Tu apprendras la confiance : T1 - Red Room (French Edition)
Chapitre 16
Elle était agréablement blottie dans une chaleur enveloppante. Ce fut la première chose qui vint à l’esprit de Cali lorsqu’elle s’éveilla. Instinctivement, elle se serra contre le corps ferme qui lui communiquait sa chaleur, avant de se figer brusquement.
Où était-elle ?
Elle ouvrit les yeux, et se raidit aussitôt.
— Salut, fit une belle voix grave derrière elle. Tout va bien, rendors-toi.
Jake.
Elle était dans le lit de Jake. Nue.
Elle sentit ses lèvres lui caresser l’épaule, et la douceur de son baiser la fit frémir. Il serra le bras qu’il avait passé autour de son ventre et l’attira contre lui. C’était si bon. Il était si agréable d’être dans ses bras. De se réveiller dans ses bras. De sentir ses mains sur elle.
Qu’il la tienne contre lui, tout simplement. Comme la nuit précédente.
Elle avait dû s’endormir. Pourtant, elle n’avait pas eu l’intention de passer la nuit chez Jake. Est-ce que ça l’avait dérangé ? Peut-être ne savait-il pas comment lui dire qu’il était temps qu’elle rentre chez elle.
Oui, il était préférable qu’elle parte.
Elle leva la tête, cherchant une horloge. La pièce était plongée dans l’obscurité, et aucune lumière ne filtrait à travers les grandes fenêtres. En regardant vers la porte, elle aperçut de la lumière dans la pièce attenante. Il était donc plus de 7 heures.
Comme le reste de son loft, la chambre de Jake était propre, en ordre et meublée de façon minimaliste. Les meubles aux lignes épurées étaient de bois sombre. Les draps de soie étaient comme une caresse sur sa peau ; Jake ne devait pas être ennemi du luxe. Tout ce qu’il possédait était de belle facture.
Comme elle n’arrivait pas à voir une horloge sans déranger Jake, elle se blottit dans ses bras et s’accorda quelques instants supplémentaires pour savourer cette délicieuse sensation. Jamais elle n’aurait pu imaginer cela — l’intimité et la proximité qu’elle avait ressenties si rapidement avec Jake — lorsqu’elle projetait, pleine d’inquiétude, de devenir membre d’un club BDSM. Bien sûr, elle avait lu pas mal de choses sur le lien qui unissait un dominateur et sa soumise, mais ce qu’ils partageaient était bien plus que cela.
Leur lien allait tellement plus loin.
Et elle avait accepté de devenir sa soumise. Elle ne comprenait toujours pas ce que cela signifiait dans la pratique, mais cette seule idée lui réchauffait le cœur. Si ce qu’elle avait vécu depuis la veille était un avant-goût de ce qui l’attendait, alors elle était prête à prendre le risque.
Le bruit lointain d’un téléphone qui sonnait dans l’autre pièce la tira de ses pensées. Elle tendit l’oreille, et fut saisie d’une angoisse soudaine. Quelle heure était-il ?
Repoussant le bras de Jake, elle se redressa et grimaça en s’asseyant sur le lit. La chair tendre de ses fesses était un rappel constant de ce qu’elle avait fait la veille — ou plutôt ce qu’elle avait laissé Jake lui faire. Ignorant la douleur, elle se leva et se rendit dans le salon d’un pas chancelant. La sonnerie retentissait toujours et, comme elle l’avait craint, elle venait de son sac à main, qui était posé sur le bar, dans la cuisine.
Non ! Elle était censée retrouver Stephanie pour aller faire du shopping ! Elle traversa la pièce en courant et saisit son sac, cherchant son téléphone avec des gestes frénétiques. La sonnerie s’arrêta à l’instant où elle le trouva. Merde. Elle tourna brusquement la tête, et vit l’heure sur le four à micro-ondes. Dix heures.
Impossible. Jamais elle ne dormait si tard.
Elle sursauta quand la sonnerie retentit de nouveau. Stephanie.
Prenant une profonde inspiration, elle prit sa voix la plus détendue pour répondre.
— Salut, Steph.
— Maman ! s’exclama sa fille d’une voix tonitruante qui la força à éloigner le téléphone de son oreille. Où es-tu ? Est-ce que ça va ?
— Oui, ça va, ma chérie. J’ai juste été… retenue. Je serai à la maison dans une heure maximum. Ensuite, on pourra y aller.
— Où es-tu ? J’ai commencé à paniquer quand je suis arrivée et que je ne t’ai pas vue, et que tu ne répondais pas au téléphone. Ça ne te ressemble pas.
Cali sentit son estomac se nouer en entendant le ton accusateur de sa fille.
— Désolée, je n’ai pas vu le temps passer, dit-elle, cherchant une excuse. J’ai dû aller voir un client en catastrophe… il ne trouvait pas une facture qui était mal classée. Fais-toi un café, et je serai rentrée et prête à partir d’ici une heure. Promis.
Elle espéra que sa fille allait avaler son histoire.
— Tu aurais dû laisser un mot.
Cali sentit sa culpabilité monter d’un cran.
— Désolée de t’avoir inquiétée. Prends-toi un café. Je serai bientôt rentrée.
Le silence s’installa à l’autre bout de la ligne. Cali poussa un soupir de soulagement quand Stephanie changea de sujet.
— O.K. Tu veux la même chose que d’habitude ?
D’habitude ? Ah, elle parlait du café…
— Oui, ma chérie. C’est gentil, merci.
Cali raccrocha, jeta son téléphone dans son sac, et se laissa tomber sur une chaise. Pouvait-elle réellement faire cela ? Nue, dans la cuisine d’un homme qu’elle connaissait à peine, était-elle vraiment à sa place ?
Cela valait-il la peine de prendre autant de risques ?
Des bras chauds s’enroulèrent autour de sa taille, et elle sursauta.
— C’était ta fille ?
— Oui, dit-elle, en se laissant aller contre lui, profitant de la chaleur de ses bras pour quelques instants de plus.
Elle sentit son souffle chaud contre sa nuque, tandis qu’il l’attirait contre lui.
— Tout va bien ?
— Je dois y aller.
Elle s’extirpa de ses bras, se leva, et la fraîcheur soudaine de l’air sur sa peau lui donna l’impression d’être plus nue encore.
Mais Jake ne la laissa pas s’enfuir. Il l’attira de nouveau dans ses bras.
— Jake, je dois vraiment y aller. Je devais retrouver Stephanie à 10 heures. Je dois rentrer, elle m’attend.
— Très bien, dit-il en déposant un petit baiser sur son épaule nue, avant de la laisser partir. Je te fais un café.
Elle se précipita dans la chambre, en quête de sa robe. Depuis quand se baladait-elle nue dans des lofts inconnus ? Jamais elle ne s’était sentie assez à l’aise pour le faire dans sa propre maison avec son ex-mari. Pas une fois en vingt-deux ans de mariage. A vrai dire, elle ne se rappelait même pas la dernière fois où Peter l’avait vue nue.
Pourtant, elle n’avait jamais ressenti de gêne face à Jake. N’était-ce pas cette liberté qu’elle cherchait avec lui ? Cette absence de limite et d’interdits. Elle en avait besoin. Pour elle-même.
Peu importait ce que le reste de la planète pouvait penser d’elle, elle avait besoin d’être la soumise de Jake.
Ne serait-ce que pour guérir la douleur lancinante qu’elle ressentait au plus profond d’elle-même.
* * *
L’arôme du café avait envahi la cuisine et Jake venait d’en servir deux tasses quand Cali sortit de la chambre. Avec sa robe légèrement froissée et ses cheveux encore humides et décoiffés, elle avait vraiment l’air d’avoir découché, et il aimait cette vision.
— C’est la honte, hein ? murmura-t-elle.
En quelques pas, il fut près d’elle.
— Absolument pas, affirma-t-il en prenant son visage entre ses mains. Aucune honte, jamais, Cali. Tu comprends ? Sinon, cela voudrait dire qu’il y a quelque chose de mal entre nous, dit-il en l’embrassant. Et il n’y a vraiment rien de mal.
Un sourire se dessina sur les lèvres de Cali.
— D’accord, dit-elle en caressant sa main. Aucune honte. Merci d’avoir pensé à ma veste et à mon sac. Je les avais oubliés.
Pendant qu’elle dormait, Jake était retourné au club et avait récupéré les affaires qu’elle avait laissées au vestiaire.
— Tu veux du café ?
— Non, merci, répondit-elle en se recoiffant d’un geste de la main. Je dois rentrer.
Il aida Cali à enfiler son manteau et en profita pour lui caresser les épaules.
— Je te raccompagne.
— Tu n’es pas obligé…
— Si. Arrête de discuter.
Elle se figea alors qu’il tendait la main vers la poignée de la porte. Elle avait les yeux baissés.
— Que va-t-il se passer maintenant ? murmura-t-elle d’une voix à peine audible.
Il sourit et lui releva la tête, un geste qui devenait naturel entre eux. Un jour, elle n’aurait plus peur de croiser son regard.
— Je te vois ce soir.
Elle écarquilla les yeux.
— Je ne pense pas pouvoir.
— Tu as autre chose de prévu ?
Elle détourna les yeux.
— Non. C’est juste que je ne pense pas…
— Regarde-moi, Cali.
Aussitôt, elle s’exécuta.
— Tu reviendras ici ce soir. Je t’attendrai à 10 heures.
Il ne pouvait pas la laisser s’enfuir. Plus elle restait longtemps loin de lui, plus elle serait gagnée par les doutes, jusqu’à ce qu’elle se dissuade de revenir. Et il ne pouvait pas laisser cela se produire…
Le regard indécis, Cali se passa la langue sur les lèvres.
— D’accord, répondit-elle finalement dans un murmure.
— Je te ferai livrer un paquet cet après-midi. Tu porteras la tenue qui sera à l’intérieur.
Elle le regarda, l’air un peu interloqué.
Il fit appel à toute son expérience de dominateur pour lui donner les explications nécessaires.
— Tu es ma soumise. Tout ce que tu fais rejaillit sur moi. Ton comportement, ton apparence, ton attitude… tout est une affirmation directe de ma personnalité.
— Je ne suis pas ton esclave, répliqua-t-elle sur un ton cinglant, les yeux étincelants de colère.
— Non, mais, comme tu es ma soumise, tu te comporteras comme telle quand tu seras au Red Room. Si tu ne peux consentir à cela, ça ne marchera pas entre nous.
Le cœur de Jake se mit à battre à tout rompre lorsqu’il prit conscience de ce qu’il venait de faire. Il lui avait donné une porte de sortie. Peut-être voulait-il qu’elle profite de cette occasion… Peut-être les choses seraient-elles plus faciles pour lui s’il la forçait à fuir dès maintenant.
— Je dois y aller. Je n’ai pas le temps de réfléchir à tout ça maintenant, dit-elle en s’approchant de la porte.
Tout n’était pas réglé, mais elle n’avait pas dit non. Jake soupira. Il pouvait bien lui accorder un peu de temps au lieu de la forcer à prendre une décision qu’ils auraient pu l’un et l’autre regretter.
Lorsque les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur le parking privé, Cali regarda autour d’elle, visiblement désorientée.
— Où sommes-nous ? Comment ma voiture est-elle arrivée jusqu’ici ?
Il glissa une main dans son dos pour la guider.
— J’ai demandé qu’on la déplace quand je suis allé chercher tes affaires cette nuit. C’est plus sûr ici.
Elle resta silencieuse un instant, comme pour assimiler cette information, puis elle se tourna vers lui.
— Merci. C’est gentil, dit-elle sur un ton poli, mais ferme, qui indiquait qu’elle n’était pas exactement ravie.
— Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda-t-il, la retenant par le bras alors qu’elle essayait de s’écarter de lui. Je ne te laisserai pas partir d’ici contrariée.
— Tu ne me laisseras pas partir ? s’exclama-t-elle, le souffle court. Je ne suis pas habituée à tout ça. Je suis maîtresse de mes actes depuis… depuis toujours. Et le fait que tu prennes soudain le contrôle de ma vie n’est pas ce que je veux. Dans ma vie sexuelle, oui, tu peux prendre le contrôle. Mais, pour ce qui est du reste de ma vie, ça n’est pas envisageable.
— Je ne veux pas contrôler ta vie. Je veille simplement à ta sécurité, dit-il en l’attirant contre lui. Aller chercher ton sac et faire déplacer ta voiture, c’était pour ta sécurité. Décider de ce que tu porteras ce soir, c’est pour t’exciter, mais aussi pour ta sécurité au club. Tu es ma première soumise.
— Que veux-tu dire, ta première soumise ? Je suppose que tu en as déjà eu beaucoup.
— Des clientes, oui. Ma propre soumise, non, dit-il plus bas. Tu es la toute première.
— Oh.
Ce petit mot contenait toute l’émotion de Cali. Tout son corps sembla se détendre, et elle cessa d’être sur la défensive.
C’était sans doute déloyal, mais il profita de cet instant d’abandon pour consolider sa place dans la vie de Cali. Il s’empara de sa bouche et l’embrassa avec ardeur dans un geste totalement possessif. Même si son esprit se rebellait contre ce qu’il était en train de faire, son corps, lui, avait un violent besoin d’être tout contre elle.
Cali s’ouvrait à lui, maintenant qu’elle avait baissé les armes. Et elle se soumettait, avec ce stupéfiant naturel qui ne manquait jamais de l’émouvoir.
Bon sang, elle était incroyable.
A bout de souffle, il s’écarta d’elle. Elle aussi avait le souffle court. Sans un mot, il lui prit la main et l’accompagna jusqu’à sa voiture. Elle tremblait.
Il ouvrit la portière.
— Attends-toi à recevoir mon colis, Cali.
Elle hocha la tête, et monta à l’intérieur. Il resta immobile dans le garage glacé longtemps après que le bruit du moteur eut disparu.
Il sentait un puissant désir monter en lui. Mais cette fois ce n’était pas le désir de fuir.
C’était l’envie irrépressible de la poursuivre. De la garder près de lui et de ne pas la laisser partir.
Et il doutait sérieusement d’en être capable.
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