée, monsieur, murmura-t-elle.

— Jake, répliqua-t-il d’une voix cinglante, serrant son menton plus fort.

— Jake, dit-elle, implorante. Désolée…

Il relâcha légèrement son étreinte.

— Qui est-ce qui commande ici ?

— Toi.

— Et à qui dois-tu répondre ?

— Toi.

— Alors, réponds-moi, Cali.

Il recula d’un pas, et la fouetta sur les seins, les bras et le ventre.

— Réponds maintenant, ou arrête tout, ajouta-t-il le souffle court.

Jake avait autant de mal à respirer qu’elle. Sa poitrine se soulevait violemment dans l’attente de sa réponse. C’était elle qu’il attendait.

Elle cligna des paupières pour ravaler ses larmes. Elle ne pleurerait pas. Pas ici. Les lèvres tremblantes, les bras agités d’un mouvement convulsif sous l’effet de la tension et des liens, elle tenta de recouvrer ses esprits. Elle pouvait utiliser le safeword. Mettre un terme à la Séance. Mais elle devait lui faire confiance. S’il la forçait à faire cela, c’était pour une raison. Elle ne comprenait pas, mais il y en avait forcément une. Elle devait le croire.

— Mon ex-mari, dit-elle enfin d’une voix lasse.

Aussitôt, elle se sentit envahie par une honte familière. Elle aurait voulu mourir, là, tout de suite. Elle ferma les yeux pour échapper au ridicule de la situation. Elle ne voulait pas voir les visages qui la regardaient sans doute avec un mélange de pitié et de moquerie. Elle serra les lèvres pour réprimer le gémissement qui menaçait de s’en échapper.

— C’est bien.

Le fouet lui mordit une nouvelle fois le ventre. Suivie d’une autre. Jake continua jusqu’à ce qu’elle ait regagné cette zone, au milieu de nulle part, où elle était si bien. Ses muscles se détendaient de nouveau et elle relâchait peu à peu sa pression sur les chaînes.

— A qui la faute, Cali ?

Quoi ? Elle se figea et détourna la tête, pour échapper à cette question. Comme si elle pouvait l’éviter, simplement en ne la regardant pas en face. Elle lutta entre le désir d’ignorer la question et le besoin urgent d’y répondre qu’elle sentait monter en elle.

Ce besoin de faire ce que Jake lui avait demandé.

— La mienne, admit-elle enfin, terrassée par la honte.

— Mauvaise réponse.

Quoi ? A quoi jouait-il ? Blessée, furieuse, elle essaya de se détourner de Jake, de sa colère. Mais elle ne pouvait aller nulle part. Pas de fuite possible. Qu’avait-elle fait de mal ? Une brûlante morsure sur le bout de ses seins lui coupa le souffle, et elle laissa échapper un gémissement qui résonna à ses propres oreilles comme un son inconnu, presque animal. Jake tira sur la chaîne qui reliait ses seins, assez pour en étirer la pointe. Elle se cambra, dans un effort pour diminuer la pression. Mais sa tête retomba bientôt en arrière, contre la croix.

La sensation intense se propagea de nouveau de ses tétons jusqu’à son sexe, attisant son désir. Instinctivement, elle voulut serrer les cuisses pour dissimuler aux regards sa culotte trempée. Les chaînes émirent un cliquetis métallique, et ses chevilles s’écartèrent plus encore.

Il lui était impossible de se cacher.

D’un geste brusque, Jake déchira sa fine culotte de dentelle.

— Il n’y a plus rien derrière quoi se cacher. Maintenant, réfléchis, et donne-moi la bonne réponse. A qui était-ce la faute si ton mari ne te touchait pas ?

Un léger coup de fouet tomba doucement sur son pubis, si près de son sexe brûlant… presque comme une caresse, qui contrastait avec la pression de plus en plus vive que Jake infligeait à ses tétons.

Cali essaya de se concentrer, mais elle était incapable de formuler la moindre pensée, toute son attention était dirigée sur son corps et sur les sensations que Jake éveillait en elle.

Elle ne s’était jamais sentie si vulnérable ni si exposée de toute sa vie. Un long frisson la parcourut des pieds à la tête. Une petite secousse sur les pinces qui reliaient ses seins lui rappela que Jake attendait une réponse.

Si sa première réponse n’était pas la bonne, quel autre choix lui restait-il ?

— Ce n’était la faute de personne ?

— Mauvaise réponse.

La réprimande exprimée d’une voix sèche fut suivie d’un coup de fouet sur son sexe désormais exhibé.

Elle gémit.

Il ne restait plus qu’une seule réponse possible.

— La sienne.

— Bonne réponse, Cali.

D’un geste vif, il lui ôta la pince à seins.

Le sang afflua dans ses mamelons au rythme lancinant de la douleur, au diapason de celui de son cœur. Elle poussa un cri. Etait-il l’expression de sa douleur physique, ou celle, plus intérieure, de son cœur déchiré ? Peu importait.

Jake posa les lèvres sur les pointes endolories de ses seins, les léchant et les apaisant avec application. Bouleversée par le contraste entre cet homme attentionné et celui qui venait de si vertement la réprimander, elle le contempla, émerveillée.

Le bonheur d’avoir donné à Jake la réponse qu’il attendait, ajouté à la délicieuse sensation de sa bouche humide sur sa chair à vif, la poussa au bord de la jouissance. Son excitation grandissait à chaque seconde. S’il lui était resté un tant soit peu d’orgueil, elle aurait été mortifiée.

— Crois-tu ce que tu viens de me dire ? demanda Jake en la regardant droit dans les yeux.

Le croyait-elle ? Elle n’était plus capable d’aucune pensée.

— Tu es merveilleuse, Cali. Tu es magnifique et généreuse. N’importe quel homme qui n’est pas capable de le voir est un imbécile. Si tu ne me crois pas, tu dois les croire, eux.

Jake fit un pas de côté, mais lui maintint le menton pour l’empêcher de baisser la tête et qu’elle n’ait d’autre choix que de regarder la foule rassemblée autour d’eux.

Mais c’était trop pour elle. Elle se réfugia derrière ses paupières fermées.

— Regarde. Regarde leurs visages, ordonna Jake. Dis-moi ce que tu lis dans leurs yeux.

Oserait-elle ? Avait-elle le courage d’affronter la moquerie et le mépris ? Elle pouvait tout arrêter, utiliser son safeword et fuir. Ou elle pouvait obéir à Jake et voir ce qu’il voulait qu’elle regarde.

— Fais-moi confiance, lui murmura Jake au creux de son oreille. Je ne ferais jamais rien qui puisse te blesser.

Mais la peur entretenue par des années d’indifférence était trop ancrée en elle pour dissiper le doute. La main de Jake se resserra sur sa mâchoire.

Il l’attendait. Cette fois encore.

C’est à cet instant qu’elle remarqua le silence qui l’entourait. En dehors des battements frénétiques de son cœur, elle n’entendait rien. Tous les bruits du Donjon, les gémissements, le claquement des fouets et des fessées, tous s’étaient évanouis. Pourquoi ?

Rassemblant tout son courage, Cali ouvrit les yeux. Immédiatement, elle commença à trembler, et les chaînes qui entravaient ses membres firent un bruit métallique qui résonna à travers le silence de la pièce. Sa peau se glaça, et sa respiration s’accéléra en petites vagues tremblantes.

— Doucement, Cali, murmura la voix de Jake à son oreille, en lui caressant doucement le visage. Regarde-les. Observe leur visage.

Les regarder ? C’était une marée humaine qui semblait se refermer sur elle jusqu’à l’étouffement. Des visages troubles. Elle ne voulait pas les voir. Des rangées et des rangées de mépris. Qui voudrait voir cela ?

— Tu vois le respect sur leur visage ?

Le respect ? Le mot s’infiltra dans le chaos qui lui brouillait l’esprit.

— L’admiration ?

L’admiration ? Comment cela ? Elle cligna des yeux, les visages commençant à prendre forme devant elle.

— Vois comme ils t’envient.

L’envier ? Elle ? Elle se força à se concentrer sur les visages tournés vers elle. Alors, un petit cri presque inaudible s’échappa d’entre ses lèvres.

— Le respect. Le désir. Tout cela, pour toi.

Tout était là, sous ses yeux. Chaque mot prononcé par Jake était gravé sur les visages qui la regardaient fixement. Elle laissa son regard passer de l’un à l’autre, à la recherche de la vérité, incapable de croire ce qu’elle voyait. Mais c’était toujours la même chose — des hommes et des femmes, dominateurs et soumis — peu importait. Chaque visage n’exprimait rien d’autre que… de l’acceptation.

De la compréhension.

Pas la moindre trace de jugement, de mépris, de pitié, ni aucune de ces émotions qui la rongeaient depuis si longtemps.

— Dis-moi. Est-ce que tu le vois ? Tu vois ce que nous voyons ? Ce que je vois ?

Ce fut le tremblement de la voix de Jake qui se brisa légèrement sur la dernière question qui l’atteignit le plus profondément.

Elle laissa échapper un sanglot. Un bruit étranglé qui déchira le silence. Ce n’était donc pas sa faute ? Elle n’avait rien à se reprocher ?

— Oui, murmura-t-elle en reprenant son souffle.

Ils la voyaient. Et Jake, lui aussi, la voyait. Elle. Et, malgré tout, ils la respectaient.

Ils la comprenaient.

Ils ne la jugeaient pas.

Ils la désiraient. Jake la désirait.

Affolée, elle tourna la tête, cherchant le regard de Jake. Cherchant une confirmation.

— Jake, dit-elle d’une voix étranglée.

Et il apparut aussitôt. Face à elle. La protégeant de tout, excepté de lui. La vérité de tout ce qu’il avait dit brillait dans ses beaux yeux gris argent.

— Oui, dit-elle plus fort, les larmes lui coulant sur les joues. Oui, oui, oui, répéta-t-elle, comme pour s’en convaincre. Jake, souffla-t-elle, comme une supplication.

Elle s’étira vers lui, l’implorant de lui donner de la force. De la prendre dans ses bras. De la soutenir.

— Tu es si courageuse, murmura-t-il.

Avec une infinie douceur, il lui effleura les lèvres avec les siennes avant de reculer d’un pas.

Ne plus sentir la chaleur de Jake contre elle la glaça, mais elle lui faisait confiance. Elle avait besoin de lui.

— Marcus.

Cali se figea en entendant la sécheresse du ton de sa voix.

— Cette soumise a besoin d’aide. Peux-tu m’assister ?

Quoi ? Elle était trop choquée pour réagir. A quoi jouait-il ? Son regard passa de Jake au grand brun qui s’était approché, le dominateur qu’elle avait vu lors de sa première nuit passée au Red Room. Ses yeux noirs la jaugèrent, tandis qu’un sourire se dessinait lentement sur son visage.

— Avec plaisir, maître Jake, dit-il.

Elle sentit son regard se promener sur elle, et frémit, cherchant le regard de Jake, tandis que l’autre homme demandait :

— Que voulez-vous que je fasse ?

— Lèche-lui la chatte, dit Jake d’une voix cinglante. Dis-moi quel goût elle a.

Cali essaya de réprimer son tressaillement, et de résister à son envie de fuir. Lorsqu’il s’en aperçut, le visage de Jake se durcit. Bien sûr, elle ne pouvait pas s’enfuir, mais pouvait-elle faire cela ? Laisser un autre homme lui faire quelque chose d’aussi intime ? Devant tout le monde — et devant Jake ?

Elle aurait voulu lui demander pourquoi il lui faisait cela. Pourquoi il leur faisait cela. Que cherchait-il ? Avait-elle provoqué sa colère ? L’avait-elle contrarié ? Dégoûté ? Etait-ce sa punition pour lui avoir résisté ? Il n’avait jamais été question de cela entre eux.

Il n’avait jamais dit qu’il voulait la partager.

Marcus s’agenouilla devant elle et lui caressa les jambes lentement, commençant par ses chevilles. Elle baissa les yeux, elle ne pouvait s’en empêcher. Cette vision peu familière était dérangeante, les cheveux longs et raides étaient si différents de ceux de Jake. Ses caresses, plus fermes.

Au prix d’un immense effort, elle tenta de se rappeler que c’était ce que voulait Jake. Elle lui faisait plaisir en laissant cet homme la toucher. Tandis qu’elle s’appropriait cette pensée, elle sentit son corps réagir. Quelles qu’étaient ses raisons, Jake voulait qu’un autre homme lui donne du plaisir. Elle tâcha de se détendre, relâchant la tension à mesure qu’elle laissait ses doutes s’évanouir. Elle sentit un souffle chaud sur son sexe trempé, qui lui arracha un soupir.

Elle leva la tête pour chercher Jake du regard, mais il était concentré sur l’autre homme. Il avait les lèvres serrées, le visage figé, les yeux remplis d’une expression qui ressemblait à de la rage. Les bras croisés sur la poitrine, dans une attitude inflexible, il paraissait tout sauf satisfait.

— Arrête.

L’ordre cinglant résonna à travers la salle. Marcus se figea, et elle se raidit.

Jake avança vers eux, chacun de ses mouvements extrêmement contrôlé, lent et calculé.

Marcus s’écarta d’elle, puis se leva, les yeux fixés sur Jake.

— Bien sûr, maître Jake.

Il s’éclipsa sans un mot.

Mortifiée, Cali sentait sur elle l’attention des gens présents dans le Donjon, et le silence s’intensifier à chaque instant. Ils les observaient, Jake et elle. La tension dans l’air était palpable.

Jake se mit à genoux. Elle sentit les muscles de son ventre se contracter lorsqu’il posa la bouche sur elle et suivit de la langue les marques rouges dessinées sur sa peau. Elle le regarda se rapprocher dangereusement de son sexe, et tout ce qui les entourait disparut.

A cet instant, Jake était le seul à exister pour elle.

Elle avait les yeux fixés sur ses mèches brunes bouclées. Ses mains puissantes lui maintenaient les hanches et l’empêchaient de bouger tandis que ses doigts glissaient en elle. Elle vit la pointe rose de sa langue se poser sur sa chair brûlante.

Elle était sur le point de basculer, l’esprit et le corps suspendus à chacun de ses gestes. Elle n’attendait plus qu’une chose : qu’il la fasse jouir. Elle gémit, peu importait à présent l’impression qu’elle donnait.

— S’il te plaît, Jake, supplia-t-elle.

Alors, il leva des yeux brillants de fierté et plongea son regard dans le sien.

— Tu l’as mérité, dit-il avec un accent de fierté dans la voix.

Il ne cachait plus ses émotions — l’acceptation, le respect, l’admiration, le désir et quelque chose à quoi elle n’osait même pas rêver.

Soudain, il posa la bouche sur son sexe avec une férocité qui la bouleversa. Le souffle coupé, elle sentit sa langue sur son clitoris, ses dents mordiller sa chair délicate. Il leva les mains pour pincer ses tétons hypersensibles.

— Jake, souffla-t-elle, luttant contre la vague de plaisir qui menaçait de l’emporter à chaque instant.

Enfin, elle entendit les mots tant espérés.

— Jouis pour moi, Cali.

Ce qu’elle fit instantanément. Ses muscles se contractèrent, et un son guttural s’échappa d’entre ses lèvres. L’extase s’empara d’elle en vagues successives, pour aboutir à un orgasme dont l’intensité la foudroya.

Déjà fragilisés d’être restés tendus si longtemps, ses muscles tremblèrent, puis lâchèrent. Son corps tout entier retomba comme un poids mort.

Dans un demi-brouillard, elle sentit le frottement du cuir sur ses poignets, puis plus rien.

Des bras puissants l’entourèrent. Elle inspira, et s’imprégna du parfum de Jake. Il l’avait rattrapée. Elle était hors de danger.

A bout de forces, elle n’ouvrit pas les yeux. Elle n’avait pas besoin de le voir pour savoir que Jake était là pour la protéger.

— Tout va bien, ma chérie. Je suis là.

Il était là. pour elle. Bien plus que personne ne l’avait jamais été.

Elle poussa un long soupir, qui chassa tous ses doutes. Ses dernières réserves. Mais, plus important, elle expulsa toute la culpabilité qui la tourmentait depuis tant d’années.

Enfin, pour la première fois de sa vie, elle se sentit lavée de tout soupçon. Libre.

Dans les bras de Jake.

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