White Trash (Litt Generale) (French Edition)

John King · Chapitre 19 sur 28

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White Trash (Litt Generale) (French Edition)

Devant la vitrine du magasin d'animaux...

Devant la vitrine du magasin d’animaux, Ruby passe du reflet de la rue derrière elle à l’étalage, le regard qui plonge dans une pile d’os à mâcher, un panier en osier rempli de colliers en cuir clouté, des badges sans le nom et des souris mécaniques, des bouchées à la viande pour chiens et chats, des couvertures et des sachets d’herbe à chats, un aquarium flanqué d’une étoile en carton le proposant à moitié prix, des paquets de graines de tournesol et de copeaux de bois. Elle regarde le reflet à nouveau et voit une femme, les bras chargés de sacs, et une petite fille à ses côtés, qui l’aide.

Des visages qu’elle ne reconnaît pas : elle concentre à nouveau son regard sur l’animalerie, au fond il y a une pile de cages argentées, des roues en plastique pour les gerbilles et les hamsters, un mur de poissons rouges qui rentrent et sortent d’épaves de galions, et puis la star du spectacle, une niche, avec un chiot noir assis dedans, d’énormes pattes, trop grandes pour son corps avec de petites touffes de poils blancs autour de ses petites griffes qu’elle ne peut pas voir, sa truffe on dirait du caoutchouc et ses yeux qui la fixent, il se met debout et sa queue se met à frétiller, il se lèche les babines de sa langue démesurée, et Ruby se demande ce qu’il voit, ce qu’il pense, s’il se souvient d’une autre vie, et elle a presque envie d’aller ramasser une brique quelque part et exploser la fenêtre comme ça elle pourra le ramener chez elle le chiot, et là elle remarque les chatons, les uns sur les autres, ils dorment à pattes fermées, elle les prendrait bien tous, le chiot et les chatons et les gerbilles et les hamsters, elle sait qu’elle irait pas bien loin, un flic qui lui tape sur l’épaule, et c’est Charlie Parish qui est là derrière elle, pouf, comme s’il était sorti d’une plaque d’égout, elle guettait son arrivée pourtant, click, elle regardait dans le magasin, click, elle regardait la rue, elle changeait la mise au point, elle l’attendait mais elle a sursauté quand même, une boule au ventre, Charlie fait deux fois sa taille normale, c’est la vitre qui agrandit, déforme les proportions.

« Je t’ai eue ! dit-il en riant. Il s’approche et il est à sa hauteur.

— Tu m’as fait sursauter. Tu es sorti de nulle part.

— Je pensais que tu m’avais vu dans la vitre, tu avais l’air d’avoir reconnu quelqu’un. Tu souriais et tout. »

Ils restent le nez collé contre la vitre, ils se coupent du monde derrière eux.

« Il remue la queue tellement il est content, dit Ruby. J’aimerais bien qu’il soit à moi, j’aimerais bien l’emmener chez moi. Il est beau, hein ? J’avais un chien quand j’étais petite et il lui ressemblait, ça pourrait presque être lui quand il était plus jeune. Il doit pas avoir plus d’un mois ou deux. Il est tellement petit et doux. Mais ça serait pas bien pour lui de rester enfermé dans un appartement toute la journée, pendant que je suis au boulot, il se sentirait seul. J’ai même pas de jardin.

— Tu devrais l’acheter. Tant que tu l’aimes il sera content.

— Non ça serait égoïste. Il trouvera une meilleure famille que moi.

— Tu as peut-être raison. Quelqu’un le prendra. Ça va aller pour lui. »

Ils restent un moment à regarder le chiot.

« Allez viens, il faut que je passe au pub chercher un truc. On peut aller boire un coup vite fait et puis on sort. »

Ruby dit au revoir au chien et elle est triste l’espace d’une seconde et puis c’est fini et ils sont là, ils se promènent dans la rue. Charlie a enlevé le pansement de son visage trop tôt, il faut qu’il garde la blessure protégée pour qu’elle reste bien propre, et les gens se retournent à cause des points de suture, et du sang noir qui a coagulé, et des bleus qui virent au jaune. Mais la peau, elle est en train de cicatriser, et la cicatrice sera pas si marquée que ça, elle va s’estomper et faire partie de lui, et Ruby se remet à regarder les couleurs, elle voit plus la bouillie des points de suture, elle voit les tons de rouge qui vont se fondre avec la couleur de la peau, ça l’épate toujours, Ruby, cette façon qu’a le corps de se réparer, la peau qui pousse et fusionne. Après des années à travailler dans un hôpital elle se dit que c’est un miracle que les gens se remettent de leurs blessures, la peau et les os qui se réparent, c’est magique, et on peut transplanter des organes et petit à petit ils s’installent dans leur nouvelle maison, ils la font leur, ils y sont bien, le corps c’est un truc fabuleux, il y a en qui disent que c’est le temple de l’âme et elle voit bien ça, oui.

« Ça te fait mal ? Ton visage ?

— Je douille bien. Mais ça aurait pu être pire. C’est ce que je me dis. Ils auraient pu me crever un œil ou me filer un coup de couteau dans le cœur. »

Ruby imagine qu’on lui ouvre le torse et qu’on y remet un cœur d’occasion, une belle opération par des travailleurs qui font des miracles, les chirurgiens sauvent des vies tous les jours et elle pense à ça au lieu du traumatisme que ça représente pour les victimes, elle c’est happy end à fond.

« Ça sera mieux quand les points de suture seront enlevés et que ça commencera à cicatriser. Ça va aller.

— Je vais ressembler à Action Man. »

Ruby lui prend le bras, quand elle a commencé à discuter avec lui à l’hôpital elle a su tout de suite qu’elle lui plaisait, pour elle c’était pareil, elle allait pas se priver, la vie est trop courte, alors quand elle a su qu’on allait le laisser sortir elle est allée le voir, lui a demandé comment il se sentait et a fait en sorte qu’il lui propose d’aller boire un verre, elle s’est débrouillée pour ça ait l’air d’être son idée à lui, elle avait deviné que Charlie c’était un timide, même s’il passe à la radio, c’est probablement plus facile de parler à l’antenne qu’à une personne en live.

« Je me suis dit que tu passais peut-être à la radio ce matin, mais ça diffusait pas.

— J’étais pas d’humeur, à vrai dire, mais ça faisait un moment déjà que c’était sur la fin. Je travaillais de nuit donc c’était facile d’y aller après, et puis de dormir jusqu’à 15 heures ou par là, mais là je vais pas mal travailler la journée. J’ai besoin de thunes.

— On a tous besoin d’argent.

— Faut bien vivre, hein ? Le travail d’abord. La radio c’est pour se marrer. J’ai un bon gros mois à l’aéroport, je fais des livraisons sur la M25 surtout. On faisait plein de soirées DJ avant mais on avait diminué à cause de la radio. L’autre soir c’était la première fois que j’en refaisais depuis un bout de temps. »

Ils passent le multiplex et l’entrée du centre commercial, le pub est enterré en sous-sol, c’est bourré de junkies et d’alcooliques, une zone mal éclairée et sans fenêtres avec des sièges en velours, la seule musique c’est Jimi Hendrix et Led Zeppelin, elle n’y est allée qu’une fois mais c’est bien connu, devant eux y a trois filles sur leurs skateboards, qui font des flips sur une pente en béton, des plantes sèches qui ont brûlé au soleil et redressent la tête avec les premiers picotements d’une pluie d’été qui en une seconde vire au déluge, de grosses gouttes qui viennent de l’océan, des gouttes de pluie teintées d’huile, des gouttes sur la pointe d’une aiguille, Ruby qui s’abrite dans l’embrasure de la porte d’un magasin, le nez contre la grille, à travers les lattes on voit des chevaux en porcelaine et des horloges Mickey Mouse, des poneys Tinker et des mulots comme ceux qu’on trouve en banlieue, vers l’aéroport, et une flaque est en train de se former, ça dilue les marées noires, ça attrape la lumière et ça crée des motifs, ça tourne au vinaigre, le visage de sa maman et du chiot tournoient dans l’eau, maman qui caresse la vieille tête fatiguée de Ben, maman qui ouvre une boîte de conserve pleine de morceaux de poulet et Ben qui devient dingue, Ben qui gémit et qui remue la queue, qui engloutit tout en quelques secondes, Ben qui grimpe sur le canapé avec elles, qui se cale sous la couverture, Gene Kelly coincé sous la pluie, qui fait claquer ses talons, l’averse est finie, la flaque est lisse, les gamines ressortent sur leurs skateboards, des protections aux genoux, des croûtes sur les coudes.

« Qu’est-ce que tu veux faire ? demande Charlie.

— Ça m’est égal.

— Allez, tout ce que tu voudras. »

Elle réfléchit une minute.

« Emmène-moi en vacances. Une journée ça suffit. Quelques heures sur une plage espagnole. »

Il rigole et ils tournent au coin de la rue, Charlie la fait entrer dans le pub, c’est plein à craquer, plein d’hommes qui comptent bien se prendre une bonne cuite, direct après le taf, et quelques femmes aussi avec leurs maris et leurs copains, un groupe de cinq blondes fringuées pour sortir, elles sont pas discrètes, assises à leur table, elles attirent les regards, elles ont de jolis visages qui commencent à s’empâter à la quarantaine bien tassée, elles sont bien en chair mais elles compensent par leur assurance.

Au fond il y a une estrade avec une rangée de tables de billard, c’est là que sont installés les potes de Charlie, ils l’appellent, un maigre en survêtement, une queue à la main, la poignée qui repose sur le pied droit. Ruby a le temps de reconnaître quelques têtes en attendant son verre. Bob qui habite au bout de sa rue, un petit gros, il est chauve et il a le sens de l’humour, il a fait une crise cardiaque l’année dernière et il ne devrait pas boire cette pinte de bière brune, cigarette à la main, et il y a un des éboueurs skin qu’elle voit parfois le matin, celui qui la siffle toujours, il est au bar, le bras passé autour de la taille d’une rousse qui est canon, vraiment superbe, et il voit Ruby, hoche la tête, là il siffle pas, il veut faire bonne impression, la vie est belle, c’est le meilleur des âge, pas de pépins de santé, une pinte de bière au bar.

« Tiens, » dit Charlie, en lui passant une bouteille.

Elle le suit vers l’estrade.

« Ça c’est Del Boy, dit Charlie une fois qu’il sont assis. Et ça c’est Johnny, plus connu sous le nom de Johnny Chromozone, alias DJ Chromo.

— Spéciale dédicace.

— Moi c’est Derek, pas Del Boy, dit le type à la chaîne en argent.

— Non, c’est Del Boy. Si tu veux du bon speed ou du porno chelou, c’est lui que tu vas voir.

— Va te faire foutre, dit Del Boy, mais en se marrant. Le travail nuit gravement à la santé.

— Mais on n’est pas à Peckham là, dit le type maigre, en se penchant en avant. C’est pas le trou du cul du monde ici, on se gratte pas le couilles toute la journée, espèce de branleur.

— Moi, c’est Derek en vrai, » dit cette caricature du Del Boy de Only Fools and Horses, en se penchant en avant et en souriant à Ruby.

Elle hoche la tête et boit son verre. C’est comme si elle était entourée de gens qu’elle connaît depuis des années, elle a entendu la voix de Charlie et Chromo tellement souvent, et ils ont à peu près la même voix en vrai, peut-être plus posée, en même temps il faut sûrement se booster pour passer à l’antenne, Ruby pense à l’autre DJ, Punch, qui met du punk et du reggae, il mixe ça avec Tricky et the Prodigy et Beenie Man, c’est pas ce qu’elle écoute d’habitude mais bon, pour elle c’est le son qui compte, elle a toutes les peines du monde devant les yeux chaque jour de sa vie et elle a besoin de s’échapper, elle a déjà assez à penser avec le cancer et les comas, sans parler des chamailleries politiques partisanes, le syndicat il est là pour ça, on va pas se taper les discours des carriéristes en plus, et c’est Sally qui gère les histoires de syndic, elle se bat contre des moulins à vent, Ruby elle veut prendre du bon temps, elle est bien là avec Charlie, à attendre que DJ Chromo mette du son, qu’il se lance dans un discours sur l’espace et le temps, qu’il raconte que la vie c’est que du mouvement, de la vibration, de l’énergie, rien de solide, c’est un philosophe, et c’est comme ça quand on pénètre dans la Chromo Zone, Ruby est en sa présence maintenant, elle est passée de l’autre côté du rideau dans un présent éternel où il n’y a ni passé ni futur, pas de raison de s’inquiéter parce que les apparences sont trompeuses, et elle voudrait que ça soit comme ça pour sa maman, ils disent que c’est ce qui arrive quand on à l’Alzheimer, on perd les pédales, mais on se débarrasse aussi des soucis, pas de regrets, pas de craintes, et Ruby attrape sa paille et s’y amarre, s’y agrippe comme si sa vie en dépendait, elle sort autant que possible, elle vit dans le présent, faire des plans sur la comète c’est pas son truc.

« Je me souviens de t’avoir vue à l’hôpital, dit Johnny, et Ruby se dit qu’il a pas du tout la tête qu’elle aurait imaginée. Tu avais ton uniforme, mais je me souviens de ton visage. Hé, est-ce que Charlie a dû utiliser le bassin quand il était à l’hosto ?

— Au début il était un peu shooté aux médocs mais ça allait, il arrivait à marcher.

— Tu sais quoi ? dit Johnny Chromozone, qui est bourré. Moi je dis : les infirmières elles déchirent sa race. Personne va dire le contraire. On pense tous pareil : les petits arnaqueurs comme Del Boy et les hommes de lettres comme bibi. C’est bon quoi, on voit bien comment ça se passe.

— Moi c’est Derek.

— Moi je dis : t’assures bien, et c’est pas un boulot facile. Et c’est pas comme si c’était valorisé. Moi je dis bravo. »

Il se penche en avant.

« Je me fous pas de ta gueule, hein ? dit DJ Chromo en mangeant ses mots. Je suis un peu bourré, c’est tout. Je suis là depuis 17 heures. »

DJ Chromo trinque avec sa pinte contre la bouteille de Ruby, il dit à Charlie de faire pareil, et après il porte un toast à Ruby, il fait tout un numéro, il lève son verre, il passe sa langue fluorescente sur ses lèvres violettes, il est rond comme une queue de pelle, ou alors foncedé, elle est gênée mais elle voit bien que c’est une de ces grandes gueules pleines d’énergie qui l’ouvrent en mode avance rapide, un beatbox sur pattes, le volume à fond, un gros coffre branché sur le secteur, mais comme ça braille bien dans le pub y a qu’elle et Charlie et Derek qui entendent vraiment ce qu’il dit, et c’est pas désagréable de regarder son visage bouger, elle le voyait plus mince, avec des lunettes, pas un buveur comme lui, mais c’est logique, un philosophe de comptoir qui est à fond dans les idées, les livres et la musique, tout ce qui peut faire cogiter.

« Aux infirmières qui font le sale boulot pendant que les pop stars et les acteurs se font toute la thune. Et les footballeurs aussi. Ça montre bien qu’on est dans une société de merde quand c’est les minets qui se tapent toutes les filles. Une face de cul comme Del il fait quoi là-dedans ?

— Derek.

— Des faces de cul comme Del Boy et moi.

— Derek.

— Ça c’est que ceux qui se font prendre en photo, » dit le type en survêt’ en s’approchant pour attraper sa pinte. Il en boit une gorgée, et tient la queue en équilibre sur son épaule. Charlie zappe de le présenter.

« Ceux qui se font vraiment de la thune on n’en entend pas parler. Ils veulent qu’on soit bien vénere contre les footballeurs et toute la smala comme ça on cherchera pas trop loin, comme ça on trouvera pas où vont les gros sous. Eux ils viennent d’où on vient, ils se sont bien démerdés, donc ils s’en prennent plein la gueule comme ça on pense pas trop à la clique cuillère en argent dans le cul.

— Bande de connards, dit Johnny Chromozone. Le truc c’est qu’on s’y attend de leur part, ceux qui ont de la thune, mais quand c’est des gens comme nous qui se font une place et peuvent dire quelque chose on s’attend à ce qu’ils balancent la vérité.

— On entendrait pas trop parler d’eux s’ils commençaient à tout déballer. C’est le prix à payer pour être riche et célèbre. Tant qu’on reste bien à sa place et qu’on fait pas de vagues, on peut tout avoir.

— Moi tout ce que je sais… dit Chromo en baissant la voix. Tout ce que je sais c’est que le fond de l’histoire c’est que c’est les infirmières les héros. Elles donnent un coup de main et on les envoie chier en retour. Pour elles, c’est pas une question d’argent, pas vrai ? Les médecins et les infirmières ils font ce qu’ils font parce qu’ils ont envie d’aider les gens. Pareil pour les profs qui se tapent une bande de petits hooligans morveux qui veulent leur pourrir la vie.

— Tu charries là, dit le joueur de billard. T’as assez foutu la merde avec les profs quand c’était ton tour.

— Je sais, et j’avais tort, je le dis. J’étais un vrai petit merdeux. Si je pouvais remonter le temps je changerais tout ça, mais je peux pas. Ce qui est fait est fait. J’avais pas envie d’apprendre à l’époque, mais maintenant oui. »

Ruby voit bien Chromo discuter sérieusement de la vie avec Sally, et elle se refait la réflexion qu’elle le voyait différemment, une version plus âgée des gamins sur la bande d’arrêt d’urgence, y a pas à dire elle a du goût cette skunk, elle te détruit la tête tellement y a de pétrole dedans, pétard le bien nommé, et c’est bizarre de mettre des visages sur des noms, des voix, des idées, et pour Charlie, ben, elle kiffe sa musique, elle ressent pas le besoin de parler de la vie, ils savent tous les deux ce qu’il en est, il aurait pu avoir n’importe quelle tête, trois yeux et une jambe, le monde tout lisse des gens beaux dans leurs habits tout neufs ça l’a jamais attirée, ce qu’on est c’est bien moins superficiel, c’est là dans les organes, mais tout bouge très vite, tout évolue, et y a pas un jour qui se ressemble, les gens ils ont leurs hauts et leurs bas, tout le monde est occupé à faire quelque chose, même quand on voit pas ce que c’est, chaque cerveau est branché, en mode recharge, des millions de petit signaux qui permettent de transmettre des opinions, des visions, tout ça elle adore, l’alcool sur sa langue et le cliquetis des boules de billard à quelques mètres, l’odeur du pub et de sa clientèle, de la peinture sur le bleu de travail d’un homme installé pas loin, l’odeur des frites empilées à côté du hamburger, près d’un cendrier plein de mégots, les braises après un grand feu, saucisse-purée et des grands écarts.

« C’est à toi, Del, dit quelqu’un.

— Derek. Moi c’est Derek, tu vas arrêter de te foutre de ma gueule, gros bâtard ? Sinon tu vas te prendre mon poing dans la gueule.

— Désolé, Del. »

Ruby le regarde se diriger vers le porte-queues et prendre une queue, elle voit bien qu’il aime bien se faire remarquer, et il cherche la craie, il polit le bout, il met la touche pro, c’est un flambeur, elle voit bien maintenant pourquoi les autres l’appellent Del Boy, est-ce que c’est vrai qu’il vend du bon speed ? il vend quoi comme porno ? Derek lève les sourcils, il laisse tomber, y a plus de craie. Il s’approche de la table et se penche en avant, il casse, et ça claque bien. Chromo se lève et prend sa pinte avec lui pour aller regarder, il laisse Ruby seule avec Charlie, il est discret, et quelqu’un d’autre qui vient d’arriver passe un jeu de clefs à Charlie, lui chuchote quelque chose à l’oreille, le tape dans le dos et se barre.

Ruby a fini son verre.

« Tu reprends la même chose ? demande-t-elle.

— Non, viens, on va aller quelque part où on peut parler. Tu voulais partir en vacances, allez, on se fait la malle tous les deux. »

Elle rit et elle fait un signe aux autres pour dire au revoir, elle le suit dans le pub, main dans la main, l’éboueur emballe son top model, Bob s’enfile un shot, il se fend la tronche.

« Salut Ruby, je t’avais pas vue entrer. »

Il fait humide dehors, l’air est moite, Ruby suit Charlie qui traverse la rue, se dirige vers une camionnette, elle pense à une plage au soleil, elle se demande où ils vont. Il ouvre la porte et monte, se penche et ouvre la porte de l’autre côté, Ruby monte dans un sauna, qui a besoin d’un bon coup de ménage, Charlie se baisse et envoie des verres en plastique et des cartons à l’arrière, il envoie valser une frite, et Ruby inspecte l’avant de la camionnette, un fouillis de mégots et de cassettes, quelques bouteilles vertes qu’il a dû boire en rentrant de Calais, de la Stella qui s’avale en deux gorgées, et même si ça sent le renfermé là-dedans, c’est poussiéreux, le tapis est crade, y a des gravillons dans les recoins, il y a l’odeur de Charlie, la même qu’elle a remarquée à l’hôpital, Charlie Parish qui s’impose, se superpose à l’odeur du désinfectant, c’est une odeur qui lui rappelle des arbres, elle sait pas pourquoi, une odeur saine, avec une note sucrée, son déodorant peut-être, c’est un petit garçon qui a grandi et qui a pas rangé ses jouets, il a un hobby avec sa musique, il a pas mérité son visage tailladé, en même temps elle sait que ses agresseurs sont aussi des petits garçons qui ont grandi, qu’ils ont perdu leur route et qu’ils sont allés trop loin, ils ont gâché le jeu, c’est rien qu’un jeu, les flics en hélico et le Department of Trade and Industry et la meute anti-émeute file sur la bande d’arrêt d’urgence, tout le monde qui joue un rôle.

« On va où ?

— Je t’emmène en vacances, c’est ça que tu voulais, non ?

— Non mais en vrai on fait quoi ?

— Tu verras bien. »

Ruby hausse les épaules, ils passent devant le pub et elle y jette un œil, les fenêtres sont petites elle voit rien, la porte est ouverte.

« Je veux te montrer une Cadillac. »

Ruby pige pas.

« Une Cadillac que je vais acheter. »

Ruby hoche la tête.

« C’est pas loin. J’ai un pris un prêt mais il me manque mille boules. Le type demandait six mille, mais il me la laissera pour cinq mille cinq cents. C’est ce qu’il a dit. Ça consomme pas mal, 35 litres au kilomètre, mais c’est le genre de voiture qu’on sort pour les grandes occasions, tu sais, pour aller à Heston ou rouler le long de l’Embankment.

— C’est beaucoup d’argent.

— Ça sera pour bosser. Moi je me dis, y a des gens qui louent des Rolls-Royce et des Daimler, tu vois, pour des mariages et des enterrements, pour les grandes occasions quoi, comme je disais, mais t’en as déjà vu, toi, une mariée qui sort d’une vieille église normande et hop, direct, elle saute dans une Cadillac rose ?

— Elle est rose ?

— Obligé. Tu vois quand c’est un mariage les gens ils font ça en mode tout formel. Les gens ils achètent, ou ils empruntent ou ils louent des costards qu’ils auraient pas idée de porter normalement, ils traînent comme des cons à attendre des voitures dans lesquelles ils sont jamais montés de leur vie, et pourquoi ils sont jamais montés dans une Rolls ou une Daimler c’est qu’ils ont pas les moyens, et c’est à ça que ça se résume, il veulent goûter à la belle vie pour que ce soit un jour pas comme les autres, boire du champagne alors qu’ils préfèreraient une pinte. Ils écoutent de la variété alors qu’ils préfèreraient un truc qui bouge un peu plus. En tout cas jusqu’à ce que tout le monde soit bourré et là tout le monde boit une pinte au bar, et on se lâche sur le son, et tout le monde demande sa chanson préférée et ça devient une vraie fête.

— Qu’est-ce que ça a à voir avec une Cadillac rose ?

— Ben mon idée c’est pourquoi on utiliserait pas une Cadillac à la place ? Les gens adoreraient. Imagine : sortir en costard et en robe de mariée et sauter dans une caisse américaine rose, à l’ancienne, des gros ailerons argentés, une finition en chrome bien poli, on mettrait Love Me Tender, et après, en les conduisant à leur nuit de noces, Great Balls of Fire par exemple. »

Ruby rit, comme s’il blaguait.

« Non mais, sérieux. Tu voudrais une Rolls vintage, genre bien coincé et emmerdant, ou tu préfères monter dans une grosse Cadillac bien tape-à-l’œil et plus marrante, genre tu te prends pas trop au sérieux ? Honnêtement.

— Une Cadillac. Je choisirais une Cadillac. »

Charlie prend une petite rue, et tourne à droite. « La voilà, devant cette maison-là au bout. »

Ruby avait pas besoin qu’il lui montre, on peut pas la louper la voiture, comme si le modèle était pas adapté à la taille des maisons. Comme les voitures miniatures avec lesquelles jouent les enfants, ne respectent pas les proportions : une voiture qui rentre dans le coffre de l’autre, des soldats de plomb avec l’Allemand qui pourrait écrabouiller l’Anglais d’un coup de botte. C’est une belle bagnole, pas à dire, garée sur un coin de rue, elle se repose sur le trottoir, du coup le taxi anglais derrière on dirait une miniature. La Cadillac est propre, elle brille sous la lumière du soleil qui décline, les ailerons sont énormes, tout en elle est plus grand que nature, tape-à-l’œil, comme Charlie avait dit, et elle le prend pas pour un flasheur, cette caisse c’est classe dans son genre, mais il va les sortir d’où ses mille balles ? Elle se dit que c’est un rêve, un but à atteindre.

« J’ai eu l’idée du service Cadillac quand on est allé à Las Vegas. Mon pote s’est marié et il voulait qu’Elvis officie. On y est allé à une vingtaine. C’était pas cher et on a adoré, on était dans un hôtel classe, tu traverses les casinos et ils communiquent et ça fait que c’est dur d’en sortir, ils te filent des verres gratuits tout le temps pour te bourrer la gueule. On est restés cinq jours et on s’est éclatés, c’était de la balle.

— Alors c’est Elvis Presley qui a marié ton pote ?

— C’était un sosie.

— Je pensais pas que c’était le vrai.

— C’était Elvis plus vieux, il portait une cape et des pattes, et après ça les mariés sont partis en Cadillac. Du coup c’est pas mon idée mais tout se recycle, hein ? Moi j’aurais pris Elvis jeune, pas un vieux bedonnant avec une chaîne et un postiche de torse. C’est à cause de ça que j’ai commencé à écouter les disques rockabilly que je mixe avec les autres trucs. On s’est bien marrés.

— Tu vas les sortir d’où les mille qui te manquent ? demande Ruby.

— Aucune idée. J’espère juste qu’il vendra pas entre-temps. Y a pas beaucoup de gens qui se manifestent mais il veut pas baisser plus. Elle sera peut-être partie le temps que je trouve la thune. Je suis déjà au max là. Mais je croise les doigts. »

Ils restent comme ça cinq minutes, dans la camionnette à regarder la voiture, et puis Charlie fait demi-tour et repart.

« On va où ?

— On fait comme les Beatles : un Magical Mystery Tour ! Visite surprise. Tu verras bien. »

Ruby discute avec Charlie, elle regarde les rues défiler, des champs où les chevaux ne sont plus des figurines en porcelaine, le soleil décline, et elle se demande s’il l’emmène dans Londres, et puis ils tournent, dépassent les limites de l’aéroport, ils plongent dans le tunnel qui mène à l’aéroport, et là elle se redresse dans son siège, elle se demande si, en tout cas on est vite de l’autre côté, Charlie vire vers le Terminal 3, s’arrête devant les barrières du parking à étages. Il s’arrête et tend le bras pour prendre son ticket.

« On venait ici quand on était mômes, on se posait tout en haut du parking et on regardait les avions décoller, on essayait de deviner où ils allaient, on faisait semblant qu’on était à bord. »

La lumière est basse dans le parking, l’odeur sucrée de l’essence qui s’engouffre par la fenêtre, il n’y a presque plus de place au rez-de-chaussée, et ils montent la rampe qui mène vers le premier étage, la camionnette bascule à l’angle, ils ralentissent quand ils arrivent en haut à cause de l’angle mort, ils tournent à droite et suivent les flèches qui les font passer entre des colonnes grises et les formes monotones de Ford et de Datsun, un homme avec une valise qui avance à pas résolus vers les escaliers, accompagné d’une femme qui porte un manteau rouge, Ruby adore l’odeur de l’essence, ils montent la rampe suivante, suivent les flèches, regardent les immeubles au-dehors, et ça continue et là, boum, ils sont sur le toit, une explosion d’air frais qui fait l’effet d’un masque à oxygène, ils sont seuls ici, et Charlie laisse la camionnette glisser jusqu’au bord, et ce ciel splendide devant eux.

Charlie s’arrête près du mur et coupe le moteur et les phares. Un avion s’élève, dépasse les terminaux, il décolle de la piste et s’élève dans les airs, la brise leur fait parvenir le « boom ».

Charlie rit et dit : « Après les vacances, ça reste ce qu’il y a de mieux. »

Il sort des feuilles à rouler et regarde Ruby, il sait ce qu’elle va dire et c’est comme s’ils étaient seuls au monde, là, maintenant, si près et pourtant si loin des terminaux, des gens qui travaillent à l’aéroport, et surtout des jets qui vrombissent dans les airs et font le tour du monde. C’est magique, mieux que d’être au pub avec DJ Chromo et les autres, et c’est pas parce qu’elle les aime pas, elle les aime bien, mais c’est la première fois qu’elle sort avec Charlie et c’est unique comme rendez-vous, mieux que l’obscurité d’un cinéma et elle pense à ce qu’elle adore : voir les voitures défiler depuis la bordure de l’autoroute, tout le monde est pressé d’arriver quelque part alors qu’elle est là, détendue, à regarder le spectacle, ça fait le même effet maintenant, et peut-être qu’ils sont faits l’un pour l’autre, on peut pas savoir si vite, mais c’est comme si Charlie aimait les mêmes choses, ressentait la même chose, et là elle s’arrête tout de suite, elle va pas se projeter, elle savoure le moment, tous les deux en train de fumer et regarder le ciel nocturne, le clignotement des lumières et le mouvement des avions qui prennent de la vitesse, rétrécissent et sont engloutis par l’obscurité, et eux assis là en silence.

« Le panneau là il est nouveau, » dit Charlie au bout d’une éternité, qui n’a en fait probablement pas duré plus de cinq minutes.

Ruby regarde le panneau, un avertissement : il est interdit de se garer sur le toit du parking sous peine d’arrestation et d’amende.

« Je suppose que c’est pour pas que les terroristes montent avec des roquettes pour viser les avions, dit Charlie.

— En même temps c’est pas un panneau qui va les arrêter. Du genre « Prière de ne pas Tirer De Missiles Antiaériens ici. » Ça risque pas de marcher. »

Ils restent assis là un moment.

« C’est un bon endroit pour mettre une antenne, dit Charlie en riant. Ils la capteraient direct, par contre. Ils doivent être en train de nous regarder en ce moment. Sûr, même. Ils vont pas mettre un panneau comme ça et pas surveiller le toit. Je serais pas surpris qu’il y ait une caméra braquée sur nous, en train de filmer.

— Tu crois ?

— Obligé, dit Charlie, en se penchant sur le volant. Ils vont pas déconner avec un truc comme un aéroport. Ils sortent le grand jeu contre le terrorisme et ceux qui dégomment des avions. Si t’as le matos, tu prépares tout en une minute et tu peux défoncer un jet, tuer des centaines de personnes. »

Ruby scrute l’obscurité mais elle ne voit rien de suspect, rien que le haut des autres blocs de bâtiments, des terminaux et des bureaux, des contours sombres, illuminés par endroits par la lumière de la rue plus bas.

« Ils ont sûrement un sniper dans le coin qui nous regarde à travers le viseur de son fusil.

— On ferait mieux de pas traîner s’ils nous regardent. Je vois pas où ils pourraient être, et toi ?

— Ça pourrait être n’importe où, un de ces immeubles par là-bas. Ils vont pas mettre une lampe néon quand même… Ils travaillent dans l’ombre, ils choisissent leur cible avec des viseurs spéciaux et puis ils te chopent quand tu t’y attends pas. Tant qu’il y a le tampon officiel là-dessus c’est légal et ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Il y a un fou là-bas avec un fusil de gros calibre et un petit point sur nos visages, une croix ou un truc comme ça, il a le doigt qui le démange, il passe lentement de toi à moi, et il revient, braque, prêt à nous trouer le bide, nous exploser le crâne.

— Arrête, dit Ruby, qui tremble en scrutant l’ombre.

— Je déconne pas. Ça me surprendrait pas. Un tueur officiel là-bas qui pèse le pour et le contre, qui se demande s’il pourra s’en tirer sans avoir d’embrouilles après, il nous mate en train de bédav et il monte sur ses grands chevaux. Il se dit qu’on est des nazes même s’il sait qu’on est pas des terroristes, il cherche juste une excuse pour appuyer sur la détente et nous descendre. Ça serait silencieux, et il viendrait virer les corps, les mains dans les poches. »

Elle ne sait pas si elle doit le croire ou pas, elle voit pas les choses se passer comme ça à vrai dire, mais c’est possible, dégommer des avions de ligne c’est pas rien et peut-être qu’ils prennent aucun risque, mais non, ça serait quoi l’intérêt, qu’est-ce qu’ils y gagneraient ? C’est écrit en toutes lettres sur le panneau et même si le sniper et ses potes vont pas leur tirer dessus, c’est clair qu’il surveillent, et on s’y habitue plus ou moins aux caméras de surveillance, quand on se balade dans la rue, dans les centres commerciaux, partout où on peut voler dans les magasins, y a même des boîtes qui ont des caméras de surveillance, et c’est pas trop grave parce qu’on est dans la foule et on peut se mélanger aux autres, mais ici, loin de tout, la voie est libre, ça leur donne du pouvoir, et ce qui fait que c’est bien sur le toit c’est aussi le danger. Ils sont seuls et elle a peur, la crainte qui monte, ils font tous les deux confiance à quelqu’un qu’ils ne connaissent pas, ils mettent leur vie dans les mains d’un bourreau, et à n’importe quel moment il peut appuyer sur la gâchette et c’est fini pour eux.

« Si on y allait ? Je me sens pas trop à l’aise ici.

— T’inquiète pas. Je pensais tout haut, c’est tout.

— Non, ils vont nous faire chier et nous choper pour la beuh. Ça me fait flipper cet endroit maintenant. Tout est changé. J’aime pas penser au sniper. »

Charlie rit et allume le moteur, et elle sait qu’il a autant envie de bouger qu’elle mais comme tous les hommes il se sent obligé de faire le malin, faire semblant qu’il s’en fout, et il fait le tour du toit d’abord, il fait exprès de zigzaguer, et puis il commencent la descente, étage par étage, et la peur s’est envolée, elle sait que c’était irrationnel, une pointe de parano, et elle est contente que Charlie l’ait emmenée ici, c’est un endroit excitant. Il paie et ils quittent le parking, se perdent dans la circulation.

« On va prendre un café ? »

Ruby hoche la tête, elle se sent bien à nouveau, les phares des voitures sont espacés, ils raccrochent l’autoroute et puis une aire de repos, ils se garent à côté de la station. C’est calme et elle entend le ronflement d’un générateur, sur les écrans des machines il y a des space rangers silencieux, des héros qui exterminent des aliens, des milliers d’empreintes digitales de milliers de gamers sur les joysticks, et Ruby pense à toutes ces preuves accumulées dans un seul tout petit endroit, mais ça ne serait pas recevable devant une cour parce que tout ça s’est mélangé, et ils entrent dans la cafétéria et prennent deux cafés et une part de gâteau chacun, s’assoient près de la baie vitrée, avec vue sur l’autoroute, et Ruby se penche en avant et inhale les vapeurs du café, elle sent la chaleur sur son visage.

« J’espère que j’aurai la Cadillac un jour, dit Charlie, en baissant la voix pour que les gens à côté entendent pas. »

Il y a une famille près de la porte, quelques camionneurs, un couple assis en silence.

« Je pourrais être ton chauffeur de luxe. »

Ruby ne sait pas si ça la tente, les gens se retourneraient sur leur passage, c’est comme le chiot dans le magasin, ça ne va pas arriver en vrai, mais ça fait du bien de faire semblant. Sur la table, elle pose la main sur la sienne.

« On aurait pas pu monter sur le toit du parking avec la Cadillac. Elle aurait pas passé la barrière. On y serait encore maintenant, la carrosserie rayée et ça aurait été dommage de l’abîmer, c’est une beauté quand même.

— J’y avais pas pensé. »

Il a l’air triste d’un coup, pour la première fois depuis qu’elle l’a rencontré. Même quand il était à l’hôpital et qu’on nettoyait sa plaie il était optimiste, c’est pas dans sa nature d’être malheureux, et ça c’est encore une autre raison qui lui fait dire qu’ils sont pareils, ils cherchent tous les deux le positif plutôt que le négatif. Elle sait qu’il est en train de se dire qu’il aura jamais la voiture, tout comme elle sait qu’elle aura jamais le chiot et c’est comme si elle avait même pas besoin de lui parler, comme si elle lisait dans son esprit, et elle le regarde dans les yeux, et ça le fait rire et il sourit et finit son café, et tout le monde tourne la tête à cause du vrombissement des bécanes, trois Hell’s Angels qui débarquent. Les Angels prennent trois thés et s’assoient près de la porte, ils gardent un œil sur les trois Harley rutilantes qui sont garées dehors. Ruby ne peut pas s’empêcher de remarquer que c’est un endroit très calme, vraiment silencieux comme une bibliothèque ou un endroit dans le même genre, la famille se lève pour partir, Charlie qui lui tient la main maintenant, qui peut-être se demande si elle veut un autre café, qui s’apprête à parler.

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