Alex Neptune T1 : Voleur de dragon

David Owen · Chapitre 26 sur 28

Pages du PDF

Alex Neptune T1 : Voleur de dragon

26. Quand la Mer Chante Sa Colère

CHAPITRE VINGT-SIX

 

 

QUAND LA MER CHANTE

SA COLÈRE

 

Le dragon jaillit de l’eau dans un furieux rugissement de douleur. À son cri terrifiant, chauves-souris et oiseaux se dispersèrent.

Le long câble se tendit entre le harpon inséré dans le flanc du Dragon d’eau et le fusil de Callis. Bouche ouverte, la créature se débattit de tout son corps, luttant pour se libérer. Callis coinça le fusil dans un support accroché au bateau et le bloqua fermement.

Alex courut vers lui.

– Tu n’as aucune idée de ce que tu viens de faire !

Un sourire de folie se dessina sur le visage du braconnier.

– Je l’ai enfin attrapé ! À présent, je suis le maître des océans !

Le Dragon d’eau hurlait, se roulant sur le côté, mais le câble ne fit que se tendre encore plus. Coulant de sa blessure, du sang noir se répandit dans l’eau. Anil dirigea le dauphin plus près. L’animal approcha du point d’impact, où le harpon s’était enfoncé profondément, et il gémit, désolé.

– J’essaie de le retirer ? demanda Anil.

– N’y touche pas ! s’exclama Zoey. Plus il se débat et plus ça devient grave !

Impuissant, Anil fut obligé de s’écarter alors que le dragon continuait de lutter contre la force qu’exerçait le câble.

Alex s’adressa à Callis.

– Tu dois le libérer !

Callis l’ignora et pressa un bouton. Le câble se mit à s’enrouler. Attirant le dragon plus près. L’avant du bateau s’ouvrit, dévoilant l’endroit où reposait la cage.

Alex en profita pour agir. Il se jeta sur Callis et les deux s’écrasèrent sur le pont. Bridget et les culturistes le rejoignirent, plaquant Callis de tout leur poids.

– C’est trop tard ! ricana ce dernier.

Les hurlements du Dragon d’eau déchirèrent le ciel. Le bruit se répandit à travers l’eau, comme pour tirer sur les fils invisibles de l’océan et résonner à travers le monde entier. Alex refusait qu’ils sonnent le glas du dragon.

Pendant que les autres retenaient Callis, Alex traversa le pont en courant. Il essaya de dégager le harpon de son support mais le fusil était coincé.

– Tu crois vraiment que tu peux gagner ? s’amusa Callis.

– Je dois essayer !

Callis aboya d’un rire menaçant.

– Pourquoi ?

– Parce que même lorsqu’on a l’impression que tout est contre nous, même quand on a peur comme jamais, on doit toujours se battre pour ce que l’on croit juste.

En contrebas, le Dragon d’eau cessa de se débattre et maintint simplement la tête hors de l’eau maculée de sang. Ses yeux de perle croisèrent un court instant le regard d’Alex avant de redevenir blancs. La membrane autour de son cou se gonfla, le maintenant à la surface. Un éclat vert se diffusa sur ses écailles, plus brillant que jamais auparavant. Une aurore d’énergie surgit de son corps et palpita à la surface de la baie.

Le sourire triomphal de Callis s’effaça.

– Il ne peut pas déjà avoir regagné ses pouvoirs.

Alex ferma les yeux et entendit la mer chanter un hymne ancien. L’énergie sembla revenir en vagues sur la baie, comme si tous les êtres vivants sous les eaux répondaient à l’appel du dragon, lui offrant une part de leur force vitale.

Callis se débattit, mais Bridget et les culturistes le maintinrent sans aucune difficulté.

Des lianes venues de l’océan s’enroulèrent autour du harpon et l’extirpèrent, dévoilant la profonde blessure du Dragon d’eau. La lame de métal ensanglantée plongea au fond de l’eau et le câble tomba mollement.

Tout autour du bateau, l’eau se mit à gonfler et bouillonner. Des vagues se soulevèrent telles des créatures vivantes, l’écume touchant le ciel avant de s’écraser. Elles se murent et fusionnèrent, tournant les unes autour des autres dans une danse sauvage. Elles montèrent de plus en plus haut, puis elles s’entrelacèrent, formant un pilier d’eau tournoyant qui se dressait devant le bateau.

Le ciel s’abaissa. Les nuages vinrent toucher le pilier furieux qui se souleva dans les airs. Les animaux marins s’éparpillèrent, emportant Anil avec eux, et les oiseaux partirent au loin. Le Dragon d’eau gronda aussi fort qu’un millier de coups de tonnerre.

Lentement, le monolithe d’eau déchaîné avança sur eux.

Zoey attrapa l’épaule d’Alex.

– Il sait qu’on est de son côté, n’est-ce pas ?

Alex ferma les yeux et écouta le chant de la mer. Sous le vacarme assourdissant du tourbillon effréné, il sentit les flux d’énergie venir à lui. Le pouvoir était bien contrôlé par le Dragon d’eau, mais ne lui avait-il pas montré comment s’en servir, lui aussi ? Le dragon n’allait pas leur faire de mal, il savait qu’Alex ne le permettrait pas.

La trombe percuta le bateau. Tout le monde s’agrippait désespérément à la rambarde. Le navire se souleva, tournoyant violemment vers les hauteurs. L’eau fouettait les visages et déchirait les vêtements. Le bateau gronda et craqua. Des planches se détachèrent, emportées par la force de la tempête.

– On doit sauter ! cria Alex par-dessus le bruit assourdissant.

Zoey le regarda, effarée.

– Tu n’es pas sérieux ?

Il était impossible de voir à travers les murs tournoyants de la trombe, mais ils savaient que la chute était longue jusqu’à la mer.

Alex lui tendit la main.

– Fais-moi confiance.

Zoey lui prit la main. Elle offrit l’autre à Bridget, qui à son tour donna la sienne à Baron. Très vite, ils formèrent une chaîne humaine le long du pont, avec le maire Tarir à l’autre extrémité.

– Et lui ? demanda Zoey.

Débarrassé des culturistes, Callis s’agrippait à la rambarde tandis que le pont tremblait et se craquelait sous ses pieds. Le braconnier méritait bien d’être abandonné. Il avait tant pris à l’océan. Ne méritait-il pas d’être à son tour happé par les mers ? Le monde aurait été plus sûr sans lui.

Seulement, Alex savait qu’il ne pouvait laisser l’homme à son triste sort.

– Viens avec nous ! cria-t-il en tendant sa main libre.

Callis le scruta d’un air soupçonneux, avant d’avancer le bras.

C’était trop tard, le pont céda, se brisant en deux, et Callis fut hors de portée.

– Garde tes pouvoirs cachés, lança le braconnier vaincu. D’autres que moi voudront s’en emparer.

Les planches du pont se décollèrent comme des pansements pris par la force du vent. Les vitres du cockpit furent soufflées et les rambardes de métal se déformèrent. Callis disparut. En un instant, le bateau tout entier finit en morceaux.

Ensemble, le groupe fit face au déferlement de la trombe.

– Sautez ! cria Alex.

Le vent les balaya instantanément. Leurs corps s’éparpillèrent dans un mur d’eau bruyant. Malgré tout, Alex tint fermement la main de Zoey, le temps qu’ils sortent de la trombe et que la mer furieuse arrive jusqu’à eux.

Alex percuta violemment la surface de l’eau. La chaîne de mains se rompit. Les ténèbres se refermèrent au-dessus de sa tête. La hauteur de la chute l’avait conduit très en profondeur sous les vagues. Pendant un instant, il s’attendit à ressentir un sentiment de panique. Comme cela ne venait pas, Alex tendit la main pour attraper un fil de l’océan.

Une bulle d’oxygène se forma autour de son nez et de sa bouche. Il inspira profondément un air précieux et se retourna sous l’eau. Zoey et Bridget battaient des pieds pour lutter contre les flots et essayer de remonter à la surface. Alex agita une main qui fit gonfler une bulle autour de leurs visages. Les culturistes reçurent à leur tour le même traitement, l’air les aidant à soulever leurs membres encombrants sous l’eau. Enfin, il envoya une bulle au maire Tarir, dont le manteau flottait autour de lui comme une cape d’algues.

Quand tous atteignirent la surface mouvementée de la baie, la trombe s’était déplacée. Des morceaux de bois et de métal pleuvaient autour d’eux, le tourbillon rejetant encore des fragments du bateau. Mais aucun signe de Raze Callis.

La trombe traversa la baie, se dirigeant droit vers la Station à l’autre extrémité de la côte. Elle percuta le bâtiment en ciment avec une force invincible. L’eau enragée éventra l’édifice en son centre, le réduisant en morceaux.

La Station détruite, la trombe finit par perdre de sa puissance. Le ciel se détacha du sommet du pilier qui faiblit, coulant dans les vagues tel un navire sabordé. La baie l’engloutit, et la surface déchaînée retrouva sa quiétude habituelle.

Alentour, l’éclat du Dragon d’eau s’estompa. La créature blessée s’affala dans l’eau, les fils de pouvoir retombant autour d’elle, inertes.

OceanofPDF.com