Vegane pour lait nul

Boris TZAPRENKO · Chapitre 131 sur 147

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Vegane pour lait nul

Oui, mais alors ! Qu’est-ce qu’on mange ?

Acide aminé limitant

Dans certains aliments végétaux, un des acides aminés essentiels n’apparaît qu’en faible proportion ; on appelle ce dernier l’acide aminé limitant de cet aliment. Pour faire simple, il s’agit de la méthionine dans les légumineuses et la lysine dans les céréales. Il est donc très facile de contourner ce petit inconvénient en mangeant au moins les deux dans la même journée pour avoir un apport complet de tous les huit acides aminés essentiels. Riz et lentilles, riz et pois chiches, maïs et haricots rouges, épeautre et lentilles, épeautre et pois chiches, semoule et pois chiches, semoule et pois cassés, épeautre et pois cassés…

Notons que le quinoa et le soja n’ont aucun acide aminé limitant. Ce sont des fous furieux ! Ils sont no limit ! Chacun possède tous les acides aminés essentiels dans les quantités nécessaires à l’être

humain ; ils sont donc complets 92 .

Sachant que le soja, le plus déchaîné des transformers, peut se présenter sous un nombre indécent de formes : bien sûr en graines, mais aussi différents tofus, différents tempehs, protéines de soja texturées, moult sauces, force laits, multitude de crèmes, foultitude de fromages et pâtés végétaux et infinité de que sais-je… Et que le blé se présente aussi sous plusieurs aspects : graines, pains, pâtes, seitans, semoule… Les combinaisons sont plus que suffisamment nombreuses pour ne jamais se lasser.

Ce livre n’ayant pas vocation à devenir un ouvrage de recettes, je ne

vais parler ici que des changements alimentaires les plus exotiques pour un ancien omnivore. Je vous invite à consulter la multitude de blogs, de sites et de livres traitant de la bouffe végane ou végétalienne qui vous renseigneront bien mieux que moi. Il suffit souvent de peu de chose pour adapter les plats que vous cuisinez déjà. Ainsi vous n’aurez pas à tirer un trait sur vos pâtes bolognaises (voir ma recette démoniaque plus bas) ou votre gratin dauphinois.

« Mais que mange-t-on alors ? » est la question qui est venue squatter mon esprit à la seconde où j’ai su que j’étais devenu végane. Je me suis imaginé en train de grignoter des radis et des carottes. Pensif, pouce sous le menton, accoudé dans mon canapé, je me suis titillé les méninges. Plus de chair, plus de produits laitiers (sont nos amis pour la vie, ♪ tralalère… tout ça… Péter la gueule au loup !), que reste-t-il ? Salade, tomates… haricots… des pâtes… des patates… Quelque temps auparavant, j’avais lu Seul sur Mars, de Andy Weir. Ce livre m’avait donné un goût immodéré pour les patates. J’en préparais à tous les repas. Ma compagne n’en pouvait plus ! J’avais fini par me calmer, mais je sentais frémir en moi les prémices d’une rechute. Je devais à tout prix l’éviter, quelque digne de vénération que soient ces tubercules que le héros de Andy Weir avait su cultiver sur le sol martien.

Sans doute dans mes lectures, ici ou là, j’avais entendu parler de tofu (prononcer « tofou » (oui, ben, moi, je ne le savais pas, qu’on disait tofou !)).

Je ne sais pas pourquoi je ne me suis pas davantage renseigné en cherchant sur internet, « protéines végétales » par exemple. Je devais saturer d’informations. Toujours est-il que, au lieu de faire cela, je suis parti au supermarché le plus proche en milieu d’après-midi pour scruter les rayons de produits alimentaires. Je ne savais même pas trop ce que je cherchais en fait, comptant sur le hasard pour qu’il me mette sous le nez au moins un produit végane. Déjà que je n’ai jamais été doué pour trouver le produit que je cherche dans ces grands magasins ! Sans doute guidé par la chance du débutant, je me suis retrouvé devant un rayon proposant du tofu. Du tofu bio nature, c’était. Mes yeux ont légèrement gonflé, comme dans les dessins animés de Tex Avery, quand le loup voit Red, et j’ai regardé les autres clients comme s’ils étaient tous susceptibles de piller le rayon avant moi. Pour éviter cette éventualité, j’ai ouvert grand les bras pour charger tout le tofu dans mon caddie. Je suis sérieux ! J’ai vraiment tout pris. Une vingtaine de boîtes. Je me suis ensuite précipité vers la caisse, me disant certainement inconsciemment que le tofu ne serait vraiment à moi qu’une fois payé et que d’ici là, quelqu’un risquait de me le prendre ou qu’on m’obligerait à partager.