Tu apprendras la confiance : T1 - Red Room (French Edition)
Chapitre 6
Elle était incroyable.
Cali était vraie et sincère. Chacune de ses réactions l’avait bouleversé. Les émotions n’avaient rien de joué, ni feint. Ce qu’elle montrait était réel. Entièrement. Ce n’était pas ce qu’elle pensait qu’il voulait voir, mais ce qu’elle ressentait vraiment. Il en était certain.
Elle lui faisait assez confiance pour tout lui donner.
Cet abandon, cette confiance… Bon sang, il ne se rappelait pas la dernière fois où il avait autant bandé. La dernière fois qu’il avait désiré une soumise. Il n’avait pas l’habitude d’avoir des relations sexuelles avec ses soumises. Et certainement pas avec une nouvelle soumise. A plus forte raison s’ils n’avaient pas signé de contrat.
Il était censé contrôler la situation. Mais ce qu’il ressentait ce soir, c’était bien différent. Le bandeau avait été autant pour Cali que pour lui. Il ne voulait pas qu’elle voie l’effet qu’elle lui faisait. Et il ne pensait pas être capable de lui cacher ses émotions.
A présent, il la dévorait des yeux, attachée, écartelée et tremblante. Ce qu’elle était belle, nom de Dieu.
Son corps était mince et fuselé, mais elle avait assez de courbes pour lui rappeler qu’elle était réelle, une femme entre ses mains. Elle avait des seins haut perchés, fermes et bien proportionnés avec des tétons roses et tendus, qui étaient aussi sensibles que le reste de son corps. Elle avait des courbes au bon endroit, exactement comme il l’aimait, pas cette allure anorexique qui semblait être le but à atteindre pour tant de femmes qui venaient au club. Une femme devait avoir des courbes harmonieuses, évoquer la douceur. Et faire envie.
Avide de sentir la chaleur de Cali contre lui, il avança sur le matelas. Elle tressaillit, le souffle court, et il dut se mordre les lèvres pour rester silencieux.
La privation faisait partie de sa domination sur elle. C’était ce dont Cali avait besoin cette nuit-là, ce qui rendait chaque sensation plus intense. Après l’avoir gardée sous son emprise avec ses caresses, il l’en avait privée jusqu’à ce qu’elle le supplie de continuer. Il était certain qu’elle s’était attendue à quelque chose de plus hardcore et direct. C’était pour cela qu’il était parti dans la direction opposée.
La regarder se soumettre à cette forme plus subtile de domination était plus délicieux encore. Provoquer son désir, son envie de ce que lui seul pouvait lui donner. N’était-ce pas ce qu’il y avait de plus excitant ? N’importe quel dominateur aurait pu la fouetter, lui ordonner de se soumettre à lui. Mais tous n’auraient pas pris le temps de mériter sa soumission.
Elle était sans doute trop inexpérimentée pour comprendre la différence, mais lui ne voulait que ce qu’elle était prête à lui donner. Ce qu’il avait conquis. Il finirait par la pousser dans ses derniers retranchements. Mais d’abord il avait besoin de gagner sa confiance.
Il fit remonter ses mains sur les jambes de Cali, et sentit les muscles se contracter sous ses doigts. Il réprima un gémissement lorsqu’il se plaça au-dessus d’elle, prenant garde à ne pas la toucher. Il pencha la tête pour effleurer ses lèvres avec les siennes, puis s’écarta.
— Nom de Dieu, Jake, l’implora-t-elle en relevant la tête, cherchant ses lèvres. S’il te plaît… touche-moi.
Il poussa un léger soupir de satisfaction, puis descendit très lentement vers elle, contractant chacun de ses muscles, jusqu’à ce qu’ils soient peau contre peau, des pieds à la tête. La sensation était incroyable.
Cali poussa un soupir quand leurs deux corps se touchèrent enfin. Il lui embrassa l’épaule… Elle avait un goût de sel et de péché.
— J’ai envie de te caresser, dit-elle doucement, relâchant quelque peu son emprise sur le barreau.
— Non, répliqua-t-il d’une voix cinglante.
Aussitôt, les doigts se resserrèrent autour du barreau du lit.
— Fais-moi confiance, ajouta-t-il d’une voix plus douce.
Jake retint un soupir. Son sexe était dur et douloureux entre les cuisses de Cali, tout contre son sexe chaud et humide. Si proche de ce qu’ils désiraient tous deux, sans y être encore. C’était un nouveau supplice, une nouvelle façon de tester son contrôle tout en la maintenant dans un état d’attente.
Enfin, il la pénétra. Aussitôt, Cali se cambra avec un gémissement pour le sentir davantage en elle.
Il s’écarta.
— Non, Cali.
Le souffle court, elle s’immobilisa.
— Fais-moi confiance.
Elle se passa la langue sur les lèvres, et hocha la tête.
Bon sang ! Elle était incroyable. Elle avait l’instinct et toutes les qualités pour devenir une soumise exceptionnelle.
Il était si tentant de vouloir vivre tellement plus de choses avec elle.
Il serra les dents. Ce n’était qu’une Séance. Une nuit, et rien d’autre. Il n’avait aucun droit sur elle. Mais, pour la première fois, cela l’irrita. Mais il n’avait pas le temps de s’attarder sur ses propres émotions, pour l’instant, toute son énergie devait être dirigée vers cette femme qui lui offrait tant en retour.
Il lui mordilla l’épaule, et remonta jusqu’à son oreille.
— Fais-moi confiance… je vais te baiser mieux que tu ne l’as jamais été. Nous allons assouvir tous tes désirs. Et bien plus encore.
A ces mots, le corps entier de Cali fut parcouru de frissons. Comme elle était prête pour lui.
— Oui, souffla-t-elle en tournant la tête afin de lui embrasser la mâchoire, mais ne tarde pas trop, s’il te plaît.
Il ravala un léger rire. Elle n’était pas vraiment la parfaite soumise. Mais des soumises parfaites, il en avait tellement eu, et elles faisaient pâle figure comparées à Cali. D’une caresse, il obtint le gémissement qu’il attendait d’elle. Mais il sentit aussi sa détermination vaciller. Il fallait qu’il la possède. Vite.
Il prit une lente inspiration et s’enivra de l’odeur musquée de la jeune femme. Il lui lécha le lobe de l’oreille avant de s’approcher de ses lèvres. Leurs langues se mêlèrent dans un baiser passionné qui lui fit presque oublier que ce n’était qu’une Séance.
Il avait oublié où il était.
Sans cesser de l’embrasser, il positionna ses hanches au-dessus de celles de Cali. Alors seulement, il interrompit son baiser et la regarda. Elle avait les lèvres rouges, gonflées et entrouvertes… dans l’attente. Sa poitrine se soulevait rapidement, comme si elle tentait de reprendre sa respiration, et elle resserra son étreinte autour des barreaux, au-dessus de sa tête.
Cette vision faillit le rendre fou.
Il voulait voir ses yeux. Voir son expression au moment où il la prendrait.
Merde !
Sans se laisser le temps de réfléchir ou de s’abandonner à ce sentiment étranger, il s’enfonça en elle.
Leurs gémissements se mêlèrent et résonnèrent dans la pièce. C’était encore plus vertigineux qu’il ne l’avait imaginé. Il s’immobilisa pour la laisser s’habituer à son sexe en elle.
Pour qu’elle le supplie de la prendre.
Il sentit la sueur couler le long de son dos tant son effort pour réprimer son instinct, qui le poussait à aller et venir en elle, lui coûtait en cet instant. Mais il fut rapidement récompensé. Cali se contorsionna sous lui, avançant le bassin vers lui.
Et, enfin, il obtint ce qu’il attendait.
— S’il te plaît, Jake, souffla-t-elle. Baise-moi.
* * *
Cali avait l’impression d’être au paradis. C’était une sensation incroyable d’avoir de nouveau en elle un sexe, le sexe de Jake. Sa chair chaude et vivante, pas un jouet en plastique.
Un homme.
Elle se sentait totalement comblée. A vrai dire, elle avait presque joui à l’instant où il l’avait pénétrée. Elle avait été privée de ces sensations pendant de si longues années qu’elle était avide de jouir. Mais elle ne voulait pas que cela se termine si vite.
Non, elle voulait que cela dure aussi longtemps que possible. Jake n’avait aucune idée de l’importance de cette nuit pour elle. C’était comme si le fondement même de sa vie était en train de s’écrouler pour redémarrer sur de nouvelles bases.
— Continue, Jake. S’il te plaît…
Elle avait tellement envie de lui. Maintenant.
— Patience, Cali, murmura-t-il.
Ce stupide contrôle qu’il avait de lui-même la rendait folle. Jake se retira lentement, et revint brusquement en elle.
Elle se contracta autour de son sexe et fut assaillie de plaisir.
— Encore, murmura-t-elle en ondulant sous lui, essayant de le sentir davantage en elle.
Il arrêta. Elle réprima un juron.
— Qui est-ce qui commande ici ?
C’était lui, bien entendu. Elle était prête à le maudire, mais elle se mordit la langue pour refréner son impulsion.
Pourtant, il se retira quand même d’elle. Non.
— Va te faire foutre, lâcha-t-elle d’une voix haletante, incapable de se maîtriser cette fois. C’est toi qui commandes. Tu as tous les droits, alors baise-moi, s’il te plaît.
Il était hors de question qu’elle pleure. Elle serra les paupières pour ravaler ses larmes. En cet instant, le bandeau fut une bénédiction. Elle refusait qu’il voie l’effet qu’il avait sur elle.
Plus jamais elle ne serait vulnérable vis-à-vis de qui que ce soit.
— Doucement, Cali, lui murmura-t-il à l’oreille. Je vais te donner ce que tu veux.
Elle sentit son cœur s’emballer, en proie à des émotions contradictoires, vacillant entre son esprit qui l’exhortait à la méfiance et le désir qui avait pris possession de son corps.
— Arrête de réfléchir et concentre-toi sur ce que tu ressens.
La bouche de Jake se referma sur un de ses tétons, la mordillant et la léchant jusqu’à ce qu’elle gémisse sous le coup du plaisir et de la douleur entremêlés.
— T’ai-je déjà déçue ?
— Non.
Aussitôt, il la pénétra avec force.
— Oui, cria-t-elle.
Elle voulait plus que tout le sentir aller et venir en elle, le supplier, mais elle garda le silence. La frustration et le désir se mêlaient en elle. Comme si les mots qu’elle retenait n’étaient qu’une part supplémentaire d’elle-même qui brûlait de se libérer.
Ce mélange avait exactement l’effet prédit par Jake. Elle se sentait prête à jouir comme jamais auparavant.
Jake glissa ses bras sous son dos, et la serra contre lui. Comme elle voulait elle aussi le serrer entre ses bras et entre ses jambes, le tenir tout contre elle pour ne plus le laisser partir. Il posa ses lèvres sur le point si sensible à la base de son cou et — enfin — il commença à bouger en elle. Des mouvements lents et réguliers qui firent vibrer tout son corps.
Elle laissa sa tête basculer en arrière et s’abandonna au plaisir. Un gémissement venu de très loin monta lentement en elle. La bouche de Jake trouva de nouveau la pointe de ses seins et sa chaleur humide, suivie d’un petit mordillement, lui fit l’effet d’une décharge électrique.
— Jake, cria-t-elle.
Son nom était la seule parole cohérente qu’elle était capable de proférer. Elle était entièrement concentrée sur ses sensations. Il l’avait emmenée exactement là où il voulait. Le froissement des draps, les gémissements sourds de Jake à chacun de ses va-et-vient, la chaleur humide de leurs corps qui glissaient l’un contre l’autre… tout enflammait ses sens comme jamais auparavant.
A mesure qu’il accélérait ses mouvements en elle, les gémissements de Jake se faisaient plus rauques. Soudain, elle sentit sa main sur elle, caressant le point le plus sensible de son intimité.
— Jouis pour moi, Cali.
Instantanément, elle réagit. Son esprit s’évanouit dans l’obscurité tandis que toutes les cellules de son corps étaient saisies de spasme, sous l’effet d’un nouvel orgasme dévastateur. Une part très lointaine d’elle-même sentit Jake accélérer ses mouvements, avant de pousser un long gémissement guttural.
Alors, elle perdit toute notion du réel.
Elle se laissa aller contre Jake, leurs deux corps en sueur glissant l’un contre l’autre. Peu à peu, elle sentit ses muscles se détendre et son souffle s’apaiser. L’instant d’après, son bandeau avait disparu. Elle cligna des yeux, essayant d’ajuster sa vision à la lumière tamisée.
Ce qu’elle vit la bouleversa.
Jake la regardait avec une intensité proche de l’intimité. Les traits ciselés de son visage étaient détendus. Les yeux de Jake fouillaient les siens, cherchant quelque chose qu’elle ne pouvait déterminer. Une goutte de sueur descendait lentement le long de son visage.
— Tu as lâché prise, déclara-t-il calmement, un léger sourire au coin des lèvres.
Ce ne fut qu’à cet instant qu’elle remarqua que ses bras entouraient les épaules de Jake. Sa peau était chaude et douce sous ses doigts.
— Désolée, murmura-t-elle à voix basse pour ne pas briser l’intimité de l’instant.
Il rit doucement.
— Oui… On ne peut pas dire que tu sois une parfaite soumise.
Elle haussa légèrement les épaules, incapable de définir si c’était une réprimande ou un compliment.
— Je ne l’ai jamais été avant. Je n’ai aucune idée de ce qu’est une bonne soumise, lui dit-elle avec honnêteté. Mais j’ai aimé tout ce que tu m’as fait, ajouta-t-elle en lui caressant le dos du bout des doigts. Merci.
Il soutint son regard quelques instants, puis s’écarta doucement d’elle. Elle frissonna, comme un réflexe à son absence soudaine. D’un geste habile, il lui ôta ses chevillères, caressant ses chevilles et ses jambes avec douceur.
Il était doux, attentionné, pourtant, à la seconde où elle fut libre de tout lien, Cali se recroquevilla. Elle devait s’écarter de lui pour faire le point sur tout ce qu’elle ressentait. Sur tout ce qui venait de se passer. Elle cligna des yeux, essayant de ravaler les larmes qu’elle sentait monter. D’où venaient-elles ?
Elle sentit le torse de Jake contre son dos, et ses bras l’encerclèrent, la serrant contre lui. Il passa un bras sous sa tête. Lovée contre lui, elle se sentait presque en sécurité.
Ce qui ne fit que raviver ses larmes.
— Tout va bien, lui murmura-t-il à l’oreille. Tes sensations sont normales, tu viens de vivre pas mal de choses. N’aie pas honte de tes larmes, ni de ce que tu ressens. Je suis là, ajouta-t-il en la serrant plus étroitement contre lui.
Oui, il était là, et cela l’effrayait plus encore que tout ce qu’elle avait vécu depuis qu’elle avait franchi les portes du Red Room. Elle ne voulait rien de plus que de rester à l’abri des bras de Jake. Que s’endormir pour se réveiller dans ses bras.
Mais ce n’était qu’une Séance.
Un bref instant d’interaction mutuelle. Rien de plus. D’un mouvement sec, elle se dégagea de son étreinte et se leva.
— Je dois y aller, marmonna-t-elle en guise d’explication.
Il la laissa partir et la regarda rassembler ses vêtements éparpillés aux quatre coins de la pièce.
— Il y a une salle de bains par là, dit-il en désignant la porte d’un geste.
Sans un regard, elle s’enfuit dans la petite pièce. A la seconde où elle referma la porte, elle s’effondra. Le visage entre les mains, elle se laissa glisser au sol. Bon sang, mais qu’avait-elle imaginé ? Elle n’était pas faite pour ça. Et rien ne l’avait préparée à ce qu’elle allait ressentir une fois la Séance achevée. Elle avait vécu cette expérience avec une telle intensité qu’elle n’avait pas réfléchi une seconde aux conséquences.
Ce n’était pas de la honte qu’elle ressentait. Non, elle n’avait rien fait dont elle pouvait avoir honte. En fait, toute la Séance avait été plus normale et intime que ce à quoi elle s’était attendue.
Ce qu’elle ressentait, c’était une sorte de nostalgie… De tout ce qu’elle ne vivrait jamais avec l’homme qui se trouvait derrière cette porte. Jake.
Après tant d’années passées à désirer éprouver un lien émotionnel fort avec un homme, tout en elle n’aspirait qu’à une chose : rester auprès de cet homme. Le laisser la caresser, la protéger.
Il fallait qu’elle sorte de là avant de perdre tout contrôle.
Les jambes tremblantes, elle se força à se relever. Elle jeta un coup d’œil en direction du miroir et tressaillit. Elle avait les cheveux en bataille, les joues en feu, les lèvres rouges et gonflées, le regard sombre et avide. Elle avait l’air d’une femme qui venait de se faire baiser.
Et c’était ce qu’elle était.
Merde. Elle aurait aussi bien pu faire la même chose avec ses doigts. Elle mit de l’ordre dans ses cheveux, se passa de l’eau sur le visage, et décida qu’elle était prête à retourner dans la chambre.
Et à faire face à Jake.
Il fallait qu’elle prenne un air détaché. Normal.
Comme si cette soirée n’avait pas fait vaciller tout son univers pour la plonger dans un précipice émotionnel dont elle ne savait pas comment elle allait sortir.
* * *
Jake s’était habillé, et il se sentait mal à l’aise dans ses vêtements tandis qu’il attendait. Il dut faire un immense effort sur lui-même pour rester immobile. Il n’avait pas l’habitude de faire les cent pas en attendant une soumise, une femme qu’il n’avait rencontrée que quelques heures plus tôt. Il faisait toujours en sorte qu’elles se sentent bien après une Séance, qu’elles aient obtenu ce qu’elles désiraient, mais il ne s’inquiétait jamais pour elles.
L’inquiétude impliquait l’attachement.
Cali était venue au club en quête d’un dominateur, pour vivre une expérience, et il lui avait offert ce qu’elle était venue chercher. C’était aussi simple que cela.
Quel crétin ! Ce n’était pas aussi simple, et il le savait.
Tout en elle était différent des autres. Et il l’avait senti à l’instant où il l’avait rencontrée. Même Seth l’avait remarqué.
Seth !
La prise de conscience fut comme un coup de massue qui s’abattait sur lui. Il avait été manipulé par son associé. Tout devenait plus clair à présent.
La colère prit le dessus sur le reste de ses émotions. Le salaud ! Seth avait été bien trop évasif, il avait évité toutes ses questions, et lui avait presque forcé la main pour qu’il fasse passer un second entretien à Cali. Ce con avait tout manigancé.
Si Seth s’était dit qu’il allait s’attacher à une soumise et rester au Red Room, il s’était lourdement trompé.
Le petit déclic de la porte de la salle de bains ramena son attention sur cette femme. Cali. Il rassembla son courage, bien décidé à ne pas céder au regard vulnérable qu’elle essayait de dissimuler — sans grand succès.
Elle redressa la tête pour se donner une contenance.
— Merci, dit-elle sur un ton décidé. Il vaut mieux que je parte maintenant.
Elle se dirigea vers la porte, mais il s’interposa, empêchant sa fuite. Bon sang, qu’était-il en train de faire ?
— Est-ce que ça va ? se surprit-il à demander.
Une part de lui essayait de se convaincre qu’il mettait simplement un terme à une Séance. Qu’il s’assurait qu’elle partait dans un état d’esprit serein et qu’elle ne s’était pas sentie blessée.
— Je vais très bien, déclara-t-elle pour le rassurer, les yeux fixés au sol.
Chaque inflexion de la voix de Cali, chaque mouvement de son corps lui disait qu’elle mentait. Mais ce n’était pas son problème. Physiquement, elle n’était pas blessée. Et elle refusait le réconfort qu’il avait proposé de lui apporter. Son boulot en tant que dominateur s’arrêtait là.
Mais pas son honneur d’homme.
Il lui releva le menton dans un geste qui était maintenant familier entre eux, jusqu’à ce qu’elle croise son regard.
— Cali, je sais que tu ne me dis pas la vérité.
Elle se contracta, plongea un regard perdu dans le sien, mais serra les lèvres pour réprimer les paroles qu’elle était sur le point de prononcer.
— Je ne peux te forcer à me parler, dit-il d’une voix douce. Mais ne pars pas d’ici en te sentant mal ou en ayant honte de ce qui s’est passé. Tout ce qui s’est passé entre nous était consenti. Il n’y a aucune honte à avoir.
Elle se mordilla la lèvre et hocha lentement la tête. C’était presque comme si elle avait peur de parler. Peur de laisser sortir ce qu’elle gardait en elle, verrouillé à double tour.
Et c’était son choix, que cela lui plaise ou non.
— Merci de m’avoir accordé ta confiance ce soir. J’espère que tu as trouvé ce que tu étais venue chercher, dit Jake en reculant d’un pas. Je vais te raccompagner.
Il se força à ouvrir la porte.
— Ça ira, répliqua-t-elle aussitôt, je retrouverai mon chemin.
Cali se précipita dans le couloir, qu’elle parcourut à grandes enjambées. Il était prêt à parier qu’elle aurait couru si elle n’avait été une femme aussi maîtresse de ses actes. Ce ne fut qu’à mi-chemin qu’elle s’arrêta et se retourna. Elle avait un regard noir, et sur son visage il lut la vulnérabilité qu’elle tentait si désespérément de cacher.
— Merci, Jake, dit-elle d’une voix si ténue qu’il l’entendit à peine. La nuit a été merveilleuse. C’est tout ce que je désirais.
Puis elle se retourna, dévala les escaliers et disparut de sa vue.
Et de sa vie.
Son instinct lui soufflait qu’il ne la reverrait pas. Elle avait eu ce qu’elle était venue chercher cette nuit, et maintenant elle était partie.
Bon sang, pourquoi se sentait-il aussi vide ?
Et pourquoi se souciait-il de ce qu’elle allait faire ?
Il détestait cette sensation. Le doute et l’incertitude ne faisaient pas partie de son quotidien. Il avait fait table rase de ces émotions depuis longtemps, car il avait payé le prix fort pour apprendre que tout ce qui rendait vulnérable et sans défense exposait au danger.
Il passa en revue chaque événement de la soirée, disséquant chaque étape, et parvint à une conclusion évidente.
Seth était un homme mort.
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