Tu apprendras la confiance : T1 - Red Room (French Edition)

Chapitre 22

 

Non ! Non ! Non ! Le mot résonnait dans la tête de Cali à un rythme fracassant tandis qu’elle gardait le regard fixé sur l’homme au premier rang. Il n’était pas là avant. C’était impossible.

Mais à présent il était là.

Peter.

— Rouge.

Le mot se précipita hors de sa bouche avant même qu’elle ait conscience de le prononcer.

— Rouge.

Elle le répéta plus fermement, cette fois, et secoua les chaînes qui lui liaient les mains.

Prise de panique, elle sentit son cœur s’emballer et sa respiration se couper. Non !

— Rouge. Rouge. Rouge.

Submergée par l’horreur, elle criait presque à présent. Elle se débattit violemment contre les liens qui la maintenaient captive, tentant d’échapper aux mains qui essayaient de la saisir.

Comment son ex-mari pouvait-il se trouver là ? Toute pensée rationnelle avait disparu de son esprit à la seconde où elle avait posé les yeux sur lui. Jamais elle n’oublierait l’expression de choc, de dégoût, sur son visage. C’était insupportable. Que faisait-il là ? Ici ? Dans son lieu à elle ?

Le sang cognait dans ses tempes, couvrant tous les autres sons. Elle tremblait de tout son corps à présent, se débattant contre les mains qui la tenaient, les liens qui la faisaient prisonnière.

— Rouge. Rouge. Rouge.

Le mot continuait de s’échapper d’entre ses lèvres, comme une litanie de supplications.

— Cali.

Elle entendit son nom à travers le brouillard qui lui embrumait l’esprit, mais elle se débattit. Pour échapper à Jake. Tout était sa faute. Cette honte qu’elle ressentait, cette mortification, c’était à cause de lui !

Dans un état second, elle regarda Peter se retourner et se frayer un passage dans la foule. Il lui tournait le dos, comme le ferait le reste de sa famille et de ses amis bientôt. Dès qu’il leur aurait révélé ses désirs déviants.

— Non, s’exclama-t-elle.

A bout de souffle, elle se laissa retomber au bout de ses chaînes. Cela ne pouvait pas lui arriver. Pas comme ça. Peter en parlerait-il à ses enfants ? La détesteraient-ils ? La mépriseraient-ils ? Oh ! non !

Soudain, ses poignets furent libres. Avec un regain d’énergie, elle repoussa aveuglément les bras qui la tenaient.

— Non, répéta-t-elle, les joues couvertes de larmes. Laissez-moi partir.

Mais les bras la maintenaient fermement. Puis ses pieds furent libérés, et elle se retrouva soulevée dans les bras de Jake.

— Non !

Elle se débattit de toutes ses forces, essayant sans succès de lui échapper.

D’échapper à sa trahison.

— Cali, murmura Jake, resserrant son étreinte autour d’elle tandis qu’il essayait d’avancer sur la scène. Cali, arrête.

— Va te faire foutre.

Elle était incapable de toute pensée lucide. A cet instant, elle n’avait plus qu’un but : fuir. Le fuir, lui, la honte, l’horreur et le dégoût qu’elle ressentait.

— Laisse-moi partir. Rouge. J’ai dit rouge !

— Ecoute-moi, lui ordonna-t-il.

Ben voyons ! C’était parce qu’elle l’avait écouté qu’elle se retrouvait dans ce merdier. Elle se débattit de plus belle. Lorsqu’elle sentit ses pieds toucher le sol, elle le repoussa violemment. Elle trébucha et d’autres bras la rattrapèrent avant qu’elle ne tombe.

Ce fut à cet instant qu’elle sentit la chaîne autour de son cou.

Le collier.

Prise de panique, elle tira sur les maillons, ses ongles griffant la peau de son cou dans sa précipitation à enlever ce signe de possession qu’elle avait accepté avec fierté quelques instants plus tôt. Maintenant, elle avait la sensation d’avoir une corde autour du cou. Une corde qui étranglait le peu de fierté et de souffle qui lui restait. Elle étouffait !

— Enlève-le, supplia-t-elle.

Soudain, elle fut libérée du collier. La chaîne pendait au bout de ses doigts, comme un serpent de l’enfer. Comme pour lui rappeler à quel point elle était tombée bas.

La poitrine compressée par un sanglot, elle jeta le collier au visage de Jake. Il ne sourcilla pas quand la chaîne vint s’abattre sur sa joue, avant de retomber au sol dans un léger bruit métallique. Derrière elle, elle entendit vaguement les cris étonnés et choqués qui parcouraient la foule. Mais le visage de Jake resta impassible. Figé.

— Pourquoi ? cria-t-elle, terrassée par son sentiment de trahison. J’avais confiance en toi. Je t’ai donné tout ce que tu m’as demandé. Pourquoi m’as-tu fait ça ?

Des bras la retenaient de nouveau, l’empêchant de s’en prendre à Jake. Elle avait envie — non, besoin — de lui donner des coups de poing, des coups de pied… de lui faire mal comme il lui avait fait mal.

On l’entraîna hors de la scène, loin de Jake, dans l’arrière-salle où avait commencé cette désastreuse soirée. D’autres gens s’y trouvaient, mais elle ne leur prêta pas attention. Jake s’arrêta au bas des marches et la regarda fixement, la mâchoire serrée, le regard sombre, sur la réserve.

— Cali, s’il te plaît. Dis-moi ce qui s’est passé. Dis-moi ce qui ne va pas.

Il fit un pas vers elle et elle recula aussitôt. L’air dévasté, Jake s’arrêta.

— Quoi ? dit-il calmement. Qu’est-ce que j’ai fait ?

— Est-ce que c’était un nouveau test ? demanda-t-elle, à bout de forces.

Peu à peu, elle sentait le désespoir l’envahir. Elle n’avait plus la force de se battre contre lui. Sous elle, ses genoux fléchirent, mais quelqu’un la rattrapa, l’aida à rester debout. Elle tenta de se ressaisir. Elle devait rentrer chez elle.

— Je ne sais pas de quoi tu parles, répondit Jake. Ce n’était pas un test. Je te demandais juste d’être ma soumise, Cali. D’être à moi. Je croyais que c’était ce que tu voulais.

L’abattement était perceptible dans la voix de Jake, mais elle était trop abasourdie, trop glacée pour ressentir quoi que ce soit.

— Peter, s’écria-t-elle d’une voix éraillée et tremblante. Pourquoi l’as-tu fait venir ici ? Pour m’humilier ?

Jake resta un moment interdit, le déni brillant dans ses yeux avant même qu’il ne parle.

— Non, bien sûr que non. Je ne ferais jamais ça. De quoi parles-tu ?

Il fit un nouveau pas vers elle, mais Seth s’interposa et agrippa Jake par le bras.

— Alors, que faisait-il là ? Au premier rang, assistant à ma honte ?

— Quelle honte ? s’écria Jake en se dégageant avec violence. Il n’y a aucune honte à désirer ce que je t’ai offert ce soir. Aucune honte dans ce que nous partageons.

— Alors, pourquoi est-ce de la honte que je ressens ? Hein, Jake ? Dis-moi pourquoi c’est ce que je ressens maintenant !

Jake ferma les yeux, une grimace de douleur peinte sur le visage. Cali essaya une fois encore de calmer sa respiration. Peu à peu, la colère qui l’avait d’abord envahie laissait la place au désespoir, et à un grand vide. Une femme s’avança et lui tendit un peignoir. Comme un automate, elle l’enfila d’un geste machinal, resserrant les pans contre elle.

— Je t’aime, Cali. Je ne te blesserais jamais ainsi.

A ces mots, Cali tourna la tête vers Jake. Elle plongea son regard dans le sien, les mots qu’il venait de prononcer — ces mots qui l’auraient rendue si heureuse encore une heure plus tôt — planant entre eux. Si elle se fiait à ce qu’elle voyait, à la douleur et à la détresse qu’elle lisait dans les yeux de Jake, elle aurait presque pu le croire.

Hélas, ce n’était pas de l’amour. Elle s’était bercée d’illusions en croyant à quelque chose qui n’était pas réel.

— Non, Jake. Tu ne m’aimes pas.

Eprouvant soudain le besoin de partir, de s’éloigner de lui et de la douleur qui lui ouvrait le cœur comme un coup de poignard, elle lui tourna le dos. Mais elle s’arrêta au bout de quelques pas et lui lança un dernier regard.

— Tu veux juste me posséder. Faire de moi ta chose. Me contrôler. C’est de la domination, pas de l’amour.

Et l’amour, c’était ce qu’elle avait cherché, depuis le début.

Et elle avait été totalement stupide de croire qu’elle pourrait le trouver ici. Avec Jake.

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