Alex Neptune T1 : Voleur de dragon

David Owen · Chapitre 5 sur 28

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Alex Neptune T1 : Voleur de dragon

5. Un Maire Monstrueux

CHAPITRE CINQ

 

UN MAIRE MONSTRUEUX

 

Des étincelles jaillirent de l’épée de récup en métal que M. Wu soudait à la main de l’épouvantail.

– Parfait ! s’exclama le père d’Alex, en sécurité depuis la porte de la boutique. Il lui ressemble comme deux gouttes d’eau.

Alex examina une carte postale représentant Sanguimer, le seul portrait connu du méchant pirate. Ses cheveux gras tombaient sous un chapeau défraîchi à large bord, avec un sourire qui révélait un damier de dents perdues. Il avait un pied juché sur un canon, et tenait un harpon effroyablement pointu dans sa main crasseuse. La légende disait :

 

Capitaine Sanguimer,

l’homme qui dompta les océans.

 

Comme la mère de Zoey rendait visite à sa famille en Chine pour l’été, M. Wu avait décidé de combiner ses talents artistiques avec l’enthousiasme sans talent du père d’Alex, pour participer avec lui au concours d’épouvantails. Leur création était un squelette forgé avec élégance à l’aide d’hélices de bateaux tordues, et habillé de vieux vêtements du père d’Alex bourrés de paille.

– Mon heure est venue ! s’exclama ce dernier. Je vais mettre un point final à ma décennie de défaites !

Alex bâilla en se frottant les yeux. Toute la nuit, des rêves de l’aquarium, d’un œil s’ouvrant dans l’eau trouble, d’une forme noire sortie des abysses en hurlant de douleur l’avaient tiré du sommeil à coups de canon.

– C’est donc un pirate cyborg qui a trouvé ses fringues dans un sac sur le bord de la route, lança Zoey, venue accompagner son père.

M. Wu ôta sa visière de protection, dévoilant un visage couvert de cambouis, non sans rappeler celui de sa fille.

– Tu es incapable de reconnaître l’art.

Zoey pouffa.

– Je préfère juste fabriquer des choses qui soient vraiment utiles.

– L’art est utile. Avec une approche plus artistique, peut-être que tes inventions n’auraient pas la fâcheuse tendance à exploser.

Elle se renfrogna.

– On y va, s’il te plaît ? demanda-t-elle à Alex.

Leurs matinées d’été avaient été, pour l’essentiel, consacrées à trier les détritus fraîchement rejetés par la mer, afin de permettre à Zoey de trouver ce dont elle avait besoin pour sa nouvelle invention, et elle était impatiente de trouver le dernier composant.

Le père d’Alex secoua la tête.

– Alex doit tenir la boutique.

– Je ne peux pas m’absenter quelques heures ? supplia le garçon. Il n’y a pas eu un seul client depuis l’ouverture.

Hélas, c’était la vérité. Ils avaient ouvert en grande pompe deux heures auparavant, mais personne n’avait même jeté un regard à la vitrine.

– Bon, d’accord, répondit le père en les fixant d’un air grave. Mais seulement pour le reste de la matinée ! Vous rentrez pour le déjeuner.

– Et faites attention à ce que vous touchez ! ajouta M. Wu.

Laissant leurs pères installer l’épouvantail devant la boutique, Alex et Zoey filèrent à la plage.

La marée avait rejeté des sacs-poubelle, des morceaux de filets, des bouteilles en plastique et des emballages de plats à emporter partout dans le sable. Une odeur chimique emplissait l’air. Ensemble, ils fouillèrent précautionneusement les déchets à la recherche de tout ce qui pourrait servir à Zoey.

– Ça pue la crasse coincée dans les ongles de pied !

Zoey tenait une éponge imbibée entre ses doigts recouverts d’un gant de caoutchouc jaune vif. Dessous pendait un enchevêtrement de fils mêlés à des algues. Zoey s’en saisit d’un air triomphal.

– Voilà ! C’est exactement ce qu’il me faut !

Elle avait beau les créer avec les meilleures intentions, ses inventions avaient la fâcheuse habitude de se déglinguer de manière spectaculaire sans crier gare. Il y avait eu par exemple le radeau de sauvetage automatique, qui s’était dirigé de lui-même vers des rochers avant d’exploser. Ah, ou le purificateur d’eau de mer qui, au lieu de produire de l’eau potable, la changeait en une pâte corrosive qui sentait les entrailles de poisson pourri. Avant d’exploser. À vrai dire, Alex n’arrivait pas à retrouver le souvenir d’une invention qui n’aurait pas explosé.

– Ne me regarde pas comme ça ! Pour l’heure, mon drone ne prend feu que lorsqu’il tourne vers la gauche.

Un drone volant leur permettrait d’espionner la Station et de découvrir ce qui s’y tramait réellement. Zoey essayait de le mettre au point depuis le début des vacances.

Soudain, d’un air dépité, elle donna un coup de pied dans un bout de bois flotté, grommelant à voix basse.

– Ça va ? demanda Alex.

– Mon père pense que l’art est plus important que la technologie. Je veux lui prouver que ce que je fais est important. Mais je n’y arriverai pas si mes inventions ne fonctionnent pas. (Zoey scruta la plage.) La technologie ne doit pas forcément nuire à l’environnement. Je veux l’utiliser aussi pour le protéger. Lorsque nous aurons sauvé la baie, il comprendra enfin.

– Tu vas y arriver. Mais ne sois pas pressée.

Souvent, l’enthousiasme de Zoey dépassait sa patience.

– Tu vas faire de grandes choses.

Zoey sourit.

– Je vais lui montrer, à mon père, le grand artiste !

Alex s’accroupit pour retourner un pot de beurre. Un crabe qui s’abritait dessous brandit ses pinces en signe de protestation.

– J’ai vu un truc bizarre hier soir.

– Encore Bridget qui huilait ses muscles ?

Alex frémit en se remémorant la scène.

– Non, pas ça. Je suis allé au vieil aquarium.

Zoey fut soudain captivée. Elle rangea les fils dans sa poche et l’attrapa par le bras.

– Il est hanté, c’est ça ? Je le savais ! Je te l’avais dit, j’entends les cris des fantômes des dauphins morts, tard dans la nuit.

– Ce n’était pas un dauphin fantôme ! Mais quelque chose vit bien là-haut.

La jeune fille fronça les sourcils.

– On a retiré tous les animaux à la fermeture du lieu.

– Je sais, répondit Alex qui reprit sa marche sur la plage. C’est le poulpe qui m’y a conduit. C’était comme si quelque chose l’appelait.

Lui aussi s’était senti appelé, mais ce qu’il avait à lui raconter était déjà suffisamment incroyable comme ça.

– Quand je suis arrivé là-haut, j’ai trouvé des loutres qui donnaient à manger à quelque chose dans un des vieux bassins. Et quand je l’ai regardée, la chose m’a regardé aussi.

– Des dauphins fantômes, murmura Zoey dans un frémissement théâtral.

Alex soupira. Quand sa meilleure amie avait une idée en tête, il était presque impossible de la lui enlever.

– Il y avait un agent de sécurité aussi. J’ai failli me faire attraper. Pourquoi mettrait-on un agent dans un aquarium désaffecté si l’on n’a rien à cacher ?

Au-dessus de la ville, de la bâtisse en verre émanait une faible lueur dans la lumière matinale. Il n’y avait plus d’éclat vert, plus aucun signe d’événement étrange.

– C’était quoi, d’après toi ? demanda Zoey.

Alex revit le long corps sinueux enroulé dans l’eau sombre. Et cet œil de cendre qui le fixait.

– Un monstre, répondit-il, même si le mot fila sur sa langue comme un mensonge.

Les événements de la veille l’avaient tant effrayé qu’il n’avait pas pu réfléchir clairement. De jour, il s’apercevait qu’il n’avait perçu aucune malveillance de la part de la créature dans le bassin. Juste de l’angoisse.

– Je crois qu’il veut mon aide.

À la place de quoi il avait pris la fuite.

– Tu me racontes des salades juste pour que je me sente mieux ? demanda Zoey.

– Je te jure que je n’invente rien.

Zoey s’arrêta net. Elle s’accroupit et repoussa un nœud d’algues à ses pieds. Un gros poisson gisait, pâle, mort sur le sable.

Depuis la construction de la Station, on en trouvait des centaines, échoués comme celui-là. La vie aquatique ne pouvait survivre à ce qu’on rejetait dans l’eau.

– On doit découvrir exactement ce qui se passe et y mettre un terme, lança Zoey.

Tous deux voulaient sauver la baie de ce qu’elle subissait. Mais contrairement à lui, Zoey pouvait vraiment agir. Son kit de chimie avait permis de découvrir un composant non identifié dans l’eau. Dès que ses inventions marcheraient, et Alex croyait fermement qu’elles finiraient par fonctionner, ils seraient en mesure d’agir. Avec sa phobie de l’eau, Alex ne lui servait pratiquement à rien.

Sa veste se mit alors à onduler, comme si une masse en dessous voulait refaire surface. Alex ouvrit le zip en geignant. Un grand sachet en plastique rempli d’eau pendait à sa poche intérieure. Kraken tenait en boule à l’intérieur, telle une paire de chaussettes fraîchement lavées.

– Tu as apporté la pieuvre ?

– Quand j’ai voulu partir sans elle, elle s’est mise à tout renverser dans son aquarium. Je sais que ça paraît bizarre, mais je crois que Kraken est venue jusqu’ici pour que je vienne en aide ce qui se trouve là-haut.

– C’est bizarre, je confirme, répondit Zoey, les sourcils froncés, avant de lever les yeux et de regarder derrière eux. Mais pas aussi bizarre que ça.

Une procession de crabes les avait suivis le long de la plage, leurs coquilles rouges et grises étincelant dans la lumière. Leurs pattes pointues crépitaient sur le sable, à mesure qu’ils avançaient en pas chassés. Alex s’écarta pour les laisser passer. Les crabes réajustèrent instantanément leur direction vers lui. Comme il bondit de l’autre côté, ils se réorientèrent à nouveau vers lui. Très vite, ils l’encerclèrent et brandirent leurs pinces comme des croyants attendant une bénédiction.

– Ne bouge pas, chuchota Zoey. Leur vision repose sur le mouvement.

– Ça, ce sont les dinosaures !

Les crabes semblaient attendre quelque chose, leurs petits yeux ronds le scrutant avec insistance. Alex se balança d’un pied sur l’autre, hésitant.

– Bonjour.

Les crabes répliquèrent en changeant de formation autour de lui, se déplaçant tels des nageurs synchronisés pour créer un nouveau motif, une tête de lézard, la gueule ouverte contenue dans un cadre carré. Une créature enfermée dans une cage.

Ou dans un bassin.

– Maintenant, tu me crois quand je te dis qu’il se passe quelque chose d’étrange ?

Zoey opina vivement du chef.

– Une armée de crabes parfaitement coordonnée mérite assurément qu’on s’y penche. Allons à l’aquarium pour découvrir ce que tu as vu exactement.

 

À leur arrivée, un agent montait seul la garde devant le portail. Il agitait une jambe puis l’autre comme pour ôter du sable de son pantalon.

– Il a le même uniforme que les agents de la Station, murmura Zoey, cachée derrière un arbre avec Alex.

Les agents de la Station portaient un uniforme noir et une casquette à l’ancienne. C’étaient toujours des inconnus qui refusaient de donner leurs noms, repoussant tous les locaux qui venaient se renseigner sur le mystérieux bâtiment.

La Station pouvait-elle avoir un lien avec l’être piégé dans l’aquarium ?

L’idée de se rapprocher à nouveau du bassin remplit Alex d’une angoisse infinie. Mais la voix retentit dans sa tête, l’appelant avec le même désespoir que la nuit précédente.

– Il faut juste qu’on attende le bon moment, chuchota Zoey.

Kraken s’extirpa de la veste d’Alex et se jucha sur son épaule. Exactement comme la nuit précédente, elle se cambra et lança un jet d’eau en direction du gardien.

Splash !

L’homme contempla la tache humide à l’endroit où l’eau avait atterri. Il agita encore plus ses jambes, finissant par se tortiller de douleur. Un second jet d’eau l’envoya se cacher derrière des buissons alentour.

– Quand la nature appelle…, dit Zoey avec un petit coup de coude approbateur à Kraken.

Ils traversèrent l’allée et pénétrèrent par le trou dans la paroi de verre. À l’intérieur, aucune trace du moindre garde.

Dans la morne lumière qui perçait à travers les murs, les bassins désaffectés perdaient leur caractère intimidant. L’avenue de l’Océan paraissait simplement sale et triste, abritant les restes d’une époque oubliée.

Au bout de l’avenue, Alex s’arrêta devant les portes. Zoey le percuta dans le dos, et ensemble ils passèrent le seuil.

La lumière du jour ne rendait pas l’intérieur de l’immense bassin des dauphins plus visible. L’espace qui s’était ouvert autour de la main d’Alex la veille s’était déjà refermé. Même à l’endroit où les algues étaient plus rares, l’eau était trop limoneuse pour révéler ses secrets.

– C’était là.

Alex commençait déjà à douter de lui-même. Il resta près des portes au cas où ils auraient besoin de prendre la fuite.

Zoey balaya sa frange de ses yeux et s’approcha du bassin.

– Je ne vois rien.

– Je l’ai vu, répliqua Alex aussi fermement que possible.

Et il l’entendait également ; le monstre était toujours là, à l’abri des regards.

– On devrait peut-être l’appeler.

Zoey colla ses coudes le long du corps et écarta les doigts telles de misérables nageoires. Puis elle se racla la gorge et poussa un cri semblable au vent qui soufflait dans des voiles mal cousues.

– Ce n’est pas un dauphin fantôme !

– On devrait faire une séance de spiritisme aquatique, juste pour être sûrs.

Une chaîne cliqueta de l’autre côté de l’aquarium, résonnant sur toute la longueur de l’avenue de l’Océan. Une seconde plus tard, on entendit les portes d’entrée racler le sol. Puis un moteur vrombit.

– Cache-toi !

Mais il n’y avait nulle part où se cacher. L’espace autour du bassin avait été conçu volontairement pour être ouvert, afin que rien ne bouche la vue lorsque les dauphins entraient en scène. Figés sur place, Alex et Zoey hésitèrent un temps interminable alors que les bruits de moteur se rapprochaient le long de l’avenue.

– Vite, monte là-dedans ! s’écria Zoey.

Un plus petit bassin en forme de coffre au trésor se dressait dans un coin, accompagné d’explications effacées sur les étoiles de mer et le corail.

Ensemble, ils se hissèrent en haut des grandes parois et poussèrent un cri en tombant dans une eau marronnasse et glacée qui leur arrivait jusqu’à la taille.

À côté d’eux, la surface boueuse ondula. Alex prit conscience qu’ils n’étaient pas seuls dans leur cachette. Quatre loutres les scrutaient d’un regard implorant de l’autre côté du bassin.

– Je t’avais dit qu’il y avait des loutres ! murmura Alex.

Les bruits de moteur s’intensifièrent. Les parois de leur cachette étaient recouvertes d’une telle couche de mousse qu’ils ne pouvaient pas voir à l’extérieur ; au moins, personne ne pourrait les voir à l’intérieur. Prudemment, Alex essuya un petit cercle dans le verre pour pouvoir espionner les arrivants.

Deux véhicules s’arrêtèrent à côté du bassin des dauphins. Le premier était une vieille automobile longue et noire, aux rideaux rouges fermés. Juste derrière se trouvait un 4 x 4 vert amorti, avec de la boue partout sur les flancs.

Un chauffeur à casquette, les mains gantées, sortit en hâte de la première voiture pour ouvrir la portière arrière. Le maire Tarir descendit d’un air royal de son siège, paré de tous les atours de sa fonction : un luxueux manteau rouge descendait le long de ses courtes jambes jusqu’au sol, au col et aux manches amples et noirs. Une chaîne en or cliquetait autour de son cou tandis qu’il se remettait bien droit, dépassant à peine le toit de la voiture. Il tapota son nez écrasé avec un mouchoir brodé. Deux autres agents de sécurité en uniforme noir, un homme et une femme, descendirent à leur tour de la voiture pour monter la garde.

L’homme qui sortit seul du 4 x 4 était l’opposé complet du maire. Il était presque aussi large que sa voiture, et nettement plus grand. Un pull en tricot effiloché miteux embrassait une poitrine imposante et des bras épais. Des favoris broussailleux ressortaient d’un bonnet vert serré et se terminaient juste avant de rejoindre la commissure de ses lèvres gercées. Un collier en dents de requin pendait autour de son cou.

– Je vous avais dit de le garder à la Station, lança l’inconnu en sondant d’un air amer le parc délabré. Au lieu de ça, vous l’amenez dans le pire endroit qui soit.

Le maire se renfrogna.

– Vous avez aussi dit de le tenir loin de l’océan pour qu’il ne puisse pas utiliser ses pouvoirs. Cela fait l’affaire, vous ne trouvez pas, Callis ? On n’est jamais trop prudents ! Si vous aviez été là, on aurait peut-être pu en discuter. Cela n’a pas été une partie de plaisir de le faire venir en douce au beau milieu de la nuit.

Alex se souvint du camion trois nuits plus tôt. Il se rendait bel et bien à l’aquarium !

Le dénommé Callis se frotta les favoris avant de jeter un œil sur le grand bassin devant lui.

– Vous imaginez ce que cette opération a coûté ? J’ai abandonné la chasse d’un animal exceptionnellement rare et lucratif pour pouvoir revenir ici le plus vite possible, grommela-t-il. Vous n’avez pas intérêt à me faire perdre mon temps.

Le maire ricana.

– Vous n’allez pas être déçu.

D’un claquement de doigts, il ordonna aux agents d’ouvrir le coffre de la voiture, dans lequel ils transportaient un ensemble complet d’équipements de plongée, combinaisons, palmes et bouteilles d’oxygène. Les agents se changèrent en vitesse. Faisant claquer leurs palmes contre le sol, ils approchèrent d’une lourde trappe ronde en métal au pied du bassin.

– Nous avons éteint le système de filtrage au cas où des indésirables ne viennent renifler dans le coin, lança le maire Tarir. Dès qu’il sera déverrouillé, vous constaterez que tout s’est passé exactement comme prévu.

Les plongeurs ouvrirent la trappe, dévoilant la bouche d’une conduite remplie d’eau qui l’amenait à l’intérieur du bassin. La femme s’avança la première, baissant son masque sur ses yeux et serrant l’embout à oxygène entre ses dents. Elle s’immergea et nagea dans la conduite, suivie de près par son acolyte.

– Je te l’avais dit, il y a quelque chose là-dedans, chuchota Alex, la voix tremblante, alors que l’eau froide autour de sa taille lui pénétrait les os.

– Ouais, mais tu n’as pas précisé que le maire était mouillé dans cette affaire, rétorqua Zoey.

Au bout d’une minute environ, un vrombissement mécanique résonna à l’entrée de la conduite. L’eau bouillonna comme si une baleine bleue se gargarisait. L’intérieur du bassin se mit à tournoyer. Mousse et feuilles mortes furent attirées par les grilles d’évacuation et aspirées dans les gaines de filtrage.

Les plongeurs apparurent dans le bassin, près du sommet ; la sortie de la conduite était proche. Ils nagèrent vers l’avant et nettoyèrent en hâte les algues, dévoilant des bandes entières de verre propre. Il leur suffit d’un bref instant pour offrir une fenêtre d’observation, seuls leurs corps bouchant encore la vue. Callis s’avança, impatient.

L’eau fut rapidement nettoyée. Les plongeurs s’écartèrent et remontèrent à la surface.

Il avait beau savoir que l’être s’y trouvait, il avait beau l’avoir aperçu la veille au soir, Alex tressaillit en voyant ce qui reposait à l’intérieur du bassin.

C’était un vrai monstre marin.

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