Alex Neptune T1 : Voleur de dragon

David Owen · Chapitre 12 sur 28

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Alex Neptune T1 : Voleur de dragon

12. Une Rencontre Choc

CHAPITRE DOUZE

 

 

UNE RENCONTRE CHOC

 

Quand Alex et Zoey descendirent la Grand-Rue en direction du chantier naval, le soir tombait sur la baie et la plupart des boutiques avaient déjà baissé le rideau pour la nuit.

– Je suis en retard pour le dîner, annonça Zoey avant de s’arrêter et de sonder le vieux port. Tu reconnais ce bateau ?

Un petit cargo était amarré au ponton le plus long. Des hommes d’équipage en uniforme noir manipulaient du matériel, formant une pile qui prenait toute la place.

Alex secoua la tête.

– Ton père n’accueille pas de clients aussi tard.

Ils se mirent à courir jusqu’au chantier naval. À la grille, quelqu’un sortit. Alex percuta la personne, rebondissant comme la grêle contre une coque, et tomba à la renverse.

– Pardon, je…

Les mots restèrent coincés dans la gorge d’Alex quand il vit qui se dressait devant lui. Raze Callis souriait, tenant contre sa poitrine un paquet carré emballé.

– Vous devriez faire plus attention, les gosses.

Alex se releva d’un bond. À côté de lui, Zoey scrutait le braconnier. Elle donnait l’impression de vouloir lui faire exploser la tête par la pensée.

Callis leur adressa un regard amusé.

– On pourrait croire que vous préparez une bêtise.

Il se dirigea ensuite vers le port et le bateau qui attendait, sifflotant joyeusement en chemin.

– Qu’est-ce qu’il fabrique ici ? demanda Alex.

Zoey courut à travers le chantier jusqu’à l’atelier de son père. Sur ses talons, Alex remarqua que l’endroit avait été entièrement vidé. D’ordinaire, on y trouvait des moteurs cassés et des hélices déformées, des mâts brisés et parfois un canot de sauvetage défectueux. Cette fois, il n’y avait que des tessons et des bouts de bois éparpillés.

Il ne restait plus que la maquette imposante d’un monstre marin fabriqué avec du métal de récupération. Des câbles dénudés formaient des tentacules et des boîtes de conserve découpées pendaient du crâne rond d’un requin-marteau fabriqué à partir d’ancres tordues. Des restes de coque avaient été aplatis à coups de masse pour former une queue de serpent. M. Wu tenait un chalumeau brûlant contre le flanc du monstre, projetant une douche d’étincelles.

– Le monsieur, là, lança Zoey à son père, qu’est-ce qu’il voulait ?

M. Wu releva sa visière de protection.

– Tu es encore en retard ! Je t’ai dit que si tu recommençais…

Zoey lui coupa la parole.

– Je suis vraiment désolée mais c’est plus important ! Qu’est-ce que ce monsieur a acheté ?

– Des pièces, évidemment ! Toutes, sauf le monstre marin pour la cérémonie du Dragon d’eau demain soir, répondit M. Wu en tirant une liasse de billets de sa poche. On avait vraiment besoin de cet argent !

– Tu n’aurais pas dû lui faire confiance !

Zoey se précipita à l’intérieur, réapparaissant quelques instants plus tard, l’air horrifié.

– Il a emmené Kraken !

Alex sentit son estomac se nouer. Callis était un chasseur de trophées qui appréciait les beaux animaux, empaillés et accrochés à son mur. Il ne pouvait avoir qu’une seule raison d’emporter une pieuvre aussi rare et belle que Kraken.

– Nous devons le suivre, répondit Alex. Nous devons récupérer Kraken.

– Minute ! lança M. Wu. Vous n’avez pas le droit de sortir après dîner !

– Je-mange-chez-Alex-merci-à-plus ! lança Zoey par-dessus son épaule avant de s’adresser à Alex : Si maman était là, je me ferais tellement gronder !

Ils se précipitèrent vers le port. Le matériel avait été entièrement chargé sur le bateau, mis sous une bâche pour que la pile tienne en place. Callis était sur le quai, aboyant des ordres à son équipage avant qu’ils ne prennent le large. Il n’y avait aucune trace de Kraken nulle part.

– Il faut qu’on monte sur ce bateau, dit Zoey.

– C’est trop dangereux.

– Tu veux récupérer ce poulpe idiot, et nous devons savoir ce que trafique Callis.

– Qu’est-ce qu’on fera une fois à bord ?

– J’y penserai quand on y sera.

Sans un mot de plus, Zoey courut le long du quai, se cachant derrière un vieux coffre en bois près de l’extrémité. Alex eut à peine la place de se coincer à côté d’elle, ses pieds glissant sur les algues qui recouvraient les planches de bois moisi. Devant eux, le dernier membre d’équipage embarquait sur le cargo ; des voix éclatèrent, signalant que tout était prêt pour le départ.

– C’est une mauvaise idée, insista Alex.

Zoey lui donna un coup de coude.

– Tu sais pourquoi je crois en toi ? C’est justement parce que tu as toujours peur ! Tu sais que mes inventions risquent d’exploser, mais tu me soutiens malgré tout, même quand je t’ai accidentellement brûlé les sourcils. Pour la seconde fois. L’océan n’a de cesse de vouloir te faire du mal et il y a un sale type avec d’horribles favoris, mais tu es là malgré tout ! Tu es bien plus courageux que tu ne le crois !

On remonta la corde d’amarrage et les moteurs se mirent à vrombir.

– Je pense quand même que c’est une mauvaise idée. Et on devrait se dépêcher, ou ce sera encore pire.

Ils sortirent de leur cachette et se précipitèrent en direction du bateau qui s’écartait du ponton. Le poids de sa cargaison de métal ralentissait la navigation, et le bateau avança prudemment dans les espaces étroits entre les bateaux de pêche délabrés qui encombraient le port.

Au bout du ponton, Zoey sauta. Elle atteignit la coque du bateau et s’accrocha à des barreaux dans le métal. Alex était plus lent, glissant sur les algues. Un grand trou se formait déjà entre lui et le bateau.

– Allez, saute ! lança Zoey.

Le fossé était trop grand. Derrière le bateau, l’océan moussait, affamé, comme s’il attendait l’occasion de l’avaler. S’il sautait, il allait tomber dans l’eau.

Pourtant, la mer ne s’en était pas prise à lui dans la grotte. Quelque chose enfoui au fond de lui murmura que, s’il tombait, l’eau le rattraperait. Et il ne pouvait pas laisser Zoey seule, dans une situation aussi périlleuse. Alex se propulsa dans les airs, aussi loin que possible. Il se sentit tomber, le bateau hors de portée ; il ne pouvait rien y…

Soudain, une main agrippa son poignet. Son corps cogna contre la coque rigide du bateau.

– Attrape l’échelle !

Alex obéit, serrant ses doigts autour d’un barreau de métal froid. Zoey le retint encore un moment. Lui garda les yeux fermés pour ne pas voir l’eau qui défilait en contrebas.

– Tu arriveras à monter ? demanda-t-elle.

Soit il grimpait, soit il finissait déchiqueté par l’hélice du bateau. Zoey ouvrit le chemin vers le haut de l’échelle, où elle aida Alex à enjamber la rambarde du pont. Ils marquèrent une pause, vérifiant autour d’eux que personne ne les avait vus. La majorité de l’équipage était affairée autour de la cargaison ou bien en faction à l’avant du bateau.

– Par ici, dit Zoey en soulevant une partie lâche de la bâche qui cachait la cargaison.

Alex se faufila en dessous. La lumière qui perçait dévoilait des barres cassées et des morceaux de métal, des rouleaux de vieux câbles et des plaques cabossées. Ils s’installèrent ; une pointe pressa contre le dos d’Alex.

– Tu as dit que tu saurais quoi faire une fois à bord. Alors, qu’est-ce qu’on fait ?

Les yeux de Zoey luisaient dans le noir.

– On attend et on voit où il nous mène.

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