Tu apprendras la confiance : T1 - Red Room (French Edition)
Chapitre 21
Cali se tenait debout derrière le bar, le sourire aux lèvres, elle se laissait imprégner par le rythme de la musique. Peu à peu, elle sentait se dissiper la tension qu’elle avait accumulée au cours des deux semaines écoulées, depuis sa dernière visite au Red Room. Les vacances de Thanksgiving et son lot de réunions familiales l’avaient tenue à l’écart du club qui occupait ses pensées.
Ou était-ce l’homme qui occupait ses pensées ?
Elle avait été étonnée quand Jake lui avait demandé de passer les vacances avec lui. La tentation d’accepter avait été forte, mais impossible d’échapper à ses obligations familiales et le présenter à sa famille n’était tout simplement pas envisageable. Pas pour l’instant, en tout cas. Ils se parlaient au téléphone, presque chaque jour maintenant. Elle était certaine que cela ne faisait pas partie du contrat habituel entre un dominateur et sa soumise. Pour être honnête, le fait qu’elle ait envie de le voir plus souvent — de voir les vieux films qu’il aimait ou d’essayer le restaurant thaï dont il parlait comme du meilleur de la ville — l’effrayait un peu.
Ce qui avait commencé dans le cadre très strict du Red Room s’était transformé en une sorte de relation. Jake était devenu une part essentielle de sa vie. Pouvaient-ils aller plus loin ? En avait-il envie ?
Cali but une gorgée d’eau, et sentit le liquide couler dans sa gorge. C’était la première fois qu’elle revenait au Red Room depuis la Séance en public avec Jake. Certaines des personnes qui l’entouraient en ce moment l’avaient-elles vue ce soir-là ? Cette femme, vêtue de cuir bleu et qui portait un collier, était-elle une de celles qui l’avaient regardée ? Ou peut-être était-ce ce dominateur blond, en cuir noir, qui l’avait vue frappée et dénudée…
Deux mois plus tôt, cette pensée — cette peur — lui aurait fait fuir le club en courant, la tête baissée, rouge de honte. Mais ce soir elle ne ressentait rien d’autre que de la fierté. Comment était-ce possible ?
Elle se sentait si forte. Le simple fait de savoir qu’elle pouvait se livrer à ce genre de fantasmes et ne pas en avoir honte lui donnait une confiance nouvelle, qui s’était étendue à tous les aspects de sa vie. La plupart des gens trouveraient sans doute cela étrange et bizarre, mais c’était ici, dans ce club, qu’elle s’était sentie comprise pour la première fois. Et elle savait à présent qu’il y avait une sensation de pouvoir et de force dans la soumission.
En donnant le pouvoir à Jake, elle s’était trouvée elle-même.
Cali se redressa sur sa chaise. Oui, au Red Room, elle avait trouvé l’acceptation. Un lieu où ses désirs n’étaient pas considérés comme honteux ou interdits.
Elle reposa son verre et tourna la tête, cherchant Jake du regard. En général, il ne la laissait pas attendre si longtemps. Le colis qu’il lui avait fait parvenir ce jour-là contenait une robe bustier en cuir très courte et un soutien-gorge push-up avec le string assorti. Les instructions indiquaient qu’elle devait porter des cuissardes, les cheveux relevés et aucun bijou. Elle les avait suivies sans la moindre hésitation.
Résistant à l’envie de partir à la recherche de Jake, elle se retourna vers le bar. Le videur lui avait dit que Jake la retrouverait à cet endroit précis, et elle ne voulait pas désobéir. Machinalement, elle commença à onduler au rythme sensuel du morceau de musique qui passait.
Un grand brun se faufila à travers la foule et s’arrêta face à elle.
— Madame Reynolds ?
C’était Marcus. Le dominateur que Jake avait invité à partager leur dernière Séance.
Cali sentit son cœur s’emballer. Elle ne pensait pas le revoir, et encore moins sans la présence de Jake. Elle n’avait jamais été abordée par un autre dominateur, et c’était d’autant plus troublant que celui-ci s’était retrouvé agenouillé devant son sexe nu. Gênée, elle baissa les yeux, sans trop savoir comment réagir. Elle venait peut-être au club depuis deux mois, mais elle ignorait encore toutes les règles et subtilités de l’univers du BDSM.
— Oui, dit-elle, se décidant enfin à croiser son regard.
— Je suis maître Marcus. Maître Jake a été retenu par des détails à régler avec de nouveaux membres, dit l’homme en lui tendant la main. Il m’a demandé de vous accompagner dans une salle. Il a prévu une surprise spéciale pour vous, ce soir.
Une surprise spéciale ? Avec Marcus ?
Après un bref moment d’hésitation, elle tendit sa main à Marcus et se laissa entraîner jusqu’au deuxième étage, où il lui ouvrit une porte située sur la droite qu’elle n’avait jamais remarquée auparavant. Elle marqua un léger temps d’arrêt. Elle n’avait aucune idée de l’endroit où menait cette porte.
L’homme sembla remarquer son hésitation car il s’arrêta.
— Tout se passera bien, madame Reynolds, dit-il en lui lâchant la main et en faisant un pas de côté pour la laisser entrer.
Il resta sur le seuil de la porte, qu’il laissa ouverte, pour qu’elle ne se sente pas prise au piège.
— Maître Jake m’a dit de vous donner ceci, ajouta-t-il en lui tendant une enveloppe, sur laquelle son nom était inscrit dans une écriture qu’elle reconnut aussitôt.
D’une main tremblante, elle en tira une feuille de papier. Les instructions de Jake indiquaient qu’elle devait faire ce que lui demandait maître Marcus, qu’elle pouvait lui faire confiance, et qu’il allait la préparer pour la Séance de ce soir.
Elle prit une profonde inspiration et regarda autour d’elle. La pièce ressemblait davantage à des coulisses qu’à une salle de domination. Plutôt petite, elle comportait un escalier qui menait à ce qui ressemblait à une scène. Une scène qu’elle n’avait jamais vue auparavant. Qu’est-ce que Jake avait en tête ?
Marcus attendait toujours, debout près de la porte. Ferait-il partie de la Séance de ce soir ? En avait-elle envie ? Elle se tourna vers lui.
— Je suppose que vous n’allez pas me dire ce qu’il a prévu ?
Il se contenta de sourire, et secoua la tête.
— Ce n’est pas mon rôle. Vous devez faire confiance à votre maître.
C’était le cas. Elle était allée trop loin pour ne pas faire confiance à Jake. Après la dernière Séance, il avait gagné toute sa confiance. Il y avait eu cette Séance, puis la façon dont il avait pris soin d’elle, la douceur, la tendresse, même, avec laquelle ils avaient fait l’amour le lendemain matin. Il avait su lui montrer à quel point elle était importante pour lui. Jamais elle n’avait été aussi proche de quelqu’un. Pas même de son ex-mari.
Avec Jake, elle se sentait spéciale, au cœur de toutes ses attentions. Aimée — un mot qui n’était pas censé faire partie de l’équation, mais qu’elle ne parvenait pourtant pas à repousser. Quelle idiote ! Elle était stupide de penser à l’amour, et encore plus d’y succomber. C’était sur la Séance qu’elle devait se concentrer.
— Entendu, dit-elle à l’intention de Marcus en hochant légèrement la tête.
Une lueur d’approbation dans le regard, Marcus sourit. Il entra la pièce et laissa la porte se refermer derrière lui. Le claquement sec la fit tressaillir, mais elle ne fit pas le moindre geste tandis que le dominateur approchait. Sans un mot, il prit le papier et l’enveloppe de ses mains, avant de passer derrière elle.
Elle entendit un tiroir, quelque chose que l’on déplaçait. Le tiroir se referma et une porte s’ouvrit. Elle mourait d’envie de se retourner, de voir ce qu’il faisait, mais elle ne bougea pas. Les yeux fixés sur le sol, les mains serrées devant elle, elle attendit. Jake lui avait donné l’ordre de suivre les indications de maître Marcus, et elle ne voulait pas décevoir Jake.
Marcus lui banda les yeux et elle fut soudain plongée dans le noir. Elle s’éclaircit la gorge pour dissimuler sa surprise. Les battements de son cœur s’accélérèrent, c’était comme si tous ses autres sens étaient en effervescence pour compenser la perte de sa vision. Le dominateur lui saisit les poignets, sa peau était froide contre la sienne tandis qu’il lui menottait les mains dans le dos.
— Quels sont tes safewords, Cali ?
— Rouge, stop. Jaune, attention. Vert, O.K., répondit-elle machinalement.
— Ils s’appliquent toujours. Utilise-les si tu en as besoin.
Aussitôt, elle se sentit rassurée. Oui, elle avait toujours du pouvoir. Jake ne lui ferait pas de mal. Et il ne la laisserait pas non plus entre les mains de quelqu’un qui soit susceptible de la blesser.
Mais déjà Marcus s’éloignait. Elle entendit le bruit de ses bottes résonner sur le sol, puis la porte claqua. Seules restaient dans la pièce les dernières notes de son parfum, une odeur dense et musquée, qui se mêlait à celle du cuir et du citron.
Tous les sens en éveil, elle tendit l’oreille. Elle pensait être seule, mais n’en était pas certaine. Le fond de la salle était sombre et comportait un escalier. Il y avait peut-être quelqu’un là-haut. Tandis que les secondes s’égrainaient lentement, toutes sortes de questions et d’idées affluaient dans son esprit. Des idées étranges et extravagantes qui, il y avait peu de temps, l’auraient sans doute effrayée.
Et pourtant, en cet instant, elle était plus impatiente qu’effrayée.
Soudain, elle entendit des voix. Des sons très faibles, murmurés, qui s’accentuèrent peu à peu, jusqu’à ce qu’elle en perçoive clairement l’écho. Les gens étaient sans doute en train d’entrer dans la pièce qui avait vue sur la scène, en haut des escaliers. Cela pouvait signifier beaucoup de choses, mais la plus probable était qu’ils venaient pour la voir.
Ou pour regarder ce que Jake avait prévu pour elle.
Une autre Séance en public. Oui, c’était certainement ce qui allait se passer. Sinon, pourquoi l’aurait-il fait attendre ici ? Le souffle court, elle prit de lentes inspirations pour tenter de calmer les battements de son cœur.
La porte grinça derrière elle, et elle tourna la tête vers le bruit.
— Jake ?
Aucune réponse.
Seul le claquement d’une paire de bottes sur le sol lui répondit. Puis elle sentit une présence derrière elle. Malgré elle, elle se tendit. Mais son anxiété se dissipa lorsqu’elle reconnut l’odeur puissante et rassurante de Jake. Elle sourit lorsqu’il lui effleura les lèvres.
— Tu m’as manqué, Cali, murmura-t-il à son oreille.
Le souffle chaud de Jake contre sa peau, la sincérité qui perçait dans sa voix… Cali frémit d’anticipation.
Sans lui laisser le temps de répondre, il la saisit par la nuque et l’attira à lui pour un baiser profond et passionné. Elle chancela et bascula contre son torse. D’une main ferme, il la maintint contre lui, sans cesser de l’embrasser. Oh ! Elle adorait être dans ses bras et l’embrasser. Oui, il lui avait manqué. Elle ne pouvait plus se passer de ses mains sur sa peau.
Elle sentit la langue de Jake effleurer ses lèvres, puis, sans préavis, il s’écarta d’elle. Dès qu’elle eut retrouvé son équilibre, il lâcha ses épaules. Lorsqu’elle fut privée de son contact, un froid intense l’envahit.
— Aimes-tu être ma soumise ?
— Oui, Jake, répondit-elle, le souffle court.
— Me fais-tu confiance ?
— Oui, Jake.
— Aimerais-tu rester ma seule soumise ?
— Oui, Jake.
Malgré tous ses efforts pour contrôler le tremblement de sa voix, elle entendit l’accent de désespoir qui perçait dans ses réponses à mesure que l’inquiétude montait en elle. Où ses questions menaient-elles ? Jake allait-il la quitter ?
Il la prit par le bras.
— Alors, viens avec moi. J’ai quelque chose de prévu pour toi ce soir.
— Quoi ? demanda-t-elle timidement.
— Ne pose pas de questions. Fais-moi confiance, ou utilise ton safeword.
Cali se mordit la lèvre, et baissa la tête. Pourvu que sa posture apporte à Jake la réponse qu’il attendait. Elle ne supporterait pas de le décevoir. Pas ce soir, alors qu’elle avait tant attendu cette soirée.
Sans un mot, Jake la guida en haut de l’escalier. Il la tenait fermement pour l’empêcher de trébucher et l’entraînait sur une sorte de plancher de bois, qui sonnait creux sous ses pas, une scène peut-être. Autour d’elle, elle entendait une multitude de voix. C’était comme si l’espace autour d’elle, quelle que soit sa taille, était rempli, saturé de corps dont elle sentait la tension et les vibrations se propager en elle.
Soudain, les voix se dissipèrent. A la pensée que des centaines d’yeux étaient posés sur elle, une étrange chaleur envahit tout son corps. Soudain, Jake s’arrêta et la fit pivoter pour lui faire face. Elle sentait les vibrations du public dans son dos. Il appuya doucement sur ses épaules, et elle s’inclina pour s’agenouiller devant lui.
Brusquement, son bandeau avait disparu. Aveuglée par l’intensité de la lumière des spots qui éclairaient la scène, elle cligna des yeux plusieurs fois. Il faisait aussi chaud que par une journée d’été. Instinctivement, elle eut envie de se retourner. Elle voulait voir où elle était et ce qui s’y passait. Mais elle garda la tête baissée et les yeux fixés sur les bottes de Jake, comme une bonne soumise.
— Magnifique.
La voix de Jake glissa sur elle comme une caresse et elle se sentit remplie de fierté. Lui faire plaisir lui procurait une satisfaction qui l’étonnait toujours. Elle garda les yeux baissés et tout ce qui l’entourait cessa d’exister. Elle se concentra sur Jake seul.
Sur ce qu’il désirait.
Lentement, il promena un doigt sur son cou laissé nu par les cheveux qu’elle avait relevés. Soudain, elle comprit. Ce que cela pouvait vouloir dire. Elle lutta pour ne pas céder au trouble qui faisait trembler ses jambes.
Jake passa derrière elle, le doigt suivant la courbe de sa nuque. Un murmure s’éleva dans le public, mais elle l’entendait à peine, comme une rumeur lointaine à travers le sang qui battait dans ses tempes. Des gouttes de sueur perlèrent sur sa peau. Tous ses sens étaient concentrés sur l’homme qui se tenait derrière elle. Que faisait-il ? Elle avait mal aux doigts, tant elle serrait les menottes qui lui maintenaient les poignets attachés dans le dos.
Soudain, elle sentit le métal sur son cou, la chaleur et la fermeté des liens qui glissaient sur sa peau. Les doigts de Jake l’effleurèrent lorsqu’il appuya sur le fermoir contre sa nuque, avant de dessiner les contours du collier dans une caresse possessive.
C’était sa déclaration au monde — elle lui appartenait.
Oh ! mon Dieu ! Elle était agitée de trop d’émotions contraires pour savoir ce qu’elle en pensait vraiment. Jake venait de lui faire une déclaration publique. Elle sentait chaque millimètre du collier là où il brûlait sa peau. Mais, au lieu d’être restrictif, le collier était… rassurant. Elle frissonna.
Des applaudissements retentirent dans la salle, suivis de quelques sifflets. Maintenant face à elle, Jake l’aida à se relever avant de l’embrasser à pleine bouche… une autre façon de déclarer qu’elle était à lui. Lorsqu’il s’écarta enfin, la possessivité qu’elle lut dans ses yeux lui coupa le souffle. Elle aurait sans doute dû être effrayée par cette lueur sauvage, mais elle était tempérée par une autre émotion dans son regard… et elle aurait pu jurer que c’était de l’amour.
Plus que le collier, plus que tout ce qu’ils avaient fait ensemble, ce fut la lueur de promesse qu’elle lut dans les yeux de Jake qui la bouleversa. Pouvait-elle faire confiance à ce qu’elle voyait ? Elle avait confiance en lui, mais pouvait-elle croire en ce qu’il lui offrait ?
— Quelle est ta couleur, Cali ?
Cette question, murmurée d’une voix douce et rassurante, était destinée à elle seule. Même après sa déclaration publique, il lui laissait le choix. Elle n’aurait jamais cru vouloir un jour cela. Mais tout ce qu’elle avait découvert au Red Room était si différent ce qu’elle avait imaginé… C’était mieux.
C’était ce qu’elle voulait. Appartenir à Jake. Et que tout le monde sache qu’elle était à lui.
— Vert, souffla-t-elle.
Il laissa échapper un soupir, comme s’il avait été incertain de sa réponse. Il garda les yeux fermés quelques instants, comme pour assimiler sa réponse, puis il les rouvrit et la couvrit d’un regard brûlant.
— C’est un honneur pour moi, dit-il d’une voix grave chargée d’émotion qui la fit frissonner de plaisir.
Jake passa derrière elle et elle aperçut le public pour la première fois. La salle était vaste, de la taille d’un petit théâtre… et pleine. Des lumières éblouissantes brillaient au-dessus d’une marée humaine et elle détourna rapidement les yeux.
Derrière elle, Jake avait libéré ses poignets de leurs menottes. Il serra brièvement ses mains dans les siennes, comme pour lui insuffler sa force. Au même instant, elle entendit le bruit métallique, reconnaissable entre mille, d’une chaîne qui descendait lentement du plafond. Elle savait ce que cela signifiait. Mais, déjà, elle n’était plus en état de penser. Trop de choses s’étaient passées, se passaient encore, pour qu’elle puisse tout assimiler.
Elle appartenait à Jake.
Et, de toute évidence, il avait d’autres projets pour elle ce soir-là.
Elle laissa Jake faire passer ses bras devant elle et lui remettre les menottes. Maître Marcus apparut sur la scène et lui leva les bras pour attacher les menottes à la chaîne qui descendait du plafond, tandis que Jake la maintenait fermement par les hanches pour la stabiliser. Puis, il attacha ses chevilles aux deux extrémités d’une barre métallique, tandis que la chaîne se tendait, tirant ses bras vers le haut. Tendue à l’extrême des poignets aux chevilles, elle ne pouvait plus bouger.
Elle ne pouvait plus fuir.
Incapable de faire face à la foule qui l’observait, elle garda la tête baissée et frémit d’anticipation — un soupçon d’anxiété, mais surtout du désir et du plaisir. Cela faisait deux semaines qu’elle s’était soumise à Jake pour la dernière fois. Deux longues semaines. Elle laissa toutes ses inquiétudes et ses peurs se dissiper… jusqu’à n’être plus qu’à lui.
Comme il était libérateur de lâcher prise ! De se remettre entre ses mains. De lui faire totalement confiance. Tout ce qu’elle avait à faire, c’était obéir à ses ordres. Le satisfaire.
— Tu m’appartiens, Cali.
L’écho de la voix de Jake se réverbéra jusqu’au plafond.
— Qui est ton maître ?
— Toi, répondit-elle.
— Qui dois-tu satisfaire ?
— Toi.
— Regarde, ordonna Jake. Regarde le public et vois tes admirateurs. Montre-leur à qui tu appartiens.
Elle devait obéir. Et, plus important, elle voulait le faire. Jake la possédait, corps et âme, et elle ne pouvait s’y soustraire. Sur le chemin qu’ils avaient parcouru ensemble, entre le bondage, les fessées et les coups de fouet, à un moment elle était tombée amoureuse de la compassion, de la tendresse et de l’adoration qu’il lui témoignait.
Elle était tombée amoureuse de Jake.
* * *
Jake ne pouvait détacher son regard du corps de Cali.
Merde. Elle était magnifique.
Tout son corps tremblait, de petits frémissements à peine visibles. A moins d’être au diapason avec elle, comme il l’était en ce moment.
Elle obéit à son ordre et contempla le public. Sa poitrine se soulevait au rythme de son souffle, de plus en plus régulier. Elle se laissait aller. Parfait.
Il laissa son regard dériver vers le collier qu’elle portait autour de son cou. Son collier. La chaîne argentée brillait sur sa peau laiteuse. Composée de maillons en forme de huit, symbole de l’infini, il l’avait fait faire sur mesure, uniquement pour elle.
Parce que Cali serait à lui pour toujours.
Il lui appartenait. Qu’elle le sache ou non. Il était autant son esclave qu’elle était la sienne.
Il parcourut la foule du regard, une audience composée de ses pairs, de ses amis, employés et clients. Il leur avait déclaré à tous que Cali lui appartenait. Sa poitrine se gonfla d’orgueil. Cali était une merveilleuse soumise. Mais, plus important encore, elle était une femme extraordinaire.
A cette pensée — et à la vue du somptueux spectacle qu’il avait sous les yeux —, il sentit son sexe bander dans son pantalon de cuir. La courte robe en cuir de Cali était remontée en haut de ses cuisses lorsqu’il avait attaché la barre d’écartement à ses chevilles, et offrait à présent un délicieux aperçu de ses fesses et de la fine dentelle de son string. Ses bras étaient tendus vers le haut et son bustier avait glissé, révélant la courbe de ses seins.
Il devait la débarrasser de sa robe.
Jake passa derrière Cali et lui caressa le cou, juste à l’endroit où le fermoir du collier reposait.
— Il est parfait sur toi, murmura-t-il.
Il observa avec un mélange de fierté et de plaisir les frissons qui parcouraient le dos de la jeune femme avant de baisser lentement la fermeture Eclair de sa robe. Instantanément, il vit sa peau se hérisser au même rythme que ses doigts descendaient le long de sa colonne vertébrale. Lorsqu’il lui ôta sa robe, son corps tout entier frémit.
Un murmure d’appréciation s’éleva dans la foule.
Jake jeta le vêtement sur le sol et contourna le corps de Cali pour lui faire face. Elle avait les joues en feu, le souffle court, des inspirations saccadées soulevaient sa poitrine sous le fin tissu de son soutien-gorge sans bretelles. La dentelle noire laissait deviner ses aréoles, comme une tentation qui savait garder ses secrets. Il fit glisser son regard sur son ventre plat, s’attarda sur la mince dentelle qui couvrait le sexe de Cali, entre ses cuisses, avant de s’égarer le long de ses bottes en cuir.
Qu’elle était belle ! Cette pensée lui traversait l’esprit chaque fois qu’il la voyait. Mais ce qu’elle dégageait à cet instant précis était au-delà des mots. La tête penchée en avant, les yeux fixés au sol dans une attitude de soumission offerte aux yeux de tous, elle était la perfection.
Jake avança, saisit le menton de Cali et l’embrassa dans un élan de passion et de possessivité mêlées. Elle était parfaite et elle était à lui. Cali s’abandonna à lui dans un gémissement de plaisir. Rappelé à la réalité, il s’arracha à elle et fit signe à Marcus, qui attendait en coulisses, de lui apporter le paddle qu’il avait choisi pour la Séance.
Puis il passa derrière Cali et caressa ses fesses avec douceur.
— Je vais te fesser, Cali. Et tu vas l’accepter sans te plaindre.
— Oui, Jake, répondit-elle immédiatement.
— Quelle couleur ?
— Vert.
Cali ne pouvait pas voir le paddle qu’il tenait, mais tous ses muscles s’étaient déjà contractés. Elle l’attendait, lui, et ce qu’il lui avait réservé. Grisé par la confiance qu’elle avait en lui, il affermit sa prise sur le paddle.
Un bourdonnement d’excitation s’éleva dans la salle. Tout le monde attendait le premier coup. Il maintint le paddle en l’air pendant un instant, faisant durer le suspense. Puis il l’abattit d’un mouvement brusque sur les fesses nues de Cali.
Le craquement du bois contre sa peau résonna dans toute la salle, suivi du cri aigu de Cali et du mouvement brusque de ses hanches ébranlées par le choc. Les cris étouffés d’approbation qui fusèrent alors de la foule ne firent qu’intensifier la poussée d’adrénaline qui le secouait.
Déjà, les fesses de Cali se coloraient d’une somptueuse teinte de rouge. Elle laissa échapper un adorable gémissement qui trahissait la douleur, autant que le désir. Ses jambes tremblaient, mais elle ne se plaignit pas. Elle attendait simplement. Qu’il continue.
Alors, il lui offrit ce qu’elle désirait. Deux coups de paddle, un sur chaque fesse. Puis un troisième, en travers de ses fesses. Il sentit la sueur lui couler dans le dos, trempant sa chemise. Le corps de Cali était totalement relâché à présent, uniquement maintenu par les chaînes, tandis que sa tête reposait sur son bras droit. Sa peau, couverte d’une fine pellicule de sueur, brillait sous les lumières vives de la scène.
Il la prit dans ses bras pour l’attirer contre son torse.
— Tu es à moi, gronda-t-il à son oreille.
— Oui, souffla-t-elle, tout à fait docile.
Délicatement, savourant la douceur de sa peau sous ses doigts, il lui caressa le ventre. Chacun des muscles de Cali tremblait au passage de ses mains sur son corps. Face à eux, l’agitation monta lentement parmi la foule, gagnée par leur désir. Ils comprenaient ce qu’il possédait. Le trésor qu’il revendiquait.
Lentement, il laissa sa main remonter sur son ventre, caresser la courbe de ses seins, puis, brusquement il pinça un de ses tétons, puis un second. Aussitôt, Cali gonfla la poitrine, en une supplication silencieuse. Elle voulait plus. Elle était si près du point où la douleur se transformait en plaisir. Il le savait aux sons qui s’échappaient de ses jolies lèvres, à la tension de son corps, à l’expression de son visage.
Il s’écarta un peu pour caresser ses fesses rougies. Il glissa un doigt sous le fin tissu de son string. Bon sang, elle était trempée.
— S’il te plaît, Jake, supplia-t-elle.
Comme il bandait !
Il la frappa de nouveau, profitant de la surprise pour accentuer la douleur. Comme toujours, Cali réagit de façon incroyable. Elle se cambra lorsque le paddle claqua sur ses fesses, laissant son visage retomber contre son bras, les yeux clos et les lèvres entrouvertes. Un dernier coup de paddle la mènerait exactement là où il voulait.
Il s’approcha de son oreille.
— Que veux-tu, Cali ?
La respiration de la jeune femme s’accéléra.
— Encore, s’il te plaît.
— Encore quoi ? Dis-nous ce que tu veux.
Jake avait besoin de l’entendre prononcer les mots. La tête de Cali retomba en avant et il la releva aussitôt, la saisissant par le menton.
— Aucune honte, lui rappela-t-il. N’oublie jamais. Ne baisse jamais la tête de honte.
Il avait prononcé ces mots avec sévérité. Il pensait qu’ils avaient dépassé ce stade.
— Ouvre les yeux.
Cali frémit avant d’obéir lentement. Alors, il relâcha son menton et s’éloigna.
— Garde les yeux ouverts, et dis-nous ce que tu veux.
Le souffle court, il attendit. Allait-elle lui obéir ? Il savait qu’elle en était capable, si seulement elle parvenait à se débarrasser de sa peur, une fois pour toutes. Il tenta de lire l’expression du visage de sa sublime soumise, tandis qu’elle promenait son regard sur la foule. Voyait-elle l’admiration dans leurs yeux ? Le désir et l’envie sur les visages de ceux qui la regardaient ?
— Dernière chance, dit Jake. Dis-nous ce que tu veux.
Elle inspira, ses muscles se relâchèrent et elle entrouvrit la bouche pour parler.
Envahi d’une immense sensation de soulagement et de fierté, il s’apprêtait à lever le paddle pour lui offrir ce qu’elle voulait, quand il perçut un changement presque imperceptible en elle. Une soudaine raideur dans ses muscles, un léger halètement de surprise, une lueur d’horreur dans son regard. Quelque chose n’allait pas.
Quelque chose de grave.
Laissant le paddle retomber avec fracas sur la scène, il se précipita vers Cali, avant que le mot tant redouté ne franchisse ses lèvres.
— Rouge.
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