Alex Neptune T1 : Voleur de dragon

David Owen · Chapitre 24 sur 28

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Alex Neptune T1 : Voleur de dragon

24. Le Chaos

CHAPITRE VINGT-QUATRE

 

LE CHAOS

 

Au port, deux embarcations attendaient. La première était une longue chaloupe, à la proue de laquelle papy était assis. L’autre était un pédalo en forme de cygne, dont le long cou s’étirait vers l’avant, une corde nouée à la manière d’une écharpe, ses ailes étendues grossièrement pour former les côtés de la barque.

– C’est ce que j’ai trouvé de mieux en si peu de temps, dit papy.

Zoey et M. Wu arrivèrent, tirant entre eux un long paquet enveloppé dans une couverture. Alex vint les aider ; il découvrit une queue de sirène en éventail qui dépassait d’un côté.

– Personne n’a pu voir le monstre marin de mon père pendant la cérémonie hier, expliqua Zoey. Je crois qu’il a droit à une seconde chance.

– Je t’avais dit que l’art servait à quelque chose, ajouta M. Wu.

Zoey lui tira la langue, et tous deux éclatèrent de rire.

Ensemble, ils hissèrent le monstre factice dans la chaloupe et l’allongèrent sur les planches humides.

– Si Callis le regarde de près, il verra que c’est un faux, souligna Alex. Il faut juste qu’il y croie assez longtemps pour créer une ouverture dans le barrage.

Des bruits de pas résonnèrent sur le ponton. Se retournant, Alex vit Bridget mener une troupe de silhouettes vêtues d’imperméables flottants, la capuche suffisamment baissée pour cacher leurs visages.

– Comment as-tu fait pour les convaincre ? demanda-t-il à sa sœur.

Bridget sourit, un sourcil relevé.

– Je leur ai dit qu’ils auraient l’occasion d’utiliser leurs forces pour quelque chose d’important.

Les nouveaux venus anonymes s’alignèrent dans la chaloupe, s’installant de part et d’autre de l’embarcation, le faux dragon à leurs pieds.

Alex contempla la baie. Le barrage se constituait d’une suite de formes noires qui bloquaient l’océan au loin. Un plus gros bateau attendait à l’écart, impatient de les voir venir sur l’eau.

– On vit le long de notre petit bout de mer, et on s’en est pas occupés comme on aurait dû, déclara papy depuis le ponton. On voit les mêmes dégâts partout dans le monde. La mer, c’est ce qu’on a de plus précieux sur cette planète. Si on la protège, elle nous protégera aussi. (Il se tourna pour scruter le barrage et reprit :) Trop de gens préfèrent en abuser pour s’en mettre plein les poches.

Bridget prit la dernière place disponible à bord de la chaloupe, tandis qu’Alex et Zoey s’installèrent sur le cygne.

– Tu es prête ? demanda Alex.

En guise de réponse, Zoey sortit un marqueur noir de sa poche et se pencha pour dessiner des sourcils froncés sur le visage de l’oiseau.

Alex éleva alors la voix pour que les autres puissent l’entendre.

– Callis nous attend. Ne le faisons pas languir !

Papy et M. Wu saluèrent les deux embarcations qui se détachaient du ponton. Les silhouettes encapuchonnées ramèrent avec force sur les eaux de façon parfaitement synchronisée. Alex et Zoey durent pédaler avec vigueur pour tenir la cadence.

Des nuages traînaient devant le soleil ; la mer réfléchissait leur ombre menaçante. Autour du bateau-cygne, des dauphins et des phoques nageaient à la même vitesse, des crabes sur leur dos, au milieu des méduses qui formaient une haie d’honneur. À l’approche du barrage, cette armée de créatures marines plongea sous l’eau.

Des membres d’équipage se tenaient sur tous les ponts, surveillant les espaces entre chaque embarcation, prêts à donner l’alerte et à resserrer les rangs.

– Tu crois qu’on va y arriver ? chuchota Alex.

Zoey haussa les épaules.

– Pour l’instant, nos plans ont été du grand n’importe quoi, mais ils ont plutôt bien fonctionné.

Le plus gros bateau, abritant sans aucun doute dans son ventre la cage terminée, se détacha du reste de la flotte et accéléra vers eux, soulevant de hautes vagues derrière lui. D’autres navires suivirent, les cernant de leurs filets. Alex croisa le regard de Bridget. Ils s’échangèrent un signe de tête entendu, prêts pour la suite des événements.

Alex sonda la baie jusqu’aux falaises. Dans la grotte, Anil attendait le signal. Depuis la mer, la distance entre les falaises et le large paraissait immense.

Pédalant avec force, Alex conduisit le cygne devant la chaloupe, à la rencontre du navire de Callis. Les remous provoqués par le moteur du bateau projetèrent de l’eau comme des coups de fouet. Les autres navires les contournèrent pour les enfermer dans un demi-cercle resserré.

Alex jeta un œil inquiet au-delà de la ligne. Les filets déplacés, une ouverture s’était faite dans le barrage, mais elle pouvait très bien être refermée rapidement et empêcher la fuite du Dragon d’eau.

Le bateau principal se dressait au-dessus d’eux. Callis sortit sur le pont. Son harpon chargé reposait toujours nonchalamment sur son épaule.

– C’est qui, ceux-là ? grommela-t-il avec un signe de tête en direction des silhouettes encapuchonnées à l’intérieur de la chaloupe.

– On avait besoin d’eux pour le soulever, cria à son tour Alex du tac au tac.

Callis changea son harpon d’épaule.

– Je ne sais pas ce que vous avez en tête, mais ça ne marchera pas.

En réaction, Alex pointa simplement du doigt la chaloupe. La forme sous la couverture gigota. La queue du faux dragon scintillait au soleil. Instantanément, l’avidité se lut dans les yeux de Callis. Il fit signe à ses gardes derrière lui.

– Allez le récupérer ! Vite !

Les gardes entreprirent de descendre vers la chaloupe.

– Tu n’as aucun droit sur le Dragon d’eau ! cria Alex.

Callis sourit paresseusement.

– Personne ne l’a recherché aussi longtemps que moi. Je l’ai mérité. J’ignore comment tu as puisé dans ses pouvoirs, mais cela ne durera pas.

– Tu parles d’un jaloux ! lança Zoey.

Les gardes atteignirent la chaloupe, si bien que le bateau s’enfonça, et ils contournèrent le mannequin, faisant chanceler l’embarcation.

– Le monde a besoin que j’utilise ce pouvoir, gronda Callis. C’est le seul moyen de nous éviter la catastrophe.

Alex secoua la tête.

– Tu veux seulement t’assurer de devenir riche, et les régions qui ne pourront pas te payer verront leur situation s’aggraver.

Un des gardes se baissa pour soulever un pan de la couverture. En dessous résonnèrent des bruits d’excitation, et le garde hésita.

– Amenez-le à bord, on n’a pas toute la journée ! aboya Callis.

Le garde tira un grand coup sur la couverture. À l’air libre, le « dragon » était clairement un mannequin fabriqué à partir de tout et n’importe quoi, et dont la peinture s’écaillait dans le fond du bateau. Quatre loutres se blottissaient contre ses flancs.

Callis rugit de fureur.

– Où est-il ?

Les loutres, ces saucisses poilues, se jetèrent sur les gardes, toutes griffes et dents dehors.

Bridget se dressa à l’avant du bateau et brandit le poing.

– Que le spectacle commence !

Les silhouettes encapuchonnées ôtèrent leurs imperméables, dévoilant une équipe de culturistes en justaucorps de lycra moulant. Grâce à leurs monstrueux biceps saillants, ils lancèrent les gardes par-dessus bord et partirent à l’abordage du bateau de Callis. Bridget et Baron Barge se jetèrent dans la bataille côte à côte.

Alex se tourna vers Zoey.

– C’est le moment !

Tout sourire, elle sortit le pistolet de détresse rouge vif qu’elle avait dérobé sur le bateau de Callis et le brandit au-dessus de sa tête.

– Je sens que ça va me plaire.

Le « pop » retentissant du pistolet fut suivi par le « fizzz » traînant du projectile qui forma une arche dans le ciel au-dessus des bateaux. Le bruit cessa au sommet de la traînée de fumée blanche, comme si rien n’allait se produire, quand soudain un feu d’artifice rose éclata. Un « boum » percutant suivit l’instant d’après.

– C’est parti ! cria Alex.

Alors, ce fut le chaos.

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