Alex Neptune T1 : Voleur de dragon

David Owen · Chapitre 2 sur 28

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Alex Neptune T1 : Voleur de dragon

2. Les Monstres Marins, Ça N'existe Pas

CHAPITRE DEUX

 

 

LES MONSTRES MARINS,

ÇA N’EXISTE PAS

 

Alex n’avait pas levé le petit doigt que déjà Zoey brandit ses chaussures comme des armes.

– Un monstre marin ! s’écria-t-elle.

Les chaussures frappèrent le flanc du monstre, l’envoyant valdinguer de façon spectaculaire sur le sable.

– Aïe ! cria celui-ci. Une blessure mortelle ! La fin d’une courte mais sublime existence !

Alex tendit le bras pour faire cesser ce massacre à la chaussure.

– Je connais cette voix.

Zoey ne lui prêta aucune attention et brandit à nouveau son arme.

– Meurs, vile créature des profondeurs !

La main (indéniablement humaine) du monstre se leva pour retirer le poulpe fermement attaché à sa figure. Huit membres à ventouses se décollèrent tant bien que mal de la peau à laquelle s’accrochait désespérément la créature.

Anil Chatterjee souriait par-dessous, le visage recouvert de marques rondes.

– Ce n’est pas un monstre marin, c’est moi !

Déçue, Zoey baissa les armes.

– Je le savais.

Alex se précipita pour mieux voir.

– Où est-ce que tu as trouvé ça ?

Le poulpe s’agrippait désormais fermement au coude du garçon. Sa tête globulaire était d’un bleu profond tacheté, et ses yeux ronds aux pupilles étroites semblaient les scruter d’un air soupçonneux. Son corps aurait pu tenir dans la paume d’une main mais ses longs membres lui donnaient une tout autre dimension.

– Reste loin de ses tentacules, elles piquent ! s’écria Zoey tout en s’approchant pour l’observer de plus près.

– Ce ne sont pas des tentacules, ce sont des bras. Et ils ne piquent pas. (Alex scruta le poulpe.) Je croyais qu’aucune forme de vie ne subsistait dans la baie. Où l’as-tu trouvé ?

– Dans un des tunnels. À mon avis, il s’est perdu. Il était ravi de trouver un chauffeur. (Anil titilla le poulpe du doigt). J’étais venu vous le montrer. Il paraît que vous vous y connaissez ?

La famille d’Anil s’était installée au village quelques mois auparavant. Ses parents, médecins, avaient obtenu un poste à l’hôpital régional. Le garçon avait d’emblée recherché l’amitié d’Alex et Zoey, s’asseyant près d’eux à l’école, essayant de les impressionner par ses blagues et ses histoires. Alex n’y voyait pas d’inconvénient, mais son arrivée avait éveillé chez Zoey un instinct terriblement protecteur, si bien qu’elle se montrait volontairement froide avec le nouveau venu pour le tenir à distance. Anil dédiait désormais tout son temps libre à sonder les moindres recoins d’Éden-sur-Mer.

– Il ne faut pas aller dans ces tunnels ! l’avertit Zoey. Si tu te noies, je t’aurai prévenu !

Anil sourit à nouveau.

– Pas la peine de t’inquiéter pour moi. Autrefois, j’allais à la piscine avec mes cousins tous les week-ends. Je peux retenir longtemps ma respiration, des minutes entières, des heures, probablement !

– Et pourtant, il n’arrête pas de parler, marmonna Zoey.

Tous les enfants d’Éden-sur-Mer connaissaient l’existence des tunnels du dragon. Si les falaises alentour impressionnaient déjà par leur raideur, à leur pied reposait un réseau de passages étroits et de chemins sinueux. On racontait souvent qu’ils avaient été creusés par le Dragon d’eau, qui les avait remplis de trésors inimaginables. À ce jour, on les considérait surtout comme des pièges mortels. À marée basse, on pouvait facilement marcher le long de la plage et pénétrer dans les grottes. Mais l’océan pouvait remonter à toute vitesse et piéger les visiteurs. Alex rêvait souvent qu’il se retrouvait coincé dans l’obscurité d’un tunnel et que l’eau remontait sans pitié le long de son cou…

Ces histoires ne faisaient qu’encourager Anil à ignorer le danger et à fouiller sans relâche les chemins de la falaise à la recherche de trésors disparus. Jusque-là, ses plus belles découvertes restaient des bouteilles en verre et un lot de dents en bois.

Anil souleva le poulpe pour qu’Alex puisse mieux le voir. L’animal déroula ses bras, glissa avec agilité le long du poignet d’Anil et se hissa sur l’épaule d’Alex. Ce dernier resta figé, craignant que la créature ne veuille l’étrangler.

– On dirait un mollard vivant, commenta Zoey. Je crois que je suis amoureuse.

Anil ouvrait la bouche pour parler, quand un beignet recouvert d’un glaçage rose et à moitié mangé tomba du ciel et rebondit sur sa tête. L’instant d’après, une grosse mouette aux ailes ornées d’une bande de plumes grises atterrit sur son épaule en battant des ailes.

– Scélérate, je t’ai dit d’arrêter de voler de la nourriture aux gens !

L’oiseau se contenta de tourner la tête et de becqueter gentiment les cheveux d’Anil.

Le garçon avait trouvé Scélérate dans la cour de récréation, l’aile blessée. Ses parents l’avaient auscultée, puis Anil l’avait soignée pendant sa convalescence. Depuis, elle refusait de le quitter, décidée à rembourser sa dette en piquant leurs victuailles à des innocents, pour les lui offrir bien malgré lui.

– Mes parents n’ont sans doute pas envie que je devienne l’ami d’une mouette kleptomane.

Anil ramassa le beignet subtilisé, dont le glaçage était saupoudré de sable croquant.

– Quelqu’un en veut ?

Scélérate agita les ailes et se souleva dans les airs pour rejoindre les oiseaux qui rentraient de la mer. Alex leva la tête pour voir le soleil se coucher à l’horizon.

– C’est bizarre, dit-il.

Les volatiles ne s’arrêtaient pas sur la falaise. D’ordinaire, la paroi rocheuse abritait tant de becs et de plumes qu’elle paraissait vivante. Ce soir-là, la nuée d’oiseaux marins l’avait dépassée pour se rassembler au-dessus du village, survolant le vieil aquarium, vrillant et tournoyant en formation irrégulière.

– Je ne les ai jamais vus faire ça auparavant, ajouta-t-il.

Zoey et Anil étaient trop occupés à débattre de la quantité d’eau de mer que l’on pouvait avaler sans vomir pour l’écouter. La nuée grossissait à chaque seconde, des files d’oiseaux venant de toutes les directions, formant une ombre imposante et mouvante à travers le ciel qui s’obscurcissait. La cacophonie provoquée par leurs cris semblait rebondir contre le dôme de verre de l’aquarium, telle une alarme qui fit tressaillir Alex.

Quand il était petit, le garçon s’était forcé à visiter l’aquarium pour affronter ses peurs. Observer en toute quiétude les splendides poissons, les homards cuirassés, les anguilles étincelantes et les tortues agiles lui avait procuré un certain plaisir. Il avait été fasciné par des créatures qui pouvaient survivre à cinq kilomètres sous les vagues, liquéfier leurs corps pour échapper aux prédateurs, briller et étinceler de la lumière d’un autre monde. Pour elles aussi, la mer était un environnement hostile, mais contrairement à lui, elles avaient trouvé le moyen de s’adapter.

Cela faisait longtemps que l’aquarium avait fermé ses portes. Pourtant, le lieu inondait encore les rêves d’Alex. Depuis deux nuits, il se voyait enfermé à l’intérieur de la structure de verre. Les spectres des animaux qui y avaient vécu restaient piégés dans les vieux bassins. Ils frappaient contre les parois de plus en plus fort, suppliant d’être libérés, jusqu’à ce qu’Alex tombe du lit et se réveille brutalement.

Il aurait dû parler à Zoey de ses cauchemars, mais craindre autant la mer était déjà suffisamment humiliant quand sa meilleure amie, elle, semblait n’avoir peur de rien.

– Quelque chose ne va pas, conclut Alex.

Il ignorait pourquoi ces mots lui étaient montés aux lèvres, mais il en ressentait toute la vérité au fond de lui. En guise de réponse, le poulpe se logea dans le creux de son épaule. Il en devenait presque attendrissant, les yeux levés, l’air perdu.

– Tu n’as rien à faire là, poursuivit Alex.

– Tu ferais mieux de le ramener chez toi et de t’assurer qu’il va bien, répondit Zoey.

Le poulpe marqua son approbation en serrant sa prise autour du bras du garçon. Visiblement, Alex n’avait pas le choix.

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