White Trash (Litt Generale) (French Edition)
L’infirmière James est une travailleuse assidue...
L’infirmière James est une travailleuse assidue et une jeune femme sérieuse. Elle s’est laissée aller à la tristesse au sujet de la mort d’un patient mais M. Jeffreys considère qu’on peut l’excuser. Tant que ça ne devient pas une habitude. De toute évidence c’est une personne émotive. Peut-être même un peu instable. Dans tous les cas, il faut s’attendre à de tels écarts. Elle oubliera vite la mort de M. Dawes. Accepter la mort est essentiel pour le fonctionnement efficace d’un hôpital. Si le personnel s’attache à chaque patient le système court droit à sa perte. Il est naturel de ressentir de l’émotion, bien entendu, mais c’est un luxe lorsqu’on gère la maladie à une échelle si importante. Le personnel se doit de garder un certain recul. Il faut rester forts pour les patients. Pourtant, malgré ses larmes, Jeffreys pressent chez l’infirmière James un sens des responsabilités et il est convaincu qu’elle acceptera sans tarder la mort de Dawes.
À tous les niveaux, le professionnalisme est indispensable. Chaque rôle est important. Le personnel moins qualifié comme le personnel infirmier doit s’efforcer d’être aussi efficace qu’un chirurgien par exemple. Où va-t-on si les femmes de ménage se reposent sur leurs lauriers et que les brancardiers traînent la patte ? Que se passerait-il si un consultant laissait ses émotions dicter ses décisions ? Ou si Jeffreys lui-même permettait que les sentiments influencent son travail ? Il pianote sur la table en regardant l’infirmière James quitter la cafétéria. Elle repart se remettre au travail, les chaussures qui claquent au sol, le mouchoir de M. Jeffreys en main. Elle lui sourit en le croisant, pour le remercier, et ça lui réchauffe le cœur, il est content d’avoir pu rendre service et de donner un peu réconfort.
L’infirmière James est attirante à sa façon. Plus attirante que l’infirmière Cook, par exemple, qu’il soupçonne de promiscuité sexuelle. James a une modestie qui, trop souvent de nos jours, manque. Pour tout dire, son accent est un tantinet vulgaire mais c’est sans importance. S’il était en quête d’une compagne ce n’est pas parmi les infirmières qu’il chercherait. L’écart au niveau des habitudes et des attentes ne manquerait pas d’entraîner des conflits. Simple réalisme, et non pas du snobisme.
Il pense brièvement à Mimi, son ancienne compagne. Ils ont joui d’une décennie de bonheur sous le signe de la raison, ils étaient à tel point compatibles que leur relation aurait aussi bien pu être un mariage arrangé. Dix ans c’est long à passer avec quelqu’un et, c’était peut-être inévitable en raison de leurs emplois du temps chargés, ils s’étaient éloignés l’un de l’autre. Il est le premier à reconnaître que son dévouement aux services de santé était en partie responsable de cette séparation, mais, travaillant d’arrache-pied dans la City, elle était également coupable. Et pourtant la séparation avait été amicale, compte tenu du fait qu’elle l’avait quitté pour l’un de ses collègues. Il n’a pas de regrets, bien que parfois sa compagnie aussi bien intellectuelle que physique lui manque. Malgré cela, il apprécie sa liberté retrouvée. Pour lui, le travail est plus important que quoi que ce soit d’autre, même Mimi. Dieu merci, ils n’ont pas eu d’enfants.
Une mère et son fils, un jeune adolescent, sont assis pas loin. Il est gros pour son âge, des pieds énormes. Des chaussures de sport en plastique sous la table. Le garçon fait la tête. Il se goinfre de frites. Une mouche se pose sur la table à laquelle M. Jeffreys est assis et il la chasse. La mouche s’envole, une fosse septique à elle toute seule, dont elle dépose le contenu sur l’assiette du gros garçon. Des fèces sur la croûte de sa tourte, sans doute. M. Jeffreys frissonne. Il sent les microbes dans l’air et entend la toux sèche d’un homme. Rien n’est épargné. Ni la poussière, ni la terre, ni l’eau. Les hommes et les femmes autour de lui portent des milliards de microbes sur leur peau. Les plantes vertes sont des viviers pour les bactéries. Ni animés ni inanimés, les virus sont le rebut de la création divine, ils inondent la planète de rougeole et de grippe. La mouche revient lui bourdonner autour de la tête.
Il s’imagine qu’il est aux Maldives. La mouche serait un moustique, qui suce le sang et transporte des maladies, contamine de paludisme et de la maladie du sommeil les innocents. Il voit des puces. Des lentes dans les cheveux des bébés. Des épidémies provoquées par des conditions atmosphériques anormales. Des microbes qui attendent le bon moment pour faire des ravages. Toujours en train d’attendre. De vivre. Grandir. Se reproduire. Mourir. Tout comme les êtres humains bien entendu. Et pourtant les êtres humains tiennent la route. Leurs vies se mesurent en années plutôt qu’en minutes. Le garçon est joufflu. Il grandit. Jeffreys pense à la souffrance des enfants. À la rubéole. Les oreillons. L’asthme. La varicelle. La mucoviscidose. La rougeole. L’amygdalite. La diphtérie. Les épreuves sont sans fin, une guerre qu’on ne peut pas gagner.
Il voit un médecin généraliste qui gave le garçon de morceaux de sucre, les joues potelées du garçon qui mastique bruyamment, qui bourre plus de frites sur sa fourchette. Jeffreys s’imagine en train d’examiner l’œil du garçon à l’ophtalmoscope et regarder battre les vaisseaux sanguins. Le garçon est en train de devenir un homme et il a tant de problèmes auxquels il doit faire face. Il pense aux médecins qui étudient les expectorations. L’urine. Le pus. Qui font des prises de sang. Sécrétions corporelles. La menace de tant de nouvelles maladies. La vie est un calvaire.
Le café qu’ils servent ici est véritablement infect. On dit que beaucoup de gens boivent de l’instantané, mais qu’en est-il de ceux qui préfèrent le café fraîchement moulu ? Il pense à la nourriture qui est proposée. Des frites. Des tourtes réchauffées. Des sandwichs au pain blanc. Des chips. Des bonbons. Des boissons gazeuses sans la moindre valeur nutritionnelle consommées en quantités industrielles. N’est-on pas dans un hôpital, bon sang ? Logiquement, la nourriture devrait être nutritionnelle. Une alimentation équilibrée économiserait énormément de travail inutile aux services de santé. Au lieu de produits chimiques gazéifiés les enfants devraient boire une orange pressée. Une pomme pour le goûter plutôt que des chips. Au lieu de frites et de tourtes, la population devrait être forcée de manger du poisson grillé et des légumes verts. Les goûts changeraient vite. Une salade verte c’est bien mieux qu’un dessert indigeste.
Il sourit. Il n’est pas naïf au point de croire une telle chose possible. Autant une alimentation comme celle-là ferait du bien à la fois aux individus concernés et à l’État, autant la plupart des gens mangent pour le plaisir sans se soucier de leur santé, esclaves de leurs papilles gustatives. Ils sont incapables de faire même le plus minime des sacrifices. C’est pareil pour les cigarettes et l’alcool. Un réel problème que l’incompatibilité des messages des professionnels de la santé et des intérêts commerciaux. C’est très frustrant, mais cela fait partie du challenge qui lui plaît tant.
Il oublie le gros et pense à Ronald Dawes à la place. En parlant à l’infirmière James il a fait semblant de n’avoir jamais entendu parler de lui, mais ce n’est pas vrai, à strictement parler. Il ne connaît pas le patient intimement bien entendu, mais il est au fait de son existence et de sa mort. Un pieux mensonge mais pour servir un intérêt supérieur. L’infirmière James a plus besoin d’une écoute compatissante que d’une remarque objective. Dawes était âgé et son cœur faible, il a été admis à l’hôpital à cause d’une accumulation de fluides dans ses poumons. Ce n’est pas un cas inhabituel, mais c’était un homme très âgé, dans les dernières années de sa vie. La dure réalité des choses est que sa vie touchait à sa fin et ce n’avait pas dû être facile pour lui d’accepter cela.
La dépression est un phénomène très répandu chez les hommes de son âge, leurs articulations sont douloureuses à cause de l’arthrose et leurs organes peinent à s’acquitter des fonctions les plus basiques du corps. Le monde extérieur se résume pour eux en un jardin nain avec un nain de jardin, s’ils ont de la chance. Il s’imagine le vieil homme assis tout seul jour après jour dans une maison en mauvais état, sans le sou, les hommes et les femmes de sa génération morts, sa femme décédée depuis longtemps. Quelle indignité d’attendre ainsi la mort. Il voit le vieux qui tremble de peur, effrayé par les jeunes vandales qui jettent des pierres contre ses fenêtres et mettent des excréments de chien dans sa boîte aux lettres. Les voisins qui ferment les yeux pour éviter le conflit. Les poubelles qui s’amoncellent dans la cuisine et l’évier plein de vaisselle sale. Des repas sommaires, des habits qui ont grand besoin d’être lavés. Petit à petit, il laisse tomber le b.a.-ba : se raser et se laver. Dans sa famille ils sont pris par leurs propres vies et oublient le vieil homme. Pour son bien-être, ils s’en remettent à l’État. À des étrangers qui font de leur mieux dans des circonstances difficiles. C’est ainsi qu’il voit M. Dawes, alors que l’infirmière James refuse d’affronter la triste réalité, et les inéluctables conséquences de l’âge.
L’infirmière James voit le bien dans toutes les situations. Peut-être est-ce parce qu’elle craint tant la terrible nature de la vie. Et pourtant il admire son optimisme. Elle se convainc qu’il y a de l’espoir alors qu’il n’y en a pas. Ce n’est pas une réaliste dans le sens où il l’entend, mais elle veut bien faire. Pour les patients, il est bon que ceux qui s’occupent d’eux au quotidien voient les choses du bon côté, alors que derrière les décors, tout en haut de l’échelle, ce sont les faits purs et durs qui sont à l’ordre du jour.
M. Jeffreys ne peut pas critiquer les infirmières. C’est-à-dire qu’il refuse de critiquer les infirmières. Elles sont au cœur de la vie quotidienne à l’hôpital et c’est une tâche ingrate. Son rôle à lui est de nature bien plus délicate, bien qu’également ingrat. Des rôles complémentaires. Sans son expertise l’hôpital serait vite submergé et ce serait le chaos. De même pour le personnel infirmier. M. Jeffreys ne veut pas que l’infirmière James soit affectée par la mort de M. Dawes. Un homme qui a vécu une longue vie, qui a choisi sa route et a sans doute pris du bon temps. Dans quelques jours la tristesse s’atténuera et le patient sera oublié. L’infirmière James trouvera d’autres gens à aider. La vie continue.
Il boit son café. Se force à avaler cette pisse de chat. Rien à voir avec les marques qu’il a l’habitude de boire, mais la caféine l’aidera à rester éveillé quand le manque de sommeil d’hier se fera sentir. Ce n’est pas facile de s’habituer à travailler pendant la journée et il a passé une grande partie de la nuit à faire des recherches : il a enfin visionné les documentaires qu’il a enregistrés. C’est une partie vitale de son travail, même si c’est parfois assez déprimant. Mais il est important de connaître ses patients de fond en comble, de se tenir au fait des évolutions.
Il a regardé les six heures d’enregistrement dans leur intégralité, en commençant par un programme d’une heure sur les vacances à Ibiza, une destination actuellement en vogue chez les jeunes. Filmé caméra au poing, c’est l’occasion de faire la mise au point sur le comportement d’une partie de la jeunesse d’aujourd’hui. Pendant une heure il avait écouté les inanités d’adolescents saouls, mais, bien qu’il les ait trouvés à la fois ennuyeux et très crus, il se refuse à émettre un jugement sur les gens. Des jeunes qui se prennent de passion pour des choses sans importance, qui crient et rient pour la caméra. Notamment une fille qui lui a retourné l’estomac. Elle couche avec des hommes qu’elle ne connaît pas et s’en vante auprès de l’Angleterre entière. N’a-t-elle jamais entendu parler des maladies vénériennes ? Le SIDA ? Il n’a pas de mal à imaginer l’infirmière Cook se comporter comme ça, voire coucher avec deux hommes en même temps comme la fille dans le documentaire. Même les animaux ont plus de dignité.
Quel soulagement quand le programme s’est terminé. Il a appelé le room service et a commandé une assiette de pâtes à la sauce au basilic et un verre de vin pour faire descendre le plat. La qualité de la nourriture et du service à l’hôtel n’a rien à voir avec la cafétéria dans laquelle il est assis en ce moment. Hier, on a frappé à sa porte, à l’hôtel, et une femme lui a apporté son repas. Elle était élégante et n’avait pas la même couleur de cheveux que la fille dans le documentaire. Sa peau n’était pas bronzée mais il n’a pas pu s’empêcher les comparer. Il l’a observée de près tandis qu’elle posait le plateau sur son bureau, déplaçant avec soin ses papiers. Il l’a imaginée à quatre pattes à Ibiza, en train de se faire pénétrer par derrière, l’homme donnant des coups de bassin rapides pendant qu’elle faisait une fellation à son ami. Les hommes en question des frustres, couverts de tatouages. D’abord blancs. Puis noirs. Enfin, un mélange des deux.
Beaucoup des disc-jockeys dans le documentaire étaient noirs, d’où cette image. C’est répugnant, il n’y a pas à dire. Non pas la race elle-même bien entendu, mais cette façon animale de s’accoupler avec des étrangers. Il y a là une violence qui le déconcerte et il aurait aimé que la fille n’ait jamais mentionné cette histoire devant la caméra. Quand la femme de chambre a posé le plateau il lui a donné un pourboire généreux, sans donner le moindre indice de ces pensées veules. Ce n’est pas bien de projeter de telles choses sur le personnel innocent. Elle l’a remercié et a rougi légèrement. Peut-être le trouve-t-elle attirant. Un instant, il a songé à engager la conversation, mais il a résisté.
Quand elle a quitté sa chambre M. Jeffreys a pris l’assiette qu’elle avait laissée sur le bureau et s’est installé avec dans un fauteuil. Pour manger sur ses genoux. C’était un peu comme commander des beans sur un toast dans un bon restaurant. Quelle ironie. Si les beans ne coûtent pas cher et sont servis dans un café populaire bas de gamme ils auront un goût immonde mais dans un cadre de qualité c’est une expérience plus raffinée. Dans ce cas-ci il testait quelque chose qu’il avait vu à la télévision. Des familles entières avec des assiettes en équilibre sur leurs genoux qui regardaient leurs programmes préférés. Certaines ne possédaient même pas de table à manger, ou du moins c’est ce qu’il lui avait semblé. Il avait vu : des retraités à côté de petits enfants, des parents qui se penchaient pour attraper des bouteilles de sauce, qui salaient des plats contenant déjà du sel en une quantité nocive. En mangeant ils se couvraient de panure frite et de morceaux de pomme de terre. Il a donc expérimenté cette coutume lui-même. Ce n’était pas si difficile. Du moins au début. Mais il s’est vite fatigué, son bureau l’appelait.
Le parfum de la cire à bois était tellement fort et attrayant qu’il peut presque encore le sentir maintenant, assis à une table en plastique à l’hôpital. Son bureau est agréable, meublé par son ordinateur portable, des ouvrages de référence, des CD, une lampe et des enveloppes neuves, portant le logo et l’adresse de l’hôtel. Il a ri et résisté à la tentation, il a coupé sa nourriture et fini ce qu’il a commencé. Il se souvient du basilic sur sa langue, le goût se mêle dans sa bouche à celui du café instantané.
Il concentre ses pensées sur les enregistrements visionnés la veille, il fait abstraction de ce qui l’entoure. Après l’hédonisme d’Ibiza, une voix qui faisait autorité a présenté la vie dans un HLM en centre-ville. Le lieu ressemblait à une zone bombardée et pas une seule personne dans le documentaire ne s’intéressait le moins du monde à l’idée de travailler pour gagner sa vie. Le documentaire se concentrait sur cinq jeunes individus et chacun d’entre eux le scandalisait : soit saoul soit drogué. Imbus de leur personne, ils n’étaient pas capables d’aligner trois mots mais M. Jeffreys a glané des informations sur les cambriolages, l’héroïne et les rapports sexuels avant l’âge légal. Il y a eu une agression violente devant un centre pour jeunes et un adolescent présentait des plaies mineures au niveau de la tête. À l’arrivée de l’équipe de télévision et de la police Jeffreys a pu observer de près les éraflures sur la tête du garçon. Cheveux blonds maculés de sang, peau blanche et pâle. Son ami avait un œil au beurre noir et les cheveux roux, un membre de l’équipe de production l’interviewait. Il hurlait et blasphémait et mettait tout le monde en cause sauf lui-même. Ses phrases étaient saccadées, interrompues par des bips. Des centaines d’obscénités méticuleusement supprimées au montage.
M. Jeffreys compatissait avec l’équipe de télévision. Ça n’avait pas dû être une partie de plaisir que de travailler dans un environnement pareil. Et pourtant, en tant que portrait global non édulcoré du pays c’était tout à fait inestimable. Assortir les visages à l’écran et ceux à l’hôpital est un jeu d’enfants.
Et ainsi de suite toute la nuit. Un autre documentaire montrait le travail de la police dans la lutte contre le crime. Des images effrayantes de hooligans à Londres. Il a été saisi par la brutalité dans les rues d’un bout à l’autre du pays. Des images se succédaient devant ses yeux : des voyous au crâne rasé qui se cognaient dessus, dans une rage d’ivrogne. Puis un programme qui soulignait l’utilisation de caméras de surveillance et d’autres équipements de surveillance pour faire la loi dans un quartier chaud notoire. Les visages des prostituées interrogées étaient floutés. Bien qu’instructif, ce programme l’a ennuyé.
Puis une visite aux États-Unis où les médecins légistes rendaient des verdicts de culpabilité grâce au plus petit échantillon d’ADN. Ce programme-ci l’a fasciné, c’était un aperçu de l’avenir. Pour finir, il a regardé un documentaire sur les mères adolescentes, mais il commençait à s’assoupir. Tout ce qu’il voyait se confondait. Le vol et la consommation de drogues dans le HLM se mélangeaient à la violence dans les rues, la prostitution et les morales douteuses. Les valeurs de famille faisaient défaut. Cercle vicieux. L’éducation c’est la clef, bien entendu. La route sera longue pour revenir à la civilisation, mais c’est un autre débat. Ces documentaires sont indispensables, une tranche de vie réelle expertement présentée.
M. Jeffreys réintègre le présent et quitte la cafétéria. Une fois qu’il a trouvé refuge dans son bureau il se prépare une tasse de thé et la boit avec délice. L’arrière-goût de café disparaît. Désaltéré, il s’installe et se plonge dans son travail. Le monde extérieur n’existe plus. Les horreurs documentées sont effacées. L’esprit agile, il étudie les données, en vue de son rapport mensuel.
Il a besoin d’uriner, mais au lieu de quitter son bureau et se rendre aux W.-C. les plus proches, il sort une bouteille. Elles sont distribuées par l’hôpital et cela économise de précieuses minutes. Sans compter qu’il y a foule dans les couloirs, remplis de malades et de mourants, de gens tristes et seuls. Les W.-C. sont sommaires au possible, fréquentés par les visiteurs et le personnel qui passe devant. Il a entendu un homme déféquer une fois. C’était répugnant et ça lui avait donné la nausée. Il met la bouteille dans son placard. Avant de partir il videra et nettoiera le réceptacle. Il se remet immédiatement au travail.
Il fait chaud dans son bureau, il ouvre la fenêtre. Il branche le ventilateur. Il a apporté des sandwichs et les mange à son bureau en travaillant. Préparés par l’hôtel. Il compte finir son rapport. Il a des fourmis dans les jambes et sait qu’il devrait se promener dans les couloirs mais ce sera bruyant et cela brisera sa concentration. Il se contente d’arpenter son petit bureau. Il se remet à son rapport. Urine encore plusieurs fois. Boit plus de thé.
À un moment il pense à une séquence du documentaire. Est-ce qu’il ne reste plus de gens travailleurs, qui pensent à l’intérêt collectif ? Puis il se remet au travail. Il ne baisse pas les bras. La température baisse enfin et la lumière dehors aussi. Il n’y a pas de vue depuis sa fenêtre, seulement un petit square en béton et un mur en briques. Il y a tout de même beaucoup de lumière et il garde les persiennes à moitié fermées. La pire partie de la journée est passée, l’hôpital va devenir plus calme. Les derniers visiteurs vont partir et les patients pourront se reposer. Ils prendront leur dernière tasse et thé et les médicaments qui leur sont prescrits. Ils se détendront. La plupart du personnel sera à la maison, profitant d’un repos bien mérité. Le monde sera en paix.
Sa bouteille est pleine et il décide de la vider, il enfile la blouse blanche qu’il porte à l’hôpital et se dirige vers les W.-C. Il croise des gens, qui ne voient pas la bouteille cachée. Il est 21 heures. Il arrive aux toilettes et soulage sa vessie. Il vide le contenu de la bouteille. Quelqu’un a dessiné un pénis sur le mur. Une femme devant avec la bouche ouverte. Il pense à la fille d’Ibiza. Quelqu’un d’autre, ou peut-être la même personne, a écrit une petite annonce pour des rapports homosexuels. Il tire la chasse. Les W.-C. ont besoin d’être nettoyés mais il ne va pas se plaindre. Tout le monde travaille d’arrache-pied. Il comprend bien ça. Il se lave les mains dans l’évier et pense aux centaines de mains qui ont touché le savon. Il pense aux bactéries. Il se reprend et sort en vitesse. Se replonge dans son rapport. Dans une extase quasi-religieuse.
Trois heures passent et le réveil sur son ordinateur sonne minuit. Il y a longtemps les gens appelaient ça l’heure fatale. Une époque de superstition avant que la science ne démêle le sens de la vie. Les masses ont cru à la magie, les sorcières et les sorciers. Le surnaturel. Il sourit. C’est presque inimaginable de nos jours. Son rapport est plus ou moins complet. Une heure tout au plus. Il ne peut pas avancer davantage pour l’instant. Les couloirs doivent être vides et il a bien mérité de se dégourdir les jambes. Combien de gens travaillent autant que lui ?
M. Jeffreys déambule dans les couloirs. Il ne traîne pas, il passe les unités ensommeillées et les salles d’opération vides avec la satisfaction de celui qui a accompli une tâche difficile. Les machines sont silencieuses. Les médicaments qui sauvent des vies, à disposition, attendant qu’on ait besoin d’eux. Pas un bruit. Limpidité. Silence délicieux. Le fou furieux de l’autre soir c’était un hasard malencontreux. Il sait cela. Il marche d’un pas décidé pendant une demi-heure avant de se diriger vers les urgences. En passant devant le service de pédiatrie, il pense à la petite Daisy. L’une des infirmières lui a raconté son histoire la semaine dernière et il sait qu’il y aura un happy end. L’hôpital est spécialiste en happy ends. Il pense aux femmes qui viennent distraire les petits. Les clowns de l’hôpital. Elles racontent des histoires et donnent un coup de main. Rendez-vous compte. Ça montre à quel point le système s’est développé. Il jette un œil dans la cafétéria où il était plus tôt. Broyer du noir comme il l’a fait plus tôt lui paraît maintenant insensé. Il y a une mouche morte sur le rebord devant lui, de l’autre côté de la vitre. Il ignore si c’est la même mouche que celle qu’il a chassée. Comment pourrait-il le savoir ? En tout cas elle est morte.
Il ne tarde pas à arriver aux urgences. C’est ici que beaucoup de ces documentaires deviennent malheureusement réalité. Des accidents de voiture. Des overdoses de drogue. Des bagarres de rue. Des choses qu’il a vues maintes fois depuis le temps. La salle d’attente est vide mais il entend des voix. Il suit le bruit. Salue de la tête le personnel de garde mais reste en retrait. Il se tient contre le mur et observe les trois jeunes hommes dont on s’occupe. L’un d’eux est couvert de sang et M. Jeffreys met un moment à discerner leurs trois personnalités. Il voit les trois hommes devant une boîte de nuit en plein centre-ville, ils menacent d’autres jeunes hommes. Un des hommes tombe et on lui tombe dessus à bras raccourcis. Sa tête fait trampoline. Cette image est celle qui l’a le plus choqué. On ne connaît pas le nom de la rue, ça pourrait être n’importe où. Bien entendu, il n’a pas affaire à la même situation et ces hommes sont différents. Ils semblent très similaires. Il y a peu de différence.
« Putain, Chas, ça va mec ? » demande l’un des types.
Le type est costaud, une grosse bague au majeur. Un T-shirt jaune qui dépasse de son jean, avec les lettres « YSL » imprimées dessus. Allez savoir ce que cela signifie. M. Jeffreys observe les mains de l’homme et remarque que l’anneau, une monstruosité en or, est couvert de sang séché. Ses cheveux sont coupés ras, comme ses deux amis. L’homme à côté de lui est plus petit. Une chaîne en argent passée autour du col de son polo. Solide, trapu. Il secoue le crâne d’un côté à l’autre mais ne dit rien. Il porte des mocassins à glands. Des chaussettes blanches. Un portable qui dépasse de sa poche arrière. Un épais portefeuille dans l’autre. M. Jeffreys pense à une série comique sur des cockneys à Peckham. Il en a oublié le nom. Il ne l’a jamais trouvée drôle.
« Bien sûr que non, imbécile », dit l’homme trapu, en riant à moitié.
C’est la première fois qu’il parle. M. Jeffreys observe. Fasciné par le tribalisme brut de ces gens-là. Accent cockney mais vit dans la banlieue de Londres.
« Il est mort cet enculé, c’est moi qui te le dis. Lui et ses fiottes de potes. On les a presque eus en plus. Le mec tout keuss on l’a bien défoncé avant qu’il se barre en courant. On les aura, t’inquiète. »
M. Jeffreys se demande s’il devrait signaler ces propos à la police. Ils ont de toute évidence des envies meurtrières. En tant qu’homme de formation médicale il n’ose pas y songer. Toute forme de violence l’écœure.
« Allez attendre là-bas, soyez gentils », dit une infirmière.
Les deux voyous se mettent en branle. L’air surpris.
« Allez, dépêchez-vous sinon c’est direction la salle d’attente. »
M. Jeffreys remarque pour la première fois le médecin et l’infirmière qui s’occupent de l’homme blessé. L’infirmière est une petite créature frêle, la peau sur les os sous son uniforme. Les cheveux rassemblés en un chignon peu fourni, pas de rouge à lèvres. Sur son torse plat, sa montre semble démesurée. Elle ne doit pas peser plus de cinquante kilos, elle est loin d’être imposante. Les voyous la dépassent d’une tête mais M. Jeffreys constate avec surprise qu’ils font exactement ce qu’on leur demande. Peut-être la menace du vigile posté dans un coin, mais il ne pense pas que ce soit ça. Difficile de comprendre ce genre d’obéissance. Il s’attendait à des mots durs et la menace d’une agression. Des obscénités de nature sexuelle. Ils sont presque dociles. « Ça vous fait mal ? » demande le médecin. Il est asiatique. La trentaine. Il palpe le patient. M. Jeffreys observe de plus près et essaie de voir autre chose que le sang et les cheveux tondus. Dur de distinguer les traits. Une vilaine balafre lui barre le visage. L’infirmière semble avoir de la sympathie pour l’homme blessé, elle sourit et hoche la tête. Jeffreys n’entend pas ce qui se dit. Ils parlent bas. Les deux voyous sont adossés au mur d’en face mais il doute que ça soit vraiment pour s’adosser. Plutôt pour faire les coqs. Quoi qu’il en soit personne ne leur prête attention. Le bouledogue court sur pattes a le regard perdu dans le vide, le cerveau rongé par l’alcool. Le loubard « YSL » regarde autour de lui d’un air ahuri pendant un moment avant de fixer son ami blessé, puis le médecin et l’infirmière. M. Jeffreys essaie de suivre son regard mais c’est très difficile. Il semble qu’il fixe les fesses de l’infirmière. Il frémit à l’idée de ce qui lui traverse la tête. Il a l’impression de connaître ces hommes. Tout comme il est persuade de comprendre Ronald Dawes.
Sur de nombreux plans Dawes représente le passé. Une époque industrielle, la mesquinerie de la lutte des classes. Il a vécu des moments mémorables mais ces jours-là appartiennent au passé. L’Occident s’est rangé et a fait de grands progrès. Le Royaume-Uni n’a jamais été mieux rationnalisé et n’a jamais moins gaspillé. Hors de question de laisser se reproduire les soulèvements de jadis. Il sait que Dawes a beaucoup participé aux mouvements syndicaux, et bien que les syndicats aient été dissous depuis plus d’une décennie, M. Jeffreys continue de penser que ces hommes et ces femmes ont des comptes à rendre. Les syndicats ont mené le pays à sa ruine. Bien entendu, M. Jeffreys respecte le droit de tout homme ou femme d’avoir sa propre opinion. Dans une société démocratique les droits de l’individu sont primordiaux. Mais cette démocratie, la Gauche doit la respecter tout autant que la Droite.
Dawes n’était pas une figure importante dans les syndicats, bien entendu. Un être insignifiant. Un individu convenable, sans doute, qui a travaillé pour une retraite plus que convenable. L’État joue le jeu en procurant une retraite, mais c’est à son entourage de donner un coup de main. S’était-il donné la peine d’investir dans une retraite privée, par exemple ? Les revendications changent. Quelque chose du passé est mort avec M. Dawes. M. Jeffreys regrette cet individu comme il regrette tout individu, mais il ne regrette pas l’État-providence.
Si M. Dawes représente le passé alors ces voyous devant M. Jeffreys sont le présent. Leur descendance incarnera l’avenir. Racaille inculte qui consomme, sans une pensée pour ses concitoyens. Ils n’ont jamais été mieux lotis et pourtant ils continuent à mener ce qu’on appelle des batailles rangées. Ils prennent des drogues illicites et violentent les femmes. Ceci étant la conséquence directe d’années de libéralisme indiscipliné. Le genre de hooligans sans foi ni loi qui auraient envoyé M. Dawes valser dans le caniveau. Ils n’auraient pas remarqué sa douleur, pas remarqué qu’il était seul et mal-aimé. Ce n’est pas une vie.
Chose étrange, ces voyous représentent une progression naturelle du mouvement syndical, bien qu’ils vivent à une époque d’apathie politique. De la racaille, oui, mais de la racaille dangereuse et très bien organisée. Il repense au documentaire expliquant l’utilisation d’équipement de surveillance pour s’attaquer à la délinquance urbaine. Les hommes qu’il a devant lui font sans doute partie de gangs de supporters et planifient certainement des bagarres sur leurs portables ou par internet. Les voyous des syndicats avaient épousé la violence et s’étaient battus contre la police, qui ne faisait qu’exécuter la volonté du peuple. Les bandes organisées d’aujourd’hui se battent à propos de n’importe quoi. Les drogues sont une source de revenus.
Bien entendu, les attributions de M. Jeffreys ne s’étendent pas à la société dans son ensemble, mais en tant qu’individu il a son propre point de vue. Il est dans son intérêt d’améliorer la qualité des soins hospitaliers. Les bagarres futiles comme celle-ci coûtent une fortune à l’hôpital. Du gâchis pur et simple. Si seulement ils étaient capables de se retenir.
Il ne s’agit pas que des voyous, d’ailleurs, mais aussi des junkies, des prostituées, des gros buveurs et des fumeurs. Chacun doit être responsable de ses actes. Ce qui ne signifie pas que Jeffreys soit réactionnaire. Loin de là, en réalité. La nature de son travail veut qu’il ait à affronter ce genre de réalité. Par exemple, il est plein d’empathie pour les victimes du SIDA. Trop de gens décrient les malades du SIDA. Bien entendu si les gens étaient capables de contrôler leur comportement sexuel et l’usage qu’ils font des seringues, alors le problème disparaîtrait. Mais pour une raison ou pour une autre ils n’en sont pas capables. Frustrant, certes, mais cela ne veut pas dire qu’il déteste les homosexuels et les junkies. Les gens se battent entre eux. Paranoïaques et hystériques. Il ne comprend pas.
« Non, on lui a fait une piqûre et on va le recoudre dans une minute », dit le bouledogue qui parle dans son téléphone portable.
M. Jeffreys regarde le médecin et l’infirmière. Une seringue vide à côté du médecin. Il se demande si l’homme blessé prend aussi de la drogue. Il ne saurait pas dire. Ces gens-là se confondent dans son esprit. Une chose terrible à penser, voire à dire tout haut, mais il est fatigué. Il a travaillé toute la journée.
« Ça va Charlie ? » demande le bouledogue.
L’homme semble commotionné. Il hoche la tête en silence. L’infirmière passe un bras autour de son épaule. Son regard ne juge pas. Elle est détendue et il semble réagir positivement. Manifestement, l’infirmière tente de dissoudre toute trace de violence. Elle essaie d’encourager l’homme à combattre ses blessures, à l’image de l’approche de l’infirmière James avec M. Dawes. Tant que cela ne se transforme pas en attachement. Il scrute l’infirmière plus attentivement et ne détecte pas de motivation personnelle.
« Il va rester la nuit. On va attendre qu’il ait ses points de suture et on va le border. C’est pas joli mais le docteur dit qu’il survivra. Il va avoir une cicatrice et tout le bordel mais ça aurait pu être pire.
— Passe-le-moi, dit le voyou YSL.
— Attends. Ouais, non, viens si tu veux mais il est un peu dans le coltar. En plus on vient de le piquer. C’est à toi de voir », dit le bouledogue.
M. Jeffreys décide de ne plus suivre la conversation car rien d’intéressant ne se dit. Il regarde le patient se faire suturer. Les deux voyous ne tardent pas à s’asseoir. Silencieux. Sans doute fatigués. L’infirmière est en train de panser le blessé quand une femme est admise en urgence pour une crise cardiaque présumée. Le médecin quitte son patient et les voyous lèvent le regard. Ils semblent affectés par le visage de la femme et son mari en panique. L’homme et la femme ont la soixantaine, la victime est enveloppée dans des couvertures.
M. Jeffreys fait sa sortie. Ses nerfs lui jouent des tours lorsqu’il songe au squelette fou furieux de l’autre soir. Les pires insultes qu’il ait jamais eu à endurer sur son lieu de travail. Excepté cela, les choses se sont toujours bien passées. Il marche d’un pas régulier et emmitouflé dans le silence. Les voyous sont oubliés, coincés dans une cassette vidéo. Parfois il a l’impression qu’il pourrait prendre sa télécommande et zapper d’une scène à l’autre. De la VHS à la réalité et inversement. Il connaît les situations qui ont lieu aux urgences et sait jauger les gens. Le tout étant de ne pas devenir cynique. Rester alerte. Les couloirs sont vides et sûrs, son agacement s’envole. Il travaillera encore une heure puis rentrera.
Le temps d’arriver à son bureau, Jonathan Jeffreys est complètement détendu. Il est humain après tout. Il ferme la porte à clef, s’installe à son bureau et fixe l’écran vide de son ordinateur. Autour de lui des hommes, des femmes et des enfants sont en train de se remettre sur pied. Assurés de la protection et du suivi du personnel dévoué. Il pense à l’infirmière James et au mouchoir qu’il lui a prêté pour sécher ses larmes. Un geste élégant. Elle avait eu tellement de peine à la mort d’un patient, un vieil homme en fin de vie. Son nom échappe à M. Jeffreys, mais c’est momentané. Dawes. Bien sûr.
Il appuie sur un bouton et patiente pendant qu’une série de symboles traverse l’écran de son ordinateur. Il se remémore quelque chose et déverrouille un tiroir de son bureau. Il pense à son père et l’assimile un instant à M. Dawes. C’était un homme bien son père, mort quatre jours avant son soixante-dixième anniversaire. Il mettait la barre haut et Jeffreys est convaincu de suivre les pas de son père. Il se souvient de l’office funèbre et des hommages rendus à son père par des hommes respectés dans la profession. Son père était chirurgien et avait sauvé de nombreuses vies durant la sienne. M. Jeffreys était très fier des succès de son père. Qui avaient été récompensés tout au long de sa vie et reconnus quand il avait pris sa retraite.
M. Jeffreys ouvre le tiroir et sort une montre gousset. Il l’ouvre et regarde la petite aiguille faire le tour des soixante secondes au pas de course, entraînant la grande aiguille. Ce sont des chiffres romains et les aiguilles se terminent en une courte pointe de flèche. Tant qu’on la remonte la montre continuera à compter les siècles. Peut-être qu’un jour elle restera coincée ou qu’un rouage se brisera. Le mécanisme pourrait s’essouffler. Le temps resterait alors immobile jusqu’à ce qu’on trouve un vrai horloger. Il se demande si de tels hommes existeront dans deux cents ans. La conséquence de la société de consommation c’est que les objets du quotidien ne sont plus conçus pour durer. On ne peut rien y faire. Le temps est constant, qu’on le mesure ou non. Seule la mort interrompt son écoulement. Après la mort Jeffreys est intimement persuadé que le temps cesse d’exister. Seules l’infinité et la béatitude éternelle pour les justes, bien que lui ne décrirait pas cela en de tels termes bibliques.
L’ordinateur est prêt mais M. Jeffreys reste longtemps assis à fixer la montre. Il pense à son père et médite sur les mœurs du monde. Enfin, il referme la montre et la remet dans le tiroir. Qu’il verrouille, la clef réintégrant son portefeuille. Il apprécie les antiquités, mais la valeur de cette montre-ci n’est pas monétaire. Elle est personnelle, un souvenir, quelque chose à conserver précieusement.
OceanofPDF.com