Vegane pour lait nul
Le coup du roi
En nombre de victimes, cette forme d’art n’est responsable que d’une infime part de nos crimes envers les peuples non-humains, c’est certain. Mais symboliquement, elle vaut largement la corrida. Elle est animée par le moteur le plus nauséabond de notre espèce : le plaisir de traquer et de tuer un être sans aucun moyen de défense, donc en étant à l’abri de tout danger, de toute possibilité de riposte ; la jouissance d’avoir une créature à sa merci et de décider de mettre un terme à sa vie. Un parfait alliage de cruauté et de lâcheté à 50/50. Et je refuse de croire que c’est de l’inconscience. Ceux qui font ça savent très bien qu’ils font souffrir un être sensible qui éprouve la peur de la mort, la souffrance et un vif désir de vivre. Si on leur proposait de traquer un simple objet robotisé, ça ne les amuserait pas. Si c’était le cas, tous les chasseurs se contenteraient de jouer au ball-trap. Ou bien, ils joueraient au paintball. Ce n’est pas non plus de l’indifférence, comme, par exemple celle de ceux qui arrachent les poils des lapins angoras. Ceux-là ont un cœur aussi sourd qu’une boule Quies, mais leur but n’est pas de récolter de la souffrance, car c’est l’argent qui les motive. Alors que ces artistes, là, ont besoin de produire de la peur, de la souffrance et de la mort. Sont-ce des problèmes sexuels qui créent de tels névrosés ? Je n’en ai pas la moindre idée. Mais, si un jour l’occasion d’exercer leur vice sur des humains leur est donnée, il n’y a aucune raison pour que cela leur pose un problème. La cruauté se nourrit avec un plaisir égal de toutes les souffrances qu’elle inflige. Ne dit-on pas « Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse » ? Cette joyeuse devise reformulée pour ces artistes pourrait se dire, « Qu’importe la victime pourvu qu’on ait la souffrance ». Si leur esprit avait une odeur, sa puanteur vous fanerait le nez à des kilomètres !
Le coup du roi
Robert, le jeune frère d’un de mes oncles était chasseur ; ils étaient tous chasseurs de ce côté de la famille. Ils avaient une grande ferme sur de vastes terres, des vaches, des volailles…
À table, ils parlaient souvent de chasse. Je me souviens d’un jour où je mangeais chez eux.
Le patriarche m’explique ce qu’est « Le coup du roi ».
— Le coup du roi, me dit-il, c’est quand le gibier que tu tues tombe devant tes pieds.
Après le repas, Robert me propose d’aller chasser avec lui. Il devait avoir 18 ans, moi 14. Il me prête un fusil et on y va. Moi, je me mets à tirer un peu partout sur tous les buissons dans l’espoir de ne pas revenir bredouille. Je voulais éviter cette honte. Et voilà que je tire à droite, à gauche, devant, derrière, en haut… pan ! pan ! pan ! et re-pan ! puis, pan ! encore. Mais je rate sans cesse ces petits monstres qui se payent bien ma tronche en s’envolant gaiement à chacun de mes tirs. Pinsons, rouges-gorges, mésanges, moineaux et autres enfoirés emplumés se foutent bien de moi ! Ça les éclate de m’enrager, en faisant rire Robert à mes dépens.
Ce dernier finit par m’ignorer et il s’éloigne un peu de moi parce que je fais fuir tout son gibier. Moi, je reste en retrait avec la hantise de rentrer sans avoir tué. La honte !
Je suis sous un grand arbre et je regarde Robert au loin, en espérant qu’il sera bredouille lui aussi pour réduire ma honte. Soudain, j’entends des petits « piou-pious » au-dessus de moi. Je lève le fusil et je tire. Et là ! Un de ces petits enfoirés tombe devant mes pieds, à 30 cm de moi.
Houaaaa ! me dis-je. Le coup du roi ! Et je me mets à hurler : « Robert ! Robert ! Le coup du roi ! Le coup du roi ! Viens voir ! »
Pendant que Robert arrive, je me baisse et je touche le petit corps. Merde ! Il n’est pas mort, le con ! Il cligne… il cligne, mais il ne bouge pas.
Robert, qui n’était pas si loin est déjà là. Il me regarde faire. Alors je prends le petit oiseau et… ho ! il est tout chaud, tout doux, si léger, si petit.
— Il n’est pas mort, lui dis-je en concevant déjà l’espoir que mon geste ne soit pas fatal.