Alex Neptune T1 : Voleur de dragon

David Owen · Chapitre 13 sur 28

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Alex Neptune T1 : Voleur de dragon

13. La Cage du Dragon

CHAPITRE TREIZE

 

LA CAGE DU DRAGON

 

La bâche qui recouvrait la ferraille les empêchait de savoir où se rendait le bateau. Ce ne fut que lorsque l’embarcation se mit à tanguer plus violemment, ballottée par les flots, qu’Alex comprit qu’ils devaient avoir quitté la baie. Le vent et les vagues étaient bien plus forts en pleine mer. Songer à l’eau furieuse qui le cernait de tous côtés le rendit malade.

– J’ai plusieurs questions, murmura Alex à Zoey.

– Je t’écoute.

– D’une, pourquoi on s’est mis dans un danger pareil ? Et de deux, comment va-t-on se sortir d’un danger pareil ?

Zoey balaya ses inquiétudes d’un revers de la main.

– On s’en préoccupera le moment venu.

– J’insiste, on devrait s’en préoccuper maintenant.

– On ne peut pas le laisser transformer Kraken en presse-papier, non ? Et puis, on doit trouver pourquoi Callis, probablement la pire personne au monde, a consulté les plans de l’aquarium et a besoin de tout ce métal de récupération. Il pourchasse le Dragon d’eau depuis des décennies. Maintenant, il le tient entre ses mains ! Il ne se contentera certainement pas de le vendre au plus offrant.

Alex s’accorda un instant de réflexion.

– Est-ce que ce sont de vrais problèmes, ou tu t’inventes des excuses pour être aussi imprudente ?

– Peut-être un peu des deux.

– J’ai le droit de paniquer du fait qu’on est sur un bateau ?

– Je t’y autorise.

Soudain, une vague fit chanceler le navire. S’accrochant comme il pouvait, Alex sentit son estomac faire un saut périlleux. À peine quelques heures auparavant, il était tombé dans l’eau et avait survécu. Peut-être que la mer n’était plus son ennemie. Peut-être n’avait-il plus de raison d’avoir peur.

– Ça va ? demanda Zoey.

Il déglutit avant de hocher la tête.

– Je crois, oui.

Enfin, le bruit du moteur changea et le bateau se mit à ralentir. Des voix résonnèrent au loin, s’intensifiant à mesure que le bateau approchait de sa destination. Une secousse leur indiqua qu’ils s’étaient arrêtés.

Des pas retentirent sur le pont, à quelques centimètres de leur cachette. Alex retint son souffle jusqu’à être sûr que les personnes soient reparties.

De la lumière brilla à l’extérieur de la bâche. Zoey en souleva le rebord pour jeter un œil au-dehors.

– C’est un phare… On est vraiment loin ! On est amarrés à côté d’un bateau encore plus gros. Il y a une trappe sur le pont. Je crois qu’ils vont mettre le métal dedans.

– On va se faire surprendre.

– Pas nécessairement. (Zoey examina la pile de métal qui se dressait au-dessus d’eux.) On pourrait s’y cacher.

Un petit canot en aluminium était attaché à l’envers dans un entremêlement de vieux câbles. Ensemble, ils se faufilèrent à l’intérieur, s’allongeant sur le ventre sur les bancs en bois du canot, pour tenir en sécurité contre la coque.

– J’imagine que cela ne sert à rien de te demander si tu as un plan, commenta Alex.

– J’ai un genre de plan, répondit Zoey avec insouciance. Cela fonctionnerait mieux si ce bateau avait des ceintures de sécurité.

Un terrible grondement vibra à travers le métal, le bruit parcourant la ferraille comme une pulsation. Les câbles autour d’eux bourdonnèrent dans une réponse harmonieuse.

– On dirait qu’on va se faire avaler vivants.

Le grondement s’intensifia encore et encore, comme un lion qui perdrait patience face à son dompteur. Les morceaux de ferraille tombèrent vers l’extérieur de leur cachette dans un vacarme assourdissant. Sous eux, le pont se mit à se soulever, penchant sur le côté.

– Accroche-toi ! cria Zoey.

L’angle devint toujours plus raide, et la ferraille se mit à glisser. Elle tomba de la plus petite embarcation pour rentrer par la trappe du plus grand bateau. En tombant, leur canot en aluminium se retourna, et ils s’accrochèrent aux bancs tandis qu’il chutait dans le ventre de l’autre bateau.

La ferraille s’amoncelait à l’intérieur. Le canot en aluminium atterrit dans un bruit terrifiant. Sa coque était si lisse qu’elle glissa, descendant le long du monticule, les conduisant jusqu’à un endroit à l’abri de la pluie de ferraille qui continuait à tomber.

Puis le canot s’arrêta en dérapant.

– C’est le truc le plus dangereux que j’aie jamais fait ! s’exclama Zoey. Je crois bien que j’ai adoré ?

Alex, lui, avait la sensation que ses os avaient été réduits en poussière. Il s’extirpa hors du canot, soulagé de voir que tous ses membres étaient encore attachés à son corps. Zoey était coincée sous les bancs ; il dut l’aider à sortir et remarqua seulement après où ils avaient atterri.

L’air était affreusement chaud. Chaque respiration lui brûlait la gorge. De grandes cloisons donnaient une idée de l’échelle du navire dans lequel ils venaient d’être jetés. En haut d’un escalier, ils profitèrent d’une vue meilleure. Au sommet, une coursive suivait les contours de l’endroit.

À cause des ondulations de la chaleur dans l’air, Alex avait du mal à comprendre ce qu’il voyait. La ferraille tombait dans un puits carré de feu liquide. Elle fondait instantanément dans la lave, dans un éclat orange et rouge qui projetait autour du puits les ombres étranges des équipements noircis.

– On aurait pu finir comme ça, dit Alex.

– Pourquoi Callis a-t-il besoin d’une fonderie ? Je rêverais d’avoir une fonderie.

De toute évidence, on fondait le métal pour fabriquer quelque chose, mais quoi ?

Une lourde porte s’ouvrit en grondant un peu plus loin. Alex et Zoey se cachèrent derrière une caisse.

Raze Callis apparut, jetant un coup d’œil à la fonderie en contrebas. Des membres d’équipage le suivaient, dont une personne en tenue de protection complète, une lourde visière relevée sur le front, dévoilant des yeux apeurés.

– Plus d’excuse ! hurla Callis. Vous êtes l’ingénieure en chef et je vous ai fourni tout le métal dont vous avez besoin !

– Capitaine, il ne s’agit pas seulement de matériaux, répondit l’ingénieure d’une voix tremblante. Nous construisons aussi vite que nous le permettent les circonstances, mais…

Callis se tourna vers elle.

– Si ce n’est pas terminé d’ici demain soir, nous allons rater notre chance.

– Je comprends, capitaine. (L’ingénieure s’inclina.) Nous allons travailler toute la nuit.

Pendant un moment, Callis la fixa, les yeux plissés. Puis il fit un signe de la tête vers l’endroit d’où ils venaient.

– Montrez-moi où vous en êtes.

Restant à une distance prudente, Alex et Zoey les suivirent.

Un couloir et une autre trappe les conduisirent dans un espace encore plus grand. Une plateforme surplombait une grande piscine dans le ventre du bateau. Une chaîne épaisse pendait au plafond et plongeait dans l’eau.

Callis et son équipage allèrent jusqu’à la rambarde, laissant suffisamment d’espace derrière eux pour qu’Alex et Zoey puissent rester dans l’ombre de la cloison. L’air y était bien plus frais ; la sueur de leur peau se refroidit rapidement et ils commencèrent à frissonner.

– Remontez-la ! lança l’ingénieure.

Une machine se mit en route. La chaîne cliqueta tandis qu’on la remontait comme une gigantesque ligne de pêche. Une grande forme rectangulaire émergea de la piscine : une cage attachée au bout de la chaîne tel un immense panier de crabes, dont les côtés étaient constitués d’épais barreaux métalliques. Comme la cage tournait, Alex vit qu’un des côtés était vide, ouvert, sans barreaux dans le cadre.

Callis aboya d’un rire triomphal.

– Sincèrement, c’est la plus grosse cage que j’aie jamais vue.

Il se retourna vers son équipage, un sourire sinistre sur le visage.

– Si grande qu’on peut y mettre un dragon.

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