Vegane pour lait nul

Boris TZAPRENKO · Chapitre 32 sur 147

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Vegane pour lait nul

Le couloir de la mort

Stabulation : La zone de stabulation est l’endroit où séjournent les victimes en attendant qu’on les tue. Elles peuvent y demeurer de quelques heures à plusieurs jours dans des conditions variables selon les abattoirs.

Sacrificateur : Celui qui tue dans le cadre de l’abattage rituel, c’est-à-dire sans étourdissement. Le rite exige que les animaux soient tués en pleine conscience par égorgement.

Tueur : Celui qui tue dans le cadre de l’abattage non rituel, c’est-à-dire avec étourdissement préalable (c’est le mot employé dans le milieu, pas le mien).

TVM : Taux de Viande Maigre. C’est le ratio du poids de viande par rapport au poids total du cadavre, appelé carcasse.

 

Le couloir de la mort

Poursuivons notre effort d’empathie. Imaginons-nous à la place de ce veau dans le couloir de la mort. Après l’éprouvant voyage, après l’attente angoissante, on le force à avancer dans un passage étroit au fond duquel il entend ses semblables hurler leur terreur. Les odeurs de sang, de mort et de souffrance sont de plus en plus fortes. On veut qu’il remonte leur courant, qu’il marche vers leur source. La panique fait trembler tout son corps et son cœur lui défonce la poitrine.

File d’attente dans le couloir de la mort. On le pousse à avancer à coups de décharge

électrique, mais il y a déjà quelqu’un devant, quelqu’un qui a peur d’entrer dans le box de

contention. Les petites cornes montrent que c’est un enfant. (Photos L214.)

 

Le couloir de la fin est si étroit qu’il ne peut pas faire demi-tour. Les décharges électriques qu’on lui administre sur l’arrière-train pour l’obliger à avancer portent sa terreur à son paroxysme. Il est seul dans son immense détresse. Ce n’est qu’un enfant. Sa vie n’a été qu’une cruelle épreuve, mais, comme nous, il a terriblement peur de la perdre, cette vie. Comme vous, comme moi, comme tous les humains, il est un être sensible ; il a un puissant instinct de

conservation qui lui fait redouter la mort ; il ne veut pas être tué. 35 Face à la plus grande des terreurs, que la mort inspire à tous les êtres sentients, nous sommes tous égaux. Nous n’avons pas besoin de faire beaucoup d’efforts pour nous figurer ce qu’il ressent ; il nous suffit de nous imaginer nous-mêmes devant le tombeau. Mais, à force de décharges électriques, il avance…

Dans son livre L’animal est une personne, Franz-Olivier Giesbert parle du couloir de la mort, également appelé « couloir d’amenée » :

Quand les bêtes de boucherie avancent de leur pas lourd dans

le couloir d’amenée vers leur horrifiant destin, la trouille aux

tripes, les poils hérissés, le cul plein de merde, on ressent plus

que jamais notre cousinage, nos ressemblances. Ils ont les

mêmes yeux que nous devant la mort.