Vegane pour lait nul
Que me sens-je donc ?
Si vous le sentez comme ça, n’ayez pas peur de vous exprimer. Vous avez toute la légitimité pour le faire, car le cœur parle bien mieux que les soporifiques arguties.
Que me sens-je donc ?
Bon, et moi, qu’est-ce que je suis ? Vais-je le garder pour moi ? Utilitariste ou déontologiste ? Welfariste, néo-welfariste ou abolitionniste ?
Ce n’est pas pour me défiler, mais je rappelle que je ne suis qu’un apprenti végane. Je veux dire par là que je risque de changer. Tous ces adjectifs sont plus pertinents pour qualifier des idées, des tendances, des courants, que des personnes. Car en fait, on peut se situer quelque part entre ces mots. Que me sens-je donc ? (Je sais que cette formulation est rare, mais j’adore faire l’intéressant.) Où me sens-je donc ? disais-je. Disons résolument abolitionniste, mais ne crachant pas sur une avancée welfariste. Néo-welfariste alors, me dira-t-on. Euh… oui, si vous voulez, mais alors néo-welfariste avec gros penchant abolitionniste. Ce qui veut dire que je suis à fond pour l’abolition, mais je me réjouis de chaque avancée welfariste.
Utilitariste ou déontologiste ? Comme je l’ai déjà dit plus haut, selon l’exemple choisi, je serai l’un ou l’autre. Vous voulez des exemples ?
• Vous avez un vieil oncle très riche et vous êtes le seul héritier. Pour
rester en vie, cet oncle doit prendre un médicament tous les jours. Heureusement pour lui que vous êtes là pour le lui donner tous les matins, car il perd un peu la tête. Avec la fortune dont vous hériteriez, s’il venait à mourir, vous pourriez faire le bien autour de vous, faire des dons à des hôpitaux et des associations caritatives, financer des recherches médicales… bref, sauver et améliorer un grand nombre de vies. En pensant uniquement à cela et nullement à vous-même, vous mettez sur les plateaux de votre balance mentale d’un côté la vie d’un vieil homme, de l’autre les vies que vous pourriez sauver. Vous pouvez même vous dire qu’en gardant votre oncle en vie, vous laissez mourir des gens que vous auriez pu sauver. L’utilitarisme, préconisant le choix qui aboutit à la somme maximum de bien-être, nous soufflerait à l’oreille qu’il serait préférable d’oublier de donner le médicament ; alors que le déontologisme dit que, dans tous les cas, quelle qu’en soit la raison, il est mal de laisser volontairement mourir un homme.
• Un violeur est à la poursuite d’une jeune femme que vous
connaissez. Vous savez où elle habite et le violeur sait que vous le savez. Il s’arrête près de vous et vous demande de lui donner cette information. Vous savez qu’il veut la violer. Vous n’avez personnellement aucune raison d’avoir peur de lui. L’utilitariste estimera qu’il ne faut pas lui dire où elle réside, car la souffrance de la jeune femme si on la violait serait un bien plus grand malheur que la frustration du violeur s’il ne parvenait pas à son objectif. La somme du bien-être total serait donc négative. Alors qu’un déontologiste dira que, dans tous les cas, et quelle qu’en soit la raison, il est mal de mentir. Il faudra donc répondre que oui, on sait où est la jeune femme et si le violeur demande où il peut la trouver, il faudra le lui avouer.
J’ai pris volontairement ces deux exemples extrêmes parce que ce
sont des expériences de pensée de cet acabit que certains utilitaristes et déontologistes se lancent mutuellement sur la tête dans leurs affrontements philosophiques. Ces chamailleries intellectuelles n’ont, selon moi, que le mérite de montrer qu’en choisissant soigneusement un exemple précis on peut mettre l’une ou l’autre de ces philosophies éthiques en échec.
Cela vous explique pourquoi je dis que, selon les cas, je suis plus ou moins l’un ou l’autre.
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