Tu apprendras la confiance : T1 - Red Room (French Edition)

Chapitre 2

 

Le bruit presque imperceptible de la porte qui s’ouvrait résonna dans le silence de la pièce. Cali tourna brusquement la tête. Son souffle resta suspendu, ses muscles contractés dans une brève attente pendant laquelle le temps sembla s’étirer.

Le moment tant attendu était arrivé.

Un homme brun, grand, entra dans la pièce, referma la porte derrière lui et avança vers elle d’un pas résolu. Il était mince mais elle perçut ses muscles saillants sous sa chemise cintrée et son pantalon en cuir moulant. Il était vêtu tout de noir, comme pour renforcer son autorité et son aura naturelles. Sans l’ombre d’un doute, c’était un dominateur.

Les traits de l’homme se durcirent.

— Madame Reynolds ?

Sa voix grave la fit frémir, mais elle tenta de conserver une façade impassible.

— Oui, répondit-elle d’une voix hésitante, ne sachant si elle devait se lever et croiser son regard ou s’agenouiller et baisser les yeux.

Quel était le protocole ? Dans le doute, Cali se leva et tendit la main.

— Je suis Cali Reynolds, ajouta-t-elle.

L’homme l’observa d’un regard presque critique avant de fixer sa main tendue de façon ostensible. L’ébauche d’un sourire se dessina sur ses lèvres, et il referma sa large main sur celle de Cali.

— Madame Reynolds, je suis maître Jake. Bienvenue au Red Room.

Il lui serra davantage la main, la caressant avec son pouce dans un geste sensuel. Instantanément, des frissons remontèrent le long de son bras, et elle sentit la pointe de ses seins durcir.

Elle se mordit la lèvre pour réprimer ses réactions et conserver un visage impassible. L’attirance immédiate qu’elle ressentait était certainement due à la longue période d’abstinence qu’elle venait de traverser. Et n’était-ce pas précisément pour cette raison qu’elle était là ?

Elle avait le ventre noué, l’anxiété montait en elle à mesure qu’elle se rapprochait de son but. Irait-elle réellement jusqu’au bout ?

— Asseyez-vous, dit l’homme en lui lâchant la main et en désignant le confident d’un geste. Je suis un des propriétaires du Red Room, et j’aimerais vous parler avant votre entrée au club.

Un nouvel entretien ? Cela semblait de mauvais augure.

— Y a-t-il un problème ?

— Non.

Il s’assit face à elle, se pencha en avant, les bras en appui sur ses jambes et les mains jointes dans une pose intense, agressive.

— Pourquoi êtes-vous ici, madame Reynolds ?

Elle se recula sur le canapé, dans un mouvement inconscient pour mettre davantage d’espace entre eux.

— Je vous en prie, appelez-moi Cali. Je suppose que ce que je veux est évident, dit-elle en le regardant droit dans les yeux, refusant de montrer le moindre signe de faiblesse. J’ai répondu à toutes les questions que monsieur Matthews m’a posées lors des entretiens de sélection. Dois-je répondre à de nouvelles questions ?

Pourvu qu’ils ne la rejettent pas maintenant. Pas après avoir enfin eu le courage de faire tout ça.

— J’ai quelques questions supplémentaires, répondit-il. Que cherchez-vous précisément au Red Room ?

— Du sexe, déclara-t-elle effrontément, fière d’être capable de répondre sans rougir.

— Quel genre de sexe, Cali ?

Il avait prononcé son prénom à voix basse et elle sentit son ventre se serrer, la gorge sèche, soudain submergée par le désir.

Elle croisa les jambes, redressa la tête et refusa de baisser les yeux sous son regard dur et calculateur.

— Le genre qui me fera jouir.

Cette fois encore, elle vit une esquisse de sourire au coin de ses lèvres, mais il s’effaça rapidement. Aussi vite qu’il était venu. Il s’enfonça dans son fauteuil et croisa les jambes, une cheville en appui sur son genou. Ses cheveux bruns lui caressaient le front et bouclaient légèrement sur les longueurs. Cali imagina que c’était la longueur parfaite pour s’y agripper au moment de jouir.

A cette pensée, elle remua légèrement sur le canapé en cuir. Les yeux de l’homme, d’un gris clair qui s’accordait parfaitement avec ses cheveux bruns et sa peau bronzée, à la fois purs et graves, cillèrent lorsqu’il perçut son mouvement. Rien ne lui échappait.

— Il y a toutes sortes de relations sexuelles qui peuvent vous faire jouir, Cali, dit-il, murmurant de nouveau son prénom. Pouvez-vous être plus précise ? Au Red Room, nous satisfaisons un vaste éventail de choix de styles de vie. Où se situe le vôtre, exactement ?

Cette fois, elle ne put s’empêcher de détourner les yeux. Cela faisait si longtemps qu’elle n’avait pas parlé ouvertement de sexe qu’il était incroyablement difficile pour elle de s’ouvrir à quelqu’un à propos de ses désirs.

— Cali, regardez-moi, dit-il d’une voix basse et autoritaire, attendant qu’elle se conforme à son bon vouloir. Il n’y a pas de mauvaise réponse, ici. Ni aucun jugement. Vous êtes manifestement venue ici pour une raison. Et c’est mon travail de faire en sorte que vous obteniez ce que vous êtes venue chercher. Mais je ne peux rien faire si vous n’êtes pas honnête avec moi.

Il avait raison. Bien sûr. Mais ce n’était pas pour ça que c’était facile.

Elle inspira lentement, les yeux fixés sur ses mains, et rassembla son courage.

— Honnêtement…

— Regardez-moi, demanda-t-il de nouveau, d’une voix plus grave, plus insistante.

Elle réagit instantanément, et son corps fut parcouru de frissons. Pourquoi lui faisait-il cet effet ?

— Maintenant, continuez, et ne détournez pas les yeux.

Faisait-elle déjà quelque chose de travers ? Mais elle ne savait même pas ce qu’elle devait faire.

— Oui, dit-elle, marquant une pause, avant de poursuivre, se fiant à son instinct. Monsieur, si vous voulez que je sois honnête, alors je dois avouer que je ne sais pas ce que désire. Je sais seulement ce à quoi j’aspire.

— Et de quoi s’agit-il ?

Le cœur battant, Cali inspira profondément. Le moment de vérité était venu. Le moment de formuler ses désirs à haute voix, en espérant qu’il ne se mettrait pas à rire.

— Quelqu’un qui me domine. Qui sache intuitivement ce que je veux, sexuellement. Qu’il me rende dingue sans que j’aie besoin de le guider. J’ai envie d’un homme qui me pousse dans mes derniers retranchements, qu’il me fasse le supplier d’aller plus loin quand je ne pense pas pouvoir le faire, et qu’il aille plus loin encore.

Elle sentit les battements de son cœur résonner très fort dans sa poitrine.

— Etes-vous soumise ?

— Dans la vie de tous les jours, non, dit-elle, penchant la tête, soutenant son regard comme il le lui avait demandé. Mais ici je pense que oui.

— Aimeriez-vous explorer cet aspect de vous-même ?

— Oui, je pense que c’est ce dont j’ai envie, dit-elle, réfléchissant un instant, avant de s’empresser d’ajouter : mais je ne veux pas de BDSM porno.

Il haussa les sourcils.

— Expliquez-moi.

Cette fois, il était très difficile de soutenir son regard à la fois pénétrant et hypnotique.

— J’ai fait des recherches avant de venir ici. Internet est une mine d’informations, et je sais qu’il y a beaucoup de choses qui ne m’attirent pas du tout.

— Telles que ?

Elle sentit sa gorge se serrer, à mesure que la gêne montait en elle.

— Les avilissements de toutes sortes, surtout en public. L’idée de me faire uriner dessus me dégoûte au plus au point. Et je serais sans doute une piètre esclave, car je serais plus gênée qu’excitée si on me forçait à lécher les bottes de quelqu’un.

Il hocha la tête, gardant un visage totalement neutre.

— Avez-vous déjà pris part à des jeux de soumission ou de bondage… dans votre mariage ou par ailleurs ?

Elle ferma les yeux.

— Non, murmura-t-elle.

Le silence résonna dans la pièce tandis qu’elle attendait la question suivante. Comme rien ne venait, elle rouvrit les yeux et vit qu’il la regardait toujours avec la même patience et la même intensité.

Lentement, subtilement, il prenait le contrôle, et cette prise de conscience la troubla.

— Pourquoi ? demanda-t-il.

C’était une question très simple, mais la réponse était incroyablement difficile. Ou du moins elle avait du mal à l’admettre. Il était bien plus facile de l’éluder.

— Cela a-t-il de l’importance ? Je pensais avoir déjà répondu à toutes ces questions.

Le visage de l’homme se durcit, comme s’il était agacé ou énervé par sa réponse.

— Parmi toutes les recherches que vous avez faites avant de venir ici, dites-moi, quelle est la chose la plus importante et essentielle entre un dominateur et une soumise ?

Elle connaissait la réponse à cette question. Elle l’avait lue, sans réellement la comprendre.

— La confiance, dit-elle enfin, dans un souffle presque inaudible.

— Alors, dites-le-moi, murmura-t-il, lui aussi à voix basse, à cette différence que la sienne était aussi tranchante que l’acier. Cela a-t-il de l’importance ?

— Mais vous n’êtes pas mon maître, répondit-elle, tentant de nouveau de se dérober, sentant une pointe d’irritation naître en elle.

— C’est exact. Mais si vous ne pouvez être honnête avec moi, qui suis là pour vous aider à obtenir ce que vous désirez, comment pourrez-vous l’être avec votre maître ? Et, plus important, pourquoi un dominateur voudrait-il d’une soumise qui ne peut pas répondre à une simple question ?

Incapable de soutenir plus longtemps son regard pénétrant, elle baissa les yeux.

— Regardez-moi, Cali.

De nouveau, cette voix calme, autoritaire. Elle respira profondément pour lutter contre le désir brûlant qui s’emparait d’elle. Son cœur s’emballa une fois encore tandis qu’elle relevait la tête pour répondre à son ordre.

— Répondez à la question, ordonna Jake. Pourquoi ne pas vous être livrée à des jeux de soumission, si c’est quelque chose qui vous intéresse ? Votre dossier indique que vous avez été mariée pendant vingt-deux ans. Les jeux de bondage sont très courants chez les couples mariés.

La question était posée. Celle qu’elle voulait à tout prix éviter, mais il attendait une réponse. Maître Jake avait mis le doigt sur le cœur du sujet en moins de cinq minutes de conversation. Elle sentit son visage s’enflammer tandis qu’elle préparait une réponse à sa question.

Une réponse franche.

— Parce que mon mari ne s’intéressait pas au sexe, dit-elle finalement.

La colère, la douleur et le ressentiment enfouis en elle depuis si longtemps donnèrent à sa réponse un accent de provocation. Comme si elle le mettait au défi de la croire.

Il la regarda en silence un instant, son aveu planant entre eux, oscillant entre doute et acceptation.

— Et cela vous a blessée, déclara-t-il.

— Oui.

Ce fut tout ce qu’elle fut capable de répondre. Cette simple réponse recouvrait tellement de choses. Le soulagement, la honte, la peine, et bien plus encore. Elle sentit sa gorge se serrer, luttant pour réprimer ses larmes. Jamais elle n’avait avoué cela à personne.

Elle avait du mal à faire face au fait que cet homme, cet inconnu, non seulement la croyait, mais comprenait à quel point l’indifférence de son mari l’avait affectée… en plus de toutes les émotions qui l’assaillaient par ailleurs.

Il se leva brusquement, et tendit la main vers elle.

— Venez avec moi, je vais vous faire visiter le Red Room.

A ces mots, elle fut envahie d’un sentiment de soulagement et de gratitude. Elle n’avait pas été recalée et il avait interrompu l’entretien avant de la pousser trop loin, et de la faire basculer. Comme s’il était déjà en osmose avec elle. Elle mit la main dans celle de Jake et se leva, les jambes tremblantes.

Il referma sa main sur la sienne, lui communiquant sa chaleur. De sa main libre, il la prit par le menton, et tourna son visage vers lui jusqu’à ce que leurs regards se rencontrent de nouveau.

— Fais-moi confiance, Cali.

Le ton plus personnel, le tutoiement, sa voix qui prononçait de nouveau son prénom… elle courait à sa perte. Sa peau frissonna là où il l’avait touchée. A cet instant, elle aurait pu faire tout ce qu’il lui demandait. N’importe quoi pour le satisfaire, pour qu’il ne s’éloigne pas d’elle. Quel démon s’était emparé d’elle et avait pris possession de son corps ? Où était passée la femme forte qui contrôlait chaque aspect de sa vie ?

Elle se reposait, s’abandonnant au désir de laisser quelqu’un d’autre prendre le contrôle, l’espace de quelques instants. Il lui offrait la liberté de se laisser aller, de lui faire confiance pour combler ses désirs.

La voix tremblante, elle répondit de la seule façon possible.

— Oui, monsieur.

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