Alex Neptune T1 : Voleur de dragon

David Owen · Chapitre 1 sur 28

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Alex Neptune T1 : Voleur de dragon

1. Bienvenue à Éden-Sur-Mer

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« Les monstres marins,

ça n’existe pas »,

déclara Alex.

 

(Spoiler : il se trompait.)

 

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À Teddy,

désiré, mérité, aimé.

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CHAPITRE

PREMIER

 

BIENVENUE À

ÉDEN-SUR-MER

 

D’aussi loin qu’il s’en souvienne, la mer avait toujours voulu tuer Alex Neptune.

La toute première fois qu’il avait trempé un orteil dans l’océan, une vague avait surgi de nulle part, était passée au-dessus de sa tête et l’avait fait tomber à la renverse. Depuis, chaque fois qu’il barbotait, l’écume montait, prête à l’engloutir, et même la nage la plus brève invitait les algues à enserrer ses jambes et l’attirer vers le fond. Sa simple présence pouvait provoquer de terribles courants et une houle effroyable dans les eaux les plus tranquilles.

On ne cessait de lui répéter qu’il jouait de malchance. Alex, lui, connaissait la vérité.

L’océan voulait sa mort.

L’origine de cette rancœur marine restait un mystère ; ne pas s’approcher de l’eau lui offrait encore ses meilleures chances de survie.

Ce qui n’était pas sans difficulté, pour lui qui avait vécu toute sa vie dans la ville côtière d’Éden-sur-Mer.

 

– J’ai de l’eau dans la culotte !

Sortant de l’eau, sa meilleure amie, Zoey Wu, remonta sur la plage. Ses vêtements étaient trempés, mais la mer n’avait pu enlever le cambouis qui lui tachait les joues ni la sciure collée à sa frange noire et lisse. Elle vivait sur le chantier naval avec son père. Celui-ci s’occupait de réparations, et vendait des pièces détachées pour financer son rêve de devenir un artiste – durant son temps libre, il créait des sculptures étranges avec de la ferraille. Zoey passait ses vacances d’été à faire semblant de l’aider, lui piquant en secret des bricoles en tout genre qu’elle transformait en prétendues brillantes inventions. Alex ne comptait plus le nombre de fois où elle s’était brûlé les sourcils accidentellement.

– Tu peux te dépêcher, s’il te plaît ? la pressa-t-il, le dos plaqué contre la digue, mettant le plus de distance possible entre lui et les clapotis.

– Tu ne devrais pas détester la mer comme ça, répondit Zoey. Cela fait une éternité qu’elle n’a pas essayé de te tuer.

Alex ne détestait pas vraiment la mer. Simplement, les tentatives d’assassinat à répétition et l’interdiction expresse formulée par son papy de s’en approcher avaient provoqué chez lui une vraie phobie. Parfois, il était convaincu que la mer s’amusait à le tourmenter. Les vagues qui se brisaient sur la rive, le vent qui sifflait sur les rochers, les mouettes qui criaient en cercle, tout lui donnait la sensation que l’eau cherchait à l’attraper et à l’achever une bonne fois pour toutes.

Il frissonna et se tourna en direction de la ville. Éden-sur-Mer était un vieux village de pêcheurs construit sur une colline escarpée qui plongeait dans la mer. Plusieurs strates se superposaient : en bas, la grande digue cernant la plage, surmontée de boutiques en bois, et les pavés de la rue haute au bout de laquelle, à l’extrémité de la baie, se trouvaient le vieux port et le chantier naval.

Sur le flanc de la colline, des maisons multicolores aux couleurs pastel fanées par des étés innombrables s’effondraient les unes sur les autres, évoquant les dents pourries d’un pirate. Elles étaient cernées d’arbres, et la route qui les contournait montait jusqu’à un terrain enfin plat.

Là-haut, seul perçait le dôme de verre qui abritait l’aquarium. Cet emplacement insolite avait été choisi un siècle plus tôt par un maire excentrique qui pensait que les visiteurs apprécieraient la vue panoramique sur la mer. Hélas, faire fonctionner l’aquarium revenait incroyablement cher, si bien qu’il avait fermé ses portes quelques années auparavant. Depuis, les bassins vides entre d’immenses parois de verre restaient à l’abandon.

– Voyons ce qu’il y a vraiment dans cette eau.

Zoey avait rempli un pot de confiture d’eau de mer. Elle avait dû supplier son père pendant des mois pour qu’il accepte de lui acheter un kit de chimie afin qu’ils puissent procéder à des tests. À présent, elle s’affairait à planter des tubes à essai dans le sable pour les remplir.

Tandis qu’elle versait quelques gouttes dans les tubes, Alex scruta la baie. Les vagues mouvantes irradiaient sous le vaste disque du soleil couchant. Une nuée d’oiseaux marins agités regagnait avec fracas leurs perchoirs sur les falaises alentour.

L’endroit aurait été magnifique sans les cochonneries qui recouvraient l’eau. Sacs de courses, bouteilles en plastique, boîtes de conserve, paquets de chips, pots de yaourt et autres cotons-tiges formaient des bandes d’immondices flottantes. De l’huile étincelait à la surface des vagues. L’eau clapotante laissait une traînée de saletés noires et mouvantes le long de la plage.

Cela faisait à peine un an que le nouveau maire, Humbertus Tarir, avait fait main basse sur Éden-sur-Mer et avait autorisé la construction d’une mystérieuse structure dénommée la Station. Le bâtiment de béton gris surplombait la baie tel un pouce-pied hideux. En dehors de la venue ou du départ occasionnel d’un bateau, on n’y voyait jamais personne entrer ni sortir. Des agents de sécurité en uniforme noir montaient la garde à l’extérieur à toute heure de la journée.

Le maire prétendait que la Station analysait la qualité de l’eau. Mais très vite après sa construction, l’eau s’était gâtée, mettant un frein au flot de touristes. La coïncidence était trop grosse. Au bar, au café, à la baraque à frites, les gens du coin grommelaient au sujet de la Station. Mais dès que quelqu’un tentait d’enquêter, des documents clés avaient une fâcheuse tendance à disparaître et l’on sabotait en pleine nuit les appareils des équipes d’experts.

Alex et Zoey espéraient que le maire Tarir ne prêterait pas attention à deux gamins avec un kit de chimie. S’ils parvenaient à prouver la nocivité de la Station, Alex était sûr que le village se mobiliserait et se battrait pour obtenir sa fermeture.

– Comment c’est possible ? s’exclama Zoey, attirant son attention.

L’eau à l’intérieur des tubes à essai avait pris des teintes vives : orange, violet, et un vert particulièrement dégoûtant.

– Tout est normal. Il n’y a que celui-là que je ne m’explique pas.

Zoey souleva le dernier tube de la rangée. L’eau à l’intérieur avait des airs de vase grisâtre, comme des moules écrasées.

– Il y a une substance dans l’eau que je n’arrive pas à identifier.

– C’est peut-être pour ça qu’elle est aussi sale ? Aucune vie ne peut tenir là-dedans. Plus personne ne peut y nager, d’ailleurs.

– Au moins, personne ne se fera manger par un requin.

– Il n’y a pas de requins par ici, répliqua Alex.

Au fil des ans, il avait étudié toutes les créatures marines du monde susceptibles de le tuer. Se préparer ne pouvait pas lui faire de mal.

– Et je te l’ai déjà dit, ils n’attaquent pratiquement jamais les humains.

– C’est ce que les requins veulent te faire croire, rétorqua Zoey. Les gens nagent tout le temps, il n’y a pas de danger, tout va bien. Et crac, un cadavre coupé en deux !

Alex frémit.

– L’océan abrite des créatures bien plus dangereuses.

– Comme le Dragon d’eau ?

À l’instar de la plupart des vieilles villes côtières, Éden-sur-Mer avait hérité de son lot d’histoires et de légendes au fil des siècles. Alex les connaissait par cœur, grâce aux livres de la boutique de souvenirs que tenait sa famille. Et toutes les légendes locales étaient liées à un monstre marin mythique appelé le Dragon d’eau, dont on disait qu’il avait créé la baie.

L’histoire racontait que, des siècles auparavant, les habitants de la côte avaient tissé un lien avec un dragon, maître des océans. Ce lien leur avait conféré des pouvoirs, leur permettant de respirer sous l’eau, de jouir d’une longévité surnaturelle et de communiquer avec les animaux marins.

Tout avait changé le jour où les habitants avaient trahi le Dragon d’eau. Pris de courroux, le dragon avait arraché de ses crocs un énorme morceau de la côte, détruisant leur civilisation et donnant forme à la baie. Le dragon n’était revenu à Éden-sur-Mer qu’un siècle plus tard.

Alex avait toujours entendu ces histoires mais, au fur et à mesure qu’il grandissait, il soupçonnait des pêcheurs morts d’ennui de les avoir inventées, et les générations suivantes d’en avoir exagéré les détails les plus incongrus.

– Les monstres marins, ça n’existe pas, déclara-t-il d’un ton péremptoire.

À cet instant précis, ils entendirent un horrible grondement, firent volte-face et découvrirent un monstre à tête de poulpe qui s’avançait à leur rencontre sur la plage.

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