Un automne à Seattle
Chapitre 13
13
Etourdissant. Bouleversant. Le bonheur absolu. Oh ! mon Dieu. Qui
l’aurait cru ?
* * *
Depuis l’instant où Jane avait admis pouvoir envisager une « passade » avec Devlin, elle n’avait plus réussi à s’ôter l’idée de la tête. Impossible de dégager ses pensées de ce qui était devenu une obsession taraudante.
Peut-être était-ce dans le seul but de l’exorciser que, quelques jours plus tard, en entrant dans la cuisine de Wolcott pour se servir à boire, elle lâcha d’un seul trait, en trouvant Devlin déjà accroupi devant le réfrigérateur ouvert :
— Serais-tu d’accord pour coucher avec moi sans engagement de part et d’autre ?
Elle se sentit devenir brûlante, puis glacée, puis brûlante de nouveau. Tous ses habituels mécanismes de défense — et elle en avait une vaste collection — hurlaient en chœur une protestation horrifiée. Mais qu’est-ce que tu fais ? Tu es folle ? Qu’était devenue sa capacité à surveiller sa langue et à ne jamais laisser échapper la moindre parole involontaire ? Sauf avec Poppy et Ava, elle ne prononçait jamais sans réfléchir les premiers mots qui lui venaient à l’esprit. Elle évaluait d’abord avec soin les répercussions possibles, au lieu de se jeter tête la première dans l’abîme. Et voilà que maintenant…
Devlin lâcha la bouteille d’eau qu’il venait d’attraper et se releva sans se presser. Le fil des pensées de Jane fut coupé net. Son cœur cognait maladivement dans sa poitrine. Elle n’avait qu’une envie : fuir. Mais la fierté clouait au sol les semelles compensées de ses chaussures Beverly Feldman.
Devlin ferma d’un coup sec la porte du réfrigérateur. Et ce fut comme si le temps, qui venait de se ralentir à l’extrême, passait soudain en mode accéléré. Il la regarda, le visage impassible, les yeux brûlants.
— Va chercher ton manteau.
— Pardon ? Ah… euh…
Posant un pied sur l’autre, sous sa semelle en liège, elle croisa les mains dans le dos en s’entortillant les doigts.
— Je ne voulais pas dire tout de suite, là, maintenant !
— Moi si. Je n’ai pensé à rien d’autre depuis le moment où tu m’as fait de l’œil, le premier soir, au Matador. Juste avant que tu me battes froid.
Elle aurait voulu protester que jamais au grand jamais elle n’avait « fait de l’œil » à qui que ce soit. Mais ce serait un mensonge. Elle avait posé sur lui le regard d’une femme sensible à l’aura sexuelle d’un homme. Le nier serait faire preuve de mauvaise foi. Il y avait bel et bien eu une étincelle, une alchimie forte, une réaction exothermique entre eux dès le premier instant où elle avait posé les yeux sur lui. Elle avait tenté de couper court lorsqu’elle avait découvert qu’il était ivre. Mais elle ne pouvait nier ce mouvement d’attirance initial.
Elle secoua faiblement la tête.
— Tu parles, que tu n’as pensé qu’à ça !
— Oh que si, Jane Kaplinski. Et maintenant que je suis invité à faire toutes les choses que j’ai imaginé pouvoir improviser avec toi dans un lit, je ne prends pas le risque de te laisser changer d’avis.
Avalant la distance entre eux, en deux pas de géant, il lui attrapa le poignet d’une main calleuse, refroidie par la bouteille d’eau glacée qu’il venait de toucher.
— Allons-y.
Elle balbutia une protestation mais ne se laissa pas moins entraîner alors qu’il se dirigeait à grands pas vers le vestibule. Il s’immobilisa au pied du large escalier central.
— Hé, Finn !
Le couinement strident d’une scie électrique déclina, puis mourut dans le silence.
— Ouais ?
— Je m’absente un moment.
— Quoi ? Hé ho, mais ça va pas, mon gars ? Tu te fous de nous ou quoi ?
Il y eut un bruit sourd indiquant que Finn reposait son outil, puis des pas lourds résonnèrent à l’étage.
— Le chargement de mortier arrive demain, ce qui veut dire que Bren et moi, nous retournons sur le chantier Morris. Il nous reste un paquet de boulot à abattre d’ici là, mon vieux, donc…
La voix furieuse de Finn montait en puissance au fur et à mesure que le bruit de ses bottes de chantier se rapprochait. Mais le frère de Dev se tut abruptement lorsqu’il apparut en haut des marches et qu’il les découvrit en bas côte à côte. La tension exaspérée qui marquait son attitude s’évanouit d’un coup quand il vit que Devlin lui tenait la main. Le regard de Finn se porta alors sur son visage et s’attarda sur les deux cônes enfiévrés qui embrasaient ses joues.
L’ombre d’un sourire joua au coin de ses lèvres.
— Ah, O.K… Je n’ai rien dit. A tout à l’heure, Dev !
Une tempête de protestations s’éleva lorsque Finn regagna le solarium. Jane l’entendit crier :
— Allez, on se remet au boulot, les gars. Dev doit faire une petite course avec Jane.
Il disparut de leur vue, mais l’écho de son rire continua de flotter derrière lui. Il était manifestement ravi par l’ambiguïté de la formule « petite course avec Jane »…
* * *
Malade de honte, elle tenta de détacher les doigts qui lui emprisonnaient le poignet.
— Dev, non, s’il te plaît. Tout compte fait, je ne crois pas que ce soit une très bonne idée. Je…
Il ne resserra pas son emprise, mais ne la libéra pas pour autant.
— Erreur, Jane. Je pense que c’est une idée de génie, au contraire.
Devlin partit en direction du salon d’apparat si vite qu’elle courait presque pour le suivre.
— Pas si je dois voir tes frères ricaner d’un air entendu chaque fois que je les croiserai !
Une fois dans la pièce, Devlin lui lâcha la main et regarda autour de lui.
— Finn n’est pas du genre à cafter, rétorqua-t-il distraitement en parcourant le salon des yeux. S’il a sorti ce truc de « petite course », c’était juste pour me laisser entendre qu’il avait compris de quoi il retournait. Mais je peux te garantir qu’il ne dira rien à Bren et à David… Tiens, enfile-moi ce truc-là.
Il arracha son manteau du portant qu’elle n’avait qu’à moitié rempli, aujourd’hui, de pièces inventoriées, et le lui fourra dans les bras. Puis il se pencha et, sans même poser les mains sur elle — ne la touchant que de ses lèvres légèrement gercées —, il l’embrassa.
Une sorte de grand fracas lumineux retentit dans sa tête. Elle oublia son sens du devoir, qui s’était réveillé à la vue de tout ce qu’il lui restait encore à cataloguer ce jour-là. Un soupir mourut sur ses lèvres, qui se détendirent puis s’entrouvrirent, appelant son baiser.
Pendant quelques secondes trop brèves, Devlin la combla en mêlant sa bouche à la sienne. Puis il releva la tête. Recula d’un pas. Et la fixa de sous ses paupières soudain appesanties.
Leurs regards se rivèrent l’un à l’autre. Le temps d’un battement de cœur. Puis d’un second. Au même moment, ils émirent deux soupirs jumeaux qui montèrent du fond de leur poitrine. Ils firent chacun un pas en avant et Jane laissa tomber le manteau qu’elle tenait et lui ouvrit les bras. Leurs corps se soudèrent l’un à l’autre avant même que le vêtement n’ait atteint le sol.
La bouche de Dev s’arrima à la sienne.
Ce baiser-ci s’inscrivit sous le signe de la vitesse, de l’abandon extrême et de la frénésie. Jane cessa de penser et n’entendit plus en elle que le tumulte du désir le plus fou. Elle s’aperçut à peine que la danse impérieuse de leurs corps l’emportait en arrière. Lorsque ses épaules touchèrent le mur, elle émit un gémissement et fit monter sa jambe droite le long de la cuisse de Dev pour s’accrocher à sa hanche. La masse de vêtements entre eux formait une intolérable barrière qui empêchait Dev d’aller et venir contre elle aussi librement qu’elle l’aurait souhaité. Avec un son de gorge étouffé, elle s’attaqua à la manche de son pull, mais sans aucun résultat. Et elle ne pouvait supporter l’idée d’avoir à se détacher de lui le temps nécessaire pour qu’ils se débarrassent de tout ce qu’ils avaient sur le dos.
Il arracha sa bouche de la sienne.
— O.K., c’est soit ici, maintenant, avec mes frères juste au-dessus. Soit chez moi où nous serons tranquilles. Une chance : ce n’est pas trop loin d’ici.
Devlin respirait fort et vite. Il se pencha pour ramasser son manteau par terre et le tint ouvert.
— Fais ton choix, Jane. Vite. Je ne sais pas combien de temps je serai capable de garder la tête à peu près froide.
Elle glissa les bras dans les manches du manteau, dégagea ses cheveux et attrapa son sac.
Mais lorsqu’ils sortirent de l’hôtel particulier quelques instants plus tard, Devlin s’immobilisa net.
— Et merde !
— Quoi ?
Refroidie par son soudain accès de colère, elle cligna des paupières. Un soupçon de malaise s’insinua en elle alors qu’une froide rafale de vent venue du large vint dégager les brumes cotonneuses dont le désir avait obscurci son cerveau. Dans quelle regrettable aventure s’était-elle lancée sans réfléchir ?
— Je n’ai pas de voiture. C’est Finn qui est passé me prendre ce matin.
Passant la main dans ses cheveux, il fronça les sourcils.
— A qui est le SUV Honda, là ?
— A moi, pourquoi ? Pour une fois que je pouvais me garer dans l’allée, j’en ai profité. D’habitude, quand j’arrive, tes frères et toi avez déjà monopolisé toutes les places de stationnement.
— Ho, ho… La voiture est à toi ?
Un lent sourire se dessina sur ses lèvres, et ses yeux s’éclairèrent, passant d’un ambre sombre à des nuances qui rappelaient un tapis de mousse dans le clair-obscur d’un sous-bois.
— Quelle brillante idée tu as eue de t’être garée au bout ! Nous pourrons sortir sans avoir à demander à mes frères de déplacer leurs engins. Passe-moi tes clés.
— Ce n’est même pas la peine d’y penser. Ce sont mes clés et c’est ma voiture, donc je conduis.
Dev lui attrapa la nuque d’une main et l’attira contre lui pour l’embrasser à perdre haleine. Lorsqu’il mit fin à leur baiser, quelques instants plus tard, elle était pantelante, les jambes coupées, étroitement plaquée contre lui de la poitrine aux genoux.
Dev se pencha pour essuyer d’une lente caresse sa lèvre inférieure encore humide de son baiser.
— Je connais les raccourcis pour arriver chez moi en un temps record. Nous y serons beaucoup plus vite.
Elle lui tendit le trousseau avec un regard d’avertissement.
— D’accord pour cette fois. Mais n’en tire pas pour autant la conclusion que chaque fois que je serai en désaccord avec toi, il te suffira d’un baiser pour balayer mes objections.
Avec un sourire en coin, il s’inclina en lui ouvrant la portière.
— Loin de moi cette idée, princesse.
Elle grimpa à bord mais tourna la tête vers lui avant qu’il ne referme.
— Car moi aussi, je peux jouer à ce petit jeu-là, monsieur Kavanagh.
Il souleva doucement une mèche de cheveux qui lui tombait sur la joue.
— Je ne cherche pas à te manipuler, Jane. J’essaie juste de t’amener dans mon lit dans les plus brefs délais possible.
— Bon, d’accord. Mais je te préviens quand même, au cas où.
— Ça marche. Je note l’avertissement.
Il referma sa portière et contourna le SUV à grandes enjambées.
Ils ne se dirent pas grand-chose alors que Dev enfilait les chemins détournés entre le quartier de Queen Anne et Belltown. Mais le silence qui pesait dans la voiture les unissait dans une même tension sexuelle. Détachant une main du volant sur une ligne droite, Devlin lui effleura le genou.
— Il est clair entre nous que je retourne en Europe dès que Bren sera rétabli, n’est-ce pas ?
— J’ai enregistré ce détail, oui.
Elle s’éclaircit la voix. Un petit rire lui échappa, marqué par une pointe d’hystérie.
— Je table sur ton prochain départ, même.
Les doigts de Devlin se resserrèrent imperceptiblement sur sa cuisse alors qu’il détachait les yeux de la route pour lui jeter un regard en coin.
— Ouille. Prends ça dans les dents, mon vieux Dev.
Jane hésita. Mais elle doutait qu’il ait envie de l’entendre disserter sur le mélange confus de peur et de curiosité que suscitait le désir qu’il éveillait en elle.
— Tu préférerais que je me cramponne à toi en te suppliant de rester ici pour toujours avec moi ?
Dev réagit par une grimace. Sa mimique lui arracha un second rire. Un peu plus cynique, cette fois.
— Mmm… C’est bien ce que je pensais…
Ils arrivaient devant l’immeuble de Devlin, à l’extrémité nord du quartier de Belltown. Ils laissèrent la voiture dans le garage en sous-sol et prirent l’ascenseur jusqu’au troisième étage. Dev l’aida à retirer son manteau et prit un cintre pour l’accrocher dans le placard de l’entrée. Jane s’avança jusque dans le séjour et regarda autour d’elle, cherchant à distraire sa nervosité. Mais elle ne trouva pas grand-chose dans la pièce qui puisse lui procurer quelques clés sur la personnalité de son occupant. Elle dénombra un fauteuil et un canapé de couleur indéterminée, qui avait l’air d’avoir été puisé quelque part dans un grenier ; une petite table collée à un accoudoir, avec une lampe de chevet dessus. Un téléviseur antique, avec une vieille antenne posée au sommet, était juché sur un meuble-bibliothèque de fortune constitué de quatre magnifiques parpaings décoratifs et de deux planches.
Devlin vint la rejoindre et elle leva les yeux des journaux, des magazines de sudokus et des quelques livres entassés sur la petite table.
— Tes goûts en matière de déco sont très… épurés.
Il partit d’un grand rire.
— Quand j’ai appris la nouvelle, pour Bren, je convoyais un yacht de Marseille à Athènes. Il me restait encore deux jours de traversée et je pouvais difficilement descendre en marche. Alors, le temps d’arriver, de restituer le voilier et d’accomplir les formalités… Je n’ai pas voulu faire le crochet par chez moi, à Palerme, pour récupérer mes affaires. Résultat : j’ai débarqué ici avec le sac de marin que j’avais sur le bateau et rien d’autre.
Il haussa les épaules.
— En même temps, ça n’aurait pas changé grand-chose que je repasse à la maison. Je partage une location avec un ami qui fait le même métier que moi et, comme nous ne sommes quasiment jamais là, l’un et l’autre, c’est plutôt spartiate aussi, question décor. Un peu plus étoffé qu’ici quand même, mais bien dans le même style.
— C’est en contraste total avec la façon dont j’ai bâti mon cocon. J’ai plein, plein d’objets chez moi. Et la plupart sont des souvenirs… Je ne vois rien de personnel ici.
— Je ne suis pas collectionneur et j’aime bien voyager léger. Avec un style de vie aussi peu sédentaire que le mien, il vaut mieux ne pas posséder plus que ce qu’on peut porter sur le dos. Mais viens avec moi à côté, et je vais te montrer quelque chose de cent pour cent personnel.
Il haussa un sourcil.
— Quelque chose qui va te plaire, j’en suis certain.
— Un quelque chose que tu portes sur toi vingt-quatre heures sur vingt-quatre ? s’enquit-elle un peu sèchement.
Jane était surprise — pour ne pas dire déçue — par la façon dont il abordait leur future intimité sexuelle. De la part de Devlin, elle s’était attendue à plus de subtilité et d’élégance. Quoi qu’il en soit, elle était soulagée d’être de nouveau en mouvement, avec les mains de Devlin sur elle. Car dès qu’il la touchait, elle ne pensait plus normalement.
— Hein ?
Il s’immobilisa pour l’interroger du regard.
— Oh ! Tu as cru que je te parlais de…
Rejetant la tête en arrière, il partit d’un grand rire. Puis il la ramena contre lui et la serra dans ses bras si fort qu’il la souleva de terre, talons hauts compris. Reprenant ses esprits, il la reposa avant de lui faire craquer les côtes. Mais il continua à sourire largement, les mains posées sur ses épaules.
— Tu croyais que je vantais ma marchandise ?
Elle fit la moue. Mais inutile d’espérer que ses joues garderaient leur pâleur naturelle. Elle les sentait virer rapidement au flamboyant prononcé. Les lèvres de Devlin frémirent, mais il lui jeta un regard solennel.
— J’aime à penser que je suis un peu moins lourdingue que ça, dans mon approche avec les femmes.
Passant un bras autour de ses épaules, il l’entraîna dans une chambre à coucher tout aussi dépouillée que le reste de l’appartement. Le lit se résumait à un matelas posé sur un sommier à lattes. Sur la table de chevet, il prit une photo encadrée.
— Je sais que tu as un faible marqué pour les grandes familles, dit-il en la lui tendant. Elle a été prise le soir de mon retour. C’est ma tante Eileen qui l’a prise. Ma mère et ma sœur Hannah l’ont imprimée et encadrée.
Elle examina le portrait de groupe qui rassemblait au moins vingt-cinq personnes.
— Oh ! mon Dieu… tu as des liens de parenté avec tous ces gens ?
— Hé, mais c’est juste un échantillon ! Il manque tous ceux qui avaient d’autres projets ce soir-là.
Devlin se plaça derrière elle et l’attira contre lui pour lui montrer un couple âgé d’une bonne soixantaine d’années. Son souffle tiède lui caressa sensuellement l’oreille pendant qu’il lui présentait sa famille :
— Ces deux-là, ce sont mes parents… Juste à côté, la petite dame toute frêle, c’est ma mamie Hester, avec sa grande amie, ma mémé Katherine. Ma sœur Kate a été nommée d’après elle, entre parenthèses. Là, c’est mon pépé Darragh… Kate, c’est celle qui se marre. Bon, Hannah, tu la connais déjà… Et ces deux tourtereaux qui se regardent dans les yeux, ce sont ma sœur Maureen et son mari Jim.
Il tourna la tête pour lui déposer un baiser, lèvres ouvertes, dans le cou.
— La rousse à côté, c’est ma tante Eileen…
— Celle qui a pris la photo, donc ? demanda Jane, pour montrer qu’elle avait encore toute sa tête et qu’elle suivait ses explications.
Mais elle sentait son corps entier fondre et se liquéfier. De longs frissons ininterrompus lui parcouraient la peau dans les endroits les plus sensibles.
— La photographe, oui, acquiesça-t-il.
Et, comme pour la récompenser de sa bonne réponse, il lui appliqua un second baiser gourmand dans le cou. Un peu plus bas, cette fois. Elle faillit gémir mais se ressaisit.
— Hé, mais si c’est ta tante qui prend la photo, comment expliques-tu qu’elle figure sur le portrait ?
Et voilà ! La preuve qu’elle savait encore ce qu’elle disait.
— Je l’explique par le fait qu’elle a mis le retardateur et posé l’appareil sur une solide bibliothèque. Le couple à côté d’elle, donc, ce sont Mag et Clem — un oncle et une tante…
Jane continuait stoïquement à fixer le portrait, mais Devlin ponctuait chaque prénom prononcé d’un nouveau baiser, en alternant la nuque, le cou et ses oreilles, dont elle ignorait avoir le lobe si sensible. Elle perdit le fil des oncles, tantes, cousins, neveux et nièces dont il égrenait la liste d’une voix de plus en plus hypnotique. Elle renonça également à se tenir droite et se laissa aller en arrière dans l’étreinte de Devlin. Avec ses talons hauts, quelques centimètres seulement les séparaient, et son érection venait pousser contre le bas de son dos. Pour mieux éprouver la puissante sollicitation de son membre, elle oscilla presque imperceptiblement des hanches — juste une amorce de mouvement —, tout en exerçant une pression accrue contre lui pour accentuer le contact.
Le souffle de Devlin s’accéléra et il saisit le lobe de son oreille entre ses dents pour mordiller doucement.
— Tu sais que j’adore tes chaussures, Jane ? Elles sont incroyablement sexy pour quelqu’un qui, par ailleurs, s’habille plutôt comme une bibliothécaire entre deux…
— Ah, non ! Ce n’est pas vrai du tout !
Elle ménagea une légère distance entre eux et se dévissa le cou pour le regarder par-dessus son épaule.
— Ces stéréotypes éculés révèlent ton ignorance, Kavanagh ! As-tu au moins mis le pied dans une bibliothèque récemment ?
Sa voix se teinta d’inquiétude feinte.
— D’ailleurs… Tu sais lire, au moins ?
Devlin la ramena fermement contre lui et resserra l’étau de ses bras pour la maintenir prisonnière.
— Je lis couramment certains signaux corporels, lui chuchota-t-il à l’oreille.
Il lui adressa un sourire qui, à lui seul, suffit à liquéfier les muscles de ses cuisses. Puis il se pencha pour enfouir de nouveau le visage dans son cou, et imprima une ligne de baisers en pointillé du bout de son menton au creux derrière l’oreille.
— Bon, je te promets de ne plus comparer ton style vestimentaire à celui d’un rat de bibliothèque. Mais tu reconnaîtras quand même que personne ne s’aviserait de te prendre pour une strip-teaseuse.
— Quel dommage ! Dire que j’ai toujours rêvé de passer pour une effeuilleuse…
— Rien n’est perdu… Il suffit de ne pas se laisser dissuader par tout ce noir, ce marron et ce beige occasionnel, et s’intéresser à ce que tu portes à tes pieds. Tes chaussures sont toujours très sexy. Et tes culottes… explosives. De quelle couleur est celle d’aujourd’hui, ma chère Jane-pas-si-inhibée ?
— Blanche, mentit-elle sans hésiter. En coton. Couvrante.
Elle sentit le souffle de son rire s’insinuer jusqu’au creux le plus secret de son oreille.
— Je suis prêt à parier cent dollars que non.
Jane posa le portrait de famille sur la table et se retourna dans ses bras.
— Tu remporterais le pari, chuchota-t-elle.
Puis, se suspendant à son cou, elle l’embrassa avec toute la fougue du désir qu’il venait d’attiser au cours des cinq dernières minutes. Dès l’instant où leurs lèvres se touchèrent, ce fut comme une répétition du feu d’artifice que chacun de leurs contacts faisait jaillir et se déployer. Jane sentit les portes de ses pensées se refermer pendant que sa libido rugissait. Avec un gémissement sourd, elle noua les jambes autour des hanches de Dev et croisa les chevilles dans son dos, les talons pressés contre ses reins athlétiques.
La pièce se mit à tourner autour d’elle. Avant de comprendre ce qui lui arrivait, elle se retrouva allongée sur le lit avec quatre-vingt-dix kilos de puissance masculine en émoi au-dessus d’elle. Son regard couleur de sous-bois — ambre sombre tavelée de mousse — brûlait dans le sien.
— Encore un baiser et je te dépouille de toutes ces pelures noires que tu as sur le dos, annonça-t-il d’une voix rauque.
Jane se demanda s’il s’agissait d’une menace ou d’une promesse. Sans lui laisser le temps de trancher dans un sens ou dans l’autre, Devlin l’enserra entre ses cuisses, l’enveloppa de ses bras et fit lentement descendre sa bouche sur la sienne.
Leur baiser fut lent, grave, profond. Perdant pied, elle s’enfonça corps et âme dans un monde chaud et liquide, traversé des saveurs, des couleurs, des odeurs qui composaient Devlin. Avec un gémissement sourd, elle captura sa lèvre inférieure entre les siennes. La texture était élastique et ferme lorsqu’elle passa les dents sur la surface — flexible, aussi, constata-t-elle en la mordant plus franchement. A titre d’expérience, elle tira avec précaution. La membrane s’étira tandis qu’il relevait la tête et sa forme se modifia lorsqu’il sourit, découvrit-elle avec un plaisir de chatte gourmande.
Elle libéra sa lèvre et il se laissa descendre sur son corps pour s’intéresser de nouveau à son cou, avec toute la science sensuelle dont elle le savait désormais capable. Mais cette fois, ce fut le long de sa gorge que ses lèvres tracèrent leur sillon de feu et de désir. Portant la main à ses cheveux, elle glissa les doigts dans les mèches aux couleurs pain d’épice, et il s’immobilisa à la hauteur du creux palpitant, à la base de son cou, pour chercher encore une fois son regard. Se soulevant sur les coudes, il glissa une main sous l’encolure de son pull en fin cachemire noir.
— On va te débarrasser de toutes ces couches inutiles, Jane.
Il fit glisser le vêtement sur ses épaules, libéra les bras, puis batailla un peu pour le faire passer par-dessus sa tête. Se redressant pour l’enfourcher à genoux, il fit mine de s’essuyer le front avec la manche, comme s’il venait de mener un âpre combat.
— Eh bien… Il y a du boulot, avec toi. Je n’ai encore jamais rencontré de femme qui mettait autant d’acharnement à cacher ce qui mérite d’être mis en valeur.
Du bout du doigt, il traça le bord de son chemiser sans col en organza de soie. Le visage plissé par la concentration, il fit passer par la boutonnière un premier bouton couvert du même tissu que le corsage, et dévoila un petit triangle de chair.
— Tu as la plus belle peau qu’on puisse imaginer, chuchota-t-il en la caressant d’un doigt admiratif. Pourquoi la recouvres-tu comme ça ?
S’attelant de nouveau à sa tâche, il libéra un second bouton. Puis un troisième.
— Pour éviter les situations comme celle-ci, admit-elle.
Elle s’étonna aussitôt d’en avoir révélé autant. Depuis le premier instant où elle avait rencontré Devlin, ses mécanismes d’autocensure semblaient régulièrement tomber en panne.
Son regard vint fouiller le sien.
— J’aimerais bien que tu m’en dises un peu plus là-dessus. Mais maintenant n’est pas le bon moment.
Arrivé à la dernière boutonnière, il écarta les pans de soie.
— Bleu, murmura-t-il presque rêveusement en effleurant un papillon brodé ton sur ton.
— Turquoise.
— Je suis un mec, moi, ma chérie. Nous, les hommes, nous ne faisons pas dans ce genre de nuance.
Il fit glisser la paume sur un de ses seins et le pressa doucement.
— Mais turquoise ou pas turquoise, j’ai un faible pour tes sous-vêtements.
Au premier contact de sa peau calleuse sur sa poitrine, Jane en perdit toute faculté à converser et s’arc-bouta sous la caresse en émettant une espèce de son suppliant. Ses seins étaient peut-être petit format — bon, d’accord, il n’y avait pas de « peut-être » : ses seins étaient d’un petit format. Mais leur sensibilité, elle, n’avait rien de minimaliste. Elle était intense.
D’une intensité qui allait chercher quelque part dans les méga et les giga.
Et Devlin appartenait manifestement à la catégorie d’homme à laquelle cette hypersensibilité ne faisait pas peur. Il la nourrirait et la stimulerait, au contraire.
Comment elle savait cela, elle n’aurait su le dire, au juste. Car la seule personne à avoir touché sa poitrine depuis de longues années, c’était elle-même. Un état de fait dont elle s’était très bien accommodée jusque-là, puisqu’il lui permettait de garder le contrôle de sa vie en main. Mais de contrôle, il ne resta plus trace lorsque Devlin la souleva du matelas pour dégrafer son soutien-gorge et le retirer d’un seul geste. Les pointes de ses seins apparurent, dressées telle une supplique incarnée adressée à l’homme penché sur elles.
Devlin accéda sans hésiter à leur appel. Attrapant les mamelons fièrement érigés entre pouce et index, il les fit rouler doucement entre ses doigts.
Elle ne reconnut pas le son implorant qui roula de sa gorge. En d’autres circonstances, l’embarras l’aurait pétrifiée. Mais en cet instant, elle n’était pas en état de s’en inquiéter, alors qu’un arc électrique semblait soudain relier ses seins au vide brûlant qui se creusait entre ses cuisses. La sensation lui fit soulever le bassin dans un mouvement réflexe et ses jambes s’écartèrent.
Il jura entre ses dents, effleura encore une fois les pointes de ses seins, puis se dressa à genoux, fit passer son T-shirt sur sa tête, le jeta de côté sans ménagement et revint peser sur elle. Jane s’enfonça plus profondément dans le matelas, avec la sensation étourdissante de leurs peaux nues et chaudes entrant pour la première fois en contact.
Il se laissa descendre en un lent mouvement de reptation le long de son corps, et elle ronronna de plaisir lorsque la poitrine de Dev glissa sur ses aréoles. Attrapant un sein dans une paume, il aspira un mamelon entre ses lèvres.
Elle vit ses joues se creuser, sentit le mouvement de succion jusque dans son bassin et émit de nouveau le même son presque désespéré. Enfouissant les doigts dans les cheveux de Dev, elle pressa sa tête plus étroitement contre sa poitrine. Mais, presque aussitôt, elle eut le réflexe inverse et tenta de le repousser, effrayée par la montée vertigineuse d’un plaisir qui virait à l’insoutenable.
— Oh ! S’il te plaît, gémit-elle. S’il te plaît…
Dev leva la tête, vit ses pommettes embrasées et la volupté qui alourdissait ses paupières. Dans sa main reposait le fragile arrondi d’un sein, et son mamelon dressé frottait contre son palais sous la ferme pression de sa langue. Et il était à deux doigts de jouir dans son jean, comme un adolescent surexcité sur le point de conclure pour la première fois avec la fille de ses rêves.
Toujours est-il que Jane méritait d’être attaquée pour publicité mensongère. Car elle dissimulait vraiment très soigneusement son incroyable potentiel érotique… Mais qu’est-ce que tu crois, idiot ? Que la tenue vestimentaire est un indicateur fiable en matière de sexualité ? Les vêtements ne disent rien de la sensualité d’une femme. Rien. Zéro. Nada. C’était une évidence qu’il aurait dû saisir depuis longtemps. Mais il avait le cerveau un peu lent, sans doute. Car cette vérité pourtant élémentaire le prenait de court une fois de plus, tandis que cette femme se mouvait contre lui en laissant échapper ces petits sons de gorge qui disaient « prends-moi » de la façon la plus irrésistible qui soit.
A contrecœur, il lâcha la pointe hardie d’un mamelon — qui semblait être le détonateur personnel de Jane — et se redressa, un genou de chaque côté de ses jambes ouvertes. Exerçant une pression sur l’extérieur de ses cuisses, il les ramena l’une contre l’autre. Il vit ses hanches se cambrer, puis dessiner un petit mouvement de rotation érotique contre le couvre-lit lorsqu’il descendit la fermeture Eclair de son jean.
Nom d’un chien… Elle allait le tuer avant l’heure, à ce rythme.
— Soulève-toi, ma belle.
Jane s’exécuta aussitôt et il fit glisser son pantalon le long de ses jambes, faisant apparaître un très joli petit semblant de culotte assorti à son soutien-gorge. Il avait presque fini de lui ôter son jean, mais il prit le temps d’une pause en chemin pour passer le pouce au creux du sillon humide sous le satin turquoise.
— Oh ! Dev…
Sa voix s’éleva de deux octaves et ses cuisses dénudées cherchèrent à écarter ses genoux qui les maintenaient fermées. Jurant tout bas, il lui arracha plus qu’il ne lui ôta son jean. Lequel était à jambes larges, heureusement, car, dans sa fièvre, il avait oublié les chaussures.
Tant mieux, d’ailleurs, car elle était résolument canon ainsi, juste vêtue de sa minuscule culotte de satin et de ses escarpins à bride de séductrice. Il lui attrapa les chevilles, les souleva, puis tira fort, la faisant glisser sur la couette pour l’amener sur ses genoux. Ouvrant ses jambes, il la fit remonter de manière à ce que son membre encore prisonnier de son jean se trouve en contact avec le satin turquoise entre les cuisses soyeuses de Jane.
Elle s’offrit sans hésiter, s’arc-boutant contre lui, mais il vit qu’il la tenait selon un angle inconfortable, pour ne pas dire impossible. Se rasseyant sur ses talons, il la plaça à cheval sur lui. Jane croisa aussitôt les chevilles derrière son dos et noua les bras autour de son cou, de manière à presser ses petits seins durs et fermes contre son torse.
— Oooh…, chuchota-t-elle, sous le choc.
Sous le choc, il l’était également. Il laissa glisser les mains le long de son dos nu et attrapa l’arrondi de ses hanches, si minces, si souples, si étonnamment féminines. Puis il lui imprima un léger mouvement d’avant en arrière, pour la faire onduler sur lui.
— Alors, Belles Jambes ? Prête pour une petite course ? Endiablée ?
Non seulement Jane ne rougit pas, cette fois, mais elle sourit avec assurance. Cette Jane-ci était incroyablement charnelle et désinhibée.
Il se fit cette réflexion avant même que le rire bas, rauque et sensuel ne monte de la poitrine de la jeune femme.
— Tu veux faire la course, mon pote ? riposta-t-elle. Alors, allons-y…
Plantant les semelles en liège de ses chaussures sur le matelas de chaque côté de ses hanches, elle se souleva puis retomba. Lentement. Avec un rythme et une précision qui menacèrent de les mener rapidement à la folie l’un et l’autre.
Il commença à mouvoir les hanches à son tour. Doucement, au début, puis plus vite et plus fort, jusqu’à la soulever très haut et redescendre en la soutenant à deux mains pour la maintenir plaquée sur lui.
Il s’immobilisa, pantelant.
— J’ai envie de toi, Jane. Je veux être en toi, complètement.
Elle posa sur lui le regard de ses yeux bleus voilés par le désir.
— C’est vexant à admettre, mais mes jambes ne me soutiennent plus, de toute façon, reconnut-elle dans un souffle.
Il la fit basculer sous lui en riant, força sa bouche d’un baiser passionné, puis se leva pour se débarrasser en un tournemain de ses bottes, de ses chaussettes et de son jean.
En appui sur les coudes, jambes nonchalamment ouvertes, un genou replié, elle s’exhibait avec une adorable impudeur, ses petits seins orgueilleux dressés, appelant une débauche de caresses.
— J’aime vraiment beaucoup ta petite culotte, Jane. Mais je sens que je t’aimerais encore plus sans.
— Toi d’abord, ordonna-t-elle.
Il glissa les pouces dans l’élastique de son caleçon et le fit descendre jusqu’au point où la gravité prit la relève.
— Oh ! mon Dieu…
Sans détacher les yeux du membre qu’il venait de libérer et qui pointait vers elle comme un aimant, elle s’assit pour finir de se déshabiller à son tour. S’humectant les lèvres, elle leva les yeux vers lui.
— Je suis désolée… Je ne peux pas m’empêcher de te regarder, chuchota-t-elle.
Il prit son sexe dans sa main pour en calmer les oscillations.
— La fascination est réciproque, tu sais.
Il ne pouvait détacher les yeux de ce mètre soixante-cinq de chair adorable, avec cette peau sans défaut, légèrement rosée sous l’effet de l’excitation et juste vêtue d’une paire d’escarpins à talons hauts. Ni de son regard très bleu à demi voilé, ni de la cascade de cheveux lisses qui tombaient sur son épaule droite, reprise en écho par le Bikini épilé « ticket de métro » qui — Jane étant Jane — était dessiné avec une méticuleuse précision.
— Tu devrais te promener nue plus souvent. C’est une tenue qui te va au teint.
Elle lui décocha un sourire grinçant.
— Je parie que tu dis ça à toutes les filles que tu déshabilles.
En vérité… non. Il avait croisé nombre de femmes dans sa vie et il en avait connu plusieurs avec un corps beaucoup plus spectaculaire que celui de Jane. Mais toutes avaient eu le souci de mettre leur plastique en valeur par leur style vestimentaire. Et il n’avait pas eu de vraie révélation lorsqu’il les avait vues dévêtues. Alors qu’avec Jane, il allait d’heureuse surprise en heureuse surprise, au contraire. Le simple fait de l’observer l’amena à se caresser distraitement. Il n’avait même pas conscience de le faire, d’ailleurs. Jusqu’au moment où le regard de Jane tomba sur sa main qui coulissait doucement.
Levant de nouveau les yeux vers lui, elle lui fit signe avec le doigt.
— Viens là, plutôt, toi.
Elle n’eut pas à le lui demander deux fois. Il réussit à ne pas lui sauter dessus à la hussarde, mais de justesse. Et le fait qu’il ait eu à se faire violence pour se retenir lui donna à réfléchir. Elle est encore innocente comme la pluie, ou presque, alors que tu es un vieux briscard du sexe. Vas-tu laisser cette ingénue te mener par le bout du nez ?
Jamais de la vie.
Il s’allongea à côté d’elle et entreprit de lui montrer qui était le maître. Tout son talent, toute son expérience furent mis à contribution. Il l’embrassa jusqu’à ce qu’elle crie grâce, la caressa jusqu’à lui arracher des gémissements.
Mais il ne se berçait pas d’illusions : entre elle et lui, le maître en séduction n’était pas forcément celui que l’on pouvait penser. Il referma les dents sur le lobe de son oreille, et ses doigts glissèrent sur la soie fragile de son ventre pour s’insinuer entre ses lèvres d’amour déjà glissantes et ouvertes, sous l’adorable jardin secret formé par son rectangle pubien.
— Tu signes ma défaite, Jane… Tu es tellement sincère. Tellement audacieuse. Tellement vraie.
Il fit aller et venir doucement son doigt.
— Tellement chaude, aussi.
— Oh ! Dev, Dev… S’il te plaît…
La tête renversée sur les oreillers, elle respirait vite, très vite. Et ses hanches de sirène ondoyaient sous ses mains.
— Tu ne voudrais pas, s’il te plaît…
Il se pencha en riant sur ses lèvres.
— S’il te plaît, quoi ? Qu’aimerais-tu que je te fasse, Janie-Jane ?
Il avait entendu ses amies l’appeler ainsi, et le diminutif lui avait paru étranger à Jane. Mais il se rendait compte à présent qu’il lui allait comme un gant.
— Je voudrais que tu viennes en moi, s’il te plaît, chuchota-t-elle en refermant la main sur son sexe. Je te veux, toi. Maintenant. D’accord ?
— A votre service, belle dame.
Il aurait eu tort de chercher à différer encore, d’ailleurs. Car si elle continuait à le toucher ainsi deux secondes de plus, il jaillirait entre ses doigts comme une fusée. Il se libéra doucement pour rouler sur le côté et prendre un préservatif dans le tiroir de sa table de chevet.
Lorsqu’il la rejoignit, il se plaça au-dessus d’elle et entreprit de la ramener à l’état d’excitation qu’elle avait atteint juste avant cette petite interruption technique. Il y parvint en un temps record. Une preuve, s’il en était besoin, que Jane Kaplinski, qui pouvait se comporter comme la plus prude des femmes, était en vérité un baril de poudre à la sensualité explosive.
Il lui lécha les seins, posa une paume à plat sur son mont de Vénus et chercha l’accès tellement tentant. Il sentit sa chair palpitante se resserrer autour de ses doigts et son dernier reste de patience s’envola. Ouvrant ses jambes à l’aide d’un genou, il prit position entre ses cuisses et, tout doucement, se glissa à l’orée de sa féminité.
Elle était si étroite, et en même temps si incroyablement offerte, comme une terre d’accueil… Il contempla son visage aux joues rosies et vit que ses yeux bleus chaviraient déjà.
— Jane ?
Elle fit un effort pour focaliser son regard sur lui.
— Mmm…
— Je veux que tu saches que je suis clean.
— O.K.
Elle noua ses jambes aux siennes, ce qui eut pour effet de l’amener plus profondément en elle.
— Moi aussi.
Comme s’il avait eu la moindre inquiétude à ce sujet ! Il hésita à lui en faire la remarque, mais, avant qu’il ait eu le temps de se décider, elle planta de nouveau les pieds sur le matelas et se souleva de manière à mieux le prendre en elle, l’épousant si étroitement, dans l’asile moite de sa chair, qu’il crut perdre le contrôle de lui-même.
Le souffle coupé, il la pénétra entièrement. Jane se déhancha, renversa la nuque et émit un son de plaisir tremblant. Il se retira pour mieux revenir.
— Oh…
Elle lui agrippa les bras, enfonçant ses ongles courts et durs dans ses muscles bandés, et fixa son regard sur lui, le front plissé par une mimique presque étonnée.
Aurait-il dû procéder avec plus de douceur ? Mais dès qu’il les soulagea de son poids, les hanches de Jane se soulevèrent pour mieux accueillir son coup de reins suivant, dont il tenta — sans grand succès — d’adoucir la portée.
— Oh… Je me sens… tellement remplie.
— C’est trop pour toi, Jane ?
Craignant d’y avoir été un peu fort, il suspendit son élan. Dis non. Dis non. Dis non. Car, très franchement, il n’était pas tout à fait sûr d’avoir la force de renoncer, si elle reculait maintenant.
Fermant les yeux, Jane s’humecta les lèvres.
— Non… non, pas trop. Je veux plus… j’en veux encore, encore… encore.
Il n’en fallut pas plus pour qu’il perde la tête. Il aurait dû tenir compte de sa relative inexpérience et y aller graduellement. Mais au lieu de cela…
Enfonçant les orteils dans le matelas, il se hissa à la force des poignets et la pénétra avec force, encore et encore, porté par la frénésie de ses reins enflammés. Baissant les yeux sur le point de jonction entre eux, il vit le mouvement de coulisse de sa chair durcie s’enfonçant dans la nacre humide. Un va-et-vient puissant, exaltant, hypnotique. S’arrachant à sa contemplation, il porta son attention sur le visage de Jane.
Ses joues étaient empourprées, ses paupières lourdes, son regard levé vers lui.
— Oh, oui… oh, oui, oh, oui, chantait-elle en d’incessantes vocalises ponctuées de gémissements. C’est tellement… tellement bon.
Pliant les coudes, il abaissa le buste pour l’embrasser.
— C’est bon d’être en toi, Jane. Bon de te sentir… Tu es si douce, si chaude, si serrée, oh… Jane.
Il sentit une contraction autour de son sexe, une première pulsation puissante, et il se força à ralentir son rythme pour accroître encore ses sensations.
— Voilà… C’est ça… Laisse venir, Janie… Laisse-toi porter.
Courbant le dos pour avoir accès à ses seins, il aspira doucement un mamelon entre ses lèvres. Elle poussa un cri de saisissement, ses contractions en anneau pétrissant son membre, le tirant irrépressiblement avec elle pour le mener vers son propre orgasme. Abandonnant le contrôle qu’il avait réussi à maintenir sur lui-même, il se sentit durcir encore en elle tandis qu’il accélérait le mouvement de ses reins. La fin de l’orgasme de Jane continuait de le stimuler, comme un appel à la rejoindre. Et il était perdu, perdu…
Un éclair rouge passa devant ses yeux. Il cessa de voir et d’entendre, ne sentit plus que la montée sans retour d’un plaisir aussi violent qu’insondable. La danse de ses reins s’accéléra. Dans une ultime convulsion, il renversa la tête, bouche grande ouverte, et sentit un rugissement puissant s’élever du fond de sa poitrine tandis qu’il se perdait en Jane, se disséminait en Jane, se fondait en elle.
Quelques secondes — ou peut-être était-ce un siècle ? — plus tard, il s’effondra.
— Waouh…, chuchota-t-il d’une voix si éraillée qu’elle semblait avoir été passée à la sableuse.
Entourant Jane de ses bras, il l’enveloppa avec précaution au creux de son étreinte. Un des bras de la jeune femme s’échappa et retomba sans force sur le couvre-lit, les doigts repliés. Elle paraissait incapable de remuer ne serait-ce que le petit doigt, mais un rayonnement calme illuminait son visage presque translucide.
— Je suis surpris que tu ne fasses pas l’amour vingt-quatre heures sur vingt-quatre, Janie. Tu es faite pour le plaisir.
Elle n’ouvrit même pas les yeux, tellement elle paraissait à bout de forces. Mais elle acquiesça d’un signe de tête.
— Oh, oui, je suis faite pour ça… Je suis une authentique sex machine.
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